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 Au alentour de Lonëneilh

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MessageSujet: Au alentour de Lonëneilh   Ven 7 Mar - 16:37

L'errance de Nylea se devait de prendre fin. Après avoir apprit tout ce qu'elle pouvait de la nature environnante, les études logiques qui devaient suivre étaient celles des humanoïdes. Mais la jeune elfe n'était pas sociable et son apparence, si elle n'était pas "répugnante", était du moins désagréable. Sa peau blanche à l'aspect malade et ses deux yeux rouges sang étaient loin d'attirer la sympathie d’autrui. Peut-être pourrait-elle se contenter d'observer les spécimens humains  sans être forcé au contact, mais elle sentait qu'elle s'en lasserait que trop vite. Elle même savait qu'elle serait obligée à un moment ou a un  autre de se confronter aux différentes société de ce monde par le dialogue. C'est en partie pour cela qu'elle s'était approché de la capitale elfique et que leur douce musique venait caresser ses oreilles. Pour cela et pour le fait que c'était la ville la plus proche. Mais la plus stratégique ? Peut-être pas. Les elfes étaient des êtres complexes, elle était bien placé pour le savoir. Commencer par l'étude de ce peuple n'était pas forcément une bonne idée. Ainsi, elle rodait autour de la forêt d'Igharisha en réfléchissant.

Sachant que Nylea pouvait rencontrer des bipèdes, elle avait préféré se recouvrir d'une grand cape à capuche blanche afin de cacher un maximum le désastre qu'elle était. Sa fine silhouette se glissait entre les énormes troncs d'arbres, piliers du toit de feuille qui la protégeait avec bienveillance des rayons du soleil. Ses yeux observèrent le ciel vert : un acte qu'ils pouvaient rarement se permettre d'accomplir. Même ici, elle dut leur fournir davantage d'ombre avec ses mains pour ne pas qu'ils pleurent face à la luminosité. Qu'elle plaie... L'elfe abandonna l'idée de se battre d'avantage contre la lumière et baissa son regard sur le sol à la recherche de potentielles traces animales. Il comportait quelque traces brillantes marques des passages des escargots ; des feuilles percées par les serres d'une des multitudes de races d'oiseau qu'accueillait cet endroit, qu'elle saisie pour les étudier avec un regard expert. Une trace fraîche de biche attira son attention et lui fit saisir son arc. Elle encocha minutieusement une flèche de sa création et suivit la direction que semblait indiquer les empruntes. Avec un peu de chance, elle trouvera un peu de viande facile.
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MessageSujet: Re: Au alentour de Lonëneilh   Lun 10 Mar - 8:11

    La faim me tiraille les entrailles. Vile tentatrice, elle se joue de ma seule constitution. Emprisonnée dans sa taille de velours, je ne suis rien de plus qu'un pantin articulé qui se fait manipuler par un marionnettiste de première catégorie. Mes jambes semblent avancer sans attendre mon consentement. Je quitte la ville sans même le remarquer. Heureusement mon âge vaut mon expérience. Je connais mes faiblesses. Tout comme je connais l'exacte étendue de sa diabolique supercherie.

    Fatiguée de lutter contre une force invisible, il est vrai que dans le passé je me suis laissée guider par mes instincts. Il m'est arrivée de baisser les bras. Il m'est arrivée - plus que de raisonnable d'ailleurs - de m'adonner aux joies de la facilité. Mais ce temps est révolu. Ce luxe ne m'est de toute façon plus permis.
    Alors j'ai beau me laisser emporter par mon besoin le plus primaire, j'ai réussi à limiter les dégâts et à m'ajourner un semblant de maîtrise. Tout cela n'est bien sûr que la douce illusion que m'autorise ma génétique. Elle me berce de son chant mutin. Elle me susurre des promesses qu'elle sait pourtant ne pas pouvoir tenir. J'ai tellement envie de céder à son appel incessant. Mais je ne peux pas. Pas ici. Pas maintenant.

    J'ai beau ne pas être maître de mes pulsions, j'ai tout de même acquis la dextérité nécessaire à la rediriger. Mes pas me mènent vers la forêt. Loin du bruit de cette ville sédentaire dans laquelle je n'ai - une nouvelle fois - pas pu trouver les réponses à ces questions que je n'ose plus poser.
    Le bruissement du vent entre les feuilles m'apparait comme salvateur. Il calme la surface bouilllante de mon être et me permet de reprendre un contrôle - soit-il partiel - de la situation.

    Je pourrais prendre le temps de me poser un instant, il est vrai. Mais j'ai bien trop perdre le peu de terrain que je viens à peine de coloniser. Je m'enfonce plus profondément encore dans la verdure. Je me laisse éblouir par la faune et la flore qui m'entourent. Comme je me sens sereine ainsi enveloppée.
    La robe qui couvre la quasi-totalité de mon corps va jusqu'à frôler la poussière du sol qui se joue de cette tentation gratuite. Les couleurs que je porte font tâche dans le décor. Même si ce n'est guère l'envie qui manque, je ne peux tout simplement pas me résoudre à me cacher sous les traits du blanc. La couleur étrange qui me colle à la peau ne ferait qu'en ressortir davantage. Inutile de préciser le risque réel que cela pourrait représenter.

    Une raison de plus pour quitter les confins de la civilisation. Ici au moins personne ne me juge. Ici au moins je peux être moi. Je peux subir mes propres lois. Je laisse mes sens s'imprégner de ce nouvel environnement. J'espère avoir la chance de croiser la route d'un animal suffisamment imposant que pour me permettre de m'abreuver à sa source. Les chevaux sont naturellement enclins à accepter - si pas cherche - ma présence. Mais un daim ou une biche fera tout autant l'affaire. Il me suffirait à peine de grignoter leur aura que pour me sustenter jusqu'au soleil couchant. En ville il est plus aisé de chasser la nuit ...

    Un bruissement dans mon dos attire mon attention et me sort de ma rêverie.


>> Il y a quelqu'un?

    Ma voix est douce, mais porte sur la distance. Je n'ai aucune raison de me cacher. Ni aucune chance d'ailleurs. Niveau camouflage je n'ai qu'à repasser.


>> Viens à moi.

    J'ai tellement faim.

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MessageSujet: Re: Au alentour de Lonëneilh   Lun 10 Mar - 9:17

Nylea était absorbée par sa chasse. Pour cet art, elle se concentrait sur ce qu'elle voyait, laissant ses autres sens dans un arrière plan lointain. Ses jambes fines et agiles s'agitaient de plus en plus vite dans leurs grandes bottes grises en peau de lapin.
La chasseuse se laissa emporter par un instinct primaire. La cible était proche. Ses traces étaient de plus en plus perceptible. L'odeur fictive de la victoire emplit ses narines pendant qu'elle se glissait entre les branchages. Son adrénaline était au maximum lorsque l'elfe s'arrêta nette. Elle resta de longue seconde immobile, perplexe, le temps de calmer son ardeur et de pouvoir analyser le changement brutal de direction que l'animal traqué. Des traces de pattes paniquées se dirigeaient vers le Sud, à l'opposé de la capitale. Qu'avait bien pu effrayer cette créature dans un lieu pareil ? Les elfes prenaient soin de ne jamais laisser trop de prédateur dans leur forêt. Les animaux n'étaient donc pas craintif, presque confiants.
Le visage légèrement assombri par l'ombre de la frustration, Nylea se tourna alors vers le Nord, source inconnue de crainte. Son arc se braqua par réflexe dans la direction d'une voix.
- Il y a quelqu'un ? Viens à moi.
Ses sourcils se haussèrent : était-ce vraiment ainsi que la civilisation communiquait ? Elle pensait que celle-ci serait plus subtile, qu'elle éviterait au moins les injonctions à cause de tous les codes moraux qui l'entravait.
Machinalement, elle se détourna pour retourner à son activité première. Mais après quelque pas, ses projets la rattrapèrent et sa conscience la poussa à enfin faire une avancé vers la société. Nylea se retourna et écarta les branches jusqu'à découvrir un être filiforme qui semblait dépourvu de toutes couleurs. Il semblait faible dans ses habits étroits qui soulignait la minceur de son corps. Mais l'elfe ne portait pas garde à ce genre de détail. Pour celle, si un être avait survécu jusqu'à aujourd'hui, c'est qu'il méritait sa place dans la chaîne alimentaire, qu'il avait survécu à la sélection naturelle et donc qu'il était animé d'une force quelconque.
Ses yeux rouges sous sa capuche blanche se plantèrent sans délicatesse dans ceux de la femme. Après tout, elle avait complexifié sa chasse. Elle avait causé un désagrément rare. Cependant, elle ne tarda pas à détourner le regard d'un air gêné. Ce n'était pas comme ça qu'elle allait pouvoir réussir à avoir un contact saint. Elle se devait de sourire, de prononcer des salutations et des vœux bienveillants signes de la passion et du respect que l'on devrait avoir pour ses semblables.
- Tu as fais fuir mon repas, tonna sa voix douce mais sèche.
Échec.
Mais un échec parfaitement réfléchi. Après réflexion, il ne fallait pas qu'elle se contente de d'affirmer des banalités, mais qu'elle provoque la reconnaissance. La reconnaissance qui l'avait fait survivre dans son passé. Celle qui adoucissait les membres de son village malgré l'horreur qu'elle était.
- Enfin... je vous pardonne. Vous m'avez l'air dans un état contraignant, continua-t-elle.
Quoi de mieux que pardonner une erreur pour obtenir la sympathie ? Rien. Du moins c'est ce qu'elle espérait.
Se rendant compte qu'elle avait toujours son arc levé sur la créature, elle le baissa et s'appliqua à se présenter :
- Je me nome Nylea Than. Puis-je faire quelque chose pour vous ?
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MessageSujet: Re: Au alentour de Lonëneilh   Mar 11 Mar - 8:18

    Niveau subtilité c'est fichu. En règle générale je porte une attention minutieuse à passer inaperçu. A me glisser dans les méandres de l'ombre. A me fondre dans le décor. Mais là c'est différent. J'ai des circonstances atténuantes. J'ai faim. Vous vous rappelez.

    Les biches et les chevaux sont des proies faciles. Ma voix semble leur inspirer la douceur et l'apaisement. J'en ressentirais presque l'impression de faire partie de ce monde dans lequel ils évoluent sans se poser la moindre question. Cela pourrait vous paraitre comme mielleux et romantique. Utopiste dirons certains. Et pourquoi pas "mignon" tant qu'à faire? Il n'en est rien. C'est pathétique. Suicidaire qui plus est. Le tout n'est qu'apparence. La silhouette de jeune femme dans laquelle j'ai été façonnée n'est rien de plus qu'un monstre en déguisement. Un loup dans la bergerie.

    Oh certes je les attire vers moi et ne prend que ce qu'ils m'autorisent à partager. Je ne fais que gratter la surface de leur douleur. Je prends leur souffrance sous-jacente et ne laisse dans mon sillage que le doux murmure d'une renaissance. Plus de foutaises encore! Ces animaux sont trop bornés que pour voir ce qui se cache sous mon ersatz de sourire! Mon enveloppe charnelle n'est que chimère du Jardin d'Eden! Pauvres fous ceux qui croient pouvoir m'apporter leur bonté là où je ne fais qu'aspirer tout le Mal qui les ronge ...

    Mon destin funeste me pèse plus que de raison. Pourtant ... pourtant malgré toute cette souffrance que je m'autorise à accumuler ... je suis la première pècheresse.
    Je suis faible face à mon moi intérieur. Je le laisse guider ma vie et le suit à la traine. J'évolue dans son sillage. Dans son ombre. Je fuis le carnage dont je suis l'instigatrice. Désormais je ne détourne même plus mon regard. Je lui fais garde. Je le regarde droit dans les yeux. Et ensuite ... ensuite je laisse ma faim prendre de dessus et je l'avale tout cru.

    C'est peut-être pour cela que ma subtilité fait défaut. Secrètement j'espère croiser un être plus fort que moi. Que ce soit physiquement ou mentalement. J'aspire à rencontrer quelqu'un qui mettra un terme à ma souffrance au lieu de l'abreuver. Tous ceux qui pensent m'aider ... ne font que creuser davantage le fossé qui nous sépare.

    Silencieuse et immobile j'attends que l'autre se présente à moi. Je me tiens droite. Je n'ai pas peur de faire façon à mon bourreau. Du moins je ne l'ai plus. Qu'il vienne donc réclamer les intérêts de mes péchés. A mon tour, je n'aspire qu'à me faire aspirer.

    J'avoue laisser une once de surprise s'éprendre de mon être lorsque mon assaillant se présente à moi. Je lui fais face sans piper un mot. Son regard perçant est presque aussi intriguant que la teinte délicieuse de ses prunelles. Mon essence toute entière semble frissonner à son apparition. Voilà un repas que je n'ai que trop peu souvent goûté. Je profite de l'instant où elle détourne son attention pour me gifler intérieurement. Cette pensée est tout simplement horrible et je refuse de m'en accaparer la paternité - accessoirement maternité. Je devrais avoir honte d'éprouver de telles envies à l'encontre d'un individu aussi noble que la race elfique! Heureusement pour moi mon teint sombre empêche à autrui de lire les émotions qui colorent mes joues. D'une autre part, je n'ai nulle retenue à avoir. Ce peuple s'est toujours présenté comme supérieur au mien sans même chercher à comprendre les subtilités de notre art. Dès lors, peu importe si je l'offusque avec mes conflits de conscience. Elle a probablement fait - au fera - bien pire dans son immortalité!

    Et voilà déjà que le premier reproche tombe. Je n'ai même pas le temps de réagir que déjà elle en rajoute une couche. Non seulement elle me provoque, mais qui plus me met-elle des mots dans la bouche que je n'ai même pas eu à l'esprit d'exprimer dans un quelconque contexte. Décidément, elle ne fait rien pour arranger notre potentielle entente!

    La première amélioration se traduit à travers la disparition de la menace première. Elle baisse son arme. A vrai dire je n'y avais même pas prêté la moindre attention. Bien trop préoccupée à imaginer l'arôme exquis qui pourrait découler d'un tel nectar ... je suis vraiment incorrigible.


>> Enchantée Nylea, je me nomme Mikalÿa. Mais tu peux m'appeler Mika.

    Je n'arrive limite pas à croire que toute cette mièvrerie gratuite sort de ma bouche. Pas étonnant que les animaux les plus dociles accourent vers moi - grande sauveuse de l'humanité!


>> Je suis navrée que tu m'aies privé de mon propre repas d'avoir interrompu ton rituel.

    Au moins on est quittes.


>> Arriverais-tu à toucher une biche sans la tuer?

    Son jus sera d'autant plus salvateur à mon encontre.


>> Peut-être pourrions-nous chasser ensemble? Je serai plus subtile à l'avenir, promis.

    Le sourire niais qui s'affiche sur mon visage légèrement penché me donnerait presque un haut-le-cœur. J'ai vraiment besoin de manger si je ne veux pas rentrer dans le conflit politique qui se trame en ville.


>> Toi aussi tu as dû percevoir le chemin emprunté par notre futur repas pour nous fuir. Tu viens?

    Peu importe si elle me suit ou pas. Je n'attends pas sa réponse que déjà je me suis retournée et part à la traque du gibier. Limite ça m'arrangerait qu'elle m'abandonne sa proie, je n'aurai pas à cacher plus longtemps ces pulsions qui menacent de rompre mes propres convictions.


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MessageSujet: Re: Au alentour de Lonëneilh   Mer 12 Mar - 15:02

Nylea tiqua aux dires de l'étrangère. Comment ça "nous" ? "Nous fuir" ? Si la bête aurait voulu la fuir, elle, elle serait partie à Est. Alors qu'elle avait bien vu les traces partir au Sud. Cette femme mentait et Nylea ne pu s'empêcher de la dévisager un instant tout en réfléchissant aux différentes raisons qui avaient pu la pousser à lui mentir.
Peut-être ne voulait-elle pas s'avouer dangereuse au point de faire fuir les animaux. C'est probablement ce qu'un prédateur pensant aurait fait. A moins qu'elle se soit simplement fait tromper par son ignorance, qu'elle ne connaissait pas l'exacte cause de la fuite de l'animal. Ces explications lui étaient toutes deux logiques. Une prédatrice ou une ignorante.
L'elfe continua sa longue analyse. Non, elle n'était pas gênée par le silence. Non, les secondes se transformant en longue minute sans aucune parole ne la dérangeait guère. Les doux bruissements vibrants de la forêt ne la pressait pas non plus et ses observations pouvaient nettement être considérée comme oppressante. Mais peu lui importait : logiquement, un être n'envisage rien qui soit à l'encontre de ses intérêts. Si le bipède était polie, c'est probablement qu'il s'attendait à recevoir quelque chose. A manger, donc... Avait-elle vraiment l'air d'être une nourrice bienveillante ? Question sans possibilités actuelles de réponse : question inutile. Elle haussa alors les épaules et répondit enfin :
- Je veux bien. Mais pourquoi ne pas tuer l'animal ? Voudriez-vous le manger vivant ?
Nylea fit cette demande le plus naturellement du monde. C'était l'explication la plus évidente qui lui était venue. Elle était étrange, mais pas au point de la repousser. Après tout, pourquoi pas ? Les prédateurs ne prenaient pas toujours la peine d'empêcher leur proie de frétiller entre leurs dents, mais elle doutait que ce soit une préférence de leur part.
La tournure des événements commençait à être intéressante. L'elfe était pressée de connaître davantage sur cet être et elle entreprit de la suivre à travers la forêt d'une marche rapide.
En tout cas, elle avait fait son choix au long de ses réflexions : elle suivait une prédatrice et pas une ignorante.
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MessageSujet: Re: Au alentour de Lonëneilh   Jeu 13 Mar - 7:57

    Elle me regarde avec insistance. Comme si le simple fait de s'évertuer à maintenir ce semblant d'oppression va m'inspirer la confession. J'ai vécu bien assez longtemps sur terre pour avoir dépassé ce stade de la première rencontre. Autrefois j'aurais pu l'interpréter comme hostile. Autrefois j'aurais pu courir ou baisser le regard. La fuite. Physique ou (a-)morale. C'est une solution de facilité. Du moins ça l'était. Désormais j'ai beau fuir, je me fais toujours rattraper par mes propres péchés. Alors j'ai arrêté. Peut-être par fainéantise. Ou tout simplement par résignation.

    Fait est que cela ne me dérange pas - plus - de me faire observer tel un animal de foire. J'ai connu bien pire, ne serait-ce que ce matin encore en traversant une ville peuplée d'humains. Les elfes ont beau transpirer le hautain, en rien cela n'est comparable à l'amalgame d'émotions transcris dans le cœur des hommes. Dégoût. Pitié. Peur. Ce ne sont là que quelques exemples des regards que j'inspire à mon interlocuteur de base.
    Alors lorsque la dénommée Nylea se content à peine de me regarder sans jamais juger à voix haute, je le prends pour présent plus que par punition. Peu importe si le tout n'est que diablerie en apparence. Qui suis-je donc pour la juger à ce niveau?

    Même si le mutisme de l'elfe ne me dérange aucunement, mon corps en décide autrement. Il me fait comprendre que l'attente est un supplice et appelle à lui les instincts que je tente de (re-)nier. Il me tire vers le bas, vers la gauche, vers la droite. Je me sens comme nauséeuse avant de manquer de chuter. En soi rien ne transparait sur les traites de mon expression, si ce n'est que je me suis déjà retournée et éloignée. Qu'elle observe donc mon dos si celui lui chante, notre proie ne nous attend pas.

    J'ai bien vu qu'elle ne me croit pas. Je ne peux pas lui donner tort. Mais qui donc pour prétendre que je parlais de la biche à la première personne? Je ne fais pas fuir ce délicieux repas de la nature. Et j'ai assez d'expérience en la matière pour savoir que elle non plus n'aurait jamais laissé filer aussi attrayant gibier. La conclusion n'en devient que plus alarmante. Un prédateur supplémentaire rôde dans le coin. Et rien que l'idée me fait saliver.
    Dès lors aucune question à se poser. Je délaisse délibérément la traque de l'animal premier. L'elfe peut la prendre si l'envie l'enchante. Pour ma part je pars en direction du sud, là où les bruissements du vent sont encore frais et chargés en énergie statique.

    Je pense avoir réussi à semer l'envahisseur lorsque le son sibyllin de sa voix vient me chatouiller le dos. Même si je ne ralentis pas pour autant ma cadence, son pas a vite fait de rattraper le mien. Ses quelques questions je les laisse volontiers en suspens. Ne serait-ce qu'un instant. Sa race est de consonance patiente, alors autant la faire languir un peu les informations convoitées ... même si cela m'étonnerait que le verbe "languir" face partie de leur dictionnaire courant.


>> Qui dit que je veux la manger?

    Je me rends compte à l'instant où ces mots sortent de ma bouche qu'elles peuvent avoir une consonance dérangeante. Je passe pour un chasseur sadique. Pour un prédateur de jeu et non pas de survie. C'est étrange de prendre les informations à contre-sens, même si pas forcément erroné. Je me surprends tout à la fois à ressentir le besoin de me justifier. De redresser l'injustice verbale que je viens de m'infliger.


>> Il suffirait à peine de l'effleurer pour que coule le sang qui attirera notre propre proie. N'est-ce pas?

    Je tente une approche différente en offrant un léger sourire à mon interlocutrice. Il est aussi sincère que je puisse le penser. Mais cela ne suffira peut-être pas à oublier les prémisses d'une certaine hostilité. Alors pourquoi m'a-t-elle suivi?


>> Dis, je ...

    ... n'ai pas le temps de finir ma phrase qu'un grondement sourd me percute les tympans. Je suis tellement sensible à cette forme d'agression sensorielle que je manque de vaciller. Là encore je connais assez bien les limites de mon propre corps que pour empêcher de céder à l'appel de la gravité. Je tourne ma tête vers l'arrière à l'instant bien précis où la silhouette svelte du félin s'extirpe de l'ombre et révèle - enfin - son identité. Ses dents d'une blancheur irréelle semblent attirer les rayons du soleil à elles. Ce qui n'a d'autre résultat que de créer l'illusion d'une scintillante brillance.


>> ... je crois qu'elle vient de nous trouver.

    Je me moque de savoir si c'est elle ou une autre que nous traquons. Sa colère irradie à un tel point en ma direction que je ne peux que l'interpréter telle une agression personnelle. Mes pensées se flouent. Mes instincts prennent le dessus. L'aura de nos deux entités se frôlent et se rencontrent. Dans toute ma perception de l'autrui et de l'autre, il n'y a plus qu'un maître-mot qui persiste. Le seul qui nous lie. Le seul qui nous différencie. MANGER

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