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 Retour à la case départ [PV Kaëran]

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MessageSujet: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Dim 10 Mar - 20:11

 


Précédemment : L'enlèvement


Le lendemain, Ellana continua à s'entraîner. Déjà, elle se rendit dans la salle de bains pour se laver et se coiffer. Elle s'y attarda, s'obligeant à regarder son corps qui la dégoûtait encore, et se parla, regardant son reflet dans la glace. Elle répétait ce qu'elle dirait au Lieutenant. Se forçait à ne pas pleurer ou du moins à ce que les larmes ne coulent pas sur ses joues. Hewie la regardait, curieux, perché sur la commode.

Ensuite, elle sortit de la pièce, prenant de cours Eiriel qui était en train de finir de préparer le plateau.

-Oh ! J'allais justement venir ! Tu vas bien ?

-On peut dire ça oui…

Dorguan arriva à ce moment là, les yeux encore bouffis de sommeil. Il ne remarqua pas tout de suite Ellana et alla embrasser sa femme, baillant encore. Ellana c'était un peu tendue, vu qu'il restait un homme, mais elle ne bougea pas. Alors, quand il la vit, il s'exclama :

-Ellana ! Je suis si heureux de te voir en aussi bonne forme ! Assieds-toi, assieds-toi !

Il s'assit lui-même et elle l'imita. Elle aurait voulut lui sourire en guise de réponse, mais elle n'y arrivait pas. Ce matin-là, elle mangea avec Eiriel et Dorguan qui étaient plus que contents de la voir ainsi. Ils espéraient que tout rentre dans l'ordre vite. Bientôt, elle irait retrouver Kaëran et le jeune homme retrouverait son sourire.

A la fin, Ellana aida Eiriel a débarrasser, même si la paysanne voulait qu'elle aille s'occuper l'esprit. Ensuite, elle l'aida à plier le linge, à faire les lits, à nettoyer…tout pour être occupée.

La seule chose qu'elle ne fît pas fût de sortir avec elle dans le jardin arrière pour accrocher la lessive. Elle en profita pour aller écrire dans son journal. Ca faisait longtemps et elle voulait graver ses progrès sur le parchemin. A midi, ils mangèrent tous les trois, normalement.

Enfin normalement, pas tant que ça. Ellana songeait à Kaëran, sans cesse. Il était tout seul alors qu'eux étaient ensemble…elle voulait le voir, l'entendre…il fallait qu'elle se dépêche !
En après-midi, Dorguan était retourné travailler, laissant les deux femmes seules sous la surveillance du chat qui…dormait. La surveillance était très active en effet !

Ellana aida Eiriel à coudre. Mais ses mains tremblaient encore de trop et ce n'était guère satisfaisant.

-Ne t'en fais pas. Tout te reviendra avec le temps. Dit-elle pour rassurer la jeune femme.

Ellana soupira. Le temps…il lui filait entre les mains celui-là. Si seulement elle pouvait être plus rapide, pour retrouver Kaëran…c'était un manque affreux en elle. Comme lorsqu'il était parti en mission, bien avant qu'elle ne comprenne qu'elle l'aimait. Mais là c'était en même temps pareil et si différent…

Eiriel vit bien le regard perdu de la jeune femme. Si seulement Kaë pouvait venir prendre des nouvelles, il verrait qu'elle lui serait bientôt de retour…il fallait qu'il vienne, elle ne pouvait pas le traîner de force au risque qu'il se replie encore plus.
Au soir, ce fût semblable, repas puis coucher. Kaëran la hantait tant il lui manquait. Tellement que Raven et son père restaient loin dans sa tête pour l'heure…

Le lendemain, ce fût également la même chose, sauf qu'elle franchit la porte de la maison pour aller dans le jardin arrière. Personne ne pouvait la voir. Elle s'était inévitablement tendue, regardant partout autour d'elle comme si quelqu'un pouvait venir la kidnapper, mais Eiriel et Dorguan étaient là. Le vent s'infiltrait dans ses cheveux et la faisait frissonner malgré la couche de vêtements. L'hiver s'installait pour de bon et déjà une pellicule blanche recouvrait le sol et les feuilles des arbres restées accrochées.

L'air frais lui fît penser à la ruelle, la mort imminente, mais aussi à la renaissance. Le lendemain, elle irait parler à Kaëran. Elle mettrait à profit cette journée-ci pour encore s'entraîner. Et c'est ce qu'elle fît. Dans la chambre ou la salle de bains, elle se parla, murmura, se força à tout redire, encore et encore. Elle devait être capable de tout lui avouer, avec les détails, tout. Après, il fixerait son sort…la garder ou…la jeter. Elle…respecterait son choix, même le plus dur.

Au soir, elle s'endormit avec une petite appréhension. Elle stressait pour le lendemain, mais était sûre que c'était le bon moment. Jamais elle ne se doutait de ce que Kaëran faisait en ce moment même…

Ce fût le soleil qui la réveilla. Elle s'étira, se leva et alla se préparer. L'on ne dira pas qu'elle se fît belle, mais elle se rendit un peu plus présentable. Elle changea de vêtements, et coiffa avec le plus grand soin ses cheveux. Eiriel ne lui ayant pas encore appris à les tresser, elle les laisser libres sur son dos.

Ensuite, Hewie dans les bras, elle descendit. Le petit-déjeuner était prêt, mais elle n'avait pas beaucoup faim.

-Mange, Ellana. Cela te donnera encore plus de forces. Déclara Eiriel pour l'encourager.

Soupirant et se résignant, elle avala deux tartines, but un thé puis se leva.

-Je veux…aller le voir. Maintenant.

Eiriel et Dorguan ne firent qu'acquiescer et se levèrent, la guidant. Son cœur tambourinait contre sa poitrine alors qu'elle mettait pour la première fois depuis une semaine et demie les pieds dans la rue. Il n'y avait, heureusement, pas trop de monde. Ils avançaient, Dorguan et Eiriel l'entourant. Elle stressait affreusement. Seulement, quelque chose clochait…

En arrivant près de la maison, ils froncèrent de concert les sourcils. Les rideaux étaient clos, des planches clouées dessus. La porte d'entrée était elle aussi barrée. Que…

Ellana n'eut guère le temps de poser une quelconque question que Dorguan se précipitait et arrachait la planche d'un air rageur. Il défonça presque la porte et disparut à l'intérieur.

Les femmes, dehors, retenaient leur souffle. Ellana se cramponnait au portique, les jointures blanches à force de serrer. Pourquoi tout était barré ? Pourquoi tout avait l'air si…mort ? Ou était-il ? Elle avait peur d'un coup…

Dorguan ressortit deux minutes après pour dire :

-Il n'est pas là. Ses affaires manquent aussi. Il est partit.

Il avait baissé la tête. Les mots cognèrent l'esprit d'Ellana qui s'effondra à genoux en hurlant :

-NNNNNNOOOOOOOOOONNNNNNNNNNNNNNNNN!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

C'était le cri qu'elle n'avait pas poussé lorsqu'ils l'avaient retrouvée. Le cri qui sortit du plus profond de son être et dont les échos se perdirent dans la ville qui s'éveillait à peine. Eiriel s'accroupit et la prit contre elle, mais Ellana se dégagea doucement, pleurante.

Partit…elle l'avait finalement jeté dehors, loin des siens. Il n'avait plus réussit à supporter l'attente…elle avait tout brisé…Pourquoi ? Kaëran…elle le sentait si loin, en elle…

Dorguan lui, serrait les poings. Quel idiot ! Pourquoi n'avait-il rien dit ? Ou était-il allé ? Alors qu'Ellana avait besoin de lui ! Tous ses efforts risquaient d'être vains à présent !

Ellana, a genoux au sol, était inconsolable. Elle se balançait d'avant en arrière, sans comprendre pourquoi il l'avait laissée sans rien dire. Il aurait pu…il aurait pu lui dire ou lui écrire un mot  lui expliquant qu'il ne pouvait pas continuer à l'attendre, qu'il ne pouvait pas aimer une femme comme elle…
Elle l'avait chassé de sa maison, de sa ville, de sa famille. Elle l'avait poussé à se séparer de tout ce qui lui tenait à cœur alors que ca aurait du être à elle de partir, n'ayant aucune attache hormis lui et les siens.

Lentement, elle se releva, Eiriel suivant le mouvement. Elle non plus ne comprenait pas ce qui avait poussé Kaëran à agir de la sorte. Elle voulut prendre la couturière par les épaules, mais encore une fois elle se dégagea en douceur.

Ellana avait pris sa décision. Regardant la maison vide d'un œil mort, elle déclara :

-Je…je dois partir.

Les mariés furent sous le choc. Partir ? Mais pour aller ou ? Elle ne connaissait rien ? Qui sait qui elle pourrait rencontrer de malveillant ?!

-Non Ellana, reste ici. Dit-il d'une voix assez calme malgré sa colère contre Kaëran.

Ellana secoua négativement la tête. Elle ne pouvait pas rester et profiter de cette vie agréable avec la famille de Kaëran alors qu'elle l'en avait éloigné. Ce serait trop égoïste. Et elle n'y arriverait pas. Sans répondre, elle fît demi-tour et marcha vers la maison d'Eiriel. Elle entra et monta jusqu'à la chambre, entendant les mariés la suivre au pas de course. Là, elle prit son sac, y fourra le livre et le journal, quelques vêtements, et le referma. Elle voulut se tourner pour descendre et demander un peu à manger et à boire pour la route, lorsqu'Eiriel lui barra la route, son époux derrière elle.

-Ne pars pas, Ellana. Il reviendra.

-Justement. Et quand il reviendra, il ne doit pas me trouver ici. Je lui ais tout pris, et…il vaut mieux que je ne sois plus là quand il rentrera.

Surtout que…s'il revenait avec une autre femme…Elle leur demanda de la laisser descendre, les larmes aux yeux, et ils le firent, chamboulés. Ellana prit une gourde d'eau, un peu à manger, et s'apprêta à sortir.

-Ellana, non ! S'il te plaît ! Ou vas-tu aller ?

-Je n'en sais rien. Là ou je ne le ferais plus souffrir de la sorte. Là ou je ne ferais plus souffrir personne.

-Mais…!

- Je vous en prie…laissez-moi partir. C'est mieux pour tout le monde. Dites-moi juste…le chemin pour sortir de la ville.

Les mariés se regardèrent. Ils ne pouvaient pas la retenir contre son gré. Ils savaient qu'elle partirait quand même. Alors Dorguan lui indiqua le chemin, lui faisant promettre d'être prudente. Ellana lui fît la promesse et sortit de la maison, les laissant la regarder s'éloigner.

Elle laissait derrière elle sa vie entière. Sa vie sombre, mais aussi ses moments joyeux avec Kaëran. Surtout ceux-là. Elle laissait derrière une vie qu'elle aurait pu se construire à ses côtés. Elle avait tout brisé. Tout gâché. Son père avait eu raison. Elle ne méritait ni de vivre, ni d'aimer. Elle n'était bonne à rien, sauf à jouer la putain.
En sortant de la ville, Ellana pleurait toujours, ignorant les gens qui la regardaient bizarrement. Elle serrait son sac dans sa main, le cœur en miette.

Trop longtemps. Elle avait mis trop de temps. Elle l'avait rebuté, éloigné. Maintenant, il lui fallait trouver un petit coin ou elle pourrait s'installer. Une clairière, un arbre…qu'importe. Elle ne pouvait avoir plus, n'ayant pas d'argent. S'installer, et se faire oublier. Prier pour qu'il soit enfin heureux. Qu'il trouve la femme qui le méritait réellement. Qu'il l'oublie elle, et se dise qu'elle n'avait été qu'une erreur.

Ellana marcha, tournant le dos à ce qui aurait pu être une vie des plus merveilleuses avec Kaëran, murmurant au ciel :

-Je t'aimerais à jamais, Kaëran…puisses-tu être enfin heureux…

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Lun 11 Mar - 16:12

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Chapitre 4
C’est lorsque l’on est seul
qu’on se rend compte qu’on est un idiot

◆ ◆ ◆



Dès l’instant où il se retrouva loin de Racium, sa gorge se serra et son estomac se comprima. Le cheval sur lequel il siégeait courait aux galops afin de s’éloigner le plus rapidement possible de cette contrée du Royaume. Il ne fallait pas qu’il fasse demi-tour... La forêt l’entoura de part en part après quelques heures. De temps à autre, il y avait des bêtes nocturnes qui traversaient le sentier de terre battue, prenant peur en voyant cette masse noire se diriger vers eux à toute allure. Pourquoi était-il parti de cette manière ? Sans laisser de mot. Sans prévenir personne. Même Ayden n’avait pas été mis au courant de son départ. Au final, avait-il pris la bonne décision en quittant Racium et les siens sur un coup de tête ? L’homme n’en savait rien et ne voulait pas le savoir pour l’heure, car il devait se concentrer sur sa route et arriver à sa destination en un seul morceau. Ce ne fut qu’au lever du jour que Kaëran s’autorisa une pause près d’un petit pont de bois qui traversait un ruisseau. Le cheval ne se pria pas pour s’abreuver et reprendre un peu de force en broutant l’herbe fraîche qui l’entourait. Le Lieutenant lui, se tenait droit, bras croisés contre son torse, mais la tête basse. Il voyait son reflet dans l’eau, cet aspect glacial qu’il dégageait maintenant.

Qu’avait-il fait... ?

Après une vingtaine de minutes, le Lieutenant remit un pied dans l’étrier et guida le cheval jusqu’au chemin, le laissant au trot cette fois. Son esprit lui, ne cessait de divaguer et ça commençait à devenir énervant. Il fallait qu’il s’enlève les images d’Ellana de la tête. Qu’il passe à autre chose, bien qu’il ne voulait pas. Cette femme, il l’adorait. Elle était unique, naturelle. Elle était vraie. Et il venait de la laisser derrière sans avoir pris une chance pour lui dire au revoir. D’un coup, il redoutait le pire; comment allait-elle réagir lorsqu’elle verrait qu’il avait disparu sans laisser un seul mot à personne ? Eiriel et Dorguan allaient lui chauffer les fesses dès qu’il serait revenu... s’il revenait... Un long et profond soupir s’échappa dans l’air ambiant sous forme de fumée blanche presque translucide. Ses yeux vairons se levèrent vers le ciel qui commençait à se teinter de couleurs chaudes.

‘‘ Quel idiot... ‘‘ Souffla t-il.

Ça oui, il était un pur imbécile. Dès que quelque chose le perturbait, il se refermait comme une huître pour éviter d’être blessé ou de souffrir davantage. C’est ce qu’il avait encore fait. Qu’est-ce qui lui faisait croire qu’Ellana ne se battait pas pour remonter la pente ? Peut-être luttait-elle de tout son être en son for intérieur alors qu’elle projetait une image de peur vis-à-vis de ses semblables ? Et lui, qu’est-ce qu’il faisait ? Il s’enfuyait comme un lâche.

En fin d’après-midi, Kaëran put rejoindre un petit village en déviant de sa trajectoire initiale. Il avait besoin de se reposer un peu, tout comme son étalon et un bon repas chaud en ces jours froids d’hiver ne feraient certainement pas de tort à son corps qui réclamait nourriture et sommeil. Entrant donc dans la seule auberge des lieux. On l’accueillit d’un simple sourire alors qu’il sortait sa bourse pour payer l’aubergiste.

‘‘ Désirez-vous qu’on vous apporte votre repas, Monsieur ? ‘‘

‘‘ Vous n’aurez qu’à le laisser devant la porte si je ne réponds pas. Merci ‘‘

‘‘ Que votre séjour soit agréable et reposez-vous bien. ‘‘

Le Lieutenant salua la vieille dame d’un signe de tête, la remerciant de même puis se pencha pour prendre ses sacs et monter à l’étage. Les marches de cet escalier grinçaient sous son poids et ce fut la même chose dans cet étroit couloir éclairé par une série de petites fenêtres. Kaëran chercha sa chambre et entra la clé dans la serrure pour ensuite l’ouvrir. La chambre était plus ou moins invitante, mais il s’en fichait. Au moins, il pouvait prendre un bain puis se reposer quelques heures avant de se remettre en route. Voyager de nuit était plus aisé pour lui et on croisait souvent moins de malfrats qui en voulaient à nos richesses. Les sacs de cuir furent posés sur la petite commode près de la fenêtre et l’armure sur le pied du lit. Les bottes restèrent au sol avec le reste des vêtements du jeune homme qui s’était glissé dans l’eau en soupirant d’aise. Il se demandait comment se portaient les gens de Racium, si quelqu’un avait remarqué son absence. Qu’est-ce qui l’attendrait à son retour ?

‘‘ Ellana... ‘‘ Chuchotta-il la gorge enrouée et l’air dépité soudainement. ‘‘ Qu’est-ce que j’ai fait ... ‘‘

Sa main droite sortit de l’eau et passa sur son visage, lichant sa chevelure en bataille sur le sommet de sa tête. La jeune femme avait certainement besoin de lui là bas. À moins qu’il se trompe ? Peut-être ne voudrait-elle plus jamais le laisser approcher, ni même qu’il la touche ou la regarde. Peut-être que dès qu’elle le pourrait, elle partirait de Racium pour se refaire une vie ailleurs ? Ses paupières se refermèrent alors que sa tête s’accotait au bord de la baignoire; il n’arrivait plus à réfléchir clairement avec cette fatigue qui le tenaillait.

Séché et revêtu, le soldat fermait les rideaux de la fenêtre lorsqu’on toqua à la porte. Bien entendu, il alla ouvrir et vit un homme d’assez grande taille, sa barbe tressée sous son menton. Ses cheveux étaient blancs comme la neige et ses yeux aussi noirs que les ténèbres eux même. Il lui souriait et lui tendit un plateau recouvert d’un tissu. Certainement pour garder la chaleur du repas, comme on faisait habituellement.

‘‘ Bon appétit monsieur. Laissez le tout en dehors de la chambre lorsque vous aurez terminé. ‘‘

‘‘ Merci. ‘‘

L’homme lui tourna dos et marcha dans le couloir avant de disparaître à sa gauche. De là, on entendait toujours très bien le grincement de l’escalier. Kaëran referma donc la porte avec son pied droit et s’installa en tailleur au centre du lit avant de se mettre à manger. L’appétit n’était pas tout à fait au rendez-vous, mais il se devait de manger pour garder des forces. Son estomac repu et ne pouvant en ingurgiter plus, le plateau fut déposé devant la porte de la chambre qu’il verrouilla par la suite. Maintenant, c’était l’heure de prendre un peu de sommeil. Se laissant tomber sur le dos dans le lit, Kaëran ferma les yeux.

Et le visage d’Ellana restait gravé sur sa rétine alors qu'il sombrait.

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Dernière édition par Kaëran Eira le Mar 12 Mar - 1:11, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Lun 11 Mar - 18:27




Elle ne voyait pas où elle marchait. Tout n'était que brouillard, tant dans son cœur, son esprit, ou ses yeux. La route s'étirait devant elle, en une longue ligne droite bordée de forêt. Le froid la mordait, tout comme la fine neige qui tombait et parsemait ses cheveux. Pourtant, une chose restait claire…elle était seule. A jamais. Seule comme elle l'avait toujours été. Seule parce que c'était ce que son père lui avait dit.

Pourquoi avait-elle pensé pouvoir changer ? Pourquoi avait-elle eu la folie de croire qu'elle pouvait rendre un homme heureux de sa propre initiative, sans être forcée ? Elle avait eu faux, comme à chaque fois. Kaëran avait trop souffert à cause d'elle. Elle l'avait chassé de sa famille, l'avait éloigné alors qu'il avait besoin d'eux maintenant que sa mère était partie. Et voilà…elle était venue et avait tout gâché. Comme à chaque fois. Ellana renifla, fermant les yeux en pleurant de plus belle. C'était insupportable, cette douleur au fond d'elle…

Elle s'écarta du chemin, s'enfonça légèrement dans les bois pour être camouflée. Elle rejetait sa peur au fond d'elle. De toute manière, l'autre douleur était bien trop présente pour lui laisser la moindre chance de sortir…Là, elle se posta devant un arbre et posa son front contre son écorce dure, froide et rêche. Les larmes continuèrent leur route sur ses joues rougies par le froid, s'écrasant au sol ou sur le tronc.

-Kaëran…qu'ais-je…fait…pourquoi…je t'aime tant…

Elle parlait à un arbre. Un arbre qui ne la comprenait pas. Qui restait figé, immuable et immortel. Il en avait vu des choses au fil des ans. Il en avait vécu des aventures…et il était toujours là. Ellana devait aussi rester droite dans cette épreuve. Kaëran l'oublierait vite. Il referait sa vie avec une femme "normale" et serait heureux. Elle ne serait plus qu'un vague souvenir que le temps se chargera d'effacer de sa mémoire…

Alors qu'elle ne l'oublierait pas. Ses yeux étaient gravés en elle…si seulement il lui avait dit qu'il voulait la quitter…qu'il ne la voulait plus…elle lui aurait alors souhaité en face de vivre pleinement. Là, elle pouvait à peine lui envoyer une pensée. Et qui sait si elle parviendrait à destination ?

Essuyant ses larmes d'un revers de main, elle respira profondément et se remit en route, retournant sur le chemin tassé par des siècles de voyages. Elle ne savait ni ou il menait ni combien de temps elle mettrait. A vrai dire, elle s'en fichait complètement. Elle errait, à la façon d'une âme en peine. D'une âme égarée qui n'attendait qu'une paire de bras pour la bercer et la réconforter. Des bras qu'elle n'aurait jamais plus.

Un faible soleil passait entre les nuages. En levant la tête, un nuage blanc s'échappant de sa bouche, Ellana constata qu'il était haut. Il devait être midi. Elle ouvrit son sac, prit un petit bout de pain et le mangea en marchant. Elle n'avait pas faim, mais avec ce froid et sa maigreur, elle ne voulait pas tenter le diable. Quoique…si elle mourrait là, personne ne le saurait et personne ne viendrait la chercher. Seulement, pour avoir été proche de la mort dans la ruelle, Ellana n'avait pas envie de recommencer. Elle préférait vivre avec cette douleur lancinante au fond de son cœur…

Elle continua à marcher, longtemps, ce demandant si elle ne faisait pas du surplace ou si elle ne tournait pas en rond. Il n'y avait aucun changement, toujours le chemin qui s'étirait et les arbres qui le bordaient. Pas de signe de vie. Et ce n'était pas plus mal. Elle ne voulait voir personne. Et personne ne devait la voir. Son père lui avait dit que de toute façon ses yeux effraieraient les gens. Seul Kaëran les avait aimés, tout comme Naël, Eiriel et Dorguan. Elle se trouvait laide et horrible.

Cette longue marche l'avait fatiguée. Elle n'était plus habituée à cette dépense physique depuis…depuis Raven. Elle s'accroupit au bord de la route contre un arbre, reprenant son souffle. Dans ses mains, son sac pendouillait entre ses cuisses. Elle le posa sur ses jambes, l'ouvrit, en sortit le livre dans lequel il lui avait appris à lire. Elle caressa la couverture, ce souvenant si bien de ces moments ou ils lisaient à deux, Kaëran la reprenant quand elle prononçait mal…les images étaient si nettes…comme si c'était hier…alors que près d'un mois c'était écoulé. Alors que tout était terminé. Avant même d'avoir commencé.

Elle rangea le livre, fermant les yeux pour chasser les larmes. Elle devait arrêter de pleurer et ce montrer un peu plus forte. Ou du moins essayer. Kaëran était loin. Il ne pensait sans doute déjà plus à elle. Elle avait mis trop longtemps. Elle n'avait que ce qu'elle méritait et il avait eu raison. Aucun homme ne supporterait une femme comme elle.

-Tu vivras toujours en moi, Kaëran. Malgré tout ça…tu auras toujours mon cœur… Murmura-t-elle à l'arbre en face d'elle, de l'autre côté de la route.

Une nouvelle fois, elle se redressa et continua son chemin. Le temps s'écoulait, continuant son cours comme si de rien n'était. Elle était perdue dans ses sombres pensées, dans sa douleur, lorsqu'elle entendit un bruit de chariot provenant de derrière elle.

Elle s'écarta légèrement, ne faisant pas attention plus que ça même si elle avait sursauté. Le chariot la dépassa et s'arrêta un mètre devant elle. Elle se stoppa, inquiète d'un coup.

Là, un homme descendit, et s'approcha. Elle se tendit et recula, mais il continua d'approcher. Elle constata qu'il était grand et massif. Moins que Raven, mais un peu plus que Kaëran. Il avait de courts cheveux grisonnants, et des yeux d'un noir profond. Mais surtout, il avait un sourire étrange. Pour elle, il était juste bizarre. Pour les autres, ceux qui pouvaient le déchiffrer, il était carnassier. Le sourire du chasseur qui a trouvé sa proie et qui ne compte pas la lâcher…

-Hola gente dame ! Que faites-vous donc seule sur cette route et par ce temps ?

Il avait une voix qui invitait la confiance. Un jeu en fait. Elle était plus grave que celle de Kaëran déjà…

-Je…marche, c'est tout. Répondit-elle, tendue.

-Et ou allez-vous donc ?

-Je ne sais pas. Là ou cette route va.

Il s'approchait lentement à chaque phrase qu'il prononçait.

-Puis-je vous proposer de vous emmener jusqu'au village ? Il est encore loin à pied et la nuit ne va pas tarder à tomber. Avec ce temps, vous ne pourrez guère rester en forêt la nuit, et encore moins seule…

Ellana se méfiait un peu. C'était un homme…le suivre ? Pour aller ou ? Faire quoi ?

-Voulez-vous m'accompagner ?

-Jusqu'au village ? D'accord…ensuite je ne vous embêterais plus.

-Mais vous ne m'embêtez pas, gente dame ! En revanche…une fois au village, m'accorderez-vous de m'offrir un service ?

-Quoi comme service ?

-Vous le saurez une fois sur place… Il sourit. Alors ? Venez-vous ?

Il posait la question, mais en réalité, qu'elle accepte ou non, il l'emmènerait. Ellana réfléchit deux minutes. Quel service pouvait-on bien demander à une fille comme elle ? Elle devrait peut-être se méfier…

Et puis à quoi bon ? Elle n'avait plus rien…et cela lui permettrait de rallier plus vite le village comme il disait…

-D'accord…

-A la bonne heure ! Grimpez donc ! Je me nomme Nolan.

Elle s'exécuta et attendit qu'il soit assis à ses côtés pour murmurer :

-Et moi Ellana.

Ce furent les dernières paroles échangées. Il remit les chevaux en route, et le chariot s'éloigna rapidement. Elle regardait le paysage défiler, pensant toujours à Kaëran, se demandant ou il l'emmenait, quel service il voulait qu'elle lui rende. De toute façon, elle lui rendait son service et s'en irait ensuite…

Elle ne se doutait pas le moins du monde que le service serait bien plus long que ce qu'elle prévoyait. Mais surtout, elle n'imaginait pas qu'il l'emmenait là ou son père lui avait toujours dit qu'elle irait.


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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mar 12 Mar - 1:10

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Chapitre 4
Jamais...

◆ ◆ ◆



Un sommeil court et plus ou moins réparateur. C’est ainsi qu’il fallait qualifier cette pause.

Le voilà qui était de nouveau sur la route alors que le soleil se couchait. D’apparence extérieure, il semblait serein bien que fermé, mais à l’intérieur c’était tout le contraire. Il se morigénait sans cesse, tentait de se faire à l’idée qu’il était trop tard maintenant pour revenir en arrière. Les pots étaient cassés maintenant. La page était tournée... c’est ce qu’il osait croire du moins. Était-ce réellement le cas ?

Non... il était trop tard...

Les sabots de l’étalon noir qu’il chevauchait cognaient le sol avec force sous les bruits du bruissement des feuilles sous la brise du soir. Une fine neige tombait sur la tête à découvert du cavalier ainsi que sur la crinière de la bête qui secouait sa longue crinière alors que les flocons y fondaient. Le temps était humide et froid, faisant grelotter le Lieutenant qui dut s’étirer le bras pour prendre une couverture de laine et se couvrir un peu plus chaudement. Il enfila aussi d’épais gants de cuir et reprit fermement les rennes de sa bête qu’il fit accélérer pour arriver plus rapidement à destination. Où allait-il ? Dans un village beaucoup plus à l’ouest, près des montagnes enneigées qui longeaient une partie du territoire des vampires, Temian. Un campement y avait été dressé en vue d’éventuelles menaces par simple précaution. Il y avait des rumeurs, mais il fallait s’assurer qu’elles soient d’abord fondées, non ? Le roi de Racium avait donc dépêché quelques membres de ses troupes pour y inspecter les lieux. Kaëran devait bien être à quatre jours et quatre nuits de chevauchée avant d’y parvenir et devrait inévitablement dormir à la belle étoile dans les heures à venir, car il n’avait pas récupéré suffisamment. La fatigue est le pire ennemi d’un soldat après tout.

Les flocons ne tardèrent pas à se faire de plus en plus présents, voire insistants. Ils peuplaient le ciel à tout va et le vent se levait davantage. Le Lieutenant dut donc se trouver un abri pour le reste de la nuit et réussit tant bien que mal à se faire un feu de camp pour se réchauffer et se faire cuire un peu de viande séchée. Le cheval eut droit à quelques pommes avant un repos bien mérité. Le jeune homme se colla contre son ventre après avoir fabriqué un abri de fortune à l’aide de branches de sapin puis ferma les yeux pour enfin s’endormir. Au beau milieu de la nuit, Kaëran se réveilla et se remit en route. Le vent était tombé et c’était le moment où jamais d’avancer un peu plus s’il ne voulait pas perdre trop de temps.

La route fut ainsi pour les jours à venir. Tantôt il faisait beau et le soleil brillait de mille feux, tantôt il neigeait à plein ciel et le vent lui fouettait le visage. Kaëran put atteindre le campement du Lieutenant Ethan en soirée du quatrième jour. On l’arrêta avant qu'il ne pénètre dans le campement. Six hommes, lances en main, le forçèrent à s’identifier au risque de se faire empaler sur place. Le Lieutenant s’exécuta après être descendu de cheval et on l’escorta à la tente du supérieur des lieux. Un homme de grande taille, bien musclé et dans la quarantaine toussait violemment sur sa chaise devant son bureau. Ses cheveux noirs mi-longs étaient attachés à l’aide d’une lanière de cuir brune qui ne laissait échapper que quelques mèches rebelles. Son regard d’un vert vif se posa sur le jeune homme qui était mort de froid.

‘‘ Lieutenant Eira ! ‘‘ S’exclama-t-il en toussant. ‘‘ Je ... ne vous attendais pas si tôt. Vous avez fait bonne route ? ‘‘

‘‘ Assez, mais l’hiver est à nos portes et le temps n’est pas toujours clément. Pas vrai ? Il y avait longtemps que je ne vous avais pas revu, Lieutenant Ethan. ‘‘

‘‘ De même pour moi et j’avoue être content de vous revoir. ‘‘ Il toussa de nouveau, un poing devant sa bouche. ‘‘ Je vais devoir partir ce soir pour ... me faire soigner. Le froid est vicieux... ‘‘

Derrière, une brise souffla aux pieds des hommes qui frissonnèrent.

‘‘ Tout est prêt, Lieutenant Ethan. ‘‘ Fit une voix féminine.

Une femme entra alors. Sans se soucier de leur hôte, elle s’approcha de son supérieur pour l’aider à se relever et vérifia sa température en posant une main sur son front. Probablement l’adjudant de celui-ci. Pourtant, jamais on ne lui avait parlé d’une femme et aussi jeune en plus. Elle était un peu plus grande qu’Ellana et ses courbes s’harmonisaient à la perfection avec son corps élancé et gracieux. Sa peau était pâle, tout comme sa longue chevelure d’un blond presque blanc. Ses yeux en amande étaient d’un bleu extrêmement pâle et encadré par un visage aux traits fins et angéliques. Si elle n’avait pas porté cette armure, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une noble dame et non pas d'un soldat.

‘‘ Lieutenant Eira, voici mon second; Emiya Eylis. ‘‘

La concernée posa alors les yeux sur le nouveau venu et une étrange lueur se mit à briller dans ses yeux. Un sourire chaleureux se dessina sur ses lèvres pâles et elle s’approcha pour lui serrer la main.

‘‘ Alors, ce sera vous le remplaçant. Ravie de faire votre connaissance. Cependant, je vous croyais... plus âgé. ‘‘

‘‘ De même, adjudant Eylis. ‘‘

‘‘ Tu es en train de dire que je suis vieux, Eylis ?! ‘‘ S’exclama Ethan, mine faussement outrée.

Emiya tourna la tête vers lui et planta son regard dans le sien en souriant. Un doux rire sortit de sa bouche, juste assez pour que le malade s’esclaffe avec elle. Deux soldats entrèrent alors dans la tente pour venir aider leur supérieur avec ses effets personnels.

‘‘ Je suis navré de devoir vous quitter alors que vous venez d’arriver. Mon second vous expliquera tout ce que vous devrez savoir. Sinon, les dossiers se trouvent dans le coffre au pied du lit. Vous séjournez ici le temps que je revienne. Ne brusquez pas trop mes hommes, Lieutenant Eira. ‘‘

‘‘ Ne vous inquiétez pas. Profitez-en pour vous remettre sur pied, Lieutenant Ethan. ‘‘

‘‘ Comptez sur moi ! Je reviendrai avant que vous n'ayez eu le temps de dire ouf ! ‘‘

Dans une violente toux, l’homme quitta la tente avec ses hommes. Emiya croisa les bras sur son plastron et observa Kaëran de la tête au pied, à son insu. Ella avait vraiment cru qu’il s’agissait d’un autre vieil homme et contre toute attente, elle avait un supérieur qui était dans sa tranche d’âge. Ça allait changer et puis... c’était qu’il avait une belle gueule cet homme.

‘‘ Alors comme ça, vous venez directement de Racium. Fait-il le même temps qu’ici ? ‘‘

Kaëran se retourna vers elle, n’ayant même pas remarqué qu’elle était restée sur les lieux.

‘‘ Sensiblement, mais l’hiver est beaucoup plus présent ici, à ce que je vois. ‘‘

La jeune femme ricana doucement et s’approcha du nouveau venu, l’observant d’un peu plus près. Elle s’attarda particulièrement sur ces yeux bicolores, chose qu’elle n’avait jamais vue auparavant. Emiya alla même jusqu’à lui prendre le menton pour lui baisser la tête et le regarder dans le blanc des yeux.

‘‘ Intéressant ... C’est la première fois que je vois un tel regard. ‘‘ Murmura t-elle, faisant un faible sourire en coin. Elle se détacha ensuite. ‘‘ Je vous laisse vous installer. Le repas sera bientôt servi dans la grande tente au centre du campement. Je viendrai vous chercher d’ici une heure pour vous y accompagner. Les soldats ont bien hâte de vous rencontrer. ‘‘

Le contournant, l’adjudant du Lieutenant Ethan se dirigea vers la sortie de la tente, non sans lui jeter un dernier coup d’oeil. Elle tira son capuchon sur sa tête puis poussa la porte faite de peau d’ours. Kaëran était quelque peu confus. Cette femme avait été si près qu’il avait pu sentir son souffle sur son visage ainsi que le doux parfum fruité qu’elle dégageait. C’était ... déroutant. Et puis, il ne pouvait se cacher que cette femme était une vraie beauté. M’enfin..., son esprit était hanté par une toute autre personne et celle-ci lui manquait affreusement. Ses sacs de cuir furent donc posés sur le lit et déjà il commençait à sortir ses effets pour les rangées, mettant ses vêtements et son journal dans un coffre de bois qu’il verrouilla par la suite. La seule vision du protège-livre fabriqué par Ellana l’avait fait soupirer. Le Lieutenant avait baissé les yeux et fermé les paupières un moment.

‘‘ J’espère que tu vas bien... où que tu sois en ce moment... ‘‘

Il revoyait son sourire, cette lueur de curiosité qui brillait dans ses yeux alors qu’il lui apprenait à lire et écrire ou quand il lui faisait découvrir la ville. Jamais il ne pourrait enfouir ces souvenirs dans son esprit. Jamais il ne pourrait effacer ce visage qui le regardait avec tant de douceur juste avant de s’endormir.

Jamais il ne pourrait l’oublier, la chasser de son être.

Jamais...


Emiya Eylis
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Dernière édition par Kaëran Eira le Mer 13 Mar - 20:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mar 12 Mar - 19:44

Ils arrivèrent à la tombée de la nuit. Le silence avait ponctué tout le trajet entre les deux personnes tout du long, chacun enfermé dans ses pensées. Pour Nolan, c'était plutôt des plans. Il venait de trouver la perle rare, le trophée qui lui manquait et qui brillerait de tout l'argent qu'elle lui rapporterait.

Pour Ellana…elle se torturait. Kaëran évidemment, il ne partirait jamais de son esprit, mais elle se demandait si elle avait bien fait de suivre cet inconnu. Si elle n'aurait pas du se méfier un peu plus. Mais maintenant c'était trop tard, la bourgade était là. Trop petite pour être une ville et trop grande pour un simple village, l'appellation "bourgade" était ce qui lui convenait le mieux.

Le chariot entra en cahotant, faisant détaler les gens qui se trouvaient sur son passage. Ellana regarda les alentours. Les maisons n'étaient certes pas aussi luxueuses que celles qu'elle avait vues près du Palais à Racium avec Kaëran, mais elles étaient joliment entretenues. Le froid avait seulement gelé les fleurs accrochées ou plantées. Nolan guida les chevaux presque au centre de la bourgade, en face de l'auberge pour être précis. Là, Ellana fronça légèrement les sourcils.

Il y avait une maison, haute, trois étages au moins, illuminée. Et devant, sur le trottoir, il y avait des femmes qui se trémoussaient. Qui mettaient en avant leurs attributs en sifflant quand un homme passait, lui demandant s'il voulait se réchauffer. Ellana ne comprenait pas…

Elles n'étaient pas habillées très chaudement. Chez certaines, leur ventre était découvert. Chez d'autres c'était même leurs poitrines, bleuies par le vent frais. Le chariot se stoppa et Nolan en descendit, suivit de la jeune femme qui regardait toujours autour d'elle sans comprendre.

Un autre homme emmena le chariot pour s'occuper des bêtes et Nolan s'exclama :

-Bienvenue chez toi Ellana ! "Aux plaisirs simples", tel est le nom de cet endroit !

Son…chez elle ? Elle n'avait pas de chez elle. Elle n'en avait jamais eu. Et n'en aurait sans doute jamais. Il vit très bien son regard interrogateur.

-Ceci est une maison close, un bordel. Et c'est ici que tu vas vivre à présent. C'est…le service que je t'ai demandé.

Une quoi ? Elle commença à paniquer, sentant les filets se resserrer autour d'elle. Nolan soupira.

-Ne me dis pas que tu ne sais pas ce que c'est ! Pour parler vulgairement, c'est une maison à putains.

Son cœur rata un battement. Des…putains…? Et il voulait qu'elle y vive ? Donc…il voulait…

-Je ne suis pas une putain. Dit-elle le plus courageusement possible.

Nolan ne fît qu'hausser un sourcil.

-Ah non ? Et qu'es-tu alors ? Hmm ?

Ellana resta muette. Oui, qu'était-elle ? Une couturière ? Non, elle n'avait fait que travailler pour son père. Une femme libre ? Non plus. Elle n'était rien. Rien du tout. Un grain de poussière. Et son père lui avait toujours dit qu'elle serait une putain. Raven le lui avait dit, lui affirmant qu'elle était "bonne". Son destin était de devenir une putain, sinon Nolan ne ce serait pas retrouvé sur la route en même temps qu'elle. Et l'on ne pouvait rien contre le destin…

-Allez viens. On a du travail ce soir.

Nolan l'entraîna à sa suite. Lorsqu'elle passa entre les filles qui étaient dehors, tous les regards convergèrent vers elle. Des ricanements s'élevèrent, ainsi que des murmures. Mais l'homme ne sembla pas les avoir remarqués. A l'intérieur, tout n'était que richesse. Un grand lustre, des plantes, des statues…si cela n'avait pas été un bordel, Ellana aurait dit que c'était merveilleux comme décoration.

L'escalier grimpait en spirale et en levant la tête, Ellana ne vit même pas la fin. Certaines portes étaient closes, mais des cris se faisaient nettement entendre. La jeune femme frissonna. Elle ne voulait pas…elle serra les jambes alors que Nolan disait :

-En bas ce trouve la cuisine, les salles de bains communes, quelques chambres pour les clients les plus âgés qui ne peuvent pas monter. En haut, au premier, il y a les chambres simples qui ne sont utilisées que pour ça. Au second, ce sont vos chambres, et vous avez le droit d'y emmener les clients seulement s'il n'y a plus de chambre simple. Et tout en haut, ce sont mes appartements. Bien sûr j'ai parlé de salle de bain commune mais vous avez dans le couloir une seconde pièce d'eau ne t'en fais pas. Suis-moi.

Il commença à monter et elle le suivit, serrant son sac, paniquée. Il grimpa au premier, passa le palier, alla au second, et continua jusqu'au troisième. Là, il siffla et attendit. Deux minutes plus tard, une femme arriva. Blonde, elle avait de petits yeux verdoyants qui contrastaient sur son visage assez pâle.

-Voici Eve. Eve, je te présente Ellana. Tu lui montreras tout ce qu'elle doit savoir à partir de demain. Tu lui expliqueras les règles. Prends son sac et pose-le-lui dans sa chambre. La chambre bleue tu sais ?

-Oui Nolan.

Elle s'approcha et tendit la main. Ellana hésita à le lui donner. C'était son sac, il y avait son journal et…le livre de Kaëran dedans…finalement, elle le lui tendit, la regardant s'éloigner dans le couloir et disparaître dans les escaliers. Nolan claqua des doigts et l'emmena dans une pièce qui se trouvait être sa chambre. Un énorme lit trônait au centre, à sa droite se trouvait une grosse armoire, de l'autre côté il y avait une commode avec un miroir. Et il y avait des portraits au mur. Pleins de portraits.

-Mes filles. Je les garde toujours tu sais. D'ici une semaine tu auras ton portrait avec les leurs si tout va bien. Expliqua-t-il.

Il…gardait les portraits des putains ? Elles étaient toutes ravissantes, à ce qu'Ellana put constater de la ou elle se trouvait. Toutes dix fois plus jolies qu'elle ne l'était…
Mais là, elle avait peur. Qu'est-ce qu'il voulait là, tout de suite ?

-Bien. Quand je ramène une nouvelle fille, je la…teste, l'on va dire. Je ne veux pas décevoir les clients tu comprends ? Donc tu vas me montrer ce que tu sais faire…es-tu vierge ?

Ellana fît non de la tête.

-De gré ou de force ?

Elle ne bougea pas et ne répondit pas. Cela suffit à Nolan. Mais lui s'en fichait. Viol ou non, elle obéirait c'était tout. Elle n'était pas la première à avoir été violée. Maintenant, celles qui avait subit ça étaient parfaitement épanouies et donnaient du plaisir aux hommes de leur plein gré. Celle-là ne ferait pas exception à la règle.

-D'accord…déshabille-toi. Entièrement.

Elle se tendit. Ce…là maintenant ? Elle le regarda, suppliante. Elle ne voulait pas, elle n'avait pas voulut ça…il n'avait rien dit pour le service…mais elle aurait du se méfier….et là il s'impatientait. Alors elle obéit lentement et en tremblant. Elle retira son manteau, son haut, son pantalon, ses sous-vêtements. Automatiquement, un bras recouvra sa poitrine tandis que ses jambes se serraient l'une contre l'autre.
L'homme avança, la contourna, l'observant. D'un coup, il lui prit le bras, l'étira, continuant à la regarder. Il tomba sur les vieilles marques qu'elle s'était faite au début de son séjour chez les Eira.

-Bon…mis à part les marques là ton corps me semble en bon état. Allonge-toi et écarte les jambes maintenant.

Elle paniqua de plus belle. Mais obéit lentement. Sauf qu'elle ne parvint pas à écarter ses jambes. Elles restaient stoïquement serrées. Nolan dut donc les écarter de lui même. Il avait revêtu un gant. Elle respirait vite, terrifiée, et le sentit toucher. Encore, toujours. Tout le monde voulait la toucher là en bas.

-Il n'a pas été tendre celui qui t'a pris ta virginité hein ? Pas grave. Avec moi tu ne sentiras rien. Allez lève-toi et déshabille-moi lentement, que je voie ce que tu peux faire.

Il retira le gant alors qu'elle se relevait. Tremblante, elle s'approcha, et déboutonna sa chemise. Lentement, elle la lui retira. Elle fît de même pour le reste des habits. Voilà…il était nu devant elle et elle était apeurée, ne voulait pas regarder son intimité, ne voulait pas imaginer…

Il la poussa sur le lit, et s'allongea sur elle, les poings de chaque côté de sa tête, sur les draps.

-Je prends le dessus maintenant, mais après ce sera toi.

Il fût plus lent que Raven, mais pour Ellana la sensation fût horrible. Elle ne voulait pas…elle ferma les yeux, serrant les draps dans ses mains alors que les coups de boutoir se faisaient de plus en plus rapides. Elle se mordait la lèvre, revoyant Raven, revoyant tout, apeurée. Elle plaça Kaëran devant pour chasser ses images ou même la douleur, mais elle ne vit qu'un regard dégoûté et ce fût pire encore niveau douleur.

Elle l'avait bien trop fait souffrir…elle méritait ce que Nolan faisait…elle méritait tout ça…Au bout de dix minutes, il poussa un râle et s'effondra de côté, l'entraînant avec brusquement.

-A toi ma belle fais !

Inspirant un grand coup, elle fît comme avec Raven. Elle monta, descendit, le sentant glisser en elle. Comme une brûlure…

Apparemment, il aimait ça au vu des râles et gémissements qu'il poussait. Elle, elle voulait juste que ça s'arrête. Alors lorsqu'enfin il lui fît signe de s'enlever, elle obéit rapidement.

-La prestation complète comporte la bouche. Fais.

Elle ne comprit pas du tout cette fois. Alors il lui prit les cheveux et la tira à lui, la pliant sur lui et la forçant à le prendre par la bouche. Elle s'empêcha de tout régurgiter d'un coup. C'était horrible ! Elle se força, serrant les draps dans ses mains, fermant les yeux. Le pire, c'est qu'il se relâcha en elle, ainsi. Donc, quant elle put cesser, elle retomba au sol pour…vomir. Infect !

-Toutes les filles vomissent au début. Tu t'y feras t'en fais pas. Mais…tu ne vomis jamais devant un client !

Elle ne fît qu'acquiescer, s'essuyant la bouche d'un revers de main. Il s'était rhabillé de son sous vêtement et d'un pantalon pour aller dans le couloir et appeler Eve. Cette dernière arriva et il dit :

-Bon alors…il faut que tu lui apprennes les bases complètes. Elle est trop crispée. Elle ne cri pas non plus. Enfin tu lui apprends la totale ma jolie d'accord ?

-Oui Nolan.

Ellana se rhabilla lentement et suivit Eve dans les couloirs, descendit au second puis entra dans la chambre bleue. Lit à baldaquin, bureau ou était posé son sac, une armoire, une commode, une pièce d'eau…

-Je viendrais à huit heures tapantes demain matin. Sois debout.

Ellana acquiesça et Eve repartit, lui laissant la bougie et refermant la porte. Les pas s'éloignèrent. Ellana laissa une nouvelle fois les larmes couler. Voilà…elle allait devenir une vraie putain. Tous les hommes auront accès à son corps. Ce sera comme s'ils la violaient tous. Avançant, elle alla dans la pièce d'eau et mit sa bouche au robinet. Elle se rinça, retirant ce goût infect, et retourna dans la chambre, prenant son sac et le posant dans un endroit plus discret.

Là, elle se coucha, se fît petite, et ferma les yeux. Kaëran lui manquait tellement…elle priait toujours pour qu'il soit enfin heureux…

Les jours suivants, ce fût l'ancrage total dans le cauchemar. Eve était venue oui. Et les cours étaient atroces. Ellana apprit donc que Nolan donnait chaque soir aux filles une potion qui évitait de tomber enceinte. Il ne supportait pas les marmots. Toutes les filles devaient être dehors dans la rue à la tombée du jour et ne rentrer qu'avec un client ou lorsque le soleil se levait. Les repas étaient pris en commun également. Ce fût une épreuve de plus.
Les autres filles n'aimaient pas Ellana sans même lui avoir parlé. Elles étaient jalouses. Elle était nouvelle donc Nolan la chouchouterait et ce serait elle qui aurait le privilège de coucher avec lui en fin de semaine. Parce que oui, en fin de semaine, il contrôlait les filles pour être sûr que les clients ne les torturaient pas, et en choisissait une pour passer la nuit.

Alors aux repas, elles s'étaient mises en sorte qu'il n'y ait plus de place pour elle. Donc Ellana mangeait seule, malgré son manque d'appétit. Eve lui apprenait à déshabiller un homme langoureusement. A le caresser pour faire grimper le désir. A embrasser son torse lentement pendant que les mains continuaient le déshabillage.

Ensuite, l'acte. Eve lui expliquait que les gémissements étaient importants. Les cris aussi. Même s'ils étaient simulés, il fallait les faire. Ellana dut s'entraîner à pousser des cris et des gémissements, et c'était atroce.

Un soir, Nolan entra dans sa chambre. Il ne frappait jamais. Il tenait une fiole en main.

-Tiens bois. C'est ta potion pour éviter les…accidents. Tu commences ce soir, soit dehors dans dix minutes. Et fais honneur à la maison.

Il lui tendit la fiole qu'elle prit et ressortit. Dans les couloirs, l'agitation régnait. Les filles courraient pour boire leur fiole et pour revêtir leurs tenues moulantes et aguichantes. Ellana regarda la fiole.

Fermant les yeux, elle la but d'un trait. Ca n'avait pas réellement de goût. Jetant la fiole, elle se leva, alla devant la glace. Eve lui avait donné une sorte tenue extravagante et pailletée, qui laissait voir plus de poitrine que nécessaire mais aussi son ventre. Le haut était vraiment étroit et la jupe courte.

Se regardant, elle soupira.

Voilà, sa nouvelle vie débutait. Et elle pensait sans cesse à Kaëran. Il était un peu sa lanterne dans ce cauchemar. Une lanterne qu'elle avait soufflée ! Idiote qu'elle était ! Il avait tourné la page. Elle n'existait plus pour lui. Maintenant, elle n'était qu'Ellana la putain. Rien de plus, rien de moins.

Elle était…à sa place.


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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mer 13 Mar - 20:33


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Chapitre 4
Quand l’hiver s’installe, partie 1

◆ ◆ ◆



Une heure s’était écoulée depuis le départ d’Emiya vers sa tente qui se trouvait être voisine de celle où logerait Kaëran dans les semaines à venir. Ses effets étaient rangés depuis belle lurette maintenant et l’homme avait décidé de s’assoir sur le pied de son lit qui était plus grand que ce qu’il avait pu imaginé pour un tel campement. Ce que le Lieutenant faisait ? Rien, mis à part réfléchir encore et encore. Il ne faisait que ça depuis la disparition d’Ellana à vrai dire. Ses pensées convergeaient entièrement vers elle; son état de santé, sa convalescence et surtout, si elle lui pardonnerait un jour d’être parti en lâche. Ce qui le tira de ses songes fut la brise froide qui pénétra dans sa tente qui lécha son armure, la refroidissant aussitôt.

‘‘ Vous me semblez épuisé et frigorifié, Lieutenant Eira. ‘‘ Constata Emiya en s’approchant de lui. ‘‘ Un bon repas chaud ne vous fera que du bien. Venez. ‘‘

Elle alla chercher l’une des mains du jeune homme pour le tirer et ainsi l’inciter à se redresser sur ses jambes. Sans pouvoir rétorqué, Kaëran se laissa entraîner à l’extérieur où le vent glacial leur mordait le visage. D’une main, le soldat ramena sa capine sur sa tête et suivit la jeune femme, qui s’était aussi habitée sous son capuchon, jusqu’à une grande tente où l’on entendait foule de rires. Lorsqu’ils entrèrent, quelques têtes se retournèrent et on commença à chuchoter aussitôt jusqu’à ce que le silence fut. Se découvrant le visage, Eira passa un bref regard sur l’assemblée d’une centaine de personnes et son adjudant temporaire éleva la voix.

‘‘ Messieurs ! Voici le remplaçant de notre cher Ethan, le Lieutenant Eira en provenance de Racium. ‘‘

‘‘ On l’veux à notre table ! Pour une fois que s’pas un vieux barbu ! ‘‘ Cria un soldat tout au fond de la tente, les bras dans les airs.

‘‘ Vous voyez, on vous apprécie déjà. ‘‘

‘‘ Ça ne durera pas bien longtemps, je le crains. Aux entraînements, ils me détesteront. Croyez-moi. ‘‘

Kaëran se risqua à faire un faible sourire en coin à son acolyte et prit les devants en se faufilant jusqu’à la table où s’étaient massés quelques hommes. On laissa une place au Lieutenant et à l’adjudant Eylis puis on posa une assiette de ragoût bien chaud devant leur personne. Tranquillement, Eira se mit à manger, soufflant de temps à autre sur sa cuillère en voyant la fumée qui s’échappait du plat.

‘‘ Alors comme ça, on vient de la belle et grande ? J’y suis jamais allé encore, mais s’magnifique à s’qu’il paraît. ‘‘

‘‘ Assez oui. ‘‘ Dit-il simplement, mâchant alors qu’un autre homme prenait la parole.

‘‘ Combien de jours de route ? ‘‘

‘‘ Quatre à cinq jours. Je ne me souviens plus exactement en fait... ‘‘

‘‘ Ah ! Je savais ! Tu me dois 20 Daris ! ‘‘

Kaëran arqua un sourcil sous l’interrogation et ramena la tête devant pour poser son regard sur Emiya qui haussait les épaules, un sourire en coin sur ses lèvres rosées. Pour le temps que dura le repas du soir, les soldats ne cessaient de questionner leur nouveau Lieutenant par rapport à la ville, le fonctionnement de l’armée à Racium, son âge, comment, il avait fait pour atteindre son grade aussi jeune et blabla. Ils parlaient de tout et de rien en fait. Kaëran lui, leur répondait comme il pouvait sans pour autant se lancer dans des discussions à n’en plus finir. Et puis, il était mort de fatigue.

‘‘ Je vais vous fausser compagnie pour le reste de la soirée. J’ai mon voyage dans le corps. ‘‘

‘‘ Attendez. Je vous raccompagne. ‘‘

Emiya enjamba le banc et contourna la table pour rejoindre son Lieutenant qui saluait les soldats d’un signe de main. Capuchons sur la tête, les deux jeunes gens s’enfoncèrent dans la nuit noire, leur visage fouetté par les bourrasques de vent et la neige qui recouvrait déjà passablement le sol en ce temps de l’année. Leurs pas se faisaient rapides et Kaëran poussa la porte de sa tente d’un geste peu doux pour y entrer, laissant aussi cette chance à l’adjudante d’Ethan d’en faire de même.

‘‘ On dirait que ça se transforme en tempête... ‘‘

‘‘ S’il fait ce temps demain, je crois que nous resterons tous confinés dans nos tentes. ‘‘

La jeune femme ricana puis se tourna pour lui faire face alors qu’il s’enfonçait dans sa tente pour se débarrasser de quelques pièces d’armure. Son regard bleuté ne déviait aucunement, surtout pas à la vue de ce fessier une fois que la cape l’eut mit en vue.

‘‘ Je... vais vous laisser Lieutenant Eira. Demain matin je viendrai vous expliquer certaines choses concernant les dossiers d’Ethan. ‘‘

‘‘ Laisse tomber les vouvoiements et appelle-moi Kaëran. Ça suffit largement. ‘‘

‘‘ Ah ? Parfait dans ce cas. ‘‘ Commença t’elle. ‘‘ Bonne nuit, Kaëran. ‘‘

‘‘ Bonne nuit, Emiya. ‘‘

Sur ce, elle quitta les lieux, sont sans jeter un dernier coup d’oeil à cet homme qu’elle mettrait bien dans son lit.
Malgré que ... ce n’était pas une mauvaise idée...

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mer 13 Mar - 21:19

Sortant de la chambre en silence, Ellana respira profondément. Elle resta plantée devant la porte, main sur la poignée, apeurée à l'idée de faire ça. Seulement Eve apparut rapidement et lui prit le bras, la faisant pivoter pour lui asséner :

-Qu'est-ce que tu fiches! Aller dehors et plus vite que ça !

Et sans pouvoir rétorquer, Ellana fût entraînée à l'extérieur. Les autres filles étaient déjà à leur place. Toutes en train d'aguicher les rares passants. Le froid était encore plus vif que lorsqu'elle était arrivée. La neige s'épaississait à présent et Ellana frissonna. Sa jupe était trop courte, sa poitrine était à moitié dehors. Nolan voulait qu'elles attrapent la mort ou quoi ? Surtout qu'elle était frileuse…

Elle resta donc stoïque à côté d'Eve qui se trémoussait. Elle observa et tenta d'imiter avant de se faire réprimander. Elle leva une jambe en la caressant comme Eve le faisait, et se baissa exprès pour montrer ses seins.

-Aie pas peur la nouvelle. Les hommes ça veut voir tu sais ! Lui dit Eve de loin alors qu'un homme venait vers elle.

Elle se força à sourire. Ca lui faisait mal de sourire. Elle continua donc, jusqu'à ce qu'un homme s'approche. Ni trop grand ni trop petit, il avait une barbe un peu comme Dorguan et avait du ventre. Mais surtout, il était près de deux fois plus âgé qu'elle. Il vint en souriant, lui demandant le prix. Cent. Cent Daris elle devait demander.

-100 Daris pour le tout mon beau monsieur… Dit-elle en tentant de prendre le ton qu'on lui avait dit de prendre.

Et hop, l'homme chercha l'argent qu'il lui tendit. Elle lui prit donc la main et l'emmena vers une des chambres simples du premier. Elle ferma la porte à clé et posa l'argent dans le panier prévu à cet effet. Là, elle mit en application ce qu'Eve lui avait enseigné tant bien que mal. Elle le dévêtit, le laissant la caresser partout et la tripoter. Elle le mit en condition, le faisant languir et jouant avec lui exprès. Elle avait du mal, était raide par moment tant ça la dégoûtait. Mais il fallait qu'elle y parvienne. Parce que telle était sa nouvelle vie à présent.

Elle enleva ses habits à son tour, langoureuse malgré les tremblements. Elle tenta de sourire le plus naturellement possible. N'y parvenait pas non plus. Seul Kaëran avait eu droit à son réel sourire…

Alors, durant tout l'acte, elle simula les gémissements et les cris, se dégoûtant, ayant affreusement honte d'elle. Elle se retint de vomir à la dernière partie et finalement, pratiquement à l'aube, le client repartit, satisfait et lui disant qu'il reviendrait la voir chaque semaine.

Seule, Ellana courut vomir. Penchée sur les toilettes, elle laissa à nouveau la douleur la submerger. Cette douleur tant physique que psychologique. Physique à cause de l'homme, parce que pour elle c'était encore un viol. Psychologique parce que Kaëran lui manquait.

Allant se laver et frottant entre ses jambes, elle se le visualisa, dans les bras d'une femme, le sourire aux lèvres. Heureux. Elle l'imagina débordant de gentillesse pour sa nouvelle flamme, doux et attentionné comme elle-même l'avait connu. Elle vit son regard pétiller de mille feux à nouveau auprès de cette inconnue.

C'était ce qu'il méritait d'avoir. Il lui permettrait à elle de ne pas sombrer. De rester un minimum droite. Mais si avec le temps elle oubliait son visage ? Elle ne le voulait pas. Il devait continuer à faire battre son cœur…

Elle ferma les yeux. Elle n'avait plus pleuré depuis la première nuit. Elle s'en empêchait. Pourquoi devrait-il continuer à faire battre son cœur alors qu'elle avait détruit le sien ? Elle l'avait détruit, avait soufflé la bougie qui l'animait, l'avait éloigné des siens. Elle ne devait pas oublier ça. Elle n'aurait jamais du quitter sa place. Rien de tout ça ne serait arrivé pour Kaëran.

Ressortant du bain, elle se sécha et se rhabilla, ressortant de la chambre qu'elle avait remise en ordre. Elle laissa le panier avec l'argent. Apparemment, Nolan les viderait en arrivant.

Elle alla à la cuisine, pour manger. Les filles étaient là, quelques unes du moins. Lorsqu'elle apparut, les conversations cessèrent et les regards se tournèrent vers elle. Le cœur fou, elle les ignora et alla se chercher un plat qu'elle remporta avec elle. Elles pouvaient emmener leur repas dans leur chambre et c'est ce qu'elle ferait. Ne pas imposer sa présence aux autres filles…

Dans sa chambre, elle s'installa au bureau et mangea, la fourchette dans sa main gauche puisqu'elle était gauchère. Mais elle se stoppa et chercha dans son sac le livre de Kaëran. Elle l'ouvrit et recommença à manger tout en lisant. Là encore, elle s'empêcha de pleurer comme une gamine. A chaque phrase, elle le revoyait à ses côtés. Et la douleur revenait en pic de feu. Il fallait qu'elle s'habitue tant à sa nouvelle vie qu'à cette douleur. La séparation brutale avait arraché une partie d'elle. Une partie qu'elle ne retrouverait plus. La veille, elle avait eu l'idée folle d'écrire un message à Kaëran. De lui dire qu'elle respectait son choix et espérait qu'il soit heureux. Lui dire qu'elle était désolée pour tout ça. Désolée d'avoir existé et d'avoir croisé sa route qu'elle n'avait qu'assombrie.

Elle ne lui aurait pas dit ou elle était ou ce qu'elle devenait. Mais elle s'était ravisée. Elle s'était dit qu'elle réveillerait des douleurs chez le jeune homme et gâcherait de nouveau tout. Et elle s'était dit que s'il voyait son écriture il déchirerait la lettre. Alors elle écrivait toutes sortes de choses sur du papier volant, dessinait aussi. Pour s'occuper l'esprit la journée au lieu de sombrer. Elle parlerait tout juste en soirée pour les hommes, rien de plus à présent.

Ayant finit de manger, elle rangea le livre avec toujours ce pincement au cœur et ce coucha pour dormir un peu. Pour se préparer au prochain viol. Six jours qu'elle était là. Six longs jours.

Et elle se demandait déjà combien de temps elle pourrait tenir.


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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Jeu 14 Mar - 16:06

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Chapitre 4
Quand l’hiver s’installe, partie 2

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De nouveau seul dans ce qui était nouvellement sa tente, Kaëran enroba soigneusement son armure dans une épaisse couverture de laine pour ne pas qu’elle soit gelée à son réveil. Quoi de pire que d’enfiler de la ferraille froide comme la glace ? Il s’était redressé le dos et scruta l’intérieur du regard pour s’habituer à son nouvel environnement. Au centre de la tente se trouvait un cercle de pierre où on avait creusé un trou afin de pouvoir allumer un feu de taille moyenne sans risquer de tout faire brûler. À mètre, à droite de la source de chaleur, se trouvait un lit plutôt grand pour un campement temporaire. À son pied se trouvait un énorme coffre de bois de cerisier dont le cadenas n’était point verrouillé. À la gauche du feu se trouvait un paravent derrière lequel était camouflé la cuve de bois qui servait à faire sa toilette. Sinon, tout au fond, près du lit, se trouvait un bureau de travail plutôt large avec une chaise en bois et un deuxième coffre qui ne servait qu’au rangement. Ah, et il y avait un mannequin de bois sur pied qui servait à l’armure, où la sienne se trouvait actuellement d’ailleurs. C’était bien différent de sa demeure à vrai dire. Au moins là bas, les murs ne bougeaient pas avec violence à cause des bourrasques que provoquait le vent.

S’asseyant sur le pied du lit, le Lieutenant tenait son journal entre ses mains et le tournait sans cesse, mais dans une extrême lenteur. En fait, il observait le travaille minutieux qu’avait fait Ellana avec ce protège-couverture aux couleurs éclatantes. Un faible sourire triste se forma au coin de ses lèvres alors que sa tête se penchait légèrement vers l’avant dans un long et profond soupir. C’était fou ce qu’elle lui manquait. S’il se serait écouté une seule seconde, probablement que Kaëran serait retourné vers son cheval pour quitter les lieux pour s’assurer de son état. Oui..., il avait pris bien peu de nouvelles, voire aucunes, d’elle avant son départ précipité.

Il avait gaffé.

Se relevant, le jeune homme fit quelques pas en direction du bureau pour s’assoir sur la chaise qui se trouvait juste devant. Une lanterne brûlait là, enfermée dans un cylindre de verre encadré de métal rouillé avec le temps. Il prit la plume qui se trouvait à côté de l’encrier, à sa droite, et ouvrit son ouvrage de la main gauche au même moment pour y écrire quelques mots. D’un coup, ça lui semblait extrêmement douloureux de se remémorer le visage d’Ellana dans son esprit. Ses pulsations cardiaques avaient augmenté sans prévenir alors que pourtant, elle était à bien des lieux de lui. Qui sait s’ils se reverraient ? Peut-être pouvait-il lui transmettre un message par l’intermédiaire d’un corbeau ? Il... pouvait toujours essayer. Qu’est-ce qu’il avait à perdre de toute manière ? Aussi se lança-t-il dans la rédaction de sa lettre qui se résuma par ce qui suit;


    Chère Ellana,

    Tu as certainement remarqué mon absence depuis quelques jours... J’aurais voulu venir te rendre visite pour te le dire, mais je craignais que tu ne prennes peur en me voyant et ne rechutes dans de mauvais souvenirs. J’espère qu’un jour tu me pardonneras mon imprudence. J’aurais dû t’accompagner à la serre cette journée-là... j’aurais dû...

    Lors de ta disparition, j’ai craint le pire des jours durant. J’ai craint par-dessus tout de te retrouver inerte quelque part...

    J’ai eu peur de te perdre.

    Je t’ai perdu... Tu as souffert et je m’en excuse profondément.

    J’ai pensé à toi tous les jours, et encore aujourd’hui. Ton visage, ton sourire, ta voix, ton regard, ton doux toucher. Tout ça me manque. Tu me manques plus que tu ne peux le croire... mais je me suis comporté comme un lâche et j’ai accepté une mission urgente sans prendre quelques minutes pour venir te dire tout ça en face.

    Je suis un bien piètre parleur, tu as certainement dû le remarquer maintenant.

    Ici, l’hiver s’est installé. Il fait froid et le vent s’acharne sur nos tentes. Je ne sais combien de temps je resterai ici, ni quand je pourrai revenir, mais il me tarde de te revoir et d’apprendre de ta bouche que tu vas bien maintenant...

    Pardonne-moi

    Je t’aime...

    K.E.



Combien de fois avait-il lu et relu sa lettre en une heure ? Pourtant, la tête se penchait toute seule et ses paupières étaient devenues affreusement lourdes. N’avait-il pas quitté la tente où avaient lieu les repas pour venir se coucher ? Apparemment oui, mais au lieu de ça il veillait devant la page de son journal qu’il venait d’arracher et de rouler pour l’envoyer vers Racium dès le lendemain matin. En espérant bien sûr qu’il ne se gèle pas les ailes en chemin. Le journal refermé et rangé dans son coffre avec ses effets personnels, Kaëran poussa la chaise sous le bureau se rendit à son lit après s’être débarbouillé sommairement et se glissa sous les épaisses couvertures de son lit. À peine eut-il couché sa tête sur son oreiller qu’il quitta ce monde pour celui des rêves.

Le lendemain matin, Kaëran se réveilla à cause du vent qui feulait à l’extérieur; une tempête faisait rage. Se tirant hors de son lit, le jeune homme sentit le froid mordre sa peau et s’empressant d’allumer le petit feu sous la cuve qui réchaufferait l’eau. Il s’en retourna ensuite à son lit et s’emmitoufla dans une peau d’ours jusqu’à la tête pour se garder au chaud. C’est à ce moment qu’Emiya signala son arrivée et qu’ensuite poussa la porte pour entrer. Évidemment, elle ne put retenir un sourire lorsqu’elle vit le Lieutenant ainsi accoutré, les yeux petits et gorgés de sommeil ainsi que sa chevelure brune en bataille.

‘‘ Réveil difficile, n’est-ce pas ? ‘‘

‘‘ Je ne me les suis jamais autant gelés qu’aujourd’hui. Encore, ce ne sera certainement pas la pire des journées... ‘‘

‘‘ Tu comprends vite. J’apporte le petit-déjeuner, comme tu étais le seul à ne pas être présent dans la tente ce matin. ‘‘

‘‘ C’est si tôt ? ‘‘ Demanda t-il surpris.

‘‘ Elle est midi moins deux heures, Lieutenant Eira. Une marmotte dans son terrier ! Mais avec cette longue route que tu as parcourue, c’est tout normal de reposer, non ? ‘‘

Kaëran se massa la nuque d’embrassement et Eylis déposa le plateau-repas camouflé par un épais tissu devant la motte de fourrure qu’était le jeune homme. Il sortit tant bien que mal ses avant-bras dénudés et commença à manger alors que son adjudant ouvrait le coffre au pied du lit pour en sortir des dossiers. Elle s’asseya de biais sur le bord du lit et sortit les parchemins les plus importants.

‘‘ Comme tu le sais, les rumeurs courent sur une éventuelle guerre et nos seigneurs sont limite paranoïaque. On nous a envoyés ici pour s’assurer que les vampires ne sont pas sur le point de se rassembler pour une attaque dans le future. ‘‘

‘‘ Et jusqu’à maintenant ? ‘‘

‘‘ Rien, comme du côté des lycans et des autres races qui ne sont pas nos alliés. ‘‘ Commença t-elle. ‘‘ En somme, nous ne faisons pas grand-chose sur le terrain depuis près de deux mois. Entraînements, patrouille, repas et repos. Rien de bien éprouvant à vrai dire. ‘‘

Le Lieutenant leva les yeux sur Emiya, celle-ci lui faisant un sourire. Elle replaça sa longue chevelure par dessus son épaule droite puis étira le bras pour plonger une main dans la chevelure de Kaëran qui déglutit de mal aise.

‘‘ Cette mèche rebelle me titillait depuis un moment. Pardonne-moi. ‘‘

Ayant la bouche pleine, le jeune Eira ne rétorqua rien, préférant plutôt baisser les yeux sur son assiette. Cette femme était quelque peu... intimidante. Elle dégageait une énergie étrange, mais apaisante à la fois. Étrangement, Kaë revoyait Ayden en Emiya avec ce petit sourire enjôleur qu’elle lui lançait de temps à autre alors que pourtant, elle semblait si innocente. C’était difficile à expliquer. L’image d’Ellana se rappela à lui comme une gifle et il fronça les sourcils.

‘‘ Quelque chose ne va pas ? ‘‘

‘‘ Tout va bien. Je me suis souvenu de quelque chose, c’est tout. ‘‘ Souffla t-il entre deux bouchées. ‘‘ Pourrais-tu m’apporter un corbeau ? J’ai un message à envoyer chez les miens. ‘‘

Emiya acquiesça d’un signe de tête puis se leva d’un mouvement lent sans pour autant dévier le regard de son interlocuteur qui avait relevé les yeux vers lui.

‘‘ Je reviendrai dans une heure avec l’oiseau... l’eau de ton bain doit être suffisamment chaude maintenant. ‘‘

Ah oui ! Son bain, il était en train de l’oublier. L’adjudant lui fit un clin d’oeil, lui tourna dos et s’en alla d’une démarche plutôt... sensuelle. Pour un homme, il était plutôt difficile de dévier son regard de ces hanches fines et bien dessinées. Kaë lui, s’était retourné depuis quelques secondes déjà pour se glisser dans l’eau. Soupirant d’aise, le Lieutenant profita de la chaleur de l’eau et enfonça sa tête sous l’eau pour mouiller sa chevelure. Il se lava, s’empressa de se sécher et sauta dans des vêtements propres et chauds juste avant qu’Emiya ne revienne avec l’oiseau entre les mains. Allant chercher le message, Kaëran l’attacha solidement à la patte droite du corbeau puis ils sortirent à l’extérieur où le vent les charriait pour qu’il puisse s’envoler. Rabattant leur capuchon, les jeunes gens furent le tour du campement, Emiya pour guide et lui monteront tout ce qu’il devait voir. Quelques soldats s’activaient dans le petit espace d’entraînement alors que d’autres quittaient déjà pour se rendre en patrouille.

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Jeu 14 Mar - 19:32

Le sommeil ne fût guère réparateur et le réveil brutal.

Les filles de l'établissement c'étaient mises d'accord pour mener un peu la vie dure à Ellana. Elles étaient sorties, et avaient récupéré de la neige fraîchement tombée. Là, elles s'étaient dépêchées de remonter, d'entrer dans la chambre et…

De glisser la neige entre le haut et la peau de la jeune femme qui, au contact gelé, sursauta, se redressa en criant. Elle se tortilla dans son lit pour dégager ce froid qui fondait sur sa peau. Elle grelotta, et sentit les gouttes d'eau s'écraser sur le lit.

Les autres filles elles, riaient aux éclats tout en sortant de la pièce avec comme d'habitude, des paroles peu gentilles à son égard. Du genre : "un homme viendra te réchauffer…tu es si craquante, si naïve…espèce de pouffe…"

Se levant à la hâte, elle fila dans la salle de bain pour retirer son haut et le mettre à sécher. Là elle prit une douche brûlante. Croisant les bras sur sa poitrine, laissant l'eau couler sur ses cheveux, elle calma son cœur. N'avaient-elles rien d'autre à faire que de l'embêter ? Ne voyaient-elles pas qu'Ellana souffrait assez sans qu'elles n'en rajoutent ? Ou était-ce pour ça qu'elles s'acharnaient ?

Comme chez son père, elle devait se débrouiller seule pour tenir le coup. Elle devait à nouveau enfouir tout ce qu'elle ressentait et ne plus parler. C'était le retour en arrière total, avec les règles. Elle l'avait dit, elle ne serait jamais libre.

Elle terminait de s'habiller quand Nolan apparut. Il ne manqua pas de détailler son corps avec envie et lui tendit la fiole. Lorsqu'elle la prit, la seconde main de l'homme se plaqua sur ses fesses qu'elle serra. Ellana ne bougea pas. Il possédait maintenant son corps…

-Demain soir tu es à moi ma jolie… Murmura-t-il avant de s'éloigner.

Elle but tout de suite. Oui, le lendemain était le jour de l'inspection. Nolan allait aligner toutes les filles, nues, et vérifier leur "état" avant d'en choisir une pour la nuit. Donc…elle savait déjà que ce serait elle. Et les autres seraient encore plus jalouses, lui en voudrait encore plus et lui mènerait la vie dure de plus belle.

Ce soir-là, elles purent s'habiller d'un gros manteau pour sortir. La neige était maintenant épaisse et couvrait le sol complètement. Le froid s'était encore accentué. L'hiver s'installait pour deux à trois longs mois. Une nouvelle fois, elle recommença son manège qui la dégoûtait comme le reste.

Maria, Jess, Nissandheï…Eve…toutes le faisait avec entrain, aguichaient les passants, les hélaient presque. Comment pouvaient-elles aimer faire ça ? Ellana ne comprenait pas. N'avaient-elles personne d'autre ?

Un homme arriva devant elle. La mine renfrognée, elle lui susurra, entrant dans son rôle :

-Allons mon beau, cette tête ne te va pas…

-Ta gueule. Je viens te baiser pas faire la causette. C'est combien ?

Ellana écarquilla les yeux. Elle voulut refuser. Hésita.

-Bon alors !? Combien pour ce que t'as entre les jambes ?

-Cette vulgarité ne vous va pas mon beau monsieur…je ne suis pas adepte de ce genre de choses. Allez voir Maria…

Elle paniquait. Jamais elle n'avait refusé un ordre. Mais…ça sortait tout seul. Elle ne réfléchissait même pas malgré sa peur qui hurlait de ce taire et de l'emmener avec elle.

Elle aurait du. L'homme la gifla. Elle tomba de moitié de côté, une main sur la joue. Toutes les filles et les hommes présents se retournèrent vers elle.

-Depuis quand t'as le droit de refuser ou quoi hein ?! Moi je vais te sauter ici et gratuitement en plus !

Il se jeta sur elle et fît ce qu'il avait dit. Dans le froid, devant tout le monde. Et alors que lui n'avait baissé que ce qu'il fallait, elle avait été déshabillée complètement. Elle était allongée sur le manteau, les vêtements éparpillés à droite et à gauche.

Lorsqu'il la relâcha, satisfait, il s'éloigna en la laissant plantée là. Elle se recroquevilla, se redressa et commença à rassembler ses vêtements. Quelques filles étaient parties avec leur client. Mais les autres, dont Eve, la regardaient avec ostentation. Aucune d'elle ne vint l'aider. Elle s'habilla en vitesse et retourna à l'intérieur, se réfugiant dans sa chambre.

Elle tremblait tout en remettant ses habits qui étaient même déchirés par endroit et alla dans la salle de bains pour se frotter entre les cuisses. Celui-ci avait fait mal…comme Raven…

Calmant son cœur, elle sursauta quand la porte de sa chambre claqua. Elle tourna la tête vers l'entrée de la pièce d'eau mais trop tard. Nolan l'avait agrippée par les cheveux et la traînait derrière lui. Comme Raven…

Il la jeta au milieu de la chambre, rouge de colère. Maria lui avait tout raconté.

-Depuis quand on REFUSE un client ?! Depuis quand te donnes-tu le droit de lui dicter sa conduite ?! TU ES UNE PUTAIN ! UN OBJET POUR LE CLIENT ! TU T'EXÉCUTES ET C'EST TOUT ! Tu n'as eu que ce que tu méritais ! Mais par ta faute j'ai perdu ET le client ET son argent ! Qu'as-tu à me répondre ?!

Recroquevillée au sol, Ellana balbutia :

-Je…je voulais…qu'il…soit polit…

Nolan s'accroupit pour être à sa hauteur. Là, il lui prit les cheveux et tira pour rejeter sa tête en arrière. Pour la forcer à garder le contact visuel. Il regardait tantôt son œil gris, tantôt le bleu. Mais il était en colère, extrêmement en colère.

-La politesse ? Mais…ils n'ont pas à être polis. Ils ont juste à te donner de l'argent et prendre ce qu'ils attendent de toi. Tu me déçois, Ellana. Et je n'aime guère être déçu. Tu vas ressortir et rester dehors jusqu'à ce qu'un autre homme veuille de toi. Rattrape ton erreur et ramène-moi le double de l'argent habituel. Donc, deux hommes encore. Grouille-toi.

Il la relâcha et elle courut presque à l'extérieur sous les regards amusés des filles encore présentes. Elles avaient entendu les hurlements de Nolan.

Tremblante, elle aguicha du mieux qu'elle put les hommes. Mais ils se faisaient rares, la nuit étant à moitié écoulée. Ils étaient déjà avec des putains, ou rentraient pour ne pas éveiller les soupçons pour ceux qui avaient une femme. Elle faisait son possible, montrant sa poitrine, leur promettant du plaisir à l'infini. Elle se dégoûtait, mais avait peur de ce que Nolan lui ferait si elle n'y parvenait pas.

Le jour se leva et elle n'avait réussi à attirer qu'un seul homme dans son lit. Encore une fois, elle avait vomit après l'épisode de la bouche, une fois qu'il fût partit. Mais sur les deux cents Daris qu'elle devait récolter pour se racheter, elle n'en avait que cent.

Nolan entra une fois le soleil levé complètement. Il l'observa, observa le panier ou il n'y avait que les cent Daris.

-Il en manque tu es au courant ?

-Oui…pardon, je n'ai pas su faire mieux. Pardon, Nolan…

-Pas la peine de réclamer mon pardon, sale garce. Tu m'as déçu. Et tu seras traitée comme il faut.

Il quitta la pièce avec l'argent. Elle refît la chambre, referma la fenêtre ouverte pour aération, et ressortit. Elle remonta pour retourner dans sa chambre privée, mais Nolan revint à ce moment là.

-Prends tes affaires et suis-moi.

Inquiète, Ellana entra, prit son sac, et ressortit. Elle suivit Nolan jusqu'au fin fond du couloir. Il y faisait sombre. Il ouvrit une porte et dit :

-La chambre noire. Parce qu'il n'y a pas de fenêtre. C'est ta chambre maintenant.

Ellana entra et il referma directement après. Il faisait vraiment noir et il ne lui avait pas laissé de bougie. Elle voulut ouvrir en chercher une. Sa main ne rencontra pas de poignée. Elle se figea. La porte ne s'ouvrait que de l'extérieur, comme chez son père.

Paniquée de plus belle, elle marcha à tâtons jusqu'au tout petit lit et s'y coucha en position fœtale, serrant son sac contre elle. Elle sentait les rebords du livre contre elle. Elle revit Kaëran. Eut encore plus mal.

Et se dit qu'effectivement, elle n'était bonne à rien. Et qu'elle ne faisait que tout gâcher.


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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Ven 15 Mar - 19:36



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Chapitre 4
Quand l’hiver s’installe, partie 3

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La neige s’enfonçait sous chacun de leurs pas alors que la tempête se faisait de plus en plus brusque, violente. Le vent les frappait de plein fouet, les forçant à se retourner pour lui faire dos. Respirer sans écharpe devant le nez était chose difficile avec une telle force d’air. Au lieu de ça, Emiya leva la tête vers son nouveau supérieur et d’un commun accord, allèrent se mettre à l’abri sous la tente qui servait au repas. On y servait du thé bien chaud pour les plus courageux qui osaient sortir de leurs appartements par un temps pareil. Les deux gradés prirent place à une table où se trouvaient trois autres hommes, ceux-ci détournant leur regard vers eux.

‘‘ Eh bien ! Même les mecs du Sud affrontent le froid ? ‘‘

‘‘ Contrairement à bien des gens du sud, comme vous dites, le froid ne me fait pas peur. ‘‘

‘‘ Même pas un peu ? ‘‘

‘‘ Pas une seule seconde. L’hiver recouvre aussi Racium, vous savez et non seulement la partie Nord du royaume. ‘‘

Le soldat semblait à court de mots et se contenta de sourire bêtement à son Lieutenant qui semblait amusé d’un coup. Sauf que son sourire était quelque peu forcé à vrai dire. Une seule personne pouvait le lui rendre, mais il commençait à croire plus que jamais qu’il l’avait perdue. Comme il l’avait écrit dans sa lettre, il était un lâche qui avait fui au lieu d’affronter l’obstacle qui se dressait devant lui. Peut-être n’était-il pas si fort que ça au final.

‘‘ J’ai toujours voulu visiter Racium, mais je n’ai jamais eu le courage de voyager une semaine durant pour m’y rendre. ‘‘ Commença l’homme à la droite d’Emiya. ‘‘ Je suis curieux, Lieutenant. Comment avez-vous réussi à atteindre ce grade à un si jeune âge ? Habituellement, vos semblables ont dans la quarantaine voir plus. ‘‘

‘‘ De la détermination et un proche parent qui m’y a aidé. Mon beau-père était Lieutenant avant moi. J’étais, si on peut dire cela ainsi, son écuyer. Il m’a formé, enseigné l’art des armes, je me suis durement entraîné pour y arrivé et j’ai pris sa place après un malencontreux accident qui a valu sa disparition. On disait que j’étais trop jeune et immature. Il ne restait qu’à leur prouver le contraire. ‘‘

‘‘ J’avoue que ça fait changement des vieux papy qu’on a l’habitude de voir. ‘‘

Ils ricanèrent de bon coeur, Kaëran comprit sauf qu’il reprit bien rapidement un peu plus de son sérieux lorsqu’on lui demanda:

‘‘ Les dames doivent adorer, non ? L’uniforme et la jeunesse je veux dire ‘‘

C’était plutôt embarrassant comme question, surtout que tous les yeux de ses congénaires s’étaient tous posés sur lui maintenant, ceux d’Emiya compris. Elle arborait ce petit sourire en coin et une étrange lueur brillait toute au fond de ses iris pâles.

‘‘ Je ne peux pas cacher que oui, mais je ne m’attarde pas sur la chose. Mon bras droit s’en occupe à ma place. C’est son travail en quelque sorte. Il faut dire qu’il est bien friand de la chose. ‘‘

‘‘ Vous n’en profitez même pas un peu ?! ‘‘

Kaëran secoua négativement la tête, cette façade qui le faisait parraître inébranlable toujours dressée alors qu’en fait, il ne faisait que voir et revoir les images d’Ellana dans son esprit. Il n’y avait et n’aurait qu’elle, si elle le voulait encore.

‘‘ Dans ce cas, c’est que quelqu’un t’attend déjà ? Ta copine, ou ta femme. ‘‘ Le questionna Emiya.

Le Lieutenant posa les yeux sur elle, pris au dépourvu par cette soudaine question. Il ne s’attendait pas à ce qu’on lui demande une telle chose !

‘‘ Je ... hum ... ‘‘

‘‘ L’adjudant aurait-elle touché une corde sensible ? ‘‘ Souffla avec amusement un des trois soldats, l’air taquin.

Mais Kaëran cherchait toujours quoi dire. Oui ? Ce serait mentir. Non ? Même chose... En fait, il ne savait pas ce qu’était devenu Ellana depuis qu’il était parti de Racium. Il y avait longtemps qu’il ne l’avait plus revu et les jours s’allongeaient. Son visage allait certainement devenir de plus en plus flou dans son esprit au fil du temps.

Non, il ne voulait pas ça ...

Pourtant, sa tête lui remontrait les scènes d’Ellana apeurée la première fois où il était entré dans la chambre d’ami pour la retrouver recroquevillée contre le mur, sur le lit. Il se souvenait la voir se tendre dès qu’il faisait un pas dans sa direction; elle avait peur de lui. Peur des hommes. Peur d’avoir mal de nouveau.

‘‘ Alors ? ‘‘

‘‘ ... Non ‘‘ Souffla t-il finalement.

Son coeur s’était soudainement alourdi et il se sentait mal. Un pincement douloureux. C’était comme s’il venait de trahir celle qu’il aimait plus que tout au monde. Y avait-il seulement une once de vérité dans le mot qu’il venait de prononcer ? S’il avait pu être un oiseau, peut-être aurait-il sut, mais pour le moment, tout n’était que néant total.

Comme on dit, le malheur des uns fait le bonheur des autres. C’était bien entendu le cas d’Emiya qui titillait déjà son esprit de pièges pour le coincer dans ses filets. Jamais elle n’aurait le culot de s’attaquer à un homme déjà pris. Elle avait quand même un peu de respect pour ses semblables. Certes, Eylis était une croqueuse d’hommes, mais elle prenait toujours attention à questionner ses cibles potentielles avant de les attirer jusqu’à elle. Et puis, sa beauté faisait des ravages. Elle le savait plus que quiconque et s’en servait avec aise. C’était une arme après tout, non ? M’enfin, son regard azur se tourna vers sa tasse pour prendre une gorgée de thé alors que Kaëran s’était tût. Il réfléchissait et finit son breuvage avant de se lever, s’excusant de leur fausser compagnie en prétextant qu’il avait à faire dans sa tente alors qu’en fait, il ne voulait que se retrouver seul pour se remettre les idées au clair.

Le vent l’accueillit avec violence alors qu’il rabattait le capuchon de sa cape sur sa tête pour se diriger d’un pas rapide vers ses appartements. Lorsqu’il entra, un soupir d’aise s’échappa de ses poumons en sentant la douce chaleur qui circulait sous la toile de sa tente. Une bûche fut déposée dans le feu et le Lieutenant plaça son armure sur le mannequin prévu à cet effet avant de se rendre à son bureau où il regarda les dossiers qu’avaient sortit Emiya. Mais sa concentration n’était pas au rendez-vous. Loin de là même. Kaëran alla donc chercher son journal et commença à y transcrire quelques mots avant qu’Emiya n’entre en le faisant sursauter. L’encre se déversa sur la page et il dut se redresser brusquement pour ne pas tacher ses vêtements. Le liquide noir lui, continuait son chemin sur le rebord du bureau, tombant sur la chaise pour ensuite tacher le sol recouvert d’un tapis.

‘‘ Oh pardon. Je ne voulais pas te faire peur. ‘‘

‘‘ J’avais la tête ailleurs et je ne t’ai pas entendu arriver. ‘‘

La jeune femme dévoila son visage et s’approcha de lui en souriant faiblement.

‘‘ Je suis navrée pour tout à l’heure. Ta vie privée ne me regarde pas... seulement, j’ai laissé aller ma curiosité alors que je n’aurais pas dû. ‘‘

‘‘ Ce n’est pas grave. Ce sont des choses qui arrivent à tout le monde après tout. ‘‘ Dit-il en épongeant le bureau et rangeant son journal dans un écrin, puis dans le coffre où tous ses effets personnels se trouvaient.

‘‘ Je te laisse travailler en paix et reviendrai te chercher pour le repas. ‘‘

‘‘ Ne te donne pas de mal pour ça. Je risque d’aller le chercher et le prendre dans ma tente. ‘‘

Eylis ne fit qu’acquiescer d’un signe de tête puis quitta les lieux, laissant Kaëran terminer d’essuyer l’encre.
La journée s’écoula tranquillement et la tempête ne baissait nullement en intensité. Au contraire, c’était pire. La tente était secouée de gauche à droite sans arrêt et les flammes du feu vacillaient à tout moment. À la tombée du jour, le Lieutenant quitta ses appartements, emmitouflé dans sa cape, et fit un coup rapide pour revenir après avoir salué les siens qui se remplissaient l’estomac. Il mangea avec bien peu d’appétit, mais vida tout de même son assiette qu’il laissa de côté ensuite. Le jeune homme fit la lecture puis se glissa sous ses couvertures tout en fermant les paupières pour s’endormir avec difficulté. En plein milieu de la nuit, ce fut un bruit sourd qui le réveilla, suivi d’un cri aigu; Emiya. Le soldat se tira brusquement du lit, enfila ses bottes, une chemise et sa cape pour se retrouver à l’extérieur. L’adjudant rampait sous la toile pour sortir et grelottait violemment lorsque le froid mordit sa peau. Ce n’était pas une robe de nuit qui allait la garder au chaud en plein hiver. Aussi s’empressa-t-il de la couvrir de sa cape et la coller à lui pour l’entraîner jusqu’à sa tente. Emiya se cramponnait, claquant des dents tellement elle était gelée.

‘‘ Ta tente ne pourra pas être redressée cette nuit. Il faudrait attendre que la tempête cesse... ‘‘

‘‘ Je je je... brrrrrrrr... ‘‘

Un violent frisson secoua la jeune femme qui serra les doigts autour du tissu de la chemise du Lieutenant. Il fallut qu’il se rende à l’évidence et qu’il la soulève pour l’allonger dans son lit, prenant place à côté. Emiya avait les lèvres bleues et le teint bien pâle, la pauvre.

‘‘ M-m-m-m-merci, K-K-K-K-Kaëran... ‘‘

Le jeune homme garda le silence et se contenta seulement de lui donner un peu de chaleur pour ne pas qu’elle tombe malade, sans plus. Déjà qu’il était extrêmement mal à l’aise d’avoir une autre femme dans sa couche. Sauf qu’elle se colla à lui de tout son long, son visage dans son cou. Emiya frissonnait violemment et cela ne se calma qu’une heure plus tard, un coup qu’elle se fut endormie. N’osant pas bouger, Kaëran mit bien deux longues heures à se calmer pour enfin trouver le sommeil. Ou plutôt, après avoir réussi à se détacher un peu d’Eylis.
Le lendemain matin, ce fut une autre histoire. Deux bras fins entouraient sa taille et un corps était collé contre son dos. Le souffle d’Emiya contre sa nuque le força à s’extirper tant bien que mal du lit pour se changer en vitesse derrière le paravent. Lorsqu’elle se réveilla, il était dos à elle en train de revêtir son armure.

‘‘ Où vas-tu ... ? ‘‘ Demanda t-elle, endormie.

‘‘ Frapper du bois. La tempête est tombée. ‘‘

Sans un mot de plus, le jeune homme quitta les lieux pour se diriger vers la cour d’entraînement. Il prit son épée et frappa sans arrêt durant de longues minutes jusqu’à ce qu’il s’essouffle. Il s’imaginait Raven, Stark et lui-même. C’était le seul moyen qu’il avait de se défouler, mais vraiment. À un moment, les soldats se massèrent dans la place et ceci incita Kaëran à se retourner vers eux.

‘‘ Le pauvre mannequin. On peut dire que vous lui avez flanqué une raclée, Lieutenant Eira. ‘‘

Le concerné se massa la nuque d’embrassement et il remit sa lame dans son fourreau, se trouvant dans son dos. L’entraînement des soldats commença alors et Kaëran ne les ménageait pas. Pourquoi le ferait-il alors que les hommes de Racium suivaient le même ? Une heure plus tard, les soldats avaient presque tous la langue à terre et Emiya vint se poster aux côtés de son supérieur en croisant les bras sur son plastron, satisfaite.

‘‘ C’est un sacré beau travail, Lieutenant. ‘‘ Dit-elle, levant le regard vers lui ‘‘ Et... merci pour cette nuit... c’était très gentil de ta part. ‘‘

‘‘ Ce n’est rien... je n’allais tout de même pas te laisser mourir de froid. ‘‘

La jeune femme ne put retenir un sourire et le contourna pour lui faire face, dégainant ses deux lames courtes. Un regard de défi se peint sur le visage d’Emiya qui se mit en position d’attaque.

‘‘ Un petit combat ? J’ai besoin de me dégourdir les jambes et ... voir ce que tu as dans le ventre. ‘‘

‘‘ Avec joie. ‘‘ Répondit-il, reprenant sa lame qu’il tenait à deux mains.

Déjà, Eylis attaquait avec acharnement et rapidité pendant que Kaëran ripostait et se défendait. Les lames s’entrechoquaient dans des tintements métalliques alors que des cris de soldats qui encourageaient l’un ou l’autre des combattants. Le tout s’annonçait être un combat mouvementé et très enrichissant. Aucun des deux ne voulait abandonner. Cela dura et dura encore. Cherchant leurs souffles, les deux jeunes gens se distancèrent pour charger et le combat se termina avec une lame devant le ventre de Kaëran et un autre sous la gorge d’Emiya.

‘‘ Beau travail, adjudant Eylis. ‘‘

‘‘ De même, Lieutenant Eira. ‘‘

Les gradés s’échangèrent un sourire complice puis partit chacun de leur côté. Un bon bain était de mise après un tel combat. Aussi Kaëran retourna-t-il dans sa tente pour réchauffer son eau puis s’y glissa une fois qu’elle commença à être fumante. C’est fou ce que ça pouvait faire du bien. Lavé, séché et reposé, Kaëran sortit de sa tente une fois vêtue chaudement et alla rejoindre tout ce beau monde dans la tente pour le repas de midi. On alla ensuite en patrouille puis on rentra pour le repas du soir. Le Lieutenant s’exila dans ses appartements directement après, ne s’étant pas douté une seconde de ce qui allait bientôt se produire.

Son armure fut installée sur le mannequin de bois sans tête puis ses bottes à son pied. Lorsqu’il se retourna, il sursauta en voyant Emiya juste derrière lui, bien silencieuse. Elle avait un étrange sourire au coin des lèvres et ... sentait affreusement bon. Pourquoi s’était-elle parfumée alors que c’était l’heure de se mettre au lit ? Kaëran arqua un sourcil, l’observant.

‘‘ Il fait bon dans ta tente. Depuis que la mienne est tombée, il fait froid... ‘‘

‘‘ Pourtant, il fait assez frisquet actuellement... ‘‘ Dit-il. ‘‘ Qu’est-ce que tu fais là ? ‘‘

‘‘ Je venais seulement... te réchauffer ? ‘‘

Le ... quoi ? Le réchauffer ? Mais il comprit bien assez tôt. Eylis n’avait eu besoin que d’enlever sa cape qu’elle laissa glisser au sol, tout comme la chemise de nuit qu’elle portait pour se retrouver dans son plus simple appareil devant lui. Bon sang... Il se sentit rougir d’un coup et détourna le regard pour le porter au ciel, mais les mains douces de la jeune femme lui baissèrent la tête pour qu’il regarde... tout. Elle le relâcha et se colla contre lui, glissant ses mains sur ses hanches pour qu’elles se faufilent sur sa peau.

‘‘ Tu es bien nerveux... Je vais t’aider à te détendre. ‘‘ Susura t-elle doucement.

‘‘ Emiya, il vaut mieux que tu partes... Tout de suite. ‘‘

‘‘ Quoi ? Laisse-moi au moins terminé ce que j’ai commencé. Tu verras, tu aimeras. ‘‘

Son coeur s’emballait alors que les mains de son adjudant se faufilaient sur son ventre qui se retrouva contre le sien. Ses muscles se contractèrent d’un coup alors qu’elle remontait jusqu’à son torse.

‘‘ Vas t-en... Tout de suite ! ‘‘ Cracha t-il enfin, lui prenant les épaules pour l’éloigner de lui.

La jeune femme sursauta, mais fronça les sourcils. Elle restait là, soutenait son regard; elle ne supportait pas qu’on refuse ses avances de la sorte et surtout pas lui.

‘‘ Tu sembles aimer ça pourtant. ‘‘

‘‘ Eylis, vas t-en. C’est un ordre. ‘‘

La concernée fit la moue et se rhabilla, le laissant seul dans sa tente. Kaëran n’en revenait tout simplement pas et posa une main devant sa bouche, l’autre en poing sur l’une de ses hanches. Il tourna sur lui-même à une reprise puis alla s’assoir sur le bord de son lit, la tête entre les mains. Un long soupir s’échappa de sa bouche puis il se laissa tomber sur le dos dans son lit. Maintenant, il comprenait clairement les intentions de son second et c’était quelque peu troublant en ce moment.

Les jours qui suivirent furent tout aussi riches en émotions. Mis à part les entraînements, les patrouilles et la rédaction de rapports, Emiya se faisait un malin plaisir à le titiller pour qu’il cède à ses avances. En un mois, elle avait certainement tout essayé: se glisser dans son lit en pleine nuit, l’attendre dans son bain flambant nue, l’attendre dans son lit sans vêtements, le toucher dès qu’il avait le dos tourné et quand personne ne les voyait. Elle avait fait son aguicheuse et ne semblait pas vouloir lâcher le morceau même si c’était peine perdue...

Il commençait sérieusement à en avoir marre et espérait que le Lieutenant Ethan allait bientôt revenir prendre ses fonctions...

Il était plus que temps...

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Ven 15 Mar - 21:30

Trois jours. Elle resta enfermée trois jours dans la chambre noire, seule. Depuis que Nolan avait refermé la porte, elle ne s'était plus rouverte. Elle n'avait plus rien mangé, ni même bu. Elle ne s'était pas relevée de son lit.

Le noir la terrifiait.

Elle restait en position fœtale, le sac contre elle comme s'il constituait une forteresse, un bouclier. Elle dormait puis se réveillait en sursaut. En plus, c'était toujours le même rêve qui revenait.

Elle se voyait, retrouvant Kaëran. Elle courait vers lui, voulant se faufiler entre ses bras. Sauf qu'il reculait. Dans une version c'était un puits qui l'aspirait et donc plus elle approchait plus il s'éloignait pour au final devenir flou et s'effacer. Dans une autre version, c'était lui qui reculait volontairement. Il fronçait les sourcils, grimaçait de dégoût et s'éloignait en dégainant une épée. Il lui disait qu'il n'avait rien à faire d'une putain et la tuait sur le coup.
Ce devait être la version la plus horrible. Parce qu'elle savait qu'il ne ferait jamais ça. Même s'il était parti, il ne serait pas capable de la tuer. Pas ça. Tout de même pas.
Une dernière version la mettait devant lui, mais il lui présentait sa nouvelle femme. Il lui disait qu'elle était dix fois mieux qu'Ellana, qu'elle ne lui apporterait pas d'ennuis. Et elle apparaissait, corps net sur visage flou, enceinte.

A chaque fois, elle se réveillait en sursaut, calmait son cœur et attendait que ses sueurs froides passent. Alors, quand Nolan rouvrit au matin du troisième jour, il crut qu'elle était morte. Il s'approcha du lit, le contourna et se pencha. Ellana avait les yeux grands ouverts, terrorisée.

-File te laver, manger et boire. Ce soir tu reprends du service.

Comme si c'était le plus beau cadeau qu'on lui eut offert, Ellana se releva, les jambes ankylosées et courut jusqu'à la première salle de bain. Rien que les besoins vitaux devenaient urgents tant elle s'était retenue. Elle se lava, se changea, et fila manger. Elle ignora les regards et les chuchotements, les rires et les miettes de pain qu'on lui lança. Une fois fait, elle remonta. La porte était ouverte mais Nolan n'était plus là. Elle ne bougea pas. Elle ne voulait pas être encore enfermée…

-Tiens une bougie. Ta peine est finie et j'espère que tu as retenu la leçon. Tu as raté l'inspection en plus…pas grave tu viendras cette semaine hein ? Tu restes dans cette chambre par contre. Je t'ouvrirais quand il faut.

Ellana agrippa la bougie, comme si c'était le port-salut et entra dans la pièce, laissant Nolan refermer derrière elle. Elle posa la bougie sur la table et prit le livre. Il fallait qu'elle lise. Qu'elle parte. Au moins mentalement. C'était si dur…elle voulait pleurer mais ce retenait. Elle ne devait plus pleurer. Rester droite. Malgré les épreuves que la vie s'acharnait à dresser sur sa route.

Ainsi, le quotidien reprit son cours. Au soir, Nolan lui donna la potion et laissa la porte ouverte le temps qu'elle se change et sorte. Là, elle ne réfléchit plus et fît ce que l'on attendait d'elle. Toute la nuit cela dura, et le passage aux toilettes fût inévitable.

Seulement, un incident arriva à l'inspection cinq jours plus tard…

Les filles étaient toutes alignées, nues, têtes basses. Nolan passa devant et derrière elles, vérifiant tout scrupuleusement. Il posait sa main sur leurs ventres, pour être sûr qu'il n'y ait pas d'indésirables.
Il passa chez Ellana, continua bien vite pour ce stopper sur Nissandheï.

-Aurais-tu pris du poids ? Demanda-t-il, toutes les autres filles redressant la tête vers eux.

-N-non…

Elle se tordait les mains, nerveuse. Nolan continua à toucher son ventre dans ses moindres recoins.

-Tu es enceinte, Nissandheï. Peux-tu m'expliquer ?

La nouvelle stupéfia la plupart des filles. Seules Eve et Maria avait été au courant, Nissandheï étant allée les trouver pour le leur dire, paniquée.

-J'ai…o-oublié de p-p-prendre ma potion…

-Et vois ce qui te pousse dans les entrailles ! Tu connais la règle ! Dehors !

Dehors ?! Mais il faisait froid ! L'hiver battait son plein, la neige ensevelissait les rues, le vent mordait…Nissandheï sortit de la ligne, Nolan l'agrippa au bras et la conduisit lui-même à la porte. Nue. Ellana reçut comme un coup dans le ventre. D'un coup, l'image de Raven la soulevant lui revint en tête. Raven l'emmenant dans la ruelle pour mourir…

Il jeta Nissandheï dehors et referma la porte.

-Voilà ce qui arrive à une putain qui désobéi ! Ellana ! Tu viens avec moi !

Tressaillant, elle le suivit et pour une fois il n'y eut aucune messe basse. Parce que vu l'état d'énervement de Nolan, il ne serait pas tendre. Alors c'était encore une fois bien fait pour Ellana.
Et effectivement, il fût brutal et l'épuisa. Il la ramena à la chambre noire pour le reste de la journée, lui donnant une nouvelle mèche pour la bougie et un repas.

Deux jours plus tard, les gardes retrouvaient Nissandheï, morte.

La nouvelle avait ébranlé Ellana et les autres filles. Ellana s'était dit que si Nolan les lâchait juste parce qu'elles tombaient enceintes, peut-être qu'elle pourrait faire de même et ensuite elle serait libre. Malgré un enfant, elle serait libre de se faire oublier ailleurs…Mais là, elle n'en avait plus envie. Elles ne savaient pas que Nolan avait posté des hommes tout autour. Donc quand une fille était jetée de la sorte, ils savaient ce qu'ils avaient à faire. La coincer, la brutaliser et la tuer proprement. Pour que les autres voient que le bordel était leur seule maison et que dehors personne ne voulait d'elles.

A Racium, la lettre de Kaëran était arrivée chez Eiriel et Dorguan. Tous deux n'arrêtaient pas de ce faire un sang d'encre tant pour le Lieutenant que pour la jeune femme, dont ils étaient sans nouvelles. C'était Dorguan qui avait réceptionné la missive. Sa grosse main trembla en l'ouvrant pour voir à qui elle était destinée. Eiriel lisait au-dessus de son épaule. Le paraphe leur suffit :

"Chère Ellana,"

Ils replièrent la lettre sans lire plus avant. Kaëran croyait donc qu'elle était toujours là. Mais maintenant au moins ils étaient sûrs que Kaëran était toujours en vie. Bien sûr ils lui en voulaient d'être parti ainsi, mais ils étaient rassurés de voir son écriture. Maintenant il fallait attendre son retour pour qu'il sache qu'Ellana était partie et qu'il puisse aller la chercher. Dorguan avait déjà préparé un petit sac, prêt à partir avec le Lieutenant pour retrouver la jeune femme…

Le temps défila, l'hiver s'éloigna lentement mais sûrement. Les bourgeons naissaient sur les arbres, le soleil devenait à nouveau chaud et le vent était moins violent. Ellana dessinait. Le visage de Kaëran. Elle le dessinait, pour ne pas l'oublier. Par instants, il devenait si flou qu'elle craignait le perdre. La seule chose qui lui permettait de rester debout et d'affronter sa vie ne devait pas disparaître…En deux mois, elle s'était un peu plus enfoncée dans cette vie. Les automatismes s'étaient installés et maintenant elle ne faisait que ce qu'on attendait d'elle. Le soir elle aguichait et emmenait les hommes dans son lit. Ensuite elle en vomissait et allait manger pour se reposer. Quand elle ne parvenait pas à dormir, ce qui arrivait souvent, elle lisait à la faible lueur de la bougie qu'elle veillait à maintenir allumée pour que le noir ne vienne pas. Elle en avait toujours peur.

Elle termina de représenter une mèche de ses cheveux en pétards et rajouta un peu de pétillement dans ses yeux. Elle avait trouvé dans un tiroir de vieux crayons de couleurs…Si elle avait pu, elle aurait sourit. Mais le sourire avait quitté son visage depuis son enlèvement, trois mois auparavant. Le vrai sourire, s'entend…pour les nuits, elle en collait un faux sur ses lèvres, un creux.

Rangeant la feuille dans son journal, devant toutes les autres, elle se releva. Elle aurait aimé regarder à l'extérieur, mais il n'y avait pas de fenêtres. Elle parlait si peu qu'elle avait peur de ne plus y parvenir…

Elle n'arrêtait pas de se demander si Kaëran était déjà revenu à Racium. Et si oui, s'il avait une autre femme. Elle se demandait quelle avait été sa réaction en découvrant qu'elle était partie pour qu'il ne souffre plus par sa faute. S'il la regrettait ou l'avait déjà oubliée. Son cœur n'arrêtait pas de se pincer, et elle avait l'impression d'être enfermée dans sa douleur. Elle avait l'impression qu'en fait, c'était cette douleur qui la faisait encore respirer et rien d'autre.

Parfois, elle inventait de petites histoires, qu'elle notait dans son carnet. Elle y inventait la vie qu'elle aurait menée si rien de tout ça ne s'était produit. Elle écrivait qu'elle apprenait pleins de choses avec lui, qu'il l'emmenait visiter toute la ville, qu'il lui apprenait à faire du cheval, et…elle écrivait ce qu'aurait du être sa Première Fois avec lui. Elle décrivait le bonheur qu'elle aurait pu lui donner pour surmonter au mieux la disparition de sa mère…L'utilité qu'elle aurait eue…

C'était souvent là qu'elle sentait les larmes commencer à naître et qu'elle les ravalait parce qu'elle ne devait pas pleurer. Elle était inutile. Cela ne changerait pas. Maintenant, elle n'était réellement plus qu'un objet et servait à peine à assouvir les besoins des hommes.

Elle soupira. Deux mois s'étaient écoulés et pourtant, elle avait l'impression que c'était bien plus long…

Le printemps s'installa durablement au cours du troisième mois. Il n'y eut plus d'incident majeur à relever. Ellana faisait toujours la même chose et ça s'arrêtait là. La Vie avait choisi pour elle.

Le Destin allait une nouvelle fois tout bouleverser.

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Sam 16 Mar - 16:56

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Chapitre 4
Quand on s’y attend le moins, partie 1

◆ ◆ ◆



L’attente devenait de plus en plus insupportable et l’atmosphère lui semblait lourde. Entre son adjudant qui lui faisait des avances et son esprit qui se torturait au sujet d’Ellana, Kaëran ne savait plus où donner de la tête. Il se défoulait alors sur les mannequins de bois dans la cour d’entraînement, peu importe l’heure. Jour ou nuit. C’était la seule chose qui lui permettait de garder son sang-froid, mais il priait aussi pour qu’Ethan se remette rapidement et leur revienne en pleine santé très bientôt. Emiya continuait ses petits jeux avec un peu plus de distance et ce fut ainsi jusqu’à ce que le froid de l’hiver devienne un peu moins mordant au fil des semaines. À tous les coups, la jeune femme se faisait renvoyer sous la réticence de son supérieur. Croyait-elle qu’elle l’aurait à l’usure ? Elle pouvait se foutre un doigt dans l’oeil si c’était ce qu’elle croyait.

Un soir, alors que le Lieutenant faisait son rapport de la journée, Emiya entra dans sa tente sans s’annoncer et entoura son cou de ses bras. Sa bouche se colla contre son oreille droite. L’homme tenta de se dégager, mais elle resserra un peu plus son étreinte, sans pour autant l’étouffer. Elle chuchota alors :

‘‘ Je veux savoir pourquoi tu résistes autant, Kaëran Eira. Suis-je si peu séduisante à tes yeux ? ‘‘

Kaëran posa les mains sur les poignets d’Emiya et les détacha lentement, prenant garde de ne pas lui faire mal. Elle tentait de se cramponner, mais rien à faire puisqu’il était plus fort qu’elle. Ainsi, il se leva de sa chaise et pivota pour lui faire face, la mine sévère. Eylis fronçait les sourcils et le soutenait du regard, bras croisés sur sa poitrine.

‘‘ Tu te souviens de la question que tu m’as demandée, à laquelle j’ai répondit non ? Pour dire la vérité c’était plutôt un je ne sais pas. J’ai quelqu’un dans ma vie, Emiya, mais c’est compliqué à expliquer. J’aime cette femme bien que je ne sois plus certain de ses sentiments à mon égard et tant que je ne saurai pas, personne ne s’ajoutera. Et encore. Je ne fais que penser à elle depuis mon départ de Racium. Je la vois dans ma soupe. Tu comprends ? Alors comment pourrais-je tomber dans tes filets sans sentir que je l’ai trahi? ‘‘ Il se tut un court instant pour soupirer et reprit, plus calme que jamais. ‘‘ Je te respecte, Eylis. Tu es une femme courageuse et magnifique, mais je ne suis pas le genre d’homme que tu t’efforces d’attraper seulement pour l’aspect charnel de la chose. ‘‘

Emiya avait écouté attentivement et semblait quelque peu choquée. C’était comme si une vérité venait de lui éclater au visage alors qu’elle avait toujours su au fond d’elle qu’il y avait un immense vide. Voilà, elle essayait de le combler de cette manière avec l’aide des hommes qui ne lui résistaient presque jamais. Elle baissa la tête, cachant son visage derrière cette masse de cheveux pâles. On aurait pu croire qu’elle s’était transformée en statue l’espace de quelques minutes; elle ne bougeait plus. Après quelques longues minutes de silence, Emiya releva la tête vers son supérieur et lui offrit un sourire triste, les yeux humides.

‘‘ J’aimerais qu’un jour un homme parle de moi comme tu le fais pour celle que tu réclames depuis tout ce temps. Elle a beaucoup de chance, qui qu’elle soit. ‘‘

‘‘ Reprends-toi en main, Emiya. Tu vaux mieux que ça et tu peux te rendre loin encore. Tu as beau être une femme parmi des milliers d’hommes, ils finiront par te respecter pour ce que tu es et non ce que tu sais faire en couche. ‘‘

Une première larme perla sur l’une de ses joues de porcelaine et elle l’essuya aussitôt. Grimaçant, Emiya tentait de refouler ses soeurs, mais n’y arriva pas. Elles se mirent à couler à flot sans s’interrompre et son regard pâle se posa sur le Lieutenant.

‘‘ Je ... je peux ? ‘‘

Cette fois, Kaëran acquiesça et la laissa s’approcher de lui pour la prendre dans ses bras. La pauvre éclata en sanglots aussitôt et serra les côtés de la chemise de son chef de ses doigts fins. Il y avait tant de douleur et de peine dans ce simple geste qu’il ne pouvait qu’avoir pitié d’elle.

‘‘ Tu peux parler. Ça ne pourrait que te faire du bien... ‘‘ Murmura t-il.

Emiya renifla à plusieurs reprises, hoqueta et prit finalement une grande respiration avant de se lancer dans son récit.

‘‘ Je suis enfant unique... Mon père a toujours désiré avoir un garçon et ma mère n’a jamais été en mesure de concevoir après moi. J’étais la honte de la famille. Il se moquait de moi et préférait le fils du voisin à sa propre progéniture. Un mariage a été arrangé, mais j’ai fui mon village pour enrôler l’armée. Cependant, j’ai dû me faire passer pour un homme au risque de me faire écraser, tripoter. J’ai réussi et lorsque j’eus atteint mon objectif, je me dévoilai à mes supérieurs. Mes preuves étaient faites bien qu’ils eurent été réticents. Je me suis construit une carapace, une image fausse. J’essayais de me convaincre que j’étais cette femme que tu voyais, alors que c’est totalement faux. Je veux prouver qu’une femme peut arriver aux mêmes exploits qu’un homme, mais... c’est tellement difficile ! J’ai essayé et ça ne donne rien en fin de compte... ‘‘ Elle cessa de parler et se dégagea par elle-même de Kaëran, plantant de nouveau son regard dans le sien. ‘‘ Pourtant, tu es si jeune et tu es parvenu à être gradé Lieutenant. Pourquoi ne pourrais-je pas moi aussi surprendre mon entourage ? ‘‘

Un sourire sincère se dessina sur les lèvres de Kaëran à l’écoute de ces dernières paroles. Il hocha la tête, parfaitement d’accord avec elle. Quand on voulait, on pouvait. Seulement, il fallait s’en donner la peine et ne pas baisser les bras au premier obstacle. Emiya choisit ce moment pour mettre un message dans la main droite de Kaëran qu’il n’hésita pas à lire.

‘‘ Tu pourras partir dès demain matin. Le Lieutenant Ethan sera de retour. Va retrouver cette femme avant que je ne le fasse à ta place et prend soin d’elle si tout s’arrange. ‘‘

‘‘ Merci, Emiya. ‘‘

‘‘ Non... c’est plutôt à moi de te remercier. Tu m’as permis d’ouvrir les yeux et de continuer à combattre. Maintenant, je te laisse faire tes sacs et dormir. Une longue route t’attend demain. Je viendrai te dire au revoir. ‘‘

‘‘ Bonne nuit, Eylis‘‘

‘‘ Bonne nuit, Kaëran. ‘‘

Elle souria de nouveau puis quitta la tente qui était redevenue bien calme d’un coup. C’était comme si un poids venait de s’envoler de ses épaules. Un peu plus motivé à rentrer chez lui, Kaëran commença à préparer ses sacs pour son départ. Il mit une bonne heure à tout finaliser puis se laissa enfin tomber sur le dos dans son lit pour une bonne nuit de repos où il revoyait le sourire de sa chère Ellana.

Le lendemain matin, il fut tiré hors du lit par ses frères d’armes qui lui sautèrent dessus et Emiya regardait la scène un peu plus loin derrière en riant. Un peu confus, Kaëran ne put que ricaner à son tour et alla préparer son cheval à l’extérieur une fois que sa tente eut été vidée de ses effets personnels. Les derniers sacs dans les sacoches du cheval, Kaëran se retourna vers ses congénères qui arboraient une mine piteuse.

‘‘ Venez là que je vous serre dans mes bras ! ‘‘

Le Lieutenant eut droit à une câlin collectif remplit de claques dans le dos puis Emiya fit le sien à son tour. Elle posa ses mains sur les joues du jeune homme et lui dit:

‘‘ Prends soin de toi, mon ami. Faire ta connaissance m’a fait réaliser une tonne de choses. ‘‘

‘‘ Si jamais tu as besoin d’aide pour grimper les échelons, passe me voir à Racium. Je suis certain que tu pourras trouver ce que tu cherches. ‘‘

‘‘ J’y songerai sérieusement, histoire de voir si tu t’occupes bien de ta douce. Allez, pars maintenant avant que je ne change d’avis. ‘‘

Kaëran eut un sourire en coin et lui ébouriffa les cheveux d’une main avant de se mettre en selle. Il salua tout les hommes, y compris le Lieutenant Ethan qui arriva aux pas de course, puis il quitta les lieux aux galops. Se retrouver seul sur la route après plusieurs mois lui faisait étrange. La neige fondait considérablement par endroits avec la chaleur du soleil. Le printemps était là après une difficile saison de froid et de blanc. La nuit, le jeune homme campait dans la forêt et ne dormait que quelques heures avant de se remettre en route. Cela dura trois jours avant qu’il ne parvienne à un Y qui indiquait deux directions : Racium et Orthank. La nuit commençait à tomber, il avait envie d’un repas bien chaud et d’un lit confortable alors... Donnant un coup sur les rennes, le Lieutenant prit le chemin de la bourgade qui n’était qu’à une vingtaine du croisé de chemin. Une fois sur les lieux, il sauta en bas de son cheval et l’attacha solidement devant l’auberge où il alla se réserver une chambre pour la nuit. Sortant sa bourse pour payer, il demanda alors:

‘‘ Y a-t-il une écurie où je pourrais abriter ma monture ? ‘‘

‘‘ Continuez à votre droit et ce sera juste à côté de la forge, mon cher. ‘‘

‘‘ Merci bien. ‘‘

‘‘ Passez un agréable séjour. ‘‘

Si seulement il savait.

Retournant à l’extérieur, le jeune soldat prit ses sacs, les monta à sa chambre puis ressortit pour aller conduire son étalon à l’écurie pour qu’il puisse bien se reposer lui aussi. Après tout, il le méritait amplement. Ainsi, il avait passé devant la taverne, le bordel et quelques boutiques sans y porter attention. Sur les lieux, le garçon d’écurie prit le cheval par la bride, reçut les daris du Lieutenant pour le logement et le remercia. Maintenant, il était temps de casser la croute, car son ventre criait famine et ça devenait insupportable avec toutes ces bonnes odeurs dans l’air. Revenant sur ses pas, il entendit un sifflement alors qu’il repassait devant la maison close. Lorsqu’il tourna les yeux pour voir de quoi il s’agissait, une putain commençait à se trémousser et lui faire un clin d’oeil. Sauf que ce fut la guerre avec deux autres de ses congénères. Le Lieutenant arqua un sourcil puis allait passer son chemin lorsqu’il sentit son coeur rater un battement. Envahi de sueur froide, Kaëran s’approcha un peu plus d’une des femmes qui lui semblait drôlement familière. Non... c’était ... impossible ! Ce devait être un sosie ? Pourquoi se trouverait-elle dans un tel lieu, à deux ou trois jours de chevauchée de Racium ? Ses pas se firent de plus en plus près alors qu’il ignorait les commentaires aguichants des autres femmes qui se bousculaient un peu. C’est alors qu’un homme le devança et se planta juste devant lui pour cacher la femme à sa vue. Faisant preuve d’une certaine impatience, Kaëran posa une main sur son épaule et le poussa doucement sur le côté.

‘‘ Pardon, mais j’ai besoin de parler avec cette demoiselle. ‘‘

‘‘ Quoi ? S’moi qui l’ai vu le premier alors dégage. Il y en a d’autre qui te reluque de toute façon. T’as l’choix ! ‘‘

‘‘ C’est à elle que je dois parler, monsieur. ‘‘ Cracha t-il d’un air sévère.

L’homme fut soudainement intimidé en voyant l’armure camouflée sous la cape et recula de quelques pas. Non sans lancer un regard noir au Lieutenant. Lui, se retourna vers le sosie d’Ellana, prit son menton entre son index et le pouce droit pour lui redresser la tête.

Il blêmit d’un coup et ne put la relâcher après avoir croisé son regard bicolore. C’était... c’était elle ?! Mais qu’est-ce qu’elle faisait là, ici, et toute seule ?! Eiriel et Dorguan ne l’avaient certainement pas mis dehors ? Non, impossible ! Avait-elle fui? Sans prévenir, le jeune homme lui prit le poignet gauche et l’entraîna avec lui dans un coin tranquille.

‘‘ Ellana... ? ‘‘ Souffla t-il, abasourdi. ‘‘ Qu’est-ce que... qu’est-ce que tu fais ici ?! ‘‘

Lui qui croyait qu’elle était à Racium avec la paysanne et le forgeron ! Il s’était préparé mentalement à les revoir tous les trois en même temps, mais voilà qu’il tombait sur Ellana en plein milieu de nulle part et par hasard. Ses mains se posèrent inconsciemment sur les joues pâles de la jeune femme, frissonnant à ce contact.

Ça faisait si longtemps...

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Sam 16 Mar - 18:15

Ellana rangea une nouvelle fois les dessins qu'elle avait faits, le cœur se pinçant lourdement. Malgré les trois mois écoulés, elle n'arrivait pas à ne plus ressentir cette pointe de feu en elle…ses espoirs étaient inexistants à présent. Rien ne pourrait la sortir de cette vie, plus jamais. Elle finirait putain, mourrait en putain. Comme son père le lui avait dit.

La seule chose qu'elle espérait encore, c'était que les autres filles l'acceptent enfin. Trois mois et elles continuaient à lui mener la vie dure. Enfin, encore plus que ça ne l'était d'origine. Des petits coups tordus, des réflexions, des farces vicieuses…Ellana avait déjà tout eu et ce disait que maintenant c'était bon. Elle soupira et se rendit dans la salle d'eau de la chambre noire avec la bougie. Elle se lava convenablement, frottant toujours entre ses cuisses. Comme si ça enlèverait le passage de tous ses hommes. La veille, une horrible pensée c'était imposée en elle en plus du reste. En couchant ainsi avec tous ses inconnus, c'était comme si elle avait trompé Kaëran. Même s'il était parti. Même s'il ne la voulait plus. Elle s'était sentie encore plus mal qu'avant…

Une fois, elle avait regardé entre ses jambes et avait grimacé. C'était…pas beau. Bref, elle se sécha et s'habilla, attendant que Nolan ouvre pour qu'elle aille chercher à manger. Elle avait demandé à ce qu'il laisse la porte ouverte, qu'elle la calerait avec une chaise, mais il avait refusé net.

Mais il était ponctuel et au moment ou elle sortait il ouvrait. Sans un mot, elle sortit et descendit les escaliers, le ventre grondant de faim. Au réfectoire, plusieurs filles étaient déjà installées. Évidemment, les murmures ne tardèrent guère, tout comme les regards appuyés. Ellana prit son repas, et retourna rapidement dans sa chambre après avoir hésité un court instant. Elle avait eu l'idée folle de s'asseoir à côté d'elles et de leur demander clairement ce qui leur déplaisait chez elle. Mais elle se ferait écraser si vite qu'il n'en valait pas la peine. Et puis…ce serait encore pire après. Nolan referma la porte derrière elle et elle s'assit pour manger.

Elle se sentait si seule en fait…si isolée…si misérable…Quand elle enlevait ce foutu maquillage qu'on lui imposait, elle ne voyait qu'une femme devenue creuse…elle avait tenté de reformer un véritable sourire sur ses lèvres, ses muscles lui avaient fait si mal qu'elle avait cessé. A quoi bon ? Il n'y avait personne pour la regarder sourire. Personne pour lui dire qu'elle avait un joli sourire.

Elle avait regardé ses yeux de plus près, le bleu comme le gris. Ils étaient si éteints…comme ceux de Kaëran lorsqu'il avait compris qu'elle était trop faible pour lui, elle en était sûre.
Avec sa fourchette, lentement, elle s'amusa à déplacer les aliments pour former un visage. Celui de Kaëran se juxtaposa automatiquement dessus. Là encore, les larmes voulurent se créer, elle les retint. Trois mois qu'elle n'avait plus pleuré alors que l'envie était plus forte que tout.

Finissant, elle alla se laver les dents et retourna se coucher. Le soir était encore loin et elle avait très peu dormit. Les hommes aimaient bien que cela dure avec elle…

Regardant la bougie posée sur la table de chevet à côté d'elle, la flamme tremblotante, elle tenta de mettre de côté toutes ses pensées. Lentement, elle s'endormit.

Elle fût réveillée par Nolan qui entrait avec la fiole.

-Pas encore prête !? Dépêche-toi !

Elle acquiesça, se leva rapidement, but la potion et fila dans la salle de bain pour remettre ses cheveux qui avaient poussés en ordre et se changer.

Elle sortit sous le regard inquisiteur de Nolan qui la stoppa pour vérifier sa tenue. Un sourire coquin se dessina sur ses lèvres alors qu'il passait sa main sur sa poitrine. Il aimait faire ça…

-File. Aller.

Elle s'empressa d'obéir et descendit les marches quatre à quatre. Dehors, les filles étaient déjà en place et bien sûr une nouvelle fois, elles lui lancèrent des regards lourds de reproches et de mesquinerie. Prenant sa place, Ellana respira profondément. Le fond de l'air n'était pas trop frais, mais pas assez chaud cependant pour enlever le gilet qu'elle avait. La nuit tombait lentement, les étoiles s'illuminant une à une.

Jamais elle ne se serait doutée de la tournure qu'allait prendre cette soirée qui s'annonçait pourtant aussi ordinaire que les autres…

Elle regarda distraitement les autres filles. Quelques unes avaient déjà un client. Eve par exemple. Un homme richement vêtu, qui avait un assez joli visage pour une fois. Parce que oui, Ellana avait déjà eu droit aux chauves, malpropres, gros, maigres, moches, défigurés, brûlés même. Elle avait même eu un nain une fois. Et elle avait aussi les clients plus réguliers…

A chaque fois, elle s'imaginait que c'était Kaëran. Mais alors la douleur revenait et la faisait arrêter ses simulations. Elle ne pouvait pas imaginer le Lieutenant. Il n'avait jamais eu droit à son corps alors que la moitié des hommes du Royaume lui était passé dessus. Tous y avaient eu droit, sauf celui qu'elle désirait réellement, c'était…injuste. Mais sa vie était écrite ainsi apparemment. Faite d'épreuves…

Elle gardait la tête basse, surtout parce que ce n'était pas ce qu'un homme regardait en premier. Non, d'abord venait la poitrine, puis les jambes et enfin les fesses. Le visage, ils s'en fichaient un peu, tant qu'ils prenaient du plaisir…et ils savaient que Nolan ne choisissait pas de filles "simples". Il prenait toujours le meilleur niveau beauté. Et dans la petite bourgade d'Orthank, tous savaient maintenant qu'Ellana étaient parmi les plus belles, même si elle se trouvait personnellement laide.

Un homme s'approcha alors d'elle. Voilà, c'était partit pour la nuit… Sauf qu'il n'eut pas le temps de parler qu'une autre voix s'éleva. Une voix…qu'elle n'avait jusque là entendu qu'en rêve et encore, elle devenait de moins en moins forte.

- Pardon, mais j’ai besoin de parler avec cette demoiselle.

Impossible. Elle rêvait. Voilà. Elle n'osa pas lever les yeux. Ce ne pouvait pas être lui. Pas ici. C'était ou un rêve, ou un autre homme possédant le même timbre de voix…

- Quoi ? S’moi qui l’ai vu le premier alors dégage. Il y en a d’autre qui te reluque de toute façon. T’as l’choix !

Jamais en l'espace de trois mois son cœur n'avait battu aussi vite alors qu'il répondait :

-C’est à elle que je dois parler, monsieur.

Elle entendit simplement des bruits de pas puis plus rien. C'était ça, elle avait rêvé et maintenant Nolan allait la réveiller réellement pour qu'elle aille dehors…
Mais non. Deux doigts se glissèrent sur son menton pour lui redresser le visage.

Elle se sentit défaillir lorsqu'elle croisa le regard qu'elle n'avait plus vu que dans ses rêves ou sur les dessins. Ce regard bleuté tacheté de vert…Kaëran…non…que faisait-il là ? Pourquoi était-il là ? N'était-il donc pas à Racium, heureux ? Qu'avait-elle fait de plus ?

Il ne la lâcha pas. Elle n'arrivait pas à imaginer que c'était réel. Elle était pour ainsi dire pétrifiée, son regard plongé dans celui qu'elle réclamait en silence depuis trois mois. Et, d'un coup, il lui prit le poignet et l'entraîna à l'écart. Et évidemment, Maria avait vu la scène…

-Ellana... ? Qu’est-ce que... qu’est-ce que tu fais ici ?!

Elle ne put répondre tout de suite. Parce qu'elle ne savait pas quoi répondre. Ce qu'elle faisait ici ? Ce qu'on attendait d'elle. Parce que telle était sa place. Parce qu'elle avait fait souffrir cet homme plus qu'il ne fallait. Parce que c'était tout ce qu'elle méritait. Mais les mots ne sortaient pas. Elle restait bloquée.

Lentement, deux mains chaudes se faufilèrent sur ses joues. Imperceptiblement, elle frissonna. C'était un contact si doux…un contact qui lui manquait tant…

Elle avait baissé la tête malgré les mains sur ses joues et il la lui releva à nouveau, croisant une nouvelle fois son regard. Elle le vit froncer les sourcils et ce dit qu'il allait lui dire qu'elle n'était bonne à rien. Il allait lui dire tout haut ce qu'elle savait déjà. Mais tout ce qu'il dit fût :

-Ellana ?

Elle inspira un grand coup. C'était…comme une apparition…Elle se racla la gorge et commença, d'une voix assez éraillée :

-Kaëran ? Je…je fais ce…ce à quoi je suis destinée…

Elle avait eu du mal à le dire mais c'était sortit.

-Non, je suis le Roi de Racium... qu'est-ce que tu crois ?

Elle l'entendit soupirer avant qu'il ne poursuive :

-Et comment ce à quoi tu es destinée ? Qui t'as mit ces idées dans la tête ? Il suffit que je m'absente trois mois pour qu'on te lave le cerveau !

Les mains se retirèrent alors de ses joues et il se massa la nuque. Sur le coup, elle se dit qu'il allait partir. Il allait sans doute repartir parce qu'il voyait qu'elle n'était bonne à rien. Comme il disait, trois mois avaient suffis pour que la Ellana qu'il avait éveillée se rendorme profondément. Les larmes approchaient, et là elle avait encore plus de mal à les contenir. C'était de trop, tout était de trop…il était là, devant elle, en chaire et en os. Ce n'était pas un rêve…

-J'ai…je mérite…ça…je…je t'ai chassé de chez toi…tu as tellement souffert par ma faute…ce n'est que justice…

Un long silence s'ensuivit. Le jeune homme ne fît que baisser les yeux en soupirant. La douleur n'avait jamais été aussi vive en elle.

-Ellana... je suis parti de ma propre volonté. Tu ne m'as nullement chassé... voyons.

Il reposa ses douces mains chaudes sur ses joues alors que les paroles percutaient Ellana. De sa…propre volonté ? Il l'avait donc bel et bien quittée non ? Lentement, elle sentit son corps être rapproché de celui de l'homme. D'un coup, elle fût prisonnière de ses bras. Ses bras qu'elle avait appelés…ce fût la goutte qui fît chuter les cloisons.

Les larmes coulèrent lentement sur ses joues alors qu'elle n'osait pas lever les bras pour serrer Kaëran contre elle, comme si elle avait peur qu'il s'évapore dès qu'elle le toucherait. Bientôt, elle pleurait profondément, toutes ses larmes contenues ressortant en un flot ininterrompu. Lorsqu'elle parvint à se calmer, ce fût pour balbutier :

-Je suis désolée…Kaëran…j'ai tout brisé…j'ai tout gâché…pardonne-moi…je t'en prie…

Elle souhaitait juste qu'il lui pardonne sa peur quand il avait voulut la réconforter. Qu'il lui pardonne ce renfermement qu'elle s'était imposé le temps qu'elle ait le courage de lui parler. Qu'il lui pardonne sa souffrance et son départ qu'elle avait causé. C'était tout ce qu'elle demandait. Ensuite, s'il voulait, il pourrait repartir à Racium. Elle serait au moins rassurée et saurait qu'il était en vie. Parce que pour elle, il n'y avait pas de sortie. Nolan ne lui permettrait jamais de partir et puis…elle était toujours persuadée que Kaëran ne voudrait plus d'elle. Alors elle continua juste à pleurer contre son épaule, voulant retarder le moment fatidique ou il lui dirait qu'il devait partir, ou même ce moment ou Nolan viendrait pour lui dire de reprendre sa place ou d'emmener Kaëran dans son lit pour la nuit.

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Sam 16 Mar - 19:57


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Chapitre 4
Quand on s’y attend le moins, partie 2

◆ ◆ ◆



C’était bel et bien elle. Aucun doute là dessus. Il reconnaissait chacun des traits de son visage en passant de ses lèvres à ce regard qui l'hypnotisait à tous les coups. Mais ce même regard était mort. Comme le sien. Mais depuis qu’ils se retrouvaient l’un en face de l’autre, cette petite lueur recommençait à prendre forme. Ellana ne réagissait pas, pétrifiée sur place comme si elle avait vu un fantôme du passé resurgir ce soir-là. Kaëran fronça donc légèrement les sourcils et reprit:

‘‘ Ellana ? ‘‘

Là elle sembla sortir de ses songes pour revenir sur la terre ferme. Sa poitrine se souleva alors qu’elle prenait une profonde inspiration. Sa gorge fut raclée puis ses lèvres se mirent à remuer avant que sa bouche ne s’ouvre pour laisser échapper cette voix qui lui avait tant manqué. Mais elle était enrouée, douloureuse à entendre alors qu'elle avait toujours été douce et mielleuse. Elle transportait tant de souffrance que ce fut difficile pour le Lieutenant de l’entendre après tout ce temps. Sa gorge se serra dès qu’elle eut dit :

‘‘ Kaëran ? Je…je fais ce…ce à quoi je suis destinée… ‘‘

Il fut choqué d’une telle réponse. Mais qu’est-ce qu’elle lui chantait là ?

‘‘ Non, je suis le Roi de Racium... qu’est-ce que tu crois ? ‘‘ Lança t-il en soupirant avant de reprendre un peu plus calmement. ‘‘ Et comment ce à quoi tu es destinée ? Qui t’a mis ces idées dans la tête ? Il suffit que je m’absente trois mois pour qu’on te lave le cerveau ! ‘‘

Encore une fois, c’était de sa faute si les évènements avaient pris une telle tournure. S’il avait refusé la mission de remplacement, peut-être qu’Ellana ne se serait pas retrouvé dans ce trou à rat à jouer les catins dans la rue avec ces putains qui sifflaient après tous les passants de sexe masculin, accompagnés ou non d’une femme. Il détacha alors ses mains du visage d’Ellana pour se masser la nuque et lever les yeux vers le ciel un instant puis reporta de nouveau son attention sur elle.

‘‘ J’ai…je mérite…ça…je…je t’ai chassé de chez toi…tu as tellement souffert par ma faute…ce n’est que justice… ‘‘

Justice ?! Mais qu’est-ce qui était justice ?! Qu’elle termine ses jours en tant qu’objet sexuel ? Elle divaguait ou quoi ? Le regard vairon du Lieutenant ne dévia de celui de la jeune femme qu’après un long moment de silence. C’est donc lorsqu’il baissa les yeux que le contact visuel fut rompu et un second soupir s’échappa de ses poumons. Ne comprenait-elle pas qu’il s’était lui-même chassé de chez lui en quittant ainsi Racium ? La cause de son départ n’était pas elle...

‘‘ Ellana... je suis parti de ma propre volonté. Tu ne m’as nullement chassé... voyons. ‘‘ Dit-il, sans plus d’explications pour l’heure, car ce n’était ni l’endroit, ni le moment pour ça.

Au lieu de ça, il reposa ses mains sur ses joues et les caressa doucement de ses pouces. Ellana semblait si déboussolée, si perdue. Ses yeux étaient humides, mais les larmes s’obstinaient tant bien que mal à rester là, derrière ses paupières. Kaëran fut dépité en la voyant dans un tel état et ne put se retenir plus longtemps. Il devait la sentir contre lui, comprendre qu’elle était réellement là, devant lui, en chair et en os. Il devait la consoler. Doucement, le Lieutenant glissa une main derrière sa tête, l’autre dans son dos et la colla à lui pour ensuite l’emprisonner dans ses bras. Seulement la sentir là, contre lui, lui faisait un bien monstre puisqu’elle lui avait manqué.

C’est alors qu’il la sentit hoqueter. Ellana tremblait contre lui et les larmes coulaient comme un torrent sur ses joues pâles, percutant de temps à autre l’acier de l’armure qu’il portait toujours. La pauvre était en sanglot et ça la tuait de ne pas trouver les bons mots pour la réconforter, pour lui permettre de sourire de nouveau.

‘‘ Je suis désolée…Kaëran…j’ai tout brisé…j’ai tout gâché…pardonne-moi…je t’en prie… ‘‘ Balbutia t-elle en tentant de se calmer.

La pardonner pour quoi ? Elle n’avait rien fait mise à part tenter de se protéger. Elle avait été violée après tout et il ne savait pas à quel degré, bien qu’il se doutait que Raven y était certainement allé de main forte à voir les contusions et les rougeurs qui recouvraient son corps lorsqu’il l’avait trouvé ce fameux soir d’anniversaire, dans la même ruelle où on l'avait tabassé. Resserrant davantage son étreinte, Kaëran accota sa tête contre la sienne et ferma les yeux. Il patientait, la laissait déballer ses ressentiments et sa douleur dans ces larmes qui assaillait son si beau visage. Après un moment, le Lieutenant se détacha d’elle et essuya ses joues humides délicatement, replaçant quelques mèches de ses cheveux derrière ses oreilles.

‘‘ Tu n’as rien brisé, ni gâché. Je ne te pardonnerai pas parce que tu n’as rien à te faire pardonner, Ellana. Ce qui est arrivé, tu ne l’as pas cherché. Tu as tenté de faire ce que tu as cru bon avec ce que tu savais... j’aurais dû resté à tes côtés jusqu’à ce que tu te relèves, mais au lieu de ça, j’ai fui comme un bon à rien à l’autre bout du royaume sur un coup de tête et sans prévenir personne. J’aurais dû aussi laisser un message à ton intention... je me rends compte que je t’ai abandonné alors que je ne l’ai jamais voulu... ‘‘

Ses mains étaient bouillantes, son coeur battait la chamade à la seule vue de la couturière, à son contact. Parler aussi ouvertement lui était difficile, mais il devait le faire. C'est là qu’il entendit des bruits de pas venir dans leur direction et une silhouette se dessina au bout de la ruelle.

‘‘ Tu as du travail, cesses de batifoler dans ce trou alors qu’il y a des chambres prévu à cet effet ! ‘‘ Cria une des filles d’un ton cinglant.

Les deux jeunes gens avaient détourné le regard en même temps pour ensuite replonger dans le regard l’un de l’autre. Que faire ? Kaëran n’avait pas envie d’attirer des problèmes à Ellana alors qu’il était un pur étranger dans cette ville, mais il était aussi hors de question qu’il la laisse retourner dans ce bordel infect. Donc au lieu de revenir sur leurs pas, le Lieutenant l’entraîna avec lui après l’avoir recouverte de sa cape pour qu’elle cache ses attributs féminins. Il l’entraîna vers l’auberge en lui tirant le capuchon sur la tête et l’amena à la chambre où il avait l’intention de loger cette nuit seulement avant de repartir à Racium le lendemain matin. Se retournant vers elle quand la porte fut fermée et verrouillée, Kaëran dévoila le visage d'Ellana et ce fut plus fort que lui...

Il l’embrassa.

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Sam 16 Mar - 21:39

Elle pleurait, ne parvenant ni à ce calmer, ni à réellement ce convaincre que ce n'était pas un rêve. Il était bel et bien là, contre elle à la serrer dans ses bras forts qui lui avaient tant manqués. Il avait posé sa tête contre elle, et attendait qu'elle arrête de pleurer.
Elle voulait, mais c'était difficile…Elle voulait tout lui dire, là, d'un coup, alors que ce n'était ni le moment, ni l'endroit, alors qu'elle ne savait même pas s'il voulait encore d'elle.

Au bout d'un moment, il se décolla, essuyant tendrement ses joues et replaça quelques mèches derrière ses oreilles, comme il avait l'habitude de faire…avant…

- Tu n’as rien brisé, ni gâché. Je ne te pardonnerai pas parce que tu n’as rien à te faire pardonner, Ellana. Ce qui est arrivé, tu ne l’as pas cherché. Tu as tenté de faire ce que tu as cru bon avec ce que tu savais... j’aurais dû resté à tes côtés jusqu’à ce que tu te relèves, mais au lieu de ça, j’ai fui comme un bon à rien à l’autre bout du royaume sur un coup de tête et sans prévenir personne. J’aurais dû aussi laisser un message à ton intention... je me rends compte que je t’ai abandonné alors que je ne l’ai jamais voulu...

Rien à…ce faire pardonner ? Pourtant, si elle l'avait laissé venir à elle plus tôt, il ne se serait pas sentit délaissé. Il ne serait pas parti…Abandonnée ? Non…il n'avait lui aussi fait que ce qui lui semblait juste à ce moment-là…en fait, ils avaient tous deux mal interprété l'attitude de l'autre…

Elle voulut lui répondre, les larmes recommençant leur trajet, lorsqu'une voix s'éleva :

- Tu as du travail, cesses de batifoler dans ce trou alors qu’il y a des chambres prévu à cet effet !

Maria…Ellana et Kaëran s'étaient retournés vers elle mais très vite leurs regards se retrouvèrent. Ils ne virent pas Maria s'éloigner, mais celle-ci n'avait pas dit son dernier mot pour le moment…

Ellana profitait de son regard pour reformer de faibles barrières aux larmes qui coulaient toujours. Elle devait y retourner avant que le Lieutenant ait des ennuis…si Nolan l'apprenait, il enverrait ses hommes…et même s'il était fort, à un contre dix il ne pourrait guère tenir…et…l'emmener comme un client était hors de question. Elle…ne voulait pas lui faire ça. Si elle devait le faire avec lui ce serait par volonté, gratuitement et ailleurs que dans un bordel. Enfin…s'il la reprenait avec lui. S'il voulait tout recommencer avec elle.

Elle réfléchissait à ce qu'elle allait lui dire, lorsqu'il la recouvra de sa cape, complètement, et l'emmena avec lui, mais dans la direction opposée au bordel. Il avait rabattu le capuchon sur sa tête, et de loin personne ne pouvait deviner qu'elle était une femme.

Elle suivit, le cœur battant la chamade, terrifiée à l'idée que Nolan l'apprenne. Maria était une cafteuse, c'était connu. A coup sûr elle allait dénoncer Ellana. Elle allait dire à Nolan qu'elle avait été avec un homme mais qu'elle ne l'avait pas emmené pour la nuit et donc qu'elle n'avait pas gagné d'argent.

Ils entrèrent dans un bâtiment, et Kaëran lui fît monter des escaliers avant qu'elle ne se retrouve dans une chambre. Pendant qu'il fermait, elle vit qu'il y avait un sac de voyage au sol. C'était donc la où il logeait…elle entendit le verrou s'enclencher puis le jeune homme dévoila son visage comme l'on ferait pour une nouvellement mariée.

Il y eut deux secondes durant lesquelles leurs regards ne se quittèrent pas. Deux secondes ou le temps s'arrêta. Deux secondes suffisantes au Lieutenant pour se rapprocher et l'embrasser.

Aussitôt, une onde de fraîcheur la traversa de part en part. C'était comme s'il lui rendait une partie d'elle. Cette fois, ses mains se levèrent et se posèrent sur le torse du jeune homme alors qu'il prenait ses hanches. Ils étaient à nouveau ensemble…et elle se demandait encore si elle rêvait ou non.

Les yeux fermés, les larmes s'échappant encore et glissant sur ses joues, elle prolongea le baiser. En quatre mois, elle n'en avait plus reçut d'aussi savoureux. En fait, aucun homme ne l'avait embrassée. Raven ne l'avait pas fait, et ceux du bordel non plus. Ils préféraient que sa bouche touche autre chose…

Lorsqu'elle se détacha, essoufflée, elle colla son front contre celui du jeune homme, se mettant sur la pointe des pieds pour se grandir quelques peu.

-Tu m'as tellement manqué, Kaëran…je priais…pour que tu sois heureux…que tu m'ais oubliée…

Sur le coup, il sembla choqué. Elle se décolla et caressa ses lèvres tendrement.

-J'étais persuadée que tu étais partit par ma faute…parce que…j'ai été trop lente à vouloir te parler…j'ai cru que j'avais éteint tes sentiments pour moi et…je t'ai tellement fait mal Kaëran…je n'ai pas voulut rester profiter de ta famille alors que je t'en avais éloigné…

Elle détailla la moindre parcelle de son visage, le caressait comme si c'était la première fois qu'elle le voyait. Elle passa le doigt sur son front, descendit pour faire le contour de ses yeux, passa sur l'arête du nez, revint sur ses lèvres. Tout lui semblait si irréel…en elle, une sorte de paix se diffusait. Ses soucis étaient finis…il était là…il était de nouveau là…et apparemment il ne la rejetait pas. Il allait la sortir du cauchemar n'est-ce pas ? Il allait…trouver un moyen…quoique, non. Elle ne voulait pas qu'il ait des problèmes avec Nolan. Et Nolan n'était pas à sous-estimer.

Lui prenant la main, un doux frisson l'envahissant, elle l'entraîna jusqu'au lit. Non, ne vous y méprenez pas, elle ne ferait rien. Elle se donnerait à lui oui, mais pas ici, pas maintenant. Pour l'heure, elle voulait…profiter des retrouvailles si soudaines. Ce serait la première nuit depuis trois mois ou il ne se passerait rien sexuellement. Mis à part les baisers. Elle ne s'en priverait pas et lui non plus.

-Mais…je ne peux pas partir…Nolan ne voudra pas et…je ne veux pas qu'il te fasse du mal…aucune fille ne…part…vivante…Kaëran…

Elle ne réussit pas à lui laisser le temps de répondre. Elle avait trop envie de le sentir contre elle. Elle se colla tout contre lui et inspira sa tendre odeur. Malgré l'armure, elle sentait son cœur battre aussi vite que le sien.

-Et toi ? Ou étais-tu ? Enfin, si tu veux me le dire… Murmura-t-elle au bout d'un moment.

La nuit servirait au moins à ça, à se parler un peu…à se retrouver…parce que le lendemain, Kaëran devrait la laisser au bordel…

Et justement, au bordel, Maria venait de trouver Nolan :

-La nouvelle là…ta grande copine bizarre…ben elle est avec un mec ouais…mais elle pleure sur son épaule au lieu de le baiser…mon chou j'te l'ai dit, c'te nana n'est pas fiable. Maint'nant qui sait ou elle est avec ce gars hein ?

Nolan lui prit le menton entre ses doigts.

-Elle ne peut pas aller loin sans que je ne le sache. Ne te fais aucun souci…je la ramènerais et le lui ferais payer. Et l'homme, je verrais de qui il s'agit. Et s'il le faut je le tue.

Maria se mit à sourire, et Nolan l'emmena avec lui dans sa chambre. Ce n'était pas le jour de l'inspection, mais il allait la prendre pendant une heure. Ensuite, lui et ses hommes pourchasseraient Ellana et cet homme…ils fouilleraient d'abord l'auberge, bâtiment le plus proche du bordel...


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Dim 17 Mar - 1:27

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Chapitre 4
Quand on s’y attend le moins, partie 3

◆ ◆ ◆



Ce coup de tête ci avait certainement été le plus bénéfique jusqu’à maintenant. Le seul aussi qui n’engendrait pas d’effet destructeur à vrai dire. C’était un besoin qui était devenu vital l’espace d’une seconde. Un besoin qui lui avait permis d’enfin réaliser que la couturière était là, avec lui, dans cette auberge de la bourgade d’Orthank. Étrangement, il n’avait guère craint se faire repousser par Ellana lorsqu’il eut posé ses lèvres sur les siennes. C’était une sensation qui était difficile à expliquer verbalement. Une intuition peut-être ? M’enfin. Une chose était certaine, la jeune femme répondait à son geste avec une passion non dissimulée. Un second poids s’envola des épaules de Kaëran qui se sentit soudainement beaucoup plus léger. Il se retrouvait enfin, s’apaisait après ces mois qui paraissaient être une éternité.

Les mains frêles d’Ellana se posèrent sur lui pendant que celle du Lieutenant fit de même, mais sur les hanches de celle-ci, l’approchant un peu plus. Les larmes recommencèrent à couler sur les joues de la jeune femme, frôlant par moment sa peau. Lui comme elle ne voulait plus se détacher l’un de l’autre après ces retrouvailles pour le moins... inattendues. Jamais il n’aurait pensé retrouver Ellana lors de son voyage de retour et surtout pas au milieu de sa route. Ce fut elle qui se détacha la première, collant leur front l’un contre l’autre pour garder cette proximité entre leurs regards. Elle avait le souffle court et ses yeux brillaient tant.

‘‘ Tu m’as tellement manqué, Kaëran…je priais…pour que tu sois heureux…que tu m’ais oubliée… ‘‘

Ses sourcils se froncèrent et il déglutit. Comment pouvait-il l’oublier alors qu’il tenait à elle comme à la prunelle de ses yeux ? Ne lui avait-il pas déjà dit, ça ? Le jeune homme n’eut cependant pas le temps de répondre qu’Ellana continua, caressant tendrement ses lèvres d’un pouce.

‘‘ J’étais persuadée que tu étais parti par ma faute…parce que…j’ai été trop lente à vouloir te parler…j’ai cru que j’avais éteint tes sentiments pour moi et…je t’ai tellement fait mal Kaëran…je n’ai pas voulu rester profiter de ta famille alors que je t’en avais éloigné… ‘‘

‘‘ Ellana... ‘‘ Souffla t-il dans un murmure.

Son visage passa alors sous les caresses d’Ellana qui détaillait chacun de ses traits comme si elle était aveugle. Des frissons lui traversaient la colonne vertébrale toute entière pour terminer à la base de sa nuque. Ses paupières se fermèrent d’aise et Kaëran ne put que savourer ce contact pour le peu de temps qu’il dura, car après quelques minutes, une main douce alla se coincer dans l’une des sienne. Ses doigts se refermèrent autour et le Lieutenant se laissa entraîner vers le lit où Ellana s’asseya, l’incitant à faire de même.

‘‘ Mais…je ne peux pas partir…Nolan ne voudra pas et…je ne veux pas qu’il te fasse du mal…aucune fille ne…part…vivante…Kaëran… ‘‘

Le jeune homme n’eut le temps que de froncer les sourcils. Qui était ce Nolan ? Le mec qui obligeait Ellana à se prostituer comme une catin dans la rue seulement pour s’en mettre plein les poches ? Allant ouvrir la bouche, il se stoppa dans son élan pour la questionner alors qu’elle se collait contre lui. Son coeur n’avait cessé de s’emballer depuis qu’elle était là.

‘‘ Et toi ? Où étais-tu ? Enfin, si tu veux me le dire… ‘‘ Demanda t-elle dans un murmure.

Kaëran déposa un baiser sur son front, son bout de nez et ses lèvres avant de se lancer dans son récit sans queue ni tête. Dans sa mission de remplacement. Mais d’abord, il devait se débarrasser de son armure et filer se laver puisqu’il en aurait pour un moment à discuter avec elle. De plus, il voulait savoir ce qui perturbait tant Ellana en ce qui concernait le bordel et Nolan. Il voulait savoir pourquoi une putain ne pouvait quitter cet endroit vivante...

‘‘ Si tu me laisses quelques minutes, je te dirai tout. Du début à la fin. ‘‘ Dit-il en lui volant un second baiser. ‘‘ Tu as le droit de savoir après tout... ‘‘

Pour la première fois en plusieurs mois, un vrai sourire se dessina sur les lèvres du Lieutenant qui caressa la joue de sa douce avant de se détacher d’elle. Se redressant sur ses jambes, il se débarrassa de son armure qu’il posa dans un coin de la pièce et laissa son épée à la verticale contre le mur juste à côté du lit. De son sac de voyage, il sortit des vêtements propres puis fila dans la salle de bain qui était assez petite. Kaëran se lava bien rapidement puis enfila son pantalon et ressortit en essuyant sa chevelure d’une serviette qu’il laissa sur ses épaules nues avant de reprendre place devant la couturière qui avait attendu avec grande patience. Après avoir soupiré, le Lieutenant lui prit les mains et croisa ses doigts entre les siens, la tête basse.

‘‘ J’étais à une semaine de chevauchée de Racium, près des montagnes et de Temian. Un Lieutenant est tombé malade et j’ai dû partir d’urgence pour le remplacer durant les trois derniers mois. Je croyais m’en tirer pour 2 ou 3 semaines maximum, mais je me suis trompé. C’était un campement d’une centaine d’hommes qui s’assuraient que la paix perdurait toujours dans ce coin du royaume. ‘‘ Commença t-il avant de de lancer dans les explications un peu plus sérieuses. ‘‘ Ellana... je suis parti, car j’ai cru que tu ne voudrais plus me revoir. J’avais tant voulu t’aider alors que semblait si apeurée. Je ne venais pas chez Eiriel au risque de te voir terrorisé de nouveau. Je me faisais un sang d’encre pour toi et pourtant, je suis parti sans un mot. Même Ayden n’était pas au courant. Personne mis à part mon supérieur. Tout ce que j’espérais était que tu te portais bien et qu’à mon retour, tu puisses me pardonner mes erreurs... ‘‘

Il baissa légèrement la tête et voulut en venir à Emiya. Il n’était quand même pas pour lui cacher une telle chose ? Son regard rencontra de nouveau le sien et Kaëran caressa le visage d’Ellana doucement, son pouce s’arrêtant sur ses lèvres vermeilles.

‘‘ Au campement, il y avait une femme aussi jeune que toi. Le bras droit du Lieutenant Ethan... Elle m’a fait des avances, mais je ne cessais de penser à toi. Il ne fallait pas que j’oublie ton visage. Il ne s’est rien passé, car je ne le voulais pas. ‘‘ Dit-il pour la rassurer bien qu'il voyait de l'inquiétude dans son regard.

Il se tut et soupira de nouveau, lui offrant un faible sourire en coin.

‘‘ Je tiens à toi, plus que tu ne sembles le croire. Je t’aime, Ellana, et ça ne changera pas... Je vais te ramener à la maison. Jamais plus je ne te laisserai derrière, seule. Je veux m’occuper de toi, t’apprendre de nouvelles choses... te revoir sourire. ‘‘ Termina t-il dans un murmure avant de la serrer contre lui.

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Dim 17 Mar - 10:52

Kaëran ne répondit pas tout de suite. Il déposa simplement un tendre baiser sur son front, son nez, pour finir sur ses lèvres. Elle, elle profitait. Parce que c'était des gestes qu'elle n'avait plus connu depuis trois mois. Parce que depuis ce fameux jour avec la serre, plus personne n'avait été aussi doux avec elle. Personne de sexe masculin s'entend.

- Si tu me laisses quelques minutes, je te dirai tout. Du début à la fin.

Elle hocha simplement de la tête alors qu'il l'embrassait à nouveau. Quelques minutes d'attente n'allait certes pas la tuer…

-Tu as le droit de savoir après tout...

Et là, il lui offrit son plus beau sourire tout en se relevant et lui caressant la joue. Un sourire qui termina de la convaincre que c'était réel. Un sourire qui apporta plus de baume dans son cœur que n'importe quelle parole. Elle resta sagement assise alors qu'il se débarrassait de son armure et de son épée qu'il posa contre le mur. Il disparut ensuite dans la pièce d'eau et elle entendit rapidement l'eau couler.

Là, elle réfléchit. C'était si soudain…elle ne s'y était pas attendue. N'avait même pas imaginé que le hasard lui rendrait celui qu'elle attendait. Et…il ne la rejetait pas contrairement aux scénarios qu'elle s'était imaginés. Cependant, au matin, tout ceci prendrait fin. Même si elle se doutait que Kaëran voudrait la ramener avec lui, et bien sûr elle voudrait le suivre, Nolan ne le permettra pas. Elle forcerait Kaëran à ne rien faire. Parce qu'elle ne voulait pas qu'il se fasse blesser ou pire, tuer par Nolan ou ses hommes.
Elle dirait à Kaëran qu'elle tenterait ce qu'elle pouvait pour s'échapper. Elle se souvenait encore de Nissandheï…retrouvée morte deux jours après son expulsion. Parce qu'elle était tombée enceinte. Ou cette autre fille qui ne voulait plus être putain, qui avait refusé catégoriquement de sortir de sa chambre…là encore Nolan l'avait jetée et on l'avait retrouvée morte. S'en était suivit un long discours moralisateur ou Nolan leur avait dit que personne ne voulait d'elles si elles sortaient du bordel. Que le bordel était le seul endroit ou elles étaient acceptées et qu'elles devaient remercier Nolan de leur donner des repas et un toit au-dessus de la tête. Depuis lors, plus aucune fille n'avait voulut se rebiffer. Ellana avait gardé tout en elle, son désir de partir comme le reste.

Le jeune homme revint alors, torse nu, une serviette sur les cheveux. Elle ne put s'empêcher de regarder ce torse si réconfortant…ces muscles qui donnaient cette sensation de sécurité sans faille…Il se remit devant elle, serviette autour des épaules, soupira et entremêla ses doigts aux siens. Elle les serra, l'encourageant à parler. Elle savait qu'il n'était pas du genre à s'épancher. Elle non plus. Elle parlait peu et n'aimait pas le faire, elle avait l'impression à chaque fois qu'elle s'apitoyait sur son sort alors qu'il y avait sans doute pire dans la vie. Il avait baissé la tête et commença alors :

- J’étais à une semaine de chevauchée de Racium, près des montagnes et de Temian. Un Lieutenant est tombé malade et j’ai dû partir d’urgence pour le remplacer durant les trois derniers mois. Je croyais m’en tirer pour 2 ou 3 semaines maximum, mais je me suis trompé. C’était un campement d’une centaine d’hommes qui s’assuraient que la paix perdurait toujours dans ce coin du royaume. Ellana... je suis parti, car j’ai cru que tu ne voudrais plus me revoir. J’avais tant voulu t’aider alors que semblait si apeurée. Je ne venais pas chez Eiriel au risque de te voir terrorisé de nouveau. Je me faisais un sang d’encre pour toi et pourtant, je suis parti sans un mot. Même Ayden n’était pas au courant. Personne mis à part mon supérieur. Tout ce que j’espérais était que tu te portais bien et qu’à mon retour, tu puisses me pardonner mes erreurs...

Une mission…c'était juste une mission…cela la rassurait. Il n'était pas parti errer comme elle l'avait fait. Il avait eu un but à atteindre…
Qu'elle ne voudrait plus le revoir ? Elle l'avait toujours souhaité. Elle avait toujours voulut le revoir. Elle avait hurlé en silence contre son incapacité à courir dans ses bras. Elle s'en était tellement voulut de le laisser seul dans sa maison…le pardonner ? Il n'y avait rien à ce faire pardonner. Plus rien, parce qu'il était à nouveau là.
Il releva le visage, croisant son regard et sa seconde main vint lui caresser le visage doucement, comme elle l'avait fait. Comme s'ils se redécouvraient en fait. Il se stoppa sur ses lèvres et elle lui fît un léger bisou dessus tandis qu'il reprenait :

- Au campement, il y avait une femme aussi jeune que toi. Le bras droit du Lieutenant Ethan... Elle m’a fait des avances, mais je ne cessais de penser à toi. Il ne fallait pas que j’oublie ton visage. Il ne s’est rien passé, car je ne le voulais pas.

Une femme qui lui faisait des avances. Elle pouvait la comprendre, il était tellement beau…pourquoi s'était-elle inquiétée qu'il l'eut fait avec une autre d'un coup ? Il en aurait eu le droit. Ne l'avait-elle pas fait avec une bonne quarantaine d'hommes, voire bien plus ? Même si ça avait été forcé, elle l'avait fait. Elle avait trompé Kaëran tant de fois, alors qu'il n'avait jamais pu l'avoir pour lui une seule nuit…Elle ne lui en aurait pas voulut s'il avait tenté avec cette femme…

Elle l'entendit soupirer une nouvelle fois et il sourit faiblement pour terminer en murmurant :

- Je tiens à toi, plus que tu ne sembles le croire. Je t’aime, Ellana, et ça ne changera pas... Je vais te ramener à la maison. Jamais plus je ne te laisserai derrière, seule. Je veux m’occuper de toi, t’apprendre de nouvelles choses... te revoir sourire.

Ensuite, il la serra à nouveau contre lui. Son odeur envahit ses poumons. Les larmes reprirent leur route alors qu'elle ne voulait pas. Elle ne devait pas pleurer comme une gamine. Mais elle était si heureuse de l'avoir là, contre elle. Un nouveau souffle illuminait son esprit. Il…allait la ramener ?!

Elle se détacha lentement, soudainement paniquée.

-Tu ne peux pas me ramener, Kaëran. Même si je le souhaite plus que tout, je ne peux pas. Nolan ne nous lâche pas. Les filles qui désobéissent sont jetées dehors et retrouvées mortes au fond d'une ruelle…il est redoutable et n'hésitera pas à te tuer. Et…je ne le veux pas. Je ne veux pas que tu disparaisses, Kaëran…

Elle baissa la tête, cherchant ses mots.

-Au matin je devrais y retourner…Maria m'a vue avec toi, elle va tout dire à Nolan…il va être en colère parce que je n'ai pas rapporté d'argent…il gagne bien plus grâce à moi…

Elle vit dans son regard qu'il ne la lâcherait pas. Qu'il ne l'abandonnerait pas ici. Mais c'était pour son bien qu'elle le disait…Elle murmura :

-C'est pour ton bien…je ne veux plus te faire souffrir…je t'aime, Kaëran…je n'ai jamais cessé de t'aimer. De te réclamer. Même chez Eiriel. Sauf qu'à ce moment-là je n'avais pas le courage ou la force de venir auprès de toi. J'avais peur que tu sois dégoûté…

Le silence envahit la pièce. Elle ferma les yeux un instant, ou elle entendit de drôles de bruits. Elle les rouvrit, regarda Kaëran. Non…non…pas ça. Pas ça…

Elle se releva, se mettant devant le Lieutenant alors que la porte s'ouvrait, la serrure décapitée. Nolan était là, accompagné de deux hommes baraqués et de Maria.

-Le bordel n'est plus à la hauteur de tes espérances que tu viennes le faire dans une chambre d'hôtel, sale pute ? Demanda Nolan d'un ton faussement calme.

-Je…

-Tais-toi. Tu as désobéi, Ellana. Une putain ne doit pas s'éloigner du bordel, tu te souviens ? Et en plus je te retrouve en train…de parler. Une putain ne parle pas, elle baise.

Pendant qu'il parlait, les hommes s'étaient postés autour d'eux, surveillant Kaëran.

-Ne lui fais rien. Je ferais ce que tu veux, mais ne lui fais rien, je t'en prie…

Nolan s'avança dangereusement.

-Ne rien lui faire ? Pour que tu espères t'en sortir un jour ? Non…s'il disparaît, tes espoirs s'envoleront. Et tu resteras une putain bien sage.

Il fît un signe de tête aux hommes qui, sans prévenir, agrippèrent le Lieutenant pour l'allonger sur le lit et lui attacher les poignets. Le tout si vite qu'il n'avait pas pu réagir ni même prendre son épée. Ellana se tourna vers lui, croisa son regard.

Elle cherchait une solution pour le sauver. Après elle paierait, subirait la sentence de Nolan.

-Maria…montre-lui ce qu'est une bonne pute. Ce sera son dernier plaisir avant de mourir. Puis il agrippa Ellana par le bras en la serrant et reprit : Et toi, tu vas tout regarder sagement n'est-ce pas ? Regarder et me donner du plaisir une fois qu'il sera mort.

Il mit une dague contre sa gorge, la tourna pour qu'elle voie bien toute la scène. Maria s'avança, se plaça à califourchon sur Kaëran qui gigotait. Lentement, elle commença à lui retirer ceinture et pantalon. Il était déjà torse nu…

-NON ! Cria-t-elle alors, s'étonnant elle-même.

Elle se dégagea tant bien que mal malgré la lame qui érafla sa peau, et poussa Maria.

-Ne le touche pas ! Ne lui faites rien ! S'il vous plaît…

Nolan était rouge de colère. Il n'aimait guère être contredit.

-Tu ne veux pas que ce soit Maria qui lui donne son dernier plaisir avant la mort ? Très bien. Fais-le toi-même alors. Nous allons regarder avec beaucoup d'attention. Oh…tu lui donnes son plaisir, tu le baises comme il faut mais ensuite…tu le tues.

Ellana écarquilla les yeux. Non…qu'avait-elle fait…son cœur battait à tout rompre. La situation lui échappait. Elle ne tuerait pas le Lieutenant. Elle en était incapable. Et elle ne voulait pas lui faire l'amour, là devant tout le monde et par obligation. Elle voulait le faire dans la passion avec lui et certainement pas là.

Nolan attendait, regardant les deux tourtereaux d'un air malveillant. Maria boudait dans son coin et les deux hommes de main veillaient à ce que Kaëran ne puisse se libérer.

Ellana s'approcha de lui lentement et grimpa sur le lit. Elle y était forcée. Cependant, elle ne le tuerait pas…

-Dépêche-toi, on n'a pas toute la nuit.

Elle regardait Kaëran tout en s'approchant de lui. Pas qu'elle ne le désirait pas, mais pas dans ses conditions, pas comme ça…


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Dim 17 Mar - 17:36

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Chapitre 4
Quand on s’y attend le moins, partie 5

◆ ◆ ◆



Il sentait les larmes d’Ellana rouler sur ses joues alors qu’elle était blottie là, contre lui. L’une de ses mains essuyait le chemin qu’elles se frayaient sur cette peau pâle, mais si douce. Il s’agissait là d’une peine retenue pendant des mois durant. Une peine qui n’attendait qu’à être enfin libérée de son fardeau. Mais les paroles du jeune homme ne semblaient guère avoir rassurées la couturière qui, au contraire, était paniquée plus qu’autre chose. D’un mouvement lent, à contre-coeur, Ellana s’était détaché de lui et avait relevé la tête pour croiser son regard. Une voix douce empreinte d’une certaine inquiétude sortie de sa bouche.

‘‘ Tu ne peux pas me ramener, Kaëran. Même si je le souhaite plus que tout, je ne peux pas. Nolan ne nous lâche pas. Les filles qui désobéissent sont jetées dehors et retrouvées mortes au fond d’une ruelle…il est redoutable et n’hésitera pas à te tuer. Et…je ne le veux pas. Je ne veux pas que tu disparaisses, Kaëran… ‘‘ Dit-elle, baissant ensuite la tête. ‘‘ Au matin, je devrais y retourner…Maria m’a vue avec toi, elle va tout dire à Nolan…il va être en colère parce que je n’ai pas rapporté d’argent…il gagne bien plus grâce à moi… ‘‘

‘‘ Hors de question que je te laisse croupir ici, Ellana. ‘‘

Sa décision était prise et une marche arrière n'était plus possible désormais. Le Lieutenant repartirait avec elle, que ce Nolan le veuille ou non. Ellana n’était pas sa possession et n’était pas non plus un objet qui pouvait satisfaire le moindre de ses désirs. Elle était une personne à part entière comme lui et tous les autres citoyens de cette bourgade. Seulement, elle connaissait tellement peu de la vie qu’elle était facile à duper. Peu importe ce qu’il devrait faire pour la ramener, le soldat le ferait. Même s'il devait y laisser sa propre vie pour la mettre en sécurité. Mais une chose était claire comme de l’eau de roche: elle ne retournera plus jamais dans ce bordel tant qu’il aurait encore un seul souffle de vie.

‘‘ C’est pour ton bien…je ne veux plus te faire souffrir…je t’aime, Kaëran…je n’ai jamais cessé de t’aimer. De te réclamer. Même chez Eiriel. Sauf qu’à ce moment-là je n’avais pas le courage ou la force de venir auprès de toi. J’avais peur que tu sois dégoûté… ‘‘

Ellana croyait qu’elle l’avait fait souffrir à ce point ? Bien sûr que non ! Il se rongeait les sangs à toute heure de la journée ou la nuit, se souciait de son bien-être à elle. Il avait mal pour ET avec elle. Il avait souffert de la voir ainsi détruite lorsqu’elle eut repris conscience après l’épisode de sa découverte dans la fameuse ruelle. Kaëran voulut parler, mais un bruit attira son attention. Son regard se posa lentement sur la porte de la petite pièce et il fronça les sourcils. Qu’est-ce qui se passait d’un coup ? Ellana ne mit que quelques secondes avant de se redresser et se poster devant lui. C’est alors que la porte s’ouvrit et que la faible lumière projetée dans le couloir découvrit des silhouettes noires dans l’embrasure de celle-ci. Le Lieutenant se leva à son tour, ne devinant pas tout de suite qu’il s’agissait là du bourreau de sa douce. Deux grands hommes assez musclés étaient entrés, suivirent de cette femme qu’ils avaient vue alors que lui et Ellana conversaient dans une ruelle assez étroite, à l’abri des passants. Puis il y eut cet autre homme. Des cheveux poivre et sel ornaient sa tête et étaient plutôt bien entretenus pour un propriétaire de catins. Ses yeux sombres étaient perçants, une lueur malfaisante y brillant. Plus grand et plus costaud que Kaëran, cet homme était assez... intimidant. Surtout par l'aura qu'il dégageait.

‘‘ Le bordel n’est plus à la hauteur de tes espérances que tu viennes le faire dans une chambre d’hôtel, sale pute ? ‘‘

‘‘ Je… ‘‘

‘‘ Tais-toi. Tu as désobéi, Ellana. Une putain ne doit pas s’éloigner du bordel, tu te souviens ? Et en plus, je te retrouve en train…de parler. Une putain ne parle pas, elle baise. ‘‘

Le sang se mit à bouillir aussitôt dans les veines du Lieutenant. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas vu d’individu de ce genre. Dégrader les autres pour se remonter et se sentir supérieur. Le pire dans tout ça, c’est qu’ils étaient tous trop lâches pour agir seuls. Ils avaient toujours besoin de gens autour d’eux et ces gros lourdauds qui les encerclaient maintenant, lui et Ellana, en étaient la preuve. La jeune femme prit la parole d’une voix quelque peu paniquée, parlant à cet homme ou plutôt... ce chien.

‘‘ Ne lui fais rien. Je ferais ce que tu veux, mais ne lui fais rien, je t’en prie… ‘‘

‘‘ Ellana ! Ne dis pas de bêtises ! ‘‘ Murmura t-il alors que Nolan s’avançait.

‘‘ Ne rien lui faire ? Pour que tu espères t’en sortir un jour ? Non…s’il disparaît, tes espoirs s’envoleront. Et tu resteras une putain bien sage. ‘‘

Est-ce qu’il avait bien entendu le mot disparaitre ? Kaëran n’eut le temps que d’en prendre conscience qu’on le prit par les bras pour le plaquer brusquement sur le lit, l’attachant aux poignets. Il avait beau se démener comme un damné, rien à faire. Ces hommes étaient drôlement forts. Il avait l’air d’un asticot à côté d’eux. Son esprit se mit à réfléchir et ses yeux cherchaient une échappatoire quelconque. Son épée était juste là, à un mètre de sa main droite et pourtant si loin. Jamais il ne pourrait réussir à l’empoigner et avec les hommes de main de Nolan, il était difficile de faire autrement que de rester sage. Ellana tourna les yeux vers lui, la détresse se lisant tout au fond alors qu’elle aussi cherchait une solution à leur problème; ils étaient coincés. Fait comme des rats.

‘‘ Maria… montre-lui ce qu’est une bonne pute. Ce sera son dernier plaisir avant de mourir. Et toi, tu vas tout regarder sagement n’est-ce pas? Regarder et me donner du plaisir une fois qu’il sera mort. ‘‘

Il fallait qu’il trouve quelque chose au plus vite... VITE ! Ellana avait tout de même une lame sous la gorge et une putain s’approchait un peu trop de lui avec un sourire mesquin tout simplement dégoûtant. La catin ne mit pas bien longtemps à s’asseoir sur son bas ventre et porter ses doigts fins à sa ceinture. Le Lieutenant fronça les sourcils et courba le dos vers l’intérieur pour la repousser avec ses jambes, mais les hommes eurent vite compris et lui tinrent les chevilles pour qu’il restât bien sage et se laisse faire.

‘‘ NON ! ‘‘

La prénommée Maria se fit pousser sur le côté et tombant malencontreusement en bas du lit dans un bruit sourd. Les deux hommes tenaient toujours les chevilles de Kaëran qui soupirait imperceptiblement de soulagement.

‘‘ Ne le touche pas ! Ne lui faites rien ! S’il vous plaît… ‘‘

‘‘ Tu ne veux pas que ce soit Maria qui lui donne son dernier plaisir avant la mort ? Très bien. Fais-le toi-même alors. Nous allons regarder avec beaucoup d’attention. Oh…tu lui donnes son plaisir, tu le baises comme il faut, mais ensuite…tu le tues. ‘‘

Tout comme Ellana, Kaëran fut surpris d’un tel ordre. Jamais la jeune femme ne parviendrait pas à faire une telle chose même si elle y était forcée. C’était une personne qui ne pouvait faire de mal à un être vivant, animal ou humain alors comment pourrait-elle s’efforcer de lui enlever la vie, à lui ? La tête du Lieutenant était en train de tourner en bourrique lorsqu’une idée de génie lui vint en tête. Soit ça passait, soit ça cassait. Il fallait maintenant tenter le tout pour le tout. Il suivit donc Ellana des yeux alors qu’elle grimpait sur le lit, se positionnant sur lui comme Maria quelques minutes plus tôt.

‘‘ Dépêche-toi, on n’a pas toute la nuit. ‘‘

Son regard bleuté tacheté de vert se posa dans celui de sa douce. Il lui fit un faible sourire en coin malgré la situation, car il fallait s’en dire que ce n’était pas agréable du tout.

‘‘ Ça va aller... ‘‘ Murmura t-il.

Voyant qu’il s’était calmé et qu’il ne ferait certainement pas de mal à sa bien-aimée, les deux grands hommes lâchèrent ses chevilles sans pour autant s’éloigner de la place. Kaëran attendit qu’Ellana approche son visage de son cou puis approchât sa bouche de son oreille afin de lui chuchoter :

‘‘ Écoute-moi attentivement et continue. Il ne faut pas qu’ils se doutent de quelque chose. ‘‘ Commença t-il. ‘‘ Tu vas devoir mettre tes leçons de combat à l’oeuvre... sinon c’est peine perdue. ‘‘

C’était ridicule vu les circonstances, mais les lèvres d’Ellana contre la peau de son cou le faisaient frissonner à chaque fois, le déconcentrant un peu. Il reprit de la contenance et poursuivit :

‘‘ Dans ma botte de droite, il y a une dague. Tu dois la prendre et la planter dans l’épaule de l’homme de main le plus proche et ensuite couper ces cordes. Je pourrai t’aider par la suite. ‘‘

Ellana croisa son regard l’espace de quelques secondes, camouflé par ses longs cheveux noir de jais. Elle avait peu de confiance en elle-même, mais lui croyait en elle plus que jamais qu'auparavant. Il savait qu’elle en était capable et saurait puiser suffisamment de courage pour accomplir cette tâche. Répondant par l’affirmative, signe qu’elle avait bien compris, il sentit la main de la couturière caresser son bras en partant de l’épaule jusqu’aux doigts afin de s’apprêter à prendre l’arme cachée. Dès qu’elle l’eut prit, les hommes tressaillirent et voulurent la maîtriser. Kaëran leva les jambes de chaque côté d’Ellana et en repoussa un d’un violent coup de pied sous la mâchoire pendant que l’autre hurlait sa douleur en tenant son avant-bras ensanglanté. La lame coupa la corde qui le tenait prisonnier puis vivement, le soldat mit une main sur le ventre d’Ellana pour la repousser derrière lui.

Ils étaient acculés dans un coin. Sans moyen de fuir et pour seule arme, une dague que tenait Ellana d’une main tremblante.

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Dernière édition par Kaëran Eira le Dim 17 Mar - 23:03, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Dim 17 Mar - 19:12

Assise à califourchon sur le Lieutenant, elle restait bloquée. Elle ne voulait pas commencer. Parce que si elle le faisait, Kaëran verrait qu'elle putain elle était devenue. Et cela le rapprocherait de la mort. Mort qu'elle devait lui donner. Et ça non plus elle ne voulait pas. Elle n'avait jamais tué quiconque. Animal ou homme. Alors tuer celui qu'elle aimait ? Impossible.

- Ça va aller... Chuchota alors Kaëran.

Elle vit soudain dans son regard une assurance nouvelle. Avait-il trouvé une solution ? Parce qu'elle avait beau réfléchir, elle ne trouvait pas. Pour elle c'était l'impasse. Alors elle débuta lentement, se penchant sur lui. Elle n'allait pas le déshabiller. Elle allait être réellement très lente. Pour gagner du temps en espérant que Nolan ne s'impatiente pas et ordonne à Maria de reprendre.

Ses mains tremblaient sur lui. Contre son gré, ses automatismes de putains revenaient et son esprit lui disait que Kaë n'était qu'un client comme un autre. Alors que c'était tout autre. Il n'était pas un client. Il était son homme. Celui qu'elle voulait chérir pour le restant de ses jours. Celui à qui elle voulait donner des enfants, qu'elle voulait rendre heureux comme jamais.

Terminant de se pencher, elle nicha sa tête dans son cou, déposant de doux baisers contre sa peau. Dans un autre contexte, elle l'aurait fait avec plaisir, aurait tenté d'éloigner ses manières de catin. Mais là…

- Écoute-moi attentivement et continue. Il ne faut pas qu’ils se doutent de quelque chose. Tu vas devoir mettre tes leçons de combat à l’oeuvre... sinon c’est peine perdue.

Elle avait légèrement stoppé ses baisers mais avait repris pour ne pas attirer l'attention. Ses leçons de combats ? Les savait-elle toujours ? Ou les avait-elle oubliées avec le temps ? Elle se souvenait encore qu'elle n'avait pas su les appliquer face à Raven. Alors face à Nolan ou même ces hommes…

- Dans ma botte de droite, il y a une dague. Tu dois la prendre et la planter dans l’épaule de l’homme de main le plus proche et ensuite couper ces cordes. Je pourrai t’aider par la suite.

Ellana releva juste la tête pour croiser son regard. Blesser ? Elle n'y arriverait pas…elle n'avait jamais rien fait de la sorte…cependant, c'était leurs vies qui étaient en jeu et elle devait le faire. Alors elle hocha simplement de la tête pour lui montrer qu'elle avait compris ce qu'il attendait d'elle.

Lentement, elle caressa le bras de l'homme, passant de l'épaule au coude pour se diriger vers ses doigts. Dans son coin, Maria pouffait parce qu'elle serait allée plus vite et l'aurait bien mieux fait qu'Ellana.

Le cœur battant la chamade, Ellana éloigna sa main du lit, en direction de la botte. Seulement, les hommes comprirent bien vite son manège une fois qu'elle l'eut en main. Elle sentit du mouvement, les jambes de Kaëran s'éloignèrent d'elle et elle ne réfléchit plus. Serrant l'arme à s'en blanchir les phalanges, elle leva le bras et l'abaissa contre le premier bras ennemi qu'elle aperçut.

Elle sentit la lame entrer dans la chaire, mordre le muscle, toucher l'os. Elle ressentit l'impact dans tout son corps, tout comme elle fût couverte de sang sur la main. L'homme hurla alors qu'elle ressortait l'arme vivement, grimaçante, et coupait les liens de Kaëran en tremblant. Aussitôt libre, il la poussa d'une main sur son ventre, se plaçant devant elle. Tous deux acculés sur le lit, entourés de Nolan et de ses hommes dont un blessé, il n'y avait guère d'issue.

La dague tremblait dans la main de la jeune femme qui ne parvenait pas à desserrer les doigts de la garde. Elle voyait le sang pourpre tacher la lame et sa main, réalisait que c'était elle qui l'avait fait couler…

-Que croyais-tu faire là hein ? Tu n'as aucune chance de t'en sortir vivant.

Ellana réfléchissait. Et si elle lançait la dague sur Nolan ? Et qui lui disait que ce serait la lame qui le percuterait ? Et qui lui disait qu'elle viserait bien ? Si ça se trouvait, elle tuerait Kaëran sans le vouloir…

-Sale chienne… Gronda l'homme qu'elle avait blessé, se tenant le bras de son autre main.

Sans savoir pourquoi, elle pointa la dague dans sa direction. Peut-être pour lui montrer qu'elle s'en resservirait…

D'un coup, de gros bruits de pas se firent entendre et une nouvelle personne fît son apparition dans la pièce déjà bondée. L'homme était large, une barbe lui mangeait le menton, et il avait un air sévère qui s'alourdit encore plus en voyant la scène.

-Qu'est-ce que vous fichez ici ?! Ouste ! J'appelle les gardes !

Nolan s'approcha tranquillement de lui.

-Voyons…ne sois pas stupide. Sans moi tu n'aurais pas autant de client. Me dénoncer reviendrait à couler ton auberge…

Ellana fronça les sourcils. Il avait le même ton que la première fois qu'il lui avait parlé, pour la manipuler.

-Je m'en fiche ! Déguerpissez de mon auberge ! Va continuer tes saloperies ailleurs, Nolan ! Laisse mes clients tranquilles !

Le barbu avait une voix tonitruante et qui figea Ellana comme les hommes de Nolan ou Maria.

-Cette fille… commença-t-il en pointant Ellana ...est une de mes putains ! Je ne partirais pas sans elle.

Ellana baissa la tête. Si elle ne suivait pas, l'homme aurait des ennuis. A cause d'elle. Elle commença à s'avancer, mais Kaëran la retint fermement derrière lui, comme s'il avait lu dans ses pensées.

-Elle est avec l'un de mes clients. Tu n'as plus aucun droit sur elle ! Dégage !

Nolan grogna puis fît signe à Maria et ses hommes. Il dépassa le barbu et déclara d'un ton tranchant :

-Tu vas me le payer, aubergiste à la noix ! Et vous… Il pointa Ellana et Kaëran Vous n'irez pas loin…Je te retrouverais sale pute, et je te ferais regretter d'être née ! Et toi le pouilleux je t'éviscèrerais et te ferais manger ce qui fait de toi un homme pour m'avoir voler cette pute !

Une fois les menaces lancées, il sortit de la chambre et bientôt il ne resta qu'Ellana, Kaëran et l'aubergiste. Celui-ci soupira bruyamment en regardant la serrure avant de dire :

-Veuillez m'excuser…je ne supporte pas cet homme. J'ai pitié des filles quand je les voit chaque soir…

Il s'avança ensuite et reprit :

-Je te regarde chaque soir depuis trois mois, ma belle. A chaque fois j'en aie eu le cœur lourd. Mais je ne pouvais rien faire…jusqu'à ce soir.

Il prit l'épée de Kaëran, la lui tendit. Ellana avait toujours la dague dans sa main, et elle semblait s'y être incrustée tant elle la serrait.

-Tenez. Préparez-vous et rejoignez-moi en bas. Je vais vous faire sortir de la ville sans que Nolan ne le sache.

Il commença à s'éloigner et Ellana n'y tint plus :

-M-Monsieur ? Il se retourna vers elle ne craignez-vous pas la réaction de Nolan quand il comprendra ? Il est…il est violent…

L'homme eut un sourire en coin.

-Vous en faites pas pour moi, je sais me défendre. Qu'il soit seul ou non. Et quand bien même, au moins je saurais que j'ai aidé une merveilleuse femme à se libérer de ce chien. Même de loin je l'ai vu que tu souffrais d'être là-bas, dans la rue…Allez, dépêchez-vous avant qu'il n'ait l'idée saugrenue de revenir.

Il sortit de la pièce et tout de suite Kaëran se leva. Elle suivit le mouvement et il dut lui ouvrir la main pour libérer son arme de son emprise. Elle lui sourit faiblement et fila dans la salle d'eau pour se laver du sang qui jonchait sa main et se rafraîchir, laissant Kaëran se rhabiller convenablement. Mais…ses affaires ? Le livre du Lieutenant, son journal…quand elle ressortit, elle le vit fin prêt, dans son armure, épée dans le dos, sac sur l'épaule. Il lui prit la main et l'entraîna vivement en bas.

Là ils retrouvèrent l'aubergiste qui tendit à Ellana un sac.

-Il y a là de quoi boire et manger pour plusieurs jours ainsi qu'une couverture pour la nuit. Malgré le printemps elles restent fraîches. Suivez-moi.

Ellana mit le sac sur son dos et suivit le mouvement. L'homme les entraîna dans sa cave, une torche en main. Ils se faufilèrent au fond des étagères de bouteilles et de réserves, et là il ouvrit un tonneau d'alcool…qui donnait sur un tunnel. Noir. Elle se sentit à nouveau paniquer. Le noir, non…elle n'aimait pas…trop de mauvais souvenirs…

-Ce tunnel vous conduira tout droit en plein forêt. Malheureusement, votre cheval ne peut pas passer par là. Je peux le libérer et le faire sortir de la ville si vous voulez et si vous êtes sûr qu'il vous retrouvera. Ou alors le laisser en pièce à conviction pour dire que vous n'avez pas quitté la ville…

L'homme attendit une réponse du Lieutenant. Ellana, elle, regardait ce trou noir qui ressemblait au puits qui aspirait Kaëran dans ses cauchemars des derniers mois…elle espérait que l'aubergiste leur donne de la lumière…sinon, elle resterait sans doute paralysée là et détruirait toute chance de sortie…

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Lun 18 Mar - 2:07


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Chapitre 4
En cavale, partie 1

◆ ◆ ◆



‘‘ Que croyais-tu faire là hein ? Tu n’as aucune chance de t’en sortir vivant. ‘‘

‘‘ Merci de me le rappeler. Je n’avais pas remarqué... ‘‘ Cracha Kaëran.

Il ne regardait que Nolan qui en faisait de même, un rictus mauvais peint sur ses lèvres. Peut-être attendait-il qu’il lâche prise et abdique sans un mot ? Qu’il lui livre Ellana sur un plateau d’argent ? Il pouvait bien aller se faire foutre cet enfoiré. Nolan n’avait l’avantage qu’à cause du nombre et ce n’était que pour cela que Kaëran ne tentait pas de folie au risque de les mettre, lui et la couturière, dans l’embarras. Un des hommes de main jura à l’intention de sa protégée et le Lieutenant regarda la scène du coin de l’oeil, prêt à bondir si l’un d’eux osait s’approcher. C’est alors que des bruits se firent entendre dans le couloir et la porte se claqua brusquement contre le mur du fond. L’aubergiste se trouvait là, quelque peu essoufflé, mais furibond en voyant une telle scène dans son établissement.

‘‘ Qu’est-ce que vous fichez ici ?! Ouste ! J’appelle les gardes ! ‘‘ Cracha t-il alors que Nolan s’approchait de lui.

‘‘ Voyons…ne sois pas stupide. Sans moi tu n’aurais pas autant de clients. Me dénoncer reviendrait à couler ton auberge… ‘‘

Cet espèce de manipulateur.... Kaëran ferma les poings si forts qu’ils devinrent blancs. L’aubergiste n’était certainement pas aussi imbécile que le croyait Nolan ! Enfin, c’est ce qu'espérait Kaëran, mais à la vue de l’air qu’arborait le propriétaire des lieux, le soldat sut que les paroles du marchand de plaisir charnel ne l’avaient en rien atteintes. Il bomba plutôt le torse et cracha d’une voix forte et cinglante:

‘‘ Je m’en fiche ! Déguerpissez de mon auberge ! Va continuer tes saloperies ailleurs, Nolan ! Laisse mes clients tranquilles ! ‘‘

Tous les individus de cette pièce restèrent bouche bée l’espace de quelques secondes, mais Nolan ne semblait pas ébranlé par une telle réaction. Il se contenta plutôt de rétorquer qu’Ellana lui appartenait et qu’il ne quitterait pas l’auberge tant qu’elle ne le suivrait pas. Cependant, il était hors de question qu’elle le suive. Kaëran n’avait pas manqué de sentir du mouvement derrière lui et il agrippa fermement la jeune femme aux bras pour l’empêcher de faire un pas de plus vers ce chien.

‘‘ Elle est avec l’un de mes clients. Tu n’as plus aucun droit sur elle ! Dégage ! ‘‘

Ils s’exécutèrent tous, excepté le Lieutenant et la couturière qui semblaient se détendre maintenant que la menace qui pesait sur eux s’atténuait. L’étreinte sur la jeune femme fut enlevée et il la laissa se poster à ses côtés. Kaëran chercha donc sa main droite et y entrecroisa les doigts. La pauvre tremblait encore, sous le choc des évènements. Mais Nolan se retourna vers eux à la dernière seconde, les pointant du doigt avec un air malveillant après avoir conféré des menaces à leur sauveur.

‘‘ Vous n’irez pas loin…Je te retrouverais sale pute, et je te ferais regretter d’être née ! Et toi le pouilleux je t’éviscèrerais et te ferais manger ce qui fait de toi un homme pour m’avoir voler cette pute ! ‘‘

Kaëran fronça les sourcils. Bah oui, comme si ces paroles allaient lui faire peur. Il se détendit une fois seulement que Nolan et ses hommes eussent disparu dans le couloir et que la porte du rez-de-chaussée claquât si fort que des cris de sursaut se firent entendre. Un soupir de soulagement s’échappa de la bouche du jeune homme qui tourna les yeux vers l’aubergiste qui fit de même.

‘‘ Veuillez m’excuser…je ne supporte pas cet homme. J’ai pitié des filles quand je les vois chaque soir… ‘‘ Dit-il, s’approchant d’eux. ‘‘ Je te regarde chaque soir depuis trois mois, ma belle. À chaque fois j’en ai eu le cœur lourd. Mais je ne pouvais rien faire…jusqu’à ce soir. ‘‘

Le Lieutenant prit son épée que l’homme âgé de la quarantaine lui tendait, le remerciant d’un signe de tête.

‘‘ Tenez. Préparez-vous et rejoignez-moi en bas. Je vais vous faire sortir de la ville sans que Nolan ne le sache. ‘‘

Il allait en plus les aider à fuir d’Orthank ? Mais pourquoi en faisait-il autant pour de simples inconnus ? Alors que l’aubergiste s’éloignait, Ellana fit quelques pas et s’empressa de le questionner, le prévenir. Son interlocuteur était extrêmement calme et se tourna de côté pour pouvoir regarder la jeune femme. Un sourire se dessina sur ses lèvres et l’homme lui répondit d’une voix calme:

‘‘ Vous en faites pas pour moi, je sais me défendre. Qu’il soit seul ou non. Et quand bien même, au moins je saurais que j’ai aidé une merveilleuse femme à se libérer de ce chien. Même de loin je l’ai vu que tu souffrais d’être là-bas, dans la rue…Allez, dépêchez-vous avant qu’il n’ait l’idée saugrenue de revenir. ‘‘

Les jeunes gens se retrouvèrent de nouveau seuls et Kaëran ne perdit pas de temps pour se lever. Le temps leur était maintenant compté et ils devaient faire vite avant que Nolan se relance à l’attaque. C’était le moment où ne jamais de prendre leurs jambes à leur cou et fuir loin d’ici. Pour prendre de l’avance. D’abord, le jeune homme se tourna vers Ellana qui tenait fermement sa dague recouverte de sang. Doucement, il ouvrit chacun de ses doigts fins et prit l’arme pour la nettoyer convenablement. Sa protégée fila dans la salle de bain pour y enlever le liquide pourpre qui teintait sa main gauche et lui en profita pour remettre sa ceinture autour de sa taill,e puis se revêtit en vitesse. Il eut le temps d’enfiler son armure lorsqu’Ellana ressortit et vint le rejoindre. Il l’entoura de sa cape et lui prit la main avant de filer de la pièce d’un pas rapide. Ils descendirent l’escalier et l’aubergiste leur fit signe de le suivre jusqu’à la cave où il entreposait tout ses provisions et son alcool. Non sans leur avoir donner un sac de provisions supplémentaire. La flamme de la torche était leur seule source de lumière dans toute cette obscurité. Ce fut devant un vieux tonneau de bière qu’on ouvrit qu'ils stoppèrent leur avancée. Kaëran fut surpris d’y voir un tunnel et ça, l’aubergiste le remarqua bien.

‘‘ Ce tunnel vous conduira tout droit en pleine forêt. Malheureusement, votre cheval ne peut pas passer par là. Je peux le libérer et le faire sortir de la ville si vous voulez et si vous êtes sûr qu’il vous retrouvera. Ou alors le laisser en pièce à conviction pour dire que vous n’avez pas quitté la ville… ‘‘

‘‘ Il vaudrait mieux qu’il reste à l’écurie pour un moment. Pour faire diversion comme dit. Vous y rendre pourrait être dangereux et je m’en voudrais s’il vous arrivait malheur après tout ça, à cause de nous. Nous aidé à fuir est plus que ne l’aurions souhaité et jamais nous pourrons assez vous remercier pour ce geste. Monsieur. ‘‘

L’aubergiste sourit et posa une main sur l’épaule du jeune homme, plantant son regard sombre dans le sien.

‘‘ Nolan est un chien de la pire espèce. Un vrai porc. Mais avant que vous ne partiez tous les deux, promettez-moi une chose... fuyez, le plus loin possible et ne revenez pas. Si c’est le cas, Lieutenant, apportez donc vos copains. De toute manière, il vous faudra bien venir chercher votre bête, non ? ''

Il lui donna une tape puis se retourna pour prendre une torche éteinte qui reposait sur le dessus du tonneau. À l’aide de son flambeau, il l’alluma et la tendit au Lieutenant qui la prit, gardant une des mains d’Ellana dans celle qui était libre.

‘‘ Merci encore... je ne l’oublierai pas. ‘‘

‘‘ Prenez soin de vous. Filez maintenant. ‘‘

Kaëran prit les devants, entraînant sa protégée à sa suite et s’enfonça dans l’obscurité alors que la porte du passage se refermait derrière eux. Il y avait des rats un peu partout et c’était humide. Ils étaient plongé dans l'obscurité d'un long et étroit couloir...

‘‘ Nous allons nous en sortir. Tu n’as plus à avoir peur. ‘‘ Murmura Kaë.

Leur marche durant bien une heure avant qu’ils trouvent la sortie. Ils durent pousser une large pierre pour dégager le passage et lorsqu’ils recouvrèrent le grand air, il faisait noir et la lune brillait dans le ciel avec ses soeurs. À chacune de leurs respirations, il y avait cette petite fumée blanche qui embrumait l’air ambiant. Le chemin qui leur avait permis de fuir fut refermé et les jeunes gens continuèrent leur route dans la forêt. Le Lieutenant tentait de se localiser et ne le put qu’après vingt longues minutes alors qu’il trouva un cours d’eau.

‘‘ En le suivant, nous devrions retrouver notre chemin. Le prochain village est à un jour d’ici à cheval, au moins deux à pied si tout va bien. ‘‘

Se retournant vers Ellana, il crut voir son inquiétude et sa peur. Voulant la réconforter, l’homme s’approcha d’elle et l’enlaça doucement, caressant sa longue chevelure. Les bras fins de la jeune femme ne tardèrent pas à entourer sa taille, son visage se levant pour que leur regard se perdent l’un dans l’autre.

‘‘ Tu t’es débrouillée comme un chef tout à l’heure... Tu es courageuse, tu sais ? ‘‘ Il caressa l’une de ses joues du revers de la main avant de l’embrasser. ‘‘ Merci ... ‘‘

Il lui sourit, prit l’une de ses mains et commença à suivre le ruisseau qui débouchait à coup sûr vers un lac et peut-être un chemin ouvert aux voyageurs. Suffisait qu’ils aient un peu de chance maintenant.

Il fallait aussi qu’ils pensent à se reposer un moment une fois qu’ils seraient suffisamment loin de la bourgade.
En sécurité...

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Lun 18 Mar - 18:03

- Il vaudrait mieux qu’il reste à l’écurie pour un moment. Pour faire diversion comme dit. Vous y rendre pourrait être dangereux et je m’en voudrais s’il vous arrivait malheur après tout ça, à cause de nous. Nous aidé à fuir est plus que ne l’aurions souhaité et jamais nous pourrons assez vous remercier pour ce geste. Monsieur.

Ellana observait toujours le tunnel tandis que les deux hommes conversaient. Effectivement, jamais elle ne pourrait assez remercier cet homme de les avoir aidés. Maintenant, elle se disait qu’au final, il n’y avait peut-être pas que Kaëran et Dorguan ou Ayden comme hommes « bons ». Parce que oui, entre Raven, son père ou Nolan, elle n’avait guère eu de jolies visions du sexe masculin…

- Nolan est un chien de la pire espèce. Un vrai porc. Mais avant que vous ne partiez tous les deux, promettez-moi une chose... fuyez, le plus loin possible et ne revenez pas. Si c’est le cas, Lieutenant, apportez donc vos copains. De toute manière, il vous faudra bien venir chercher votre bête, non ?

Revenir ? Non…elle ne voulait pas revenir ou laisser Kaëran y aller…qui sait ce qui pourrait alors lui arriver ? Certes ce serait pour mettre fin au commerce de Nolan, mais les filles, ou iraient-elles ? Elles n’avaient rien d’autre non plus…
Oui, Ellana se souciait de ces filles et ce qui pourrait leur arriver alors qu’elles n’avaient jamais accepté la couturière…

L’aubergiste agrippa alors une torche éteinte qu’il alluma avec la sienne, la tendant ensuite au Lieutenant. Ouf, de la lumière…

Prenant sa main, Kaëran l’entraîna à sa suite dans le tunnel dont le passage se referma derrière eux, les enfermant…comme un tombeau. Le cœur d’Ellana se remit à battre la chamade alors qu’il s’était un peu calmé. Tout ce qu’elle voyait était le corps de son homme, le halo de lumière crée par la torche et le long chemin qui s’étendait devant, sombre et grouillant de rats. L’air était humide et elle se prit à frissonner, resserrant son étreinte sur la main de Kaë et redressant le sac de provisions sur ses épaules.

-Nous allons nous en sortir. Tu n’as plus à avoir peur.

Cela n’avait été qu’un murmure mais cela suffit à donner un peu plus de force à la jeune femme. Elle qui pensait être faible…
En fait, elle se rendait à peine compte que le passage « Nolan » était sur le point de s’achever. Qu’elle allait retrouver une certaine liberté, et qu’elle ne serait plus obligée de faire plaisir aux hommes toutes les nuits. Il n’y aurait que l’homme qu’elle voulait et aucun autre dorénavant…malheureusement, ses affaires étaient restées au bordel. Bien qu’elle en ait peu, il y avait tout de même le livre du Lieutenant et son journal. Peut-être tenait-il à son ouvrage ?
Il faudrait qu’elle lui pose la question dès qu’ils sortiraient ou s’arrêteraient.

Le tunnel était long, et elle crut que jamais ils n’en réchapperaient au moment ou Kaëran ouvrait le passage menant à l’air libre. Ils revinrent à la vie, respirant et expirant de la fumée blanche sous un ciel étoilé. Il ne faisait pas réellement froid, mais l’hiver n’était pas totalement partit. Le passage refermé, ils s’éloignèrent en hâte. Si Ellana n’était pas si inquiète, elle aurait profité de voir la nature, qu’elle n’avait plus vue depuis trois mois. Mais là, elle craignait trop qu’ils se perdent ou pire, qu’ils entendent les hurlements de Nolan derrière eux…

Au bout de quelques minutes de repérages, ils trouvèrent un court d’eau et le Lieutenant déclara :

- En le suivant, nous devrions retrouver notre chemin. Le prochain village est à un jour d’ici à cheval, au moins deux à pied si tout va bien.

Si tout allait bien…Ellana était inquiète. Elle avait peur que Nolan ne les trouve et ne tue Kaëran. Elle avait peur qu’il la ramène au bordel, elle avait peur que tout ceci soit vain…
Il se tourna alors vers elle et vit sans doute son inquiétude. Il s’avança, et la prit contre lui tendrement. Tout de suite, elle entoura sa taille de ses bras, cherchant encore un peu de forces. Il caressait ses cheveux lentement et elle releva la tête pour le regarder, se noyer dans son regard et une nouvelle fois se dire que ce n’était pas un rêve !

- Tu t’es débrouillée comme un chef tout à l’heure... Tu es courageuse, tu sais ?

Courageuse ? Vraiment ? Personne ne lui avait jamais dit ça…mais la différence était que c’était grâce à lui qu’elle avait réussi. C’était lui qui lui avait donné ce courage…
Elle savoura la caresse à sa joue tout comme le baiser qu’il lui donna avant de terminer :

-Merci ...

Pourquoi merci ? C’était à elle de le remercier d’être là…elle eut droit à un sourire puis il lui reprit la main et ensemble ils suivirent le ruisseau, espérant qu’il mène à un chemin. Il lui souriait, mais Ellana ne lui avait pas encore sourit une seule fois de toute la soirée ou même la nuit qui avançait. Elle n’y parvenait pas pour le moment…alors qu’elle le souhaitait. Pour qu’il reçoive à son tour ce baume au cœur…

Ils marchèrent longtemps et en silence. Kaëran l’aidait à avancer lorsque le passage ce révélait être un peu difficile pour ses petites jambes. La lune leur montrait la voie, heureusement. Sauf que…Kaëran devait être fatigué. Il n’avait pas dormit ni de la journée ni de la nuit alors qu’elle avait eu la journée. Alors elle furetait du regard, cherchait un abri où il pourrait dormir. Alors, facilement deux heures de marche plus tard, elle se stoppa.

-Viens, Kaëran… Murmura-t-elle avant qu’il ne pose des questions.

Elle avait cru voir…Oui ! C’était une sorte de petite caverne, ou grotte ou…enfin un renfoncement dans la pierre qui pourrait les abriter suffisamment.

Elle l’entraîna à sa suite, le faisant entrer. Ils devaient un peu se courber pour ne pas se cogner, mais ce n’était pas important.

-Il faut que tu te reposes maintenant mon cœur…je suis là, je pars pas et je vais veiller sur toi…

C’était vrai. Elle pouvait tenir et puis, elle avait déjà veillé sur lui des nuits et des jours durant sans dormir, quand il était revenu blessé de sa mission. Il semblait quelque peu réticent et elle posa un doigt sur ses lèvres, chuchotant :

-N’est-ce pas toi qui dit que la fatigue est le pire ennemi de l’Homme ? Si…alors dors…

Cette fois, ses lèvres s’étirèrent en un petit sourire. Ce n’était pas encore comme les anciens, mais c’était un bon début. Elle l’aida à se coucher, prit sa cape posée sur ses épaules et la posa en couverture sur le Lieutenant. Là, elle commença à fredonner à voix basse, doucement, lui caressant les cheveux.

-Je ne pars pas, Kaëran…je ne pars plus…nulle part…sans toi…

Elle attendit qu’il soit endormit pour arrêter ses caresses. Là, elle se releva, calma ses quelques tremblements dus au noir et ouvrit le sac de l’aubergiste. A tâtons, elle déduisit qu'il avait mis à l'intérieur du pain, du fromage, des fruits, de la viande, et des gourdes d'eau en plus d'une couverture. La torche ne produisait guère plus beaucoup de lumière et elle eut l'idée de s'en servir pour faire un petit feu. Sauf que…c'était voyant non ? Elle ne souhaitait pas indiquer la route à suivre à Nolan.

Soupirant, elle s'éloigna un peu dans la grotte. Elle s'arrêtait deux mètres plus loin. Elle hocha de la tête pour elle-même et revint sur ses pas pour chercher des pierres et du petit bois. Elle ignorait totalement si c'était la manière la plus adéquate de procéder, mais elle suivait son instinct. Comme ça, quand Kaëran se réveillerait, il pourrait tout de suite manger un morceau de viande bien chaude.

Priant pour que ça fonctionne, elle approcha la torche du bois et patienta, immobile mais aux aguets. Cinq bonnes minutes s'écoulèrent avant que la flamme ne vienne lécher le bois et l'embrase. Elle se retint de hurler de joie. Elle avait réussit ! Oh ! Non ! La flamme s'éteignait ! Paniquant, elle remit la torche et attendit encore. Ne pas crier victoire trop vite. Surtout pas. Donc, un quart d'heure après, le feu était stable et elle était soulagée. La torche leur était inutile pour l'heure, à espérer que Kaëran ne lui en veuille pas pour ça…Elle installa deux branches avec de la viande dessus, qu'elle laissa près du feu pour que la nourriture grille convenablement sans brûler. Ensuite elle se rapprocha du Lieutenant. Il dormait toujours mais bougeait, signe qu'il allait bientôt se réveiller.

Elle trouva dans son sac de voyage une gourde vide. Le ruisseau n'était pas loin…et de l'eau en plus n'était jamais néfaste…

Jouant le tout pour le tout, elle se hâta à l'extérieur, se faufila discrètement jusqu'à l'eau en faisant extrêmement attention aux alentours. Elle craignait une apparition surprise de Nolan…La nuit commençait déjà à s'évaporer pour laisser place à l'aube…

Retournant à la grotte, elle vit Kaëran, assis en tailleur, l'air un peu paniqué.

-Chutt…je suis là. Je suis allée…remplir ta gourde au ruisseau. J'espère que l'eau est bonne…

Elle retenta un petit sourire et rangea la gourde. Elle vit que la viande était bonne et alla récupérer les deux branches, réalimentant le feu par la même occasion. Revenant près du Lieutenant, elle lui tendit l'une des viandes et dit :

-Tiens, il faut prendre des forces. J'ai…je ne sais pas comment mais j'ai réussis à nous faire à manger en pleine nature, Kaëran…pour une fois j'ai réfléchit…

Oui elle se moquait un peu d'elle-même et cela permit à ses muscles de créer un plus grand sourire qu'avant.

-Tu crois…qu'ils nous suivent déjà ? Demanda-t-elle tout en mangeant.

Moulin à parole stop !!! Elle ne lui laissait même pas le temps d'ouvrir la bouche ! Mais…elle ne parvenait toujours pas à réaliser qu'elle retournait à Racium, avec lui. Qu'elle allait redevenir une femme et enlever les putains de sa tête. Qu'il était là et l'aimait toujours…

C'était de trop d'un coup et son cœur avait juste du mal à encaisser. Mais elle s'en fichait. Elle avait à nouveau envie d'être heureuse…

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mar 19 Mar - 1:05



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Chapitre 4
En cavale, partie 2

◆ ◆ ◆



Leurs pas s’enfonçaient dans l’herbe épaisse de la forêt, parfois dans la mousse ou sur le gravas. Ils avançaient à un rythme plutôt rapide pour ne pas perdre leur avance et surtout, en silence. Kaëran réfléchissait, tentant de chercher dans quels environs de la forêt ils se trouvaient. Parfois, sa tête se levait pour que ses yeux puissent s’orienter à l’aide des étoiles qui illuminaient ce ciel si clair, mais si sombre. Le ruisseau ne quittait pas leur côté et s’agrandissait tranquillement, son débit se faisant un peu plus rapide. Menant la marche, le Lieutenant dut parfois aider Ellana à franchir quelques obstacles telles les souches d’arbres renversés, de petites pentes abruptes, des racines serpentantes, etc. Ils marchèrent ainsi deux longues heures avant que la jeune femme ne ralentisse la cadence pour finalement se stopper. Interrogateur, Kaëran se retourna vers elle. Peut-être avait-elle entendu quelque chose qui lui avait échappé ? Mais elle murmura plutôt ces paroles:

‘‘ Viens, Kaëran… ‘‘

N’ayant aucunement la chance de lui demander ce qu’elle avait trouvé là, le soldat se contenta de suivre. Il se laissa donc entraîner jusqu’à une crevasse qu’il n’avait pas remarquée. Eh bien ! Elle avait l’oeil cette petite. Ellana entra la première se courbant légèrement vers l’avant, Kaë en faisant de même. L’espace était plutôt étroit, mais ils n’étaient que deux. Cela leur permettrait de produire de la chaleur un peu plus rapidement.

‘‘ Il faut que tu te reposes maintenant mon cœur…je suis là, je ne pars pas et je vais veiller sur toi… ‘‘

Se reposer ? Veiller sur lui ? Il pouvait très bien se rendre au prochain village et prendre le temps de dormir une fois rendu. Oui il commençait à ressentir les effets de la fatigue, mais il avait encore la capacité de rester éveillé et de réfléchir clairement. Sa protégée elle, ne semblait pas du même avis cependant. Le Lieutenant allait ouvrir la bouche pour lui dire que tout irait bien, mais elle déposa un doigt sur ses lèvres pour l’arrêter.

‘‘ N’est-ce pas toi qui dis que la fatigue est le pire ennemi de l’Homme ? Si…alors, dors…’’ Chuchotta t-elle.

Elle souriait et ce fut assez pour faire taire le jeune homme qui répondit à son magnifique mini sourire. S’asseyant d’abord au sol, Kaëran ne se départit que de son plastron pour être un peu plus confortable et laissa Ellana l’aider à s’allonger. Elle le borda et d’une main douce et délicate, commença ses caresses dans sa chevelure rebelle. Ses yeux ne faisaient qu’admirer la beauté de cette femme qui avait été absente de sa vie de longs mois durant. Il peinait à croire qu’elle était à ses côtés en ce moment même alors que c’était bien réel. Après quelques secondes, ses paupières devinrent lourdes et se fermèrent d’elles-mêmes, le doux fredonnement d’Ellana l’aidant à rejoindre le monde des rêves.

Quelques heures lui suffirent pour être complètement remis de ces mésaventures. Par saccade, ses paupières tentaient de s’ouvrirent, mais la lumière du jour l’aveuglait. Sauf qu’il y avait quelque chose qui clochait. C’était trop silencieux... Kaëran se redressa sur ses coudes en premier lieu et scruta la crevasse des yeux pour constater qu’Ellana n’était pas là. Il y avait un feu de camp, de la viande à cuire, mais pas de trace de sa bien-aimée. S’asseyant vivement, le Lieutenant allait se lever pour partir à sa recherche lorsqu’il entendit des bruits de pas et une ombre se former au sol. Ses sens en alerte, il glissait sa main vers son épée qui dormait à côté de lui lorsqu’il reconnut la silhouette de la couturière. Un soupir de soulagement s’échappa de sa bouche à ce moment.

‘‘ Chutt… je suis là. Je suis allée… remplir ta gourde au ruisseau. J’espère que l’eau est bonne… ‘‘

Évidemment, elle avait dû voir la tête de mec paniqué qu’il piquait et il répondit à son sourire alors qu’elle s’approchait pour ranger la gourde dans son sac de voyage. Par la suite, ce fut l’heure du goûter et prit volontiers la branche que lui tendait Ellana. Ça tombait bien parce que son estomac criait famine depuis la veille. Avec les retrouvailles, il avait complètement oublié de se nourrir

‘‘ Tiens, il faut prendre des forces. J’ai…je ne sais pas comment, mais j’ai réussis à nous faire à manger en pleine nature, Kaëran…pour une fois j’ai réfléchi… ‘‘ Dit-elle se moquant de sa personne. ‘‘ Tu crois…qu’ils nous suivent déjà ? ‘‘

Kaëran se leva et s’approcha d’Ellana. En fait, il s’asseyait derrière elle, jambes de chaque côté et colla son corps contre le sien tout en mâchant. Il avait besoin de la sentir près de lui et elle ne se pria pas pour s’adosser contre son torse, penchant légèrement la tête vers l’arrière pour le regarder.

‘‘ Ta caboche est pleine de réflexions. Tu réfléchis sans cesse. Je ne te l’ai pas déjà dit que tu étais intelligente ? Donc je te le redis encore une fois et cesse de te dénigrer de la sorte avant que je ne te morde ! ‘‘

Bien entendu, il disait ça pour rigoler. Comment pourrait-il faire du mal à sa protégée ?

‘‘ Nous avons considérablement d’avance sur eux grâce à ce passage. À moins qu’ils n’aient pris leurs chevaux et encore... Pas de piste à dans les alentours du village, il leur sera difficile de savoir quelle direction nous avons prise. ‘‘

Le soldat prit sa dernière bouchée puis déposa un gros baiser baveux sur la joue droite de la jeune femme avant de se remettre sur ses jambes et d’éteindre ce feu qu’Ellana avait eu du mal à allumer. Ils ramassèrent leurs sacs, Kaë remit son plastron et entoura de nouveau les épaules de sa douce avec sa cape pour ne pas qu’elle attrape froid vu la tenue légère qu’elle portait. Main dans la main, les jeunes gens reprirent la route une fois sortie du renfoncement de pierre. Ils retrouvèrent le ruisseau et le longèrent. De longues heures s’écoulèrent et toujours pas de trace de Nolan et ses hommes dans les environs; bon ou mauvais signe ? Peut-être se cachaient-ils quelque part et attendaient le bon moment pour leur tendre une embuscade ? Non... Kaëran aurait eu la sensation d’être épié, or, ce n’était nullement le cas. Avaient-ils abandonné ? C’était une possibilité.

En une journée, Kaëran et Ellana parcoururent quelques lieux avant de prendre une pause bien méritée. Cette fois, ce fut lui qui s’occupa d’allumer le feu et faire cuire de quoi manger pour eux deux. L’armure de l’homme se retrouva au sol dans sa cape et la couverture de laine donnée par l’aubergiste fut sortie d'un sac. Encore une fois, le Lieutenant prit place derrière la jeune femme et entoura ses épaules de ses bras pour lui donner de sa chaleur en plus celle du tissu, car la nuit s’annonçait fraîche ainsi installés au bord de l’eau. Il s’adossa contre le tronc d’arbre derrière lui et murmura.

‘‘ Repose-toi, demain nous avons une longue route encore. J’en fais de même, mais d’un oeil. ‘‘

Tous deux fermèrent les yeux pour se reposer et purent prendre quelques heures de sommeil bien mérité avant le lever du jour. À leur réveil, le feu s’était éteint et le ciel était partiellement couvert de nuages grisonnants. L’air lui, était quelque peu humide. Présage de pluie ? Possiblement. Les jeunes gens cassèrent la croute et purent se remettre en route. La pluie commença à leur tomber sur la tête en fin de journée, mais déjà le village dont avait parlé Kaëran se dressait aux abords d’un petit lac.

‘‘ Nous y sommes ! ‘‘

Prit d’un soudain regain d’énergie, lui et la couturière hâtèrent le pas et se dirigèrent directement vers l’auberge pour pouvoir se sécher, se réchauffer et avoir droit à un bon repas chaud. Kaëran s’occupa de la note et ils purent monter à l’étage pour se rendre à leur chambre. Les sacs furent posés sur le lit. Par chance, tout était sec à l’intérieur. Vive le cuir ! Le Lieutenant fouilla dans ses affaires et donna une chemise à Ellana qui semblait confuse soudainement.

‘‘ File te changer avant d’attraper froid. Je ne voudrais pas que tu tombes malade. ‘‘

Il lui embrassa le front, le nez puis ses lèvres avant de la pousser vers la salle d’eau annexe à leur chambre. Ainsi, elle pourrait se réchauffer grâce à l’eau chaude d’un bon bain. Puis il occuperait à son tour la pièce. Donc pendant qu’Ellana était disparu, il descendit chercher leur repas et revint avant même qu’elle sorte. Mais lorsqu’elle fit irruption dans la pièce, il déglutit. La chemise était bien trop grande, dévoilait son épaule gauche presque entièrement, mais lui faisait tellement bien à la fois. Elle était tout simplement ravissante malgré ses pommettes rougies par la timidité. S’approchant, il l’aida à rouler les manches qui étaient bien trop longues et ne put s’empêcher de lui voler un baiser avant de l’entraîner sur le lit pour qu’ils puissent remplir leur estomac.

‘‘ Je vais aller me laver. Je ne serai pas long... ‘‘

Et hop, il avait disparu sauf qu’il n’avait pas pris le temps de ramasser une serviette sur la commode, contrairement à Ellana l’avait fait un peu plus tôt. Lorsqu’il sortit, trempé de la tête au pied, Kaëran chercha des yeux le tissu et ne le trouva pas.

‘‘ Merde... ‘‘ Souffla t-il.

D’un pas prudent, comme ses pieds étaient mouillés, le Lieutenant marcha sur le plancher de bois et entrouvrit la porte pour sortir la tête. Ellana qui tourna les yeux dans sa direction après avoir entendu le grincement dut à l'ouverture. Il souriait bêtement et demanda alors:

‘‘ Eum... Dis, pourrais-tu m’apporter la serviette, là, sur la commode ? S’il te plaît ‘‘

Sauf que le sourire malicieux qui se forma sur les lèvres vermeilles de la jeune femme ne laissait rien présager de bon. Déjà, il songeait à s’enrouler la taille de son pantalon comme il risquait de devoir sortir...

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mar 19 Mar - 20:19

Avant de répondre, Kaëran se leva et s'approcha. Qu'avait-il ? Avait-il entendu justement Nolan et ses hommes ? Ellana commença légèrement à s'inquiéter lorsqu'elle le sentit s'asseoir derrière elle, ses jambes se plaçant de chaque côté de sa taille. Automatiquement, elle en profita et colla son dos à son torse, levant la tête pour le regarder. Elle ne voulait même plus le quitter des yeux au risque de le perdre à nouveau.

-Ta caboche est pleine de réflexions. Tu réfléchis sans cesse. Je ne te l’ai pas déjà dit que tu étais intelligente ? Donc je te le redis encore une fois et cesse de te dénigrer de la sorte avant que je ne te morde !

La mordre ? Hum…quoique, se serait à tenter…Non bien sûr on plaisante !

-Nous avons considérablement d’avance sur eux grâce à ce passage. À moins qu’ils n’aient pris leurs chevaux et encore... Pas de piste à dans les alentours du village, il leur sera difficile de savoir quelle direction nous avons prise.

En effet…il mettrait du temps à les trouver. Du moins, elle l'espérait. Respirer librement plus de deux jours leur ferait du bien à tous les deux. Il lui donna par la suite un baiser, immonde, baveux, mais qu'elle apprécia, et se releva. Elle suivit le mouvement et rassembla les affaires tandis qu'il éteignait le feu et remettait son plastron en place.

Avant de ressortir, il la recouvrit de sa cape, il était vrai qu'elle ne portait que…la tenue fine et attirante des putains…
Lui tenant la main, le sac sur l'épaule, Ellana suivit Kaëran alors qu'ils sortaient et retrouvaient le ruisseau qu'ils longèrent le restant de la journée.

Ellana se tournait de temps en temps, comme si elle craignait d'apercevoir la silhouette menaçante de Nolan…

Au soir, ils s'arrêtèrent près du ruisseau, légèrement fatigués de cette longue marche. Elle regarda Kaëran allumer le feu, ce qu'il fît avec plus de doigté (le tout est dans le doigté hein ? XD) qu'elle. Ils mangèrent en silence et le Lieutenant se départit de son armure qu'il enroula dans sa cape avant de sortir la grosse couverture de laine que l'aubergiste leur avait gentiment donnée. Il la posa sur la jeune femme qui la serra contre elle. La nuit était fraîche, et cette sensation accentuée par l'eau à proximité.

Il s'installa à nouveau derrière elle, l'entourant de ces bras et aussitôt une chaleur bienfaisante l'envahit en plus de ce sentiment de sécurité incontournable qu'il conférait.

- Repose-toi, demain nous avons une longue route encore. J’en fais de même, mais d’un oeil.

Ouf…elle avait été prête à rouspéter mais s'il se reposait aussi…elle ferma les yeux, et réussit à s'endormir assez vite. Et pour la première fois en trois mois, les cauchemars ne vinrent plus. Seule l'odeur du jeune homme et sa respiration calme l'habitait.

Au matin, le feu s'était éteint et l'air était humide. Ils mangèrent rapidement, se remettant prestement en route pour atteindre au plus vite le village. Là encore, rien ne se produisit. Comme si Nolan avait abdiqué. Non…il ne lâcherait pas sa poule aux œufs d'or comme ça…que Kaëran soit Lieutenant ou non…

Seulement, la pluie se mêla à eux vers la fin. Et Ellana ne vit pas tout de suite le village devant eux, se disant déjà qu'ils allaient tomber malade…
Donc quand son homme s'exclama qu'ils étaient arrivés, elle soupira un bon coup et courut avec lui pour s'abriter dans l'auberge, ravivée d'une nouvelle énergie.

Elle laissa une nouvelle fois Kaëran s'occuper des détails techniques, elle-même ne comprenant pas trop tout ça, sous les regards des quelques clients qui faisaient les yeux ronds en voyant par les pans un peu écartés de la cape qu'elle n'était pas vêtue…totalement.

Heureusement, elle se déroba bien vite à leurs yeux en suivant son homme, grimpant les escaliers quatre à quatre et s'enfermant dans leur chambre. Ils posèrent leurs affaires près du lit et Kaëran sortit d'un coup une de ces chemises qu'il lui tendit. Là, elle comprit encore moins.

- File te changer avant d’attraper froid. Je ne voudrais pas que tu tombes malade.

Elle la prit lentement et apprécia chacun de ses baisers successivement sur son front, son nez et ses lèvres. Cela ressemblait presque à un code secret pour l'atteindre…
Étant littéralement poussée dans la salle de bains par la suite, elle se hâta de se dévêtir et d'entrer sous l'eau. Elle se lava, savourant l'eau chaude, et ressortit bien vite pour que le Lieutenant puisse aussi en profiter. Elle se sécha et remit son bas et revêtit la chemise donnée par Kaëran…qui était trop grande.

Quoiqu'elle fasse, une épaule ressortait et ses mains étaient perdues quelque part dans le tissu des manches. Faisant une sorte de moue, elle se sentit rougir en ressortant. Kaëran était là, et elle se sentit…très gênée.

Il s'approcha alors, et prit ses bras pour enrouler les manches comme lui le faisait. C'était un peu mieux tout de même. Elle reçut par la suite un tendre baiser avant d'être entraînée sur le lit ou trônait leur repas. Quand avait-il cherché ça ?! Elle s'en était même pas rendue compte !

Ils mangèrent, Ellana voulant plus qu'il aille se laver et se réchauffer qu'autre chose. Et donc à la fin il lui dit :

- Je vais aller me laver. Je ne serai pas long...

Elle acquiesça et le laissa partir dans la pièce annexe, rangeant pour sa part les plateaux vides et se repositionnant sur le lit pour l'attendre. Elle n'arrivait toujours pas à imaginer que c'était vrai…c'était si soudain ! Et puis…elle devait tout dire à Kaëran. Ce qu'elle voulait lui dire ce fameux jour…

Seulement, au bout de cinq minutes, elle entendit des bruis de pas et leva la tête pour voir celle du Lieutenant apparaître, les cheveux trempés et dégoulinants. Il arborait un sourire un peu bêta et lui demanda :

- Eum... Dis, pourrais-tu m’apporter la serviette, là, sur la commode ? S’il te plaît

Elle observa du coin de l'œil lesdites serviettes et un sourire énigmatique se forma sur ses lèvres. D'un coup, elle avait envie de le taquiner…

-Viens la chercher… Susurra-t-elle en prenant un tissu.

Elle le vit écarquiller les yeux et disparaître un instant, avant de ressortir avec….son pantalon pour masquer sa virilité !

Elle se retint de rire et se releva, reculant alors qu'il avançait.

-Viens…ou as-tu peur que je te morde ? Plaisanta-t-elle pour reprendre ses paroles.

Il s'avança encore, faisant attention à ne pas glisser, et au bout d'un moment ce fût elle qui avança. Elle s'arrêta devant lui mais ne lui donna pas la serviette. Elle le vit légèrement choqué ou…interrogateur, et de sa main libre, elle caressa le torse du jeune homme qui était encore dégoulinant d'eau. Elle se rapprocha un peu plus de lui, et posa délicatement ses lèvres sur chacune des tablettes qui se dessinaient sur lui.

Elle le sentit frémir, frissonner, et elle lâcha la serviette sans même qu'il ne s'en rende compte. Lentement, elle remonta, rencontra ses lèvres. Et de ses mains, elle se glissa entre sa peau et son pantalon qui lui servait de serviette, pour le faire lâcher prise.

Et évidemment, cela fonctionna. Les hommes, il suffisait de les titiller et Kaëran n'échappait guère à la règle. Sauf que là c'était différent. Elle le faisait par envie, parce qu'elle le voulait lui et personne d'autre. Elle voulait lui donner du plaisir de sa propre volonté et non forcée comme ces trois derniers mois.

Elle se colla encore plus, et son corps sentit toutes les réactions du corps masculin de Kaëran. Toutes. Le faisant reculer alors qu'il lui rendait ses baisers, les mains sur ses hanches, elle l'entraîna vers le lit. En fait, elle ne savait même pas s'il avait conscience d'être à présent nu. Elle le sentit tomber lorsqu'il rencontra le lit et elle suivit le mouvement, se retrouvant rapidement à califourchon sur lui comme avec Nolan lorsqu'il avait voulut qu'elle le tue. Mais là une nouvelle fois, c'était voulut.

Souriant réellement, elle poursuivit ses caresses et baisers un peu partout, le laissant juste savourer. Sauf que…les automatismes des putains venaient de se remettre en position. Pour eux, Kaëran n'était qu'un client comme un autre…

Elle descendit lentement, et commença à caresser ce qui faisait de lui un homme, ce mettant même à l'embrasser. Elle le sentit s'arquer, répondre à ses actes. Il aimait ça apparemment, même si elle n'en était guère fan…

Elle allait pour aller plus loin dans le processus lorsqu'elle sentit deux mains l'agripper et la faire remonter. Que…?

Ellana croisa le regard de Kaëran, et d'un coup elle se sentit rougir en plus d'être gênée. Que pensait-il d'elle ? Elle ne parvint même pas à lui dire "désolée". N'en eut même pas le temps. Parce que, comme s'il lisait en elle, il la bascula et ce fût lui qui se retrouva au-dessus. Ca non plus, en trois mois ça ne lui était pas arrivé.

Dans ses yeux, elle lisait tout le désir et l'amour qu'il lui portait. Elle caressa sa joue, signe qu'elle le laissait faire ce qu'il voulait. Absolument tout ce qu'il voulait d'elle. Les mains de l'homme commencèrent donc à se bâtir un chemin sur son corps, lui enlevant pantalon et chemise, la laissant en simple sous-vêtements. Sa bouche ne se décollait pas de sa peau et elle caressait ses cheveux, sa nuque, son dos…les gouttes d'eau de sa douche s'écrasaient sur elle, comme s'ils étaient déjà en sueur alors que c'était faux…

-Je t'aime, Kaëran… Lui murmura-t-elle à l'oreille, le plaisir débordant.

Elle le laissa la déshabiller complètement et la contempler sans retenue. Cette fois, il pouvait librement, il n'avait plus à avoir peur. Sauf que…elle se figea un instant. D'un coup, elle se sentit coupable. Coupable d'avoir couché avec tous ses inconnus…comme si elle était un chiffon réutilisable…
Kaëran n'avait droit qu'à un chiffon usé…et souillé…ça la faisait se sentir mal…

Mais là, il la regardait, comme s'il se demandait s'il pouvait continuer. Alors elle lui sourit, ne répondit rien à son regard interrogateur, et l'embrassa. Pour le moment, elle ne voulait pas gâcher ce qui constituait pour eux leur première fois.

Ses jambes s'éloignèrent l'une de l'autre, laissant Kaëran s'approcher. Ce fût sans doute l'entrée la plus douce qu'elle n'avait jamais connue. A peine si elle l'avait sentit. Elle dût relever la tête pour être sûre qu'il soit bien en elle.

Ils ne faisaient qu'un. Enfin. Les mouvements de reins débutèrent, entraînant déjà quelques gémissements qui n'étaient nullement simulés. Elle entoura la taille de l'homme de ses jambes, l'incitant à accélérer. Il n'avait pas à avoir peur d'être brutal. Elle savait qu'il ne l'était pas et…elle avait déjà connu ça donc…

Leurs bouches fusionnaient de temps en temps, se relâchant pour qu'ils puissent respirer. C'était un dieu…Ellana n'avait jamais connu ça. Malgré tout, c'était la première fois qu'elle ressentait autant de plaisir, de frissons et de désir en elle. Il accélérait toujours un peu plus, et involontairement elle plantait ses ongles dans son dos. A un moment, elle reprit les rênes, se déhanchant comme elle l'avait si bien appris, que ce soit à cause de Raven ou chez Nolan. Elle fît des mouvements qui durent lui donner des sensations intenses à tous les coups, le laissant agripper sa poitrine entre ses mains.

Tous l'avaient fait, pourquoi pas celui qu'elle aimait ?

Elle se sentait enfin complète. Véritablement complète. Un puzzle achevé, un corps soudé, un amour scellé. Lorsqu'il reprit le dessus, ce fût pour donner les derniers coups. Elle sentait la fin venir, elle le sentait se relâcher tout doucement en elle. Et elle comptait bien le garder là jusqu'à la toute fin.

Les coups se faisaient plus longs quand il devait repartir, et lorsqu'elle sentit que c'était bon, elle l'immobilisa, et attendit. Elle l'embrassa, l'incitant à se détendre pour relâcher sa pauvre masculinité !
Et ce n'est que là qu'elle le libéra, le laissant se retirer et s'affaler à ses côtés, essoufflé. Souriante, elle se colla à lui.

-Tu as toujours besoin d'une serviette pour te sécher mon cœur ?

Elle l'embrassa, si heureuse qu'il soit là. Si heureuse d'avoir enfin pu lui donner son corps, malgré…tous ses hommes qui l'avait prise auparavant…

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mer 20 Mar - 1:01


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Chapitre 4
En cavale, partie 3

◆ ◆ ◆



‘‘ Viens la chercher… ‘‘

Voilà. C’était ce qu’il redoutait. Ses craintes avaient pris vie dans ce susurrement que venait de lancer Ellana. Son sourire mystérieux n’avait toujours pas disparu lorsqu’elle prit la serviette d’une main, la secouant lentement dans le vide. Il fallait avouer que le jeune homme était tout de même surpris de voir sa protégée ainsi. Avant qu’ils ne se retrouvent loin l’un de l’autre, elle avait été beaucoup plus timide et osait à peine faire quelque chose sans permission. Ça faisait étrange, mais la voir ainsi le comblait de bonheur. La petite flamme était revenue dans son regard vairon, le rendant d’autant plus magnifique qu’il ne l’était déjà. Kaëran dut alors s’éclipser de l’embrasure de la porte pour empoigner son pantalon. Avec celui-ci, il entoura sa taille et sortit de la salle d’eau d’un pas prudent. S’il glissait, ça allait faire mal alors bon ... et puis, il n’allait tout de même pas se promener à poil devant une demoiselle !

Sur le visage d’Ellana était peint un sourire d’amusement et le Lieutenant voyait bien qu’elle retenait un rire. Il fronça les sourcils, s’approchant un peu plus d’elle. Son bras droit se tendit devant lui, sa main prête à recevoir le tissu lorsque la jeune femme se recula à chacun de ses pas, l’air taquin. Là il comprit qu’elle voulait jouer.

‘‘ Viens…ou as-tu peur que je te morde ? ‘‘

‘‘ C’est moi qui vais te mordre si te ne me donne pas cette fichue serviette, Ellana Stark. ‘‘

Kaëran réitéra l’expérience et s’approcha de nouveau. Ce fut la même histoire ! Un pas devant et un peu plus de distance entre sa main et le bout de tissu. À la longue, il allait finir par sécher debout. Bon sang... Cependant, sans que le soldat ne s’y attende, Ellana inversa son stratagème, ce qui le surprit. Le bras gauche et fin de celle-ci était légèrement vers l’arrière, serviette en main et son sourire énigmatique n’avaient toujours pas disparu de ses lèvres vermeilles. Il sentait même son souffle contre sa peau et se surpris à frissonner légèrement, mais se fut pire lorsqu’elle posa sa main sur lui pour caresser son torse. Elle descendit vers son ventre en y collant sa bouche et déposa de doux baisers sur ses abdominaux. Un violent frisson lui traversa l’échine alors qu’elle remontait pour poser ses lèvres sur les siennes.

Alors là, elle l’avait eu... littéralement.

La chair de poule se forma à la surface de sa peau humide au contact des mains douces d’Ellana. Ses doigts fins se faufilaient entre le tissu de son pantalon et ses hanches. S’il lâchait prise, c’était fini, mais c’est ce qui arriva malencontreusement lorsqu’il voulut attraper la taille de sa protégée pour l’approcher de lui. Elle avait compris et en faisait de même, se fichant bien qu’il soit trempé de la tête au pied. Son corps réagissait à ce contact qui provoquait d’étranges sensations à l’intérieur. Tranquillement, la jeune femme le faisait reculer sans qu’il ne cherche à comprendre ce qu’elle avait en tête. Il le savait, et elle aussi. C’est là que ses genoux fléchirent et que son corps tomba lourdement sur le matelas, entraînant la femme qui le titillait dans sa chute. Celle-ci prit place sur son bas ventre et se pencha pour l’embrasser doucement, lui ne se gênant pas pour lui rendre la pareille, car seuls les dieux savaient à quel point il avait envie d’elle maintenant. Les lèvres vermeilles d’Ellana se promenaient sur son corps, effleurant à peine sa peau par moment. Kaëran ferma les yeux d’aise, les doigts de sa main droite entrecroisée avec la gauche de la couturière qui se dérobait à sa vue. Plus elle descendait et plus les frissons devenaient insoutenables. Jusqu’à ce qu’elle arrive là. Il ne mit pas de temps à réagir à ces caresses, mais il ne manqua pas de l’agripper par les bras pour la ramener à lui et non à sa virilité.

L’espace de quelques secondes, leurs regards se croisèrent et Kaëran lui fit un sourire rassurant. Elle n’avait pas à faire ce genre de chose. Avec lui, elle n’était pas chez les catins et n’était nullement obligée de faire ce qu’elle avait l’habitude d’y faire avec les autres hommes. De toute manière, c’était de l’histoire ancienne maintenant. Il serait là pour veiller sur elle et personne ne lui toucherait plus jamais en vue de lui faire du mal. La prenant au dépourvu, le Lieutenant posa ses mains sur la taille d’Ellana et la retourna. Lentement, il approcha son visage du sien et déposa un léger baiser sur le bout de son nez tout en la regardant directement dans les yeux. Bon Dieu de merde qu’il pouvait l’aimer. C’en était même insensé. Elle était si belle, autant de l’intérieur que de l’extérieur. Pour lui, elle était tout simplement parfaite. En réponse à la caresse sur sa joue, Kaëran fit descendre ses mains sur les cuisses de sa douce elle la débarrassa de son pantalon avant de les y reposer. Lentement, elles remontèrent sur ses hanches puis continuèrent leur ascension sur sa taille. Il traça sa silhouette tout en remontant le tissu et posa ses lèvres sur le bas ventre de la femme qui frémissait à son tour. La chemise se retrouva au sol avec le reste des vêtements, permettant ainsi à sa bouche de continuer son chemin jusqu’à la poitrine d’Ellana. Son corps se cambrait légèrement, ses doigts frêles se crispaient sur sa peau. Finalement, Kaëran déposa une série de baisers dans son cou et il sentit le souffle court de la jeune femme contre sa peau alors qu’elle lui murmurait à l’oreille :

‘‘ Je t’aime, Kaëran… ‘‘

Un doux sourire se forma sur les lèvres du Lieutenant qui vint voler un long et tendre baiser à sa bien-aimée, terminant de la mettre à nue d’un geste lent. S’il se faisait un malin plaisir à la faire frissonner? Bien sûr que oui, car ses doigts effleuraient à peine les parcelles de peau qui faisait d’Ellana une femme à part entière. Sauf qu’elle se tendit et Kaëran commença à craindre d’avoir quelque chose de mal, d’avoir éveillé de mauvais souvenirs en elle. Il s’arrêta et la regarda dans le blanc des yeux avec interrogation, mais Ellana plaqua sa bouche contre la sienne pour briser cette distance qui les séparait.

De longues minutes durant, Kaë découvrait le corps de sa douce pour la première fois alors qu’elle en faisait de même pour lui. Leur souffle était court, leur sang bouillant d’un désir non dissimulé. Le plaisir montait en flèche au fil des secondes et bientôt ce fut la deuxième étape. Ellana était prête à le recevoir et il exauça ses prières doucement. Langoureusement, la danse prit forme et la tête de la jeune femme se jeta en arrière alors que de faibles gémissements s’échappaient de ses lèvres. Des jambes entourèrent son bassin avec une certaine force alors que la cadence s’accélérait, comme leur respiration et les battements de leur coeur. Les lèvres ne faisaient qu’un la plupart du temps. À un moment, les ongles d’Ellana se plantèrent dans la peau de son dos, mais il ne sentit presque rien sur le coup de toutes ces sensations inhabituelles. C’est alors que la femme prit les rênes en le faisant revenir en dessous une seconde fois. Les mains du soldat caressaient les cuisses de sa douce et les serraient fortement sans le vouloir dès qu’il était secoué d’un spasme de plaisir plutôt intense puis elles grimpèrent bientôt sur ses hanches pour se rendre jusqu’à sa poitrine généreuse qu’il finit par embrasser.

Mais l’apogée approchait dangereusement et Kaëran la bouscula de nouveau pour terminer le travail. Le rythme diminuait, mais était tout autant langoureux, et ce, jusqu’à ce qu’une vague de plaisir les submerge tous les deux, les forçant à gémir de concerts. Essoufflé, Kaëran embrassa sa douce délicatement avant de se retirer et de s’affaler à ses côtés.

Leur doux supplice était terminé.

‘‘ Tu as toujours besoin d’une serviette pour te sécher mon cœur ? ‘‘

‘‘ C’est ça, rigole ! ‘‘

Elle semblait bien amusée et se colla contre lui qui l’emprisonna dans ses bras. Un baiser fut déposé sur son front et il dit:

‘‘ Je vais m’en souvenir, mademoiselle Stark... j’aurai ma revanche et à cause de toi je vais devoir retourner me laver. ‘‘

Il avait chaud comme pas possible et c’était le cas d’Ellana aussi. Ainsi, le Lieutenant se redressa, tira Ellana du lit et la traina sur son épaule droite jusqu’à la salle d’eau où il entreprit de se nettoyer une seconde fois, et elle aussi. Là il ne put s’empêcher de la titiller à son tour alors qu’il passait la serviette mouillée sur ce corps à faire mourir d’envie n’importe quel homme. Cependant, la conversation qui allait s’en suivre allait devenir beaucoup plus sérieuse et forte en émotion.

En fait, Kaëran voulait savoir pourquoi Ellana s’était figé pendant qu’ils se caressaient. Il craignait que ce soit à cause de lui, même si ça ne l’était pas. Après lui avoir embrassé le cou à quelques reprises, le Lieutenant colla son torse contre le dos de sa protégée et entoura ses épaules de ses bras.

‘‘ Ellana... à quoi pensais-tu tout à l’heure ? J’espère ne pas avoir éveillé de mauvais souvenir... ‘‘

Il se tut un instant alors qu’Ellana se retournait, toujours prisonnière de son étreinte. Elle caressait ses joues de ses mains et lui souriait faiblement.

‘‘ Je t’aime... ‘‘

C’était la première fois qu’il le lui disait de vive voix.
Qu’il disait ces trois mots qui signifiaient tant.

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MessageSujet: Re: Retour à la case départ [PV Kaëran]   Mer 20 Mar - 17:24

Enfermée dans les bras de son homme, Ellana savourait le tout, sentant encore ses picotements causés par leur passion. Après un baiser sur le front, il lui dit :

- Je vais m’en souvenir, mademoiselle Stark... j’aurai ma revanche et à cause de toi je vais devoir retourner me laver.

Comme si ça allait le gêner ! Bon d'accord il fallait avouer qu'ils étaient bons pour une seconde douche en l'espace d'une heure et demie mais bon…elle serait prête de prendre autant de douche qu'il le fallait pour rester avec lui et créer ce genre de moment si intenses.

Il se releva donc, et la tira à lui, la portant sur son épaule. Sur le coup, prise au dépourvu, elle avait écarquillé les yeux pour très vite en rire.
Dans la salle de bains, ils entreprirent de se nettoyer à nouveau, avec de petites serviettes mouillées. Pas la peine de gaspiller toute l'eau non plus. Il passait le tissu délicatement sur sa peau, et elle savourait. Il était délicat comme si elle était une statue fragile…elle fermait les yeux, profitant pleinement, ayant parfaitement compris que…tout pouvait basculer d'une seconde à l'autre…

A la fin, étant à nouveau propres, il lui embrassa le cou de nombreuses fois, renvoyant des frissons le long de sa colonne, avant de la serrer contre lui. Elle sentit le torse musclé du Lieutenant contre son dos et ses bras se faufiler autour de son cou. Elle les embrassa lentement lorsqu'il demanda :

- Ellana... à quoi pensais-tu tout à l’heure ? J’espère ne pas avoir éveillé de mauvais souvenir...

Elle se stoppa et déglutit. Il voulait savoir…il en avait le droit. Mais serait-elle capable de tout dire en restant droite ? Elle se retourna lentement, restant dans ses bras et lui souriant faiblement. Elle posa ses mains sur ses joues alors qu'il achevait, rendant son cœur fou à lier :

- Je t’aime...

C'était la première fois qu'il le lui disait…ça lui donna suffisamment de force pour se lancer. Ensuite, elle ferait en sorte de ne pas passer pour une gamine qui pleure pour n'importe quoi. Quoique, un viol et devenir une putain n'était pas n'importe quoi mais bon. Ellana ne voulait pas paraître faible.

Elle inspira, cherchant ses mots, et ne put le regarder véritablement en face. Elle avait trop honte d'elle-même à nouveau.

-Ce n'est pas toi Kaëran. Ne t'en fais pas…c'est que…

Elle ne sut pas par ou commencer. Raven ? Nolan ? Son impression d'avoir trompé Kaëran ? De l'avoir trahi ? Lui dire qu'elle s'en voulait parce qu'il n'avait pas eu droit à sa virginité ? Qu'elle s'en voulait de l'avoir laissé dans l'ignorance et de s'être renfermée ? Qu'elle avait affreusement honte d'elle et de ce qu'elle avait fait ? De son impression qu'à chaque fois qu'elle voudrait de lui elle se prendrait pour une putain ?

Elle soupira. Autant commencer par le début. Seulement, pas là. Elle l'incita à se rhabiller, et l'entraîna sur le lit une fois tous deux prêts. Ce ne fût que là, ses doigts entremêlés à ceux de Kaëran, qu'elle commença son récit qui allait être assez douloureux. Pour tous les deux.

-Il m'a emmenée, ce jour-là, dans une vieille maison…ça sentait bizarre dedans…il m'a jetée sur le matelas et quand il s'est approché j'ai pris le coussin pour le frapper. Il était sonné alors j'ai courut vers la porte pour tenter de m'échapper. Mais rien à faire...il m'a rattrapée et… Elle déglutit, les images revenant en même temps qu'elle parlait, comme si ça c'était passé la veille et non quatre mois auparavant puis poursuivit il m'a déshabillée…les vêtements de ta mère, Kaëran…déchirés…Il a juste regardé un instant et….et…il est entré…violemment…ça m'a fait mal, Kaëran…horriblement mal. J'ai cru que tout c'était déchiré, là, en moi et…j'ai cru que j'allais mourir sur le coup…j'étais remplie de sang je ne savais pas j'ai… Une nouvelle fois elle respira profondément avant de reprendre, ravalant les maudites larmes il m' a laissée nue et m'a jetée dans un coin en me disant de ne plus bouger. J'ai obéit…il est partit, je n'ai pas osé partir. Je n'aurais même pas su retrouver mon chemin jusqu'à toi…quand il est revenu il a recommencé. Je n'ai pas dormit, j'avais trop peur…le lendemain, il l'a refait, sauf que c'était moi qui devait agir, comme une putain, il disait. Tout le temps, comme ça. Mon…mon père est venu la veille ou il m'a mise dans la rue…il m'a juste donné de l'eau pour que je ne meurs pas "inutilement" comme il a dit. Raven lui a montré, ce qu'il me faisait. Mon père a juste…

Elle baissa la tête pour murmurer :

-Regardé et touché…

Un court instant de silence s'installa jusqu'à ce qu'elle reprenne :

-Je n'avais plus de forces…j'avais rien mangé, j'avais à peine de quoi boire…il me frappait et me jetait comme une poupée, il me prenait quand il voulait…jusqu'à ce que j'attrape le rhume…j'ai commencé à délirer, et j'ai su que c'était la fin. Et en effet il m'a prise comme un sac pour me poser dans la ruelle…après…tu es arrivé…comme un miracle inattendu…j'ai même pas su ouvrir les yeux pour toi ou te sourire…j'en étais incapable, c'était trop d'effort d'un coup…après…j'ai eu peur que…tu sois dégoûté…je me suis renfermée, pour parvenir à trouver le courage de te parler. De parler déjà et ensuite d'aller te voir…de laisser juste Eiriel m'approcher…ça a pris trop de temps…je croyais que tu ne voudrais plus d'une fille souillée…je pensais que la guérisseuse t'avais dit pour…pour Raven et j'ai cru que tu étais dégoûté.

Elle ne bougea pas, serrant inconsciemment les mains de Kaëran dans les siennes plus fortement que voulut.

-Je voulais te voir. Je voulais me réfugier dans tes bras parce que je savais que même si tu étais un homme tu ne me ferais rien de tout ça. Mais une autre partie de moi me disait que tu ne voudrais plus jamais me toucher après ça…Alors…quand j'ai enfin eu le courage de sortir pour te voir…on a vu que…que tu n'étais plus là. La maison était barricadée et tes affaires avaient disparues…Je suis tombée au milieu de la rue en hurlant. J'étais sûre qu'à cause de moi tu étais partit…que tu en avais eu marre de m'attendre et que tu avais décidé de chercher une autre femme, plus forte que moi, moins lâche. J'ai décidé de partir. Eiriel et Dorguan ont tenté de me retenir en me disant que tu reviendrais. Mais justement, dans ma tête, tu ne devais pas me retrouver là-bas à ton retour. Je me disais qu'il valait mieux que j'ai disparut à ce moment-là, surtout que pour moi tu reviendrais avec une autre femme. En restant, je n'aurais que ravivé des douleurs en toi et je ne le voulais pas. Je t'ai trop fait souffrir et je voulais de tout cœur que tu sois enfin heureux. Comme tu le mérites. Alors je suis partie. J'ai erré sur la route, ne sachant pas ou elle menait et m'en fichant pas mal. Je priais pour que tu sois en paix et que tu ne penses plus à moi. Pour ne pas que tu souffres encore…Au bout d'un certain moment, je ne pourrais même pas te dire j'étais perdue et pleurait la plupart du temps, un chariot m'a dépassée et c'est arrêté devant moi. Un homme en est descendu. Nolan. Il m'a demandé ce que je faisais là seule et m'a proposé de m'emmener au prochain village. J'avais peur, mais je me disais que ça serait plus rapide et que…je n'avais guère plus rien à perdre. Je t'avais perdu, c'était déjà tout pour moi. Il m'a dit que je devrais lui rendre service en échange…sans me dire quoi. J'aurais du me méfier comme ma peur me le disait…à la place j'ai suivit. Quand on est arrivé…je n'ai pas compris tout de suite. Je pensais que ce serait un service rapide…en fait il voulait que je devienne une putain. Et je ne pouvais plus reculer. Alors j'ai fait ce qu'il fallait…il m'a fait apprendre comment faire, comment aguicher, comment simuler, sourire…tout. Je devais faire payer les hommes cent Daris…ça me dégoûtait…surtout quand…je prenais la bouche aussi…j'en vomissais toute la nuit restante…mais je le faisais. Les autres filles ne m'aimaient pas, donc quand j'étais seule et que je ne me reposais pas, je lisais. J'ai gardé ton livre et mon journal, même s'ils sont restés là-bas…je tentais de rester debout et m'empêchais de pleurer. Je n'en avais pas le droit. Je n'avais que ce que je méritais pour t'avoir fait souffrir de la sorte. Et…parce que c'était ce que mon père avait toujours dit que je serais…

Elle se coupa, reprenant son souffle. Kaëran n'avait pas bougé.

-Et là…Avant quand je me suis figée…c'était parce que…j'ai honte et…je me sens si coupable. J'ai l'impression de t'avoir trahit…tous ses hommes qui ont eu droit à mon corps avant toi…comme si tu récupérais un vieux chiffon usé…j'avais l'impression que tous les hommes du Royaume avait déjà eu droit à une nuit en ma compagnie sauf celui que je voulais vraiment accueillir, sans simulation…c'est pour ça…tu n'as même pas eu droit à ma virginité alors que je le souhaitais tant...je vais avoir l'impression d'être une putain à chaque fois que j'aurais envie de toi…j'ai tellement honte de moi, Kaëran…t'avoir fait ça…comme si je ne te faisais plus confiance…alors qu'une partie de moi savais que tu me voudrais encore…mais celle de la peur et de la culpabilité était trop forte…je n'ai pas su les faire taire…

Elle se tut et soupira légèrement. Voilà…elle n'avait jamais autant parlé. Mais…elle se sentait un minimum plus légère. D'avoir parlé lui avait fait un peu de bien. Même si les images étaient vives sur sa rétine.

-Je pensais sans cesse à toi et quand je repensais à ce que je t'avais fait, j'en avais mal…je t'ai même dessiné, dans mon journal…mais il est chez Nolan…ton livre aussi…tu y tenais en plus…

Voilà…elle se tut complètement, le laissant assimiler cette tonne d'information. Assimiler et…réagir. Elle serrait ses mains, comme si elle craignait qu'il ne parte alors qu'il ne le ferait en aucun cas. Ou alors elle les tenait ainsi pour ne pas couler, comme l'on s'accroche à une bouée de sauvetage…


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