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 Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]

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MessageSujet: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Mar 26 Fév - 21:27

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Chapitre 3
Que peut-il arriver de pire ?

◆ ◆ ◆



Au matin, quelques rares rayons de soleil réussissaient à percer entre la petite ouverture des rideaux. Ces faisceaux frappaient les couvertures par endroits, dévoilant des formes sous le tissu malgré l’obscurité ambiante de la chambre. L’un d’eux se fit un malin plaisir à faire l’inverse de ses congénères et frappait contre la paupière gauche du propriétaire des lieux. La voisine de lit du jeune homme elle, était réveillé depuis un petit moment déjà, mais ne bougeait aucunement. Dans un mouvement lent et saccadé, les yeux du Lieutenant s’ouvrirent à la clarté d’une nouvelle journée pour ensuite se poser sur quelque chose de tout simplement magnifique; Ellana. Celle-ci l’observait, sa longue chevelure éparpillée sur son oreiller et un doux sourire aux lèvres.

‘‘ Bonjour… ‘‘ Dit-elle dans un murmure.

‘‘ Bon matin, charmante dame... ‘‘

Un petit sourire endormi se dessina sur le visage de Kaëran qui appréciait ces doux réveil. Ça changeait d’auparavant, mais une chose était certaine, il aurait du mal à s’en passer désormais. Leurs lèvres se retrouvèrent après plusieurs heures de repos. Se tirant hors du lit, on vaqua au changement de bandages puis on se débarbouilla sommairement avant de se changer et de descendre se préparer de quoi nourrir les maîtres de la faim et de la digestion qui réclamaient leur dû. La table fut dressée, on mangea dans le calme, on rangea et on nettoya. Eiriel arriva entre-temps et Kaë laissa Ellana répondre à la porte alors qu’il rangeait en hauteur un chaudron de métal. Les deux femmes arrivèrent dans la place et on procéda aux salutations habituelles.

‘‘ Bonjour les jeunes ! Désolée de vous déranger, mais j’ai oublié mon tricot ici, je pense… ‘‘

‘‘ Il me semble l’avoir vu quelque part, mais je ne me souviens plus où exactement. ‘‘

Eiriel et Ellana s’exilèrent dans le salon pendant que Kaëran s’occupa de sortir Hewie qui miaulait à tout va devant la porte qui donnait sur le jardin arrière. Ce ne fut pas trop long que la bête alla dans un buisson faire ses besoins. En rentrant à l’intérieur, le Lieutenant réalisa qu’il était le seul au rez-de-chaussée, alors il en profita pour alimenter le feu et alla prendre place sur le canapé en prenant un livre qu’il commença à lire tranquillement. Ayant retrouvé le tricot, Eiriel s’en retourna chez elle et Ellana vint s’installer confortablement à ses côtés, reprenant là où ils avaient arrêté dans le bouquin de celle-ci qui se trouvait sur la table de salon. Un peu plus tard, ce fut la séance d’entraînement puis l’heure du bain. On changea les bandages du Lieutenant de nouveau et on se mit au lit. Kaëran emprisonna Ellana contre lui pour ne la relâcher qu’au lendemain matin. Sauf que cette fois, on voulait faire preuve d’un peu de paresse et les jeunes adultes restèrent au lit un peu plus longtemps qu’à l’accoutumée. Pourquoi ? Parce la couturière avait emprisonné l’une de ses mains dans l’une des siennes et que de l’autre, elle traçait lentement le contour de sa mâchoire. Ce geste avait pour effet de le détendre complètement et s’il s’était écouté une seule seconde, ses paupières se seraient refermées pour lui permettre de se rendormir. Ses doigts fins délaissèrent sa mâchoire pour se faufiler sur ses lèvres, lentement. Très lentement. Ils montèrent ensuite dans sa chevelure en pétard pendant que leurs regards ne se quittaient pas. Mais la main en processus d’exploration descendit pour s’apposer sur son torse. Une vague de frisson lui traversa l’échine alors qu’Ellana murmura de sa voix mielleuse :

‘‘ Tu es si beau, Kaëran… ‘‘

Si beau ? Il était tout ce qu’il y avait de plus banal comme homme, non ? Excepté le regard qui n’était pas très... commun à vrai dire. Kaëran s’empourpra cependant à ce compliment, n’étant pas réellement habitué à en recevoir d’aussi sincères. Ayden lui en envoyait des semblables de temps à autre, mais c’était soit pour le taquiner, soit pour se moquer de lui en imitant une bourgeoise en extase devant l’uniforme de l’officier. D’ailleurs, ça faisait un moment qu’il n’avait pas eu de nouvelles de lui. Peut-être n’osait-il pas se pointer pour la simple raison qu’Eiriel ne l’appréciait guère ? M’enfin... Kaëran ne put que savourer le baiser délicat de sa douce avant de se faire tirer hors du lit pour le changement de bandage. Elle l’aida aussi à enfiler sa chemise, non sans qu'il lui vole quelques petits baisers qu’Ellana ne refusa pas venant de son homme. Une fois dans la cuisine, ils mangèrent un petit truc rapide avec un Hewie en crise de famine. C’était qu’il devenait rond le petit félin ! Ça ne lui faisait pas de tort en fait. Après la vaisselle, Kaëran s’en alla vers le salon et posa un genou au sol, brassant les restes de bois à l’aide d’un tisonnier en acier avant de pouvoir y mettre une bûche.

‘‘ Tu veux que je te fasse une bonne ratatouille pour midi ? ‘‘

Le Lieutenant leva les yeux vers elle et acquiesça d’un signe de tête avant de se retourner vivement, voyant les tisons qui s’envolaient.

‘‘ Je vais chercher des légumes frais dans la serre alors…je reviens vite ! ‘‘

‘‘ Fais attention, sinon je viendrai te chercher ! ‘‘

Bien entendu, il rigolait, mais il était loin de se douter de ce qui allait se passer dans les minutes qui suivraient la sortie d’Ellana dans la serre. La porte arrière se referma d’elle-même et Kaëran remit la grille devant la cheminée avant de s’installer sur la canapé, livre en main. Les minutes s’écoulèrent et la couturière ne revenait toujours pas. Peut-être avait-elle de la difficulté à retirer des carottes de la terre ? Décidant d’aller voir, le soldat se leva du canapé et s’aventura à l’extérieur. La porte de la serre était close et aucune trace de vie dans les alentours. Son coeur s’emballa dans sa poitrine; il craignait le pire et avec raison. Ses yeux bleutés tachés de vert se posèrent sur le panier qui servait à ramener les légumes, renversé au sol. Des légumes jonchaient le sol et ... Hewie ?! La boule de poil était inconsciente non loin de là et Kaëran le prit dans ses bras, cherchant Ellana comme un damné.

‘‘ ELLANA ?! ‘‘

Aucune réponse.

Le Lieutenant s’empressa d’aller voir dans la serre, la passant au peigne fin, mais encore une fois il n’y eut aucune réponse. Mais où était-elle par tous les dieux ?!

‘‘ ELLANA ?! ‘‘

Toujours rien.

Le visage de Kaëran blêmit d’un seul coup, comme s’il venait de voir un fantôme. Ellana avait été enlevé et qui sait où elle se trouvait maintenant. Un coup de ce porc ? De Stark ?! Ce chien galeux allait manger ses couilles, c’était une promesse ! Quittant la maison en trombe, le Lieutenant se dirigea aux pas de course chez Eiriel qui ouvrit la porte et sans lui laisser le temps de répondre, il lui demanda:

‘‘ Dis-moi qu’elle est chez toi, Eiri’ ... ‘‘

‘‘ ... Kaëran, que se passe-t-il ? ‘‘

Le jeune homme leva les yeux au ciel, certain qu’il était en train de lui tomber sur la tête. Sans ajouter quoi que ce soit, il quitta les lieux rapidement pour se diriger vers la place du marché, vite rejoint par Ayden.

‘‘ Où vas-tu ?! ‘‘

‘‘ Chez Stark. ‘‘ Dit-il entre deux respirations. ‘‘ Ellana a été enlevée. ‘‘

L’archer fut choqué. Pourtant, il n’avait absolument rien vu ! L’homme était resté tapi au fond de la même ruelle depuis 3 jours et 3 nuits. À moins que ...

‘‘ Nous nous sommes fait berner... ‘‘

Kaëran resta silencieux et défonça presque la porte de la boutique de couture, faisant sursauter son propriétaire qui se trouvait derrière le comptoir. Celui-ci délaissa ses tissus pour aller à leur rencontre, un sourire aux lèvres. Mais le Lieutenant ne lui laissa pas le temps d’ouvrir sa gueule et le prit par le cou, l’étampant littéralement dans le mur.

‘‘ Où est-elle ?! ‘‘

‘‘ Qui donc ? ‘‘

‘‘ Ne te moque pas de moi... Tu es derrière tout ça et je te jure que tu finiras par le regretter un jour ou l’autre ! Alors, dis-moi où est Ellana ? ‘‘

‘‘ Je croyais qu’elle était avec vous, Lieutenant Eira. Elle ne réside plus ici désormais, mais si vous ne me croyez pas, vous pouvez toujours fouiller la boutique et ma demeure. Je n’ai rien à cacher. ‘‘

Ne se priant pas, Kaë et Ayden fouillèrent l’établissement au grand complet pour ne rien trouver. Les deux hommes sortirent avant que le Lieutenant n’étripe le couturier et se retrouvèrent à l’extérieur. L’archer entraîna son ami loin de la foule afin de discuter avec lui. Peut-être pourraient-ils trouver des pistes qui mèneraient à l’agresseur ? Le jeune Eira lui raconta ce qui venait de se produire sans manquer de se jeter le blâme desssus puis ils retournèrent sur les lieux de la disparition; rien. Kaëran fulminait, était inquiet et ne put retenir un puissant coup de poing dans le tronc du chêne.

‘‘ T’es malade ?! Tu vas te casser la main ! ‘‘

‘‘ J’aurais dû y aller avec elle... ! Comme un idiot j’ai été imprudent... ‘‘

Ayden posa une main sur l’épaule intacte de son compagnon et se promit de rester avec lui jusqu’à ce qu’ils retrouvent Ellana. Le pire, c’était que Kaëran savait entre quelles mains Ellana se trouvait, mais il souhaitait malgré tout la retrouver le plus rapidement possible et surtout, qu'elle ne perde pas espoir.

Il s’en voulait tellement...

C’était tout simplement... insupportable...

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 16:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Mer 27 Fév - 11:19

Ellana se sentait transportée, malgré son état de semi conscience. Le coup qu'elle avait eu sur la tête l'avait déstabilisée, permettant ainsi à Raven de l'enlever plus aisément et à l'insu de ce cher Lieutenant. Maintenant, Ellana ne pouvait plus hurler pour appeler à l'aide, une grosse main était plaquée sur sa bouche, et elle pouvait encore moins voir ou ils allaient, elle avait un sac sur la tête. Son cœur battait comme un fou dans sa poitrine et elle se maudissait. Pourquoi n'avait-elle pas été plus prudente ?! Pourquoi ne s'était-elle pas méfiée ?! Elle avait cru que son père et l'autre avaient laissés tomber la chasse. Alors qu'elle connaissait son père pour savoir qu'il était du genre tenace.

Maintenant, Kaëran était seul, ne savait pas ou elle était, et devait se faire du mourront. Il devait être si inquiet…D'un coup, ils passèrent du froid extérieur à un froid plus camouflé ; ils étaient dans une maison. Elle l'entendit fermer la porte, marcher, puis elle fût jetée sur quelque chose. Touchant avec ses mains, elle sentit que c'était un matelas. Elle déglutit, cherchant un moyen de s'échapper. Elle sentit la présence de l'homme devant elle et le sac lui fût arraché, libérant sa vue. Elle cligna des yeux, grimaçant. L'odeur de renfermé était atroce. Rapidement, elle analysa le lieu.

C'était une maison d'une seule pièce comprenant en tout et pour tout une table, une chaise, un matelas, et une sorte de vieille cheminée inutilisée. Il y avait deux fenêtres et une porte. Les fenêtres étaient barricadées, volets fermés et planches clouées par-dessus. Il faisait donc à moitié nuit et une fine buée blanche se formait à chaque expiration pour s'évaporer dans l'air.

-Alors ma belle putain…contente de retrouver tonton Raven ? Susurra l'homme devant elle en s'approchant encore.

Elle fît non de la tête. Elle n'était pas une putain ! Et il ne l'aurait pas. Elle…elle savait ce défendre. Kaëran lui avait appris. Alors qu'il admirait son corps avec un fin sourire victorieux, elle tendit la main vers le coussin qu'elle avait repéré. Elle l'agrippa et attendit quelques secondes.

Elle ne devait pas rater. Alors, ramenant ses forces dans son bras, elle balança le coussin contre le visage de Raven qui, surpris et déstabilisé, tomba sur le côté. Aussi vive que possible, Ellana se releva, contourna la table en courant, manquant tomber, et se jeta sur la porte. Là, les mains tremblantes, elle essaya d'ouvrir la serrure. Il fallait qu'elle sorte, qu'elle rejoigne Kaëran, qu'elle se fasse suivre au pire pour qu'ils puissent l'arrêter…il fallait…ahh mais comment ça marchait ?!! Elle n'y arrivait pas, tremblait et…

Raven arriva rapidement et prit ses cheveux d'une main, la tirant à lui et la traînant littéralement par terre, vers le matelas. Elle avait mis ses mains en arrière, parce que ça faisait mal, elle croyait qu'il allait lui arracher le crâne, et de ses jambes elle tentait de marcher pour ne pas glisser entièrement au sol. Tout aussi littéralement, il la jeta sur le matelas comme si elle ne pesait rien, et elle se cogna le bras contre le mur, s'éraflant. Elle avait échoué…encore…

-Tu pensais réellement t'enfuir ? Tu pensais que toi, petite putain, arriverait à venir à bout de moi ? Tu pensais pouvoir te défendre ? C'est lui qui t'as mis sa en tête ?! Quel idiot ! Tu n'es rien !

-CE N'EST PAS UN IDIOT !

Raven lui donna la pire gifle de toute sa vie. Dix fois plus forte que celles de son père, elle crut que sa tête allait faire un tour complet sur elle-même et le sang envahit sa bouche, les larmes montant aux yeux involontairement.
Il s'approcha encore plus, les mains de chaque côté de sa taille. Il avait un regard…et un sourire…qui ne présageaient rien de bon. Elle décida de jouer le tout pour le tout. Elle voulut lui donner un coup entre les jambes, comme elle avait fait pour Kaëran involontairement ou même Ayden, mais il stoppa vivement son pied d'une main, serrant sa cheville avec force.

-Que comptais-tu donc faire encore hein ? Arrête…les putains aiment ça…

-Je ne suis pas une putain.

-Oh que si. Et je vais te le prouver. Et je te préférais silencieuse et docile. Alors on va réparer ça aussi d'accord ? Ton père en sera ravi. D'ailleurs…il me fait te dire…

Il lui redonna une gifle, sur l'autre joue, tout aussi forte.

-Voilà. Parce que tu as osé désobéir et t'éloigner de son éducation qui te convenait pourtant à la perfection.

Ses joues étaient à présent en feu, et elle tremblait de peur. Elle avait voulut montrer à Kaëran qu'elle avait retenu les leçons, qu'elle pouvait se défendre, elle avait échoué. Lamentablement. Et maintenant…

Raven s'approcha encore plus et d'un mouvement sec, il lui arracha son haut. Non ! C'était la chemise de Naël ! Réduite en lambeaux…Automatiquement, elle porta un bras sur sa poitrine, refusant qu'il la voie, mais il le lui délogea bien vite, ne se privant pas pour compresser ses seins comme l'autre fois. Il arracha ensuite son pantalon et son sous-vêtement, la mettant entièrement nue. Elle serra les jambes, ne voulant pas qu'il le fasse, ne voulant pas du tout ça…Elle se recroquevilla contre le mur, s'éloignant comme elle pouvait de lui alors qu'il descendait à son tour son pantalon et libérant son membre.

Elle le regardait, suppliante presque.

-Les putains ne devraient même pas avoir le droit de s'habiller…

Son cœur battait à tout rompre et d'un coup il tira sur ses jambes pour les étendre, les écarta sans ménagement et…

Il entra. Brutalement. D'un coup sec. Elle hurla. Hurla comme jamais elle n'avait hurlé, hurla à en pleurer. C'était horrible…elle avait l'impression que tout s'était déchiré en elle, que tout s'était disloqué.

-Hurle personne ne t'entendra. Cri de plaisir ma putain… Susurra-t-il en continuant.

Les coups étaient rapides, brutaux, et elle ne sentit rapidement plus rien au niveau de son intimité. Elle serrait la couverture entre ses mains, grimaçante, pleurante. Elle avait envie de vomir, de disparaître, de mourir…

Raven lui, était aux anges. Enfin il la sautait, enfin il avait son dû. Et Stark avait eu raison, elle était toujours vierge. Sentir cette petite barrière se briser sous son premier assaut avec été un instant de jouissance extrême...qu'est-ce qu'il aimait ça ! Et la voir pleurer, souffrir, c'était encore mieux ! Il allait continuer et faire comme avec chaque putain retrouvées mortes dans les ruelles. La baiser tout le temps, la vider de son énergie, et l'abandonner dans une ruelle. Ainsi, elle mourrait et, ni vu ni connu. En plus avec l'hiver qui approchait, c'était encore mieux, surtout que son père lui avait dit qu'elle était très frileuse. Mais quel plaisir !

Une heure. Cela dura une heure. Elle n'avait éprouvé aucun plaisir, rien que de la douleur, une douleur atroce. Une douleur qui l'accompagna même lorsqu'il se retira, se relâchant sur elle, déversant sa semence sur son ventre. Il avait gémit de satisfaction et elle remarqua qu'il était couvert de sang, que ses cuisses l'étaient tout autant. Il…il venait de lui prendre sa virginité…
Là, il prit une serviette, s'essuya, et la jeta sur le matelas. Il remonta ses vêtements et se dirigea vers la porte, rabattant une capuche sur son visage et lui dit :

-Je vais aller dire à ton père que t'es encore meilleure qu'en rêve…n'essaie même pas de t'enfuir…je peux te retrouver n' importe où tu iras.

Il ouvrit et sortit. Elle entendit le verrou cliqueter et elle se retrouva seule dans la pièce sombre, tremblante. Lentement, elle prit la serviette et essuya son ventre, les larmes continuant leur route sur ses joues endolories. Elle se sentait sale, souillée. Kaëran ne voudrait plus d'elle maintenant…il la rejetterait parce qu'elle n'avait pas été assez forte, qu'elle n'avait pas réussis à se sauver toute seule…elle était lâche et misérable…une putain…

Elle replia ses jambes contre sa poitrine, malgré la douleur de son intimité. Elle ne voulait même pas voir entre ses cuisses. Elle avait l'impression qu'elle ne verrait que la désolation. Il avait tout brisé en elle. En une heure.

Ellana avait pensé être libre d'aimer et de vivre comme elle l'entendait. Son passé l'avait rattrapée. Pour l'enchaîner à nouveau. Kaëran ne méritait pas une femme comme elle…et pourtant, elle l'aimait…et savait qu'elle ne cesserait jamais de l'aimer. Quoiqu'il se passe. Même après la mort. Parce qu'elle doutait s'en sortir vivante.

Tremblante, reniflant, elle imagina son visage dans sa tête, comme un baume sur ses plaies internes. Même s'il la quitterait si jamais il la retrouvait, elle l'aimerait…

Le pire, c'était qu'elle savait que Raven recommencerait quand il reviendrait, ou même durant la nuit ou le lendemain. Si elle parvenait à faire la différence avec cette obscurité…
Les heures s'écoulèrent, lentement. Elle n'arrêtait pas de pleurer, de penser à Kaëran, à ce qu'il allait penser d'elle, lorsque la porte se rouvrit sur Raven. Tout de suite, elle se recroquevilla, se faisant encore plus petite qu'elle ne l'était.

-Qu'est-ce qu'il fait froid !

Elle baissa la tête et ferma les yeux en l'entendant s'approcher. Mais il la prit au bras, la releva de force et la traîna dans un coin de la pièce, contre la cheminée non utilisée. Il la jeta à terre, sur le sol froid, et lui dit :

-C'est là que tu dors putain. Et si tu bouges d'un poil, tu auras affaire à moi.

Elle garda la tête basse, repliant ses jambes contre sa poitrine et ses bras les entourant, le laissant s'asseoir à table et manger un petit encas avant d'aller se coucher.

Combien de temps supporterait-elle ce calvaire ? Et Kaëran ? Elle ne pensait qu'à lui…elle supporterait tout ça, grâce à lui…malgré ce qu'il pensera d'elle s'il la retrouvait…


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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Mer 27 Fév - 15:50

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Chapitre 3
Que les recherches commencent

◆ ◆ ◆



Assis dans le fauteuil devant le feu de cheminée, Kaëran se torturait l’esprit. Son corps était penché vers l’avant, sa tête pendait presque dans le vide et ses deux mains étaient croisées derrière sa nuque. Signe qu’il se torturait intérieurement. Son esprit tournait en rond... ou plutôt en bourrique. Il tentait de trouver comment il pourrait parvenir à se lancer sur une piste. Mais sans indices, les chances étaient bien minimes. Alors comment arriverait-il à la ramener à la maison saine et sauve ? Ayden, assit sur le bras gauche du canapé, lui parlait, mais ses paroles n’atteignaient qu’une barrière invisible. Brusquement, le Lieutenant se leva et commença à faire les cent pas dans le salon alors que son rythme cardiaque ne faisait que s’accélérer. Son estomac et sa gorge étaient noués. C’était dû à la disparition de la couturière, certes, mais il y avait autre chose de bien plus grave que ça et Kaëran en était certain. Sans crier gare, le jeune homme quitta le salon et enjamba les marches de l’escalier quatre à quatre pour se précipiter vers sa chambre. L’archer sur les talons, celui s’exclama :

‘‘ Mais qu’est-ce que tu fais bon sang ? ‘‘

Kaëran ne parla pas et enfila son armure pièce par pièce, sans porter attention à son frère d’arme qui se tenait derrière lui. Ayden n’eut d’autre choix que de lui prendre le poignet droit brusquement pour le secouer un peu. Les deux hommes se dardèrent du regard un court instant avant que le Lieutenant ne parle.

‘‘ Je ne resterai pas ici à me morfondre alors qu’un porc la tient probablement captive quelque part en ville. Ellana risque d’être retrouvée morte si nous ne faisons rien et il est hors de question que je laisse faire une telle chose ! ‘‘

‘‘ Kaëran... Ton état ne te permet pas d’aller en patrouille et tu le sais aussi bien que moi. ‘‘

‘‘ Tu sais quoi ? Je m’en contrefous de mon état. Qui sait où elle est et ce qu’on lui fait subir ? Et toi, tu resteras là les bras croisés à ma place ? ‘‘

L’archer ne sut quoi rétorquer à son compagnon et l’aida plutôt à enfiler son armure. Les lanières de cuir furent solidement attachées ensemble pour tenir le tout en place et le Lieutenant revêt sa cape avant de suivre Ayden qui avait pris les devants. Les deux soldats avaient une mine sévère lorsqu’ils sortirent à l’extérieur, Eiriel débarquant aux pas de course, essoufflée.

‘‘ Tu vas me dire ce qui se passe non de Dieu ?! Et où vas-tu ainsi accoutré ?! ‘‘

‘‘ Retourne chez toi Eiri’. Je pars à la recherche d’Ellana... ‘‘

Jamais Eiriel n’avait vu le fils de Naël dans un tel état. Jamais. La paysanne était restée plantée au beau milieu de la rue, blême, regardant les deux soldats s’éloigner en direction du palais. Son coeur battait la chamade comme jamais auparavant et des larmes montèrent à ses yeux alors qu’elle s’en retournait chez elle, priant les Dieux pour que rien ne soit arrivé à Ellana. Priant pour qu’on la retrouve rapidement avant qu’il ne soit trop tard... car l’hiver approchait...

‘‘ Kaë... tu te souviens du dossier du violeur que nous n’avons jamais retrouvé ? J’ai l’impression que c’est à lui que nous avons affaire. Traquer des jeunes vierges, les séquestrer des semaines durant pour ensuite les jeter dans les ruelles de la ville, mortes. ‘‘

‘‘ Je crains que tu as raison... je le redoutais, mais quand on assemble le tout... ‘‘

Sa mâchoire se crispa d’un coup lorsque l’image d’Ellana, pâle et inerte au fond d’une ruelle sombre, lui vint en tête. Ses mains formèrent deux poings qui devinrent blancs par le manque de circulation sanguine. Kaëran secoua la tête pour chasser ces idées et fronça les sourcils.

‘‘ Nous allons le retrouver et le condamner. Je te jure que cette fois, il ne nous glissera plus entre les doigts et ne continuera pas son oeuvre. ‘‘

Du coin de l’oeil droit, Ayden observait son compagnon et voyait cette lueur de détermination dans ses yeux; rien ne l’arrêterait avant qu’il ne retrouve la couturière. Tout le monde savait qu’un Eira tenait toujours ses paroles.

‘‘ Ensuite ce sera au tour de Stark... il vivra l’enfer à son tour. J’en fais le serment... ‘‘ Siffla t-il entre ses dents.

Le reste de la route se déroula dans le silence. Inévitablement, les soldats passèrent devant la boutique du loup qui était en train d’exposer de nouvelles créations sur les mannequins sans têtes de sa vitrine. Kaëran lui jeta un regard noir jusqu’à ce qu’il disparaisse dans la mêlée pour emprunter la Grande Allée qui menait vers le palais, là où les bourgeois se faisaient de plus en plus nombreux. Les soldats qu’ils croisèrent furent abasourdis par la présence du Lieutenant, mais aucun ne passa de commentaire vu la mine grave qu’il piquait.

Direction, le bureau du Chef de l’armée.

Kaëran toqua à quelques reprises avant qu’on l’invite à entrer, Ayden sur les talons. Son supérieur était presque camouflé derrière une tonne de parchemin pilés les uns sur les autres en cinq rangées bien distinctes. S’étirant le cou pour voir qui étaient ses invités, le Chef se redressa enfin sur ses jambes et contourna son large bureau en bois massif sculpté par les mains d’un véritable artiste. Celui-ci fronça les sourcils à voir la tête que piquait l’officier.

‘‘ Que se passe-t-il, Lieutenant Eira ? ‘‘

‘‘ Le violeur des ruelles à refait surface. ‘‘

Le visage du Chef de l’armée changea aussitôt et un profond soupir s’échappa de ses poumons, sortant par sa bouche. D’un air interrogateur, il demanda alors :

‘‘ En êtes-vous bien certain ? ‘‘

‘‘ Je crains que ce soit le cas, Chef. ‘‘ Répondit Ayden, s’excusant. ‘‘ La méthode de traque est la même, ainsi que l’âge et le profil de la victime. ‘‘

‘‘ Qui est la victime cette fois ? ‘‘

‘‘ Ellana Stark... ‘‘

‘‘ Il ne s’agit pas là de la jeune femme que vous avez prise sous votre aile, Lieutenant ? ‘‘

‘‘ C’est effectivement le cas, Monsieur. ‘‘ Commença t-il. ‘‘ Elle a été enlevée sur ma propriété il y a moins d’une heure. Aucune trace d’elle nulle part. Aucune piste non plus... ‘‘

‘‘ Comme pour la précédente victime... Je vois... ‘‘ Dit-il d’un timbre de voix plus bas, réfléchissant. ‘‘ Je vous donne donc les commandes pour me trouver ce scélérat, Lieutenant. Prenez les hommes dont vous avez besoin et partez. Vous me ferez un rapport détaillé à chaque soir, comme à l’habitude. ‘‘

‘‘ Oui, Chef. ‘‘

Ayden et Kaëran s’excusèrent donc et quittèrent le bureau après des salutations et filèrent vers la cour d’entraînement où le Lieutenant sélectionna ses meilleurs hommes pour partir en patrouille.

S’il le fallait, Racium allait être passée au peigne fin, mais Ellana reviendrait à la maison en vie...
C’était une promesse que Kaëran Eira comptait bien tenir...

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 16:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Mer 27 Fév - 17:25

Ellana ne dormit pas de la nuit. Elle tremblait, repliée sur elle-même, gelée, ne quittant pas des yeux le mur en face d'elle. Elle entendait les ronflements de Raven qui s'élevaient du matelas et essayait de les ignorer. Elle avait eu l'idée folle de se lever pour s'enfuir. Et elle avait tellement peur de ce qu'il lui ferait si elle échouait qu'elle était restée sagement assise. Comme chez son père.

Elle serrait ses jambes contre elle, la douleur encore bien présente. Elle pensait à Kaëran. Il lui permettait de ne pas pleurer. De ne pas s'effondrer tout de suite et de rester droite. Un côté d'elle se disait qu'il n'était pas ce genre d'homme qui la rejetterait. Alors que l'autre…était persuadée qu'il ne voudrait même plus la toucher une fois qu'il saurait. Si elle parvenait à le lui dire. A le regarder en face. S'il la retrouvait. En vie.

Enfermée avec ses pensées, comme chez son père. Enfermée dans sa bulle que Kaëran avait percée de son amour, de sa gentillesse, de sa délicatesse. Raven l'avait reformée. Ellana était loin dans la bulle. La bulle de soleil au doux nom de Kaëran. Une bulle à la douceur de ses cheveux ou même du poil d'Hewie. Une bulle à l'attention d'Eiriel ou de Dorguan. Une bulle au sourire de Naël, qui les regardait de là-haut. Ellana priait pour qu'elle soutienne son fils. Il en avait besoin. Parce qu'elle avait été incapable de se sauver et de le retrouver. Incapable de mettre en application ses leçons de défense. Incapable de le rendre heureux plus d'une semaine.

Les heures défilèrent, et elle en eu à peine conscience. Avec cette semi obscurité constante, le jour ressemblait à la nuit. Raven savait ce qu'il faisait. Elle allait être désorientée. Il pourrait lui faire croire n'importe quoi. Sauf qu'elle ne le croirait pas s'il lui disait que Kaëran ne la cherchait pas. Parce que dans son cœur blessé, elle savait qu'il la chercherait jusqu'à la fin. Jusqu'à ce qu'il la retrouve morte et soit fixé sur son sort.

Tout d'un coup, elle vit la silhouette de Raven bouger. Il se réveillait. Son cœur s'affola une nouvelle fois et elle se recroquevilla un peu plus, forçant ses membres déjà ankylosés par leur position inchangée depuis trop longtemps. Elle le vit se tourner sur le dos, s'étirer, se gratter le ventre, retenir un rot et tourner la tête vers elle grâce à la faible lueur qui perçait par le petit trou du volet.

-Déjà réveillée ma putain ? As-tu tellement envie de me retrouver ?

Elle ne répondit rien, mais déglutit. Il lui fît alors un signe de la main.

-Viens là. Tout de suite, je n'ai pas envie de devoir te chercher. Cela me fâcherait. Et ma belle putain ne voudrait pas que tonton Raven soit fâché hein ?

Terrifiée, elle dénoua ses jambes et ses bras, se relevant. Elle avait mal au dos, ses fesses étaient gelées et tout en marchant, ses cuisses frottaient, réveillant la douleur de plus belle. Elle s'arrêta à un mètre du matelas, assez loin pour qu'il ne puisse pas la toucher.

-Approche. Encore. Murmura-t-il en se déhanchant pour descendre ses vêtements.

Ellana obéit, n'ayant pas du tout envie. Cette fois, elle fût assez près et il l'agrippa aux hanches, la jetant sur lui et d'un coup sec qu'il guida, elle fût sur lui, lui en elle. Elle resta parfaitement immobile, fermant les yeux, sentant les larmes arriver avec la douleur qui était ravivée et multipliée. Elle s'imposa l'image de Kaëran pour justement ne pas pleurer.

-Allez, je vais pas faire tout le boulot ! Je vais pas t'apprendre ton métier putain !

Elle ne savait pas ce qu'il attendait d'elle. Il la frappa alors violemment en hurlant :

-BORDEL ! ESPECE DE BONNE À RIEN ! DÉHANCHE TOI ET PLUS VITE QUE CA ! JE VEUX AVOIR DU PLAISIR AVANT DE RENDRE QUELQUES VISITES !!!

Le cœur fou, Ellana déglutit et s'exécuta, cherchant le fonctionnement, ayant honte d'elle. Elle le sentit glisser en elle, de haut en bas, douloureusement. C'était une brûlure constante. Et lui, il gémissait, lui disait de continuer tout en serrant ses seins entre ses mains, rajoutant une nouvelle douleur. Cette fois, cela ne dura qu'une demi-heure. Il la poussa en arrière, la faisant tomber contre le sol, se retirant sans ménagement et une nouvelle fois se déversa sur elle. Sur son visage. Elle grimaça, dégoûtée, l'envie de vomir plus présente que jamais, et ne bougea pas jusqu'à ce qu'il soit partit, la porte verrouillée. Là, elle se redressa, tremblante, et chercha la serviette. La trouvant enfin, elle essuya son visage, se retenant de tout régurgiter.

Elle marcha à quatre pattes jusqu'au coin de la cheminée ou elle avait passé la nuit et se rassit tout contre, s'en fichant d'avoir froid. C'était trop tard pour ça de toute façon. Cette fois, elle regarda au niveau de ses cuisses. Entre, c'était rouge. Plus vers son intimité, c'était pire. Fermant les yeux, elle serra à nouveau ses jambes l'une contre l'autre, se renfermant dans sa bulle. Elle avait soif, avait du mal à avaler sa salive, et son ventre grognait. Il n'était plus habitué aux privations depuis qu'elle était chez Kaëran et qu'il avait droit à trois bons et copieux repas par jour.

Seule à nouveau, elle décida de fermer un peu les yeux. Juste pour reprendre des forces pour pouvoir tenir plus longtemps. Elle somnola, Kaëran apparaissant sur ses paupières closes. Il brillait d'une telle puissance que cela dissipa quelque peu le nuage noir qui la broyait depuis que Raven lui avait pris sa virginité. Une lumière qui lui disait d'espérer. De garder espoir malgré tout. Mais c'était dur.

Combien de temps resta-t-elle ainsi ? Elle ne le sut pas mais sursauta en entendant le verrou s'enclencher. Elle rouvrit les yeux, juste à temps pour voir un peu du monde extérieur. Il faisait jour, le soleil était au rendez-vous, mais la fraîcheur aussi. Elle frissonna au courant d'air qui s'infiltra, la chaire de poule apparaissant sur sa peau. Raven posa sur la table de quoi manger et boire.

-Ton père est tellement reconnaissant envers moi qu'il m'offre pleins de choses à grignoter. Je n'ai même plus besoin de voler ni quoique ce soit.

Il lui sourit cruellement et s'assit, commençant à manger comme…comme un gros porc. A la fin, il lui jeta un trognon de pain en disant :

-Tiens bouffe. Et soit contente que je te donne ça ! Sale putain.

Ellana prit le bout d'une main tremblante et alors qu'elle voulait ramener la main vers elle, Raven la lui écrasa du pied. Elle relâcha le bout, la main broyée sous l'immense pied de l'homme.

-Et la politesse ? On dit pas merci ? Dommage…tu as raté ta chance de te remplir un peu le ventre.

Il prit le bout, le mangea bien devant elle avant de relâcher sa main. Elle était rouge et Ellana plia et déplia les doigts pour refaire circuler le sang.

Ensuite, il se releva, rota sans discrétion, et se tourna vers elle. Elle baissa la tête et il prit son bras, la relevant. Là, il la frappa au visage, si vite qu'elle ne put se protéger un minimum. Elle sentit le sang couler de son nez et de son arcade sourcilière. Quand il en eu enfin marre, il la jeta à travers la pièce comme une poupée de chiffon. Était-elle donc si légère ? Elle se réceptionna tant bien que mal sur les coudes pour ne pas se briser les poignets, s'éraflant le dos contre le mur.

Quand elle se releva, Raven était reparti. Et il avait pris soin de nettoyer la table et de retirer toutes les miettes ou gouttes d'eau. Portant une main à son visage, elle eut un sursaut quand la douleur irradia. Mais à quoi ressemblait-elle maintenant ? Kaëran ne voudrait réellement plus d'elle…jamais plus.

Chancelante, elle retourna une nouvelle fois à sa place. Elle avait mal à chaque parcelle de son corps. Comment pouvait-on être si violent ? Comment pouvait-on se délecter de ce mal qu'on infligeait à autrui ? A une femme ? Pourquoi les dieux ne le punissaient-ils pas ? Pourquoi ne donnaient-ils pas d'indices à Kaëran pour qu'il la retrouve au plus vite ?

Autant de questions sans réponses qui tournèrent en boucle dans sa tête le restant de l'après-midi. D'un côté, elle aimait bien être seule comme ça. Au moins elle était sûre qu'il ne la toucherait pas. Et puis…peut-être qu'il se ferait repérer et suivre par les hommes du Lieutenant…même s'il semblait avoir tout prévu.

Il ne rentra qu'au soir, ivre mort. Ivre, mais pas assez pour s'effondrer sur le matelas et dormir comme une souche non.

Il s'approcha d'elle en titubant, lui agrippa à nouveau le bras, la releva, et la plaqua contre la table. Elle fût pliée en deux sur le meuble, sa poitrine s'y écrasant, et il lui prit les mains qu'il tint dans son dos par les poignets, l'autre main lui tirant les cheveux pour relever sa tête. Et il recommença, derrière. C'était comme s'il lui reprenait sa virginité. Elle se mordit la lèvre tout le long, les mains coincées sur son dos, l'homme tirant ses cheveux. Il faisait mal ! C'était atroce ! Il était encore plus brutal, plus violent dans ses coups de boutoir. Une nouvelle fois, il se relâcha sur son dos, la jetant au sol par la suite pour tituber jusqu'au lit en soupirant d'aise et s'y effondrer, endormit. Au sol, Ellana reprit encore la serviette déjà bien sale et s'essuya tant bien que mal. Elle ne supportait pas de sentir ça sur elle !

Cependant, les larmes percèrent tout de même la barrière, et même l'image de Kaëran ne put les éloigner. Elle était une putain, une misérable, et il ne la voudrait plus. Il la mettrait dehors, à tous les coups. Il ne l'aimerait plus. Alors qu'elle ne cesserait jamais. Et là, elle voulait mourir. Pour qu'il ne s'inquiète plus, qu'il ne cherche plus. Mais aussi parce qu'elle voulait que tout s'arrête...
Kaëran ne la méritait pas…

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Ven 1 Mar - 16:42

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Chapitre 3
Chasse à l’homme, partie 1

◆ ◆ ◆



Les tintements métalliques résonnaient dans les rues étroites du quartier le plus pauvre de la ville humaine de Racium. Les quelques brigands qui s’y cachaient, se terraient dans l’ombre des ruelles et se tenaient tranquille comme à chaque fois qu’une patrouille passait. Il fallait s’en dire que les crimes étaient plutôt occasionnels dans cette cité comme on y vivait plutôt bien. Mais parfois, une tête brûlée réussissait à glisser entre les mailles du filet pour causer du ravage. C’était le cas du violeur des ruelles, comme on le baptisait. Depuis une longue année, ce bandit assassinait une fille de joie chaque mois, les laissant pourrir dans des lieux sombres et isolés de la population une fois qu’il en avait terminé d’elles. Chaque fois on avait retrouvé ces cadavres de femmes sans vêtements et mutilés. De véritable scène d’horreur pour les coeurs sensibles. Jusqu’à maintenant, personne n’avait réussi à l’attraper et personne ne l’avait encore dénoncé...

Les soldats déambulaient dans le plus grand des silences, inspectant chaque coin et passant même dans les maisons en ruine, mangée par les intempéries; rien. Kaëran marchait d’un pas plutôt lent et réfléchissant alors qu’Ayden se tenait à ses côtés. Ses yeux vairons scrutaient les alentours comme un oiseau de proie à la recherche de son repas. Pas un seul indice. Pas une seule piste qui pourrait lui mettre la puce à l’oreille. Rien. La rage et l’inquiétude du Lieutenant ne cessaient de croître, ce qui n’arrangeait pas son cas. Quelqu’un devait forcément connaître ce scélérat quelque part ! Même les hommes qui l’accompagnaient lors de l’embuscade dans la ruelle n’avaient pas voulu parler, préférant la mort à la trahison d’un semblable. Comment pouvait-on être loyal envers un homme de cette espèce ? C’était insensé! Enfin... Kaëran n’avait pas vécu dans un taudis, entouré de gens peu fréquentables, alors comment pouvait-il connaître leur mentalité ?

Les cloches de midi sonnèrent dans la cité et les patrouilleurs étaient morts de faim. Le Lieutenant exhaussa les prièrent de ses hommes et ils quittèrent ce quartier pour se diriger vers l’auberge histoire de casser la croute. Ils s’installèrent à l’intérieur, près des carreaux et Kaëran tourna la tête vers l’extérieur, celle-ci accotée contre son poing gauche. Ayden était assis juste devant et le regardait, un sourcil arqué.

‘‘ Tu es bien silencieux... à quoi penses-tu ? ‘‘

Kaëran mit un long moment avant de poser son attention sur son frère d’armes et ami de longue date. Il planta son regard dans le sien, sentant ensuite ceux des autres soldats qui venaient à peine d’être servis par le maître des lieux.

‘‘ Nous devons trouver quelqu’un qui connait ce chien. Sinon nous n’avancerons jamais. ‘‘

~ Sinon nous la retrouverons morte... ~ Pensa t-il.

C’était ça qu’il craignait surtout. Ellana lui avait permis de tenir le coup après le décès de sa mère et en s’occupant de lui, il avait trouvé un autre sens à la vie. Cette femme lui avait permis de voir autre chose, de voir un autre côté qu’il ignorait tout simplement. Elle lui avait permis de sourire et de rire à nouveau, comme il y avait bien longtemps. Kaëran se refusait donc de la retrouver morte. Il ferait son possible.

‘‘ Oui, je veux bien, mais qui ? Où ? Comment ? Les hommes que nous avons faits prisonnier lorsque tu t’es fait attaquer n’ont jamais voulu parler, Kaë ! Je n’ai jamais vu ça. ‘‘

Le Lieutenant reporta ses yeux vers la fenêtre d’où il avait une vue imprenable sur les principaux commerces. La foule était passablement abondante en ce moment, mais... bien sûr!

‘‘ La taverne. ‘‘

‘‘ Quoi, la taverne ? ‘‘

‘‘ Les voyous s’y rassemblent souvent les soirs bien tard. Je m’y rendrai avec Dart. ‘‘

‘‘ T’es malade ou quoi ?! ‘‘

Eira ne daigna même pas poser les yeux sur l’archer qui gesticulait devant lui, laissant son repas refroidir. Se résignant, Ayden soupira et baissa la tête en la secouant lentement de gauche à droite. Quand son confrère avait une idée en tête, il était bien difficile de la lui faire oublier. Alors tant pis.

La troupe de cinq hommes termina donc leur repas et se relança dans leur recherche, ratissant un nouveau quartier. Ils passèrent le restant de l’après-midi à marcher dans les rues ainsi qu’à questionner des passants et à chaque fois c’était la même chose. Au soir, les soldats allèrent manger dans la cantine de leur aile du palais au lieu de s’en retourner à la maison comme à l’habitude. La patrouille continua quelques heures en soirée puis Kaëran quitta le palais, agrippant Dart au vol puis ils se dirigèrent vers la taverne; lieu de rendez-vous pour toute sorte de personnes. À leur entrée, ce fut bien calme. Jusqu’à ce que les deux soldats prennent place dans un coin reculé de l’établissement, là où ils seraient tranquilles. Le tavernier leur apporta une choppe et les deux hommes se mirent à scruter leur environnement avec discrétion.

‘‘ La table du fond, près du comptoir. Il y a quatre hommes qui regardent de temps à autre dans notre direction. ‘‘ Murmura Dart à son chef.

Prenant une bonne gorgée de sa bière, le jeune homme se leva de son banc, laissant son frère d’armes sur place. Il se dirigea d’un pas plutôt lent vers les observateurs et posa les deux mains à plat sur leur table, attirant ainsi leur regard. Un sourire narquois se forma au coin de ses lèvres puis il se pencha légèrement pour que la conversation reste entre eux.

‘‘ Bonsoir messieurs... ‘‘

‘‘ B’soir, Lieutenant. ‘‘ Siffla l’un d’eux. ‘‘ Que nous vaut vot’ présence ? ‘‘

‘‘ J’ai un petit marché à vous proposer... Nous recherchons un homme, en échange d’une récompense. Le fameux violeur des ruelles. ‘‘

Les hommes se regardèrent subtilement avant que l’un d’eux ne prenne la parole pour tous les autres.

‘‘ Qu’est-ce qui vous fait croire que nous savons où il se trouve et qui il est ? ‘‘

‘‘ J’offre 500 Daris à celui qui m’amènera une nouvelle bien croustillante. Alors, je vous laisse mijoter l’offre et ... vous savez où me trouver. Bonne soirée, messieurs. ‘‘

Sur ce, le Lieutenant leur tourna le dos et s’en retourna vers Dart qui arborait un sourire en coin.

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 16:32, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Ven 1 Mar - 17:42

Elle pleura toute la nuit. Cela ne faisait que deux jours qu'elle était là, même si elle avait l'impression que bien plus de temps s'était écoulé, et elle n'en pouvait déjà plus. Raven l'avait ravagée de part en part, complètement, laissant une enveloppe de femme vide. Arriverait-elle un jour à sourire à nouveau si elle s'en sortait ? Arriverait-elle à regarder à nouveau un homme sans se méfier ? Arriverait-elle à être celle que Kaëran avait réveillée une nouvelle fois, ou resterait-elle morte de l'intérieur, l'incitant à la quitter pour ne plus la supporter ?

Il avait dit qu'elle était forte, mais elle n'en avait pas l'impression. Elle n'avait pas réussi à faire face et elle laissait déjà tomber les armes. Raven avait réussi. Elle n'était qu'une putain. Une catin, une pute. Et personne n'aimait les putes autrement que comme un objet. Sa gorge était sèche, et elle n'avait plus parlé depuis le premier jour. Elle allait devenir muette…

Le lendemain, Raven recommença. Comme la veille. Comme un petit-déjeuner pour prendre des forces. Elle avait honte d'elle, mais le faisait. Elle avait un visage mort, plus d'étincelle dans les yeux. La bougie allumée par Kaëran s'était éteinte…mais elle l'aimait toujours, ne pensez pas l'inverse. C'était la seule chose qui faisait encore battre son cœur. L'amour qu'elle portait à ce jeune Lieutenant…

Lorsqu'il s'en alla, elle s'essuya une nouvelle fois et retourna à sa place presque en rampant. En plus, elle sentait les débuts d'un rhume arriver. Elle avait tellement froid…jambes repliées, elle se balançait d'avant en arrière, comme si ça pouvait l'aider à se réchauffer un minimum.

Raven revint un peu plus tard que la veille. Tellement qu'un faible vent d'espoir c'était allumé en elle. Peut-être que les soldats l'avaient attrapé ? Peut-être le forçaient-ils à avouer pour ensuite la chercher ? Peut-être que la prochaine personne qui ouvrirait cette porte serait Kaëran ? Même s'il ne voudrait plus d'elle par après et qu'elle en aurait peur, rien que d'imaginer lui faisait peur, au moins il serait là…

Mais non. Raven vint avec du retard, mais c'était bien lui qui revint. Accompagné.

-Tu m'avais dit qu'elle était déjà docile mais je ne pensais pas à ce point mon ami. Déclara son père en retirant la capuche qui camouflait son visage.

Raven ne fît que sourire en posant leur repas sur la table. Stark s'avança alors jusqu'à sa fille qui se recroquevilla. Il s'agenouilla, et passa une main sur sa joue tuméfiée, glissant sur son corps. Elle ferma les yeux, retenant les larmes qu'elle avait réussis à tarir.

-Tu lui donnes au moins à boire ?

-Elle a qu'à boire son sang. Pas envie de gaspiller pour une putain.

-Si tu veux qu'elle tienne plus longtemps il faut tout de même qu'elle boive.

Son père s'éloigna alors, agrippa l'eau, en versa dans un verre et le lui tendit. Elle le but avidement, tremblante, renversant une partie sur elle, piquant sur la peau.

Ca faisait tout de même du bien de boire…et ça calmerait son ventre…agirait en coupe-faim…
Elle ne fît pas attention aux deux hommes. Ils s'étaient assis à table et mangeaient. Enfin…il n'y avait qu'une chaise, mais Raven mangeait assis sur le matelas, face à Stark. Ils discutaient, riaient, comme si elle n'était pas là. Raven lui racontait apparemment les histoires de ses précédentes victimes…donc elle n'avait pas été la seule…selon lui, il kidnappait des putains, des réelles cette fois, qui voulaient le faire, et les utilisaient à sa guise des semaines durant avant de s'en débarrasser et les laisser pour mortes…

Elle ne put empêcher un frisson de parcourir son corps. Donc, c'était ce qui l'attendait…et son père, son père ne ferait rien pour la sauver. En même temps, à quoi s'attendait-elle ? Il ne l'avait jamais aimée. Alors qu'elle restait sa fille. Qu'elle était le seul souvenir vivant de sa femme regrettée. Il n'avait toujours voulut que son malheur pour lui faire payer la mort de sa femme. Parce qu'à cause d'elle il n'avait plus été heureux. Combien de fois avait-elle voulut se tuer, dans sa petite chambre ? Elle n'y était pas parvenue. Peut-être aurait-elle du. Il aurait été libéré de ce poids et elle n'aurait pas fait autant souffrir Kaëran. Mais elle n'aurait pas connu l'amour non plus…la sensation du véritable baiser…

Elle sursauta lorsqu'ils se relevèrent, la chaise raclant le sol.

-Attends je te montre et je te raccompagne.

Montrer quoi ? Son cœur se remit à battre comme un fou et Raven la releva sèchement, la jetant sur le matelas. Son père s'était rassis et contemplait, sourire aux lèvres. Aussi molle qu'une poupée, elle se laissa faire, les yeux fermés. Elle le laissa faire ce qu'il voulait, se mordant la lèvre à chaque coup. Elle le laissa toucher son corps qui n'était plus que douleur. Mais le pire, c'est que son père se joignit à Raven pour la toucher. Elle pleura. C'était de trop…même son père…il recommençait…

Ils la lâchèrent enfin, et cette fois Raven ne se relâcha pas sur elle. Elle les entendit partir, la porte se refermant sur un courant d'air et elle resta couchée là, pleurante, une main sur les yeux, l'autre serrant le drap, jambes serrées l'une contre l'autre.

Elle parvint enfin à retourner près de la cheminée, essoufflée. Kaëran…elle voulait hurler son nom. Le graver quelque part. Le murmurer…elle n'y parvenait pas…c'était trop d'efforts. Alors elle hurlait mentalement.

Raven revint comme la veille, à moitié ivre. Il recommença et la laissa épuisée contre la table, lui retournant se coucher.

Les jours qui suivirent fût exactement pareils. L'éternel recommencement. Un cercle sans fin. Tout le temps il venait. Tout le temps il la frappait. Tout le temps il la traitait de putain et voulait lui faire croire que Kaëran n'étai qu'un bon à rien qui ne la cherchait même pas. Mais elle n'y croyait pas. Kaëran était intelligent. Il allait la retrouver.

Raven lui, était si heureux…sa meilleure victime. Certes au bout d'une semaine elle n'avait déjà plus de forces, mais cela restait jouissif. Elle était persuadée que ce stupide Lieutenant allait la trouver. Oui, il allait la retrouver.

Morte.

Le jour approchait ou il la laisserait dans une ruelle. Et il savait laquelle.

Ellana hoquetait, frigorifiée, sans forces. Elle avait tellement faim…elle avait l'impression d'avoir perdu du poids. Les rares fois ou elle portait la main sur son ventre, elle sentait ses côtes. Elle n'avait jamais été épaisse mais là…elle touchait le fond…elle ne voulait qu'une chose : que tout s'arrête une bonne fois pour toutes. Elle perdait espoir lentement.
Elle ne savait pas combien de jours s'étaient écoulés. Ne savait rien. Même son corps ne répondait plus. Ou très peu. Elle ne sentait plus la douleur des coups. Il lui donnait un demi-verre d'eau de temps en temps. Mais rien à manger. Ce devait être pour ça principalement qu'elle s'était affaiblie si vite. Et…elle avait le rhume. Le nez complètement bouché et elle toussait. Mais ne pouvait pas tousser. Raven le lui avait interdis. Elle ne devait pas faire de bruit. Alors elle toussait quand il s'absentait.

Son nez se dégageait un peu mais ce n'était pas super…elle se sentait parfois fiévreuse, partant soudainement en délire total jusqu'à ce que Raven la gifle violemment pour qu'elle redescende sur terre. C'était ce point qui avait indiqué à l'homme qu'il était temps.

Un soir, il vint, et sans un mot la prit, la souleva, et la porta comme un sac, pliée en deux sur son épaule. Il la recouvrit d'une couverture pour la dissimuler et sortit. La couverture aurait pu lui donner un minimum de chaleur, mais l'air extérieur était trop froid pour…Elle voyait le sol défiler sous ses pieds, et ce disait que c'était la fin.

Elle avait raison. Raven entra dans la ruelle, vérifia qu'ils étaient seuls, retira la couverture et la posa au sol, pour une fois il ne la jeta pas, et lui dit :

-Je n'ai plus besoin de toi ma putain. Regarde ou tu es ! C'est la ruelle ou nous avons donné une petite correction à ton joli Lieutenant ! Quel merveilleux endroit pour mourir n'est-il pas ?

Elle sentit une larme rouler sur sa joue.

-Dors bien, putain. Oh…tu as de la chance, il commence à neiger. Ce sera plus rapide.

Et il s'éloigna. Soudainement, tout ne fût plus que silence. Seul son sang tapait contre ses tempes, son cœur battant le plus vite possible pour garder les autres organes au chaud. Et effectivement, il neigeait. Elle sentait les flocons se poser sur son corps nus et endoloris, fondant tout de suite ou presque. Elle se força à ouvrir les yeux. Elle ne vit que le ciel blanc. Ca y était.

Elle allait mourir…elle voulut se redresser, essayer de ramper jusqu'à la rue ou quelqu'un forcément la verrait et alerterait les gardes, mais elle n'y arriva pas. A la place, elle toussa violemment, la toux brûlant ses poumons. Lentement, ses paupières se refermèrent.

Tout aussi lentement, son cœur ralentit. Elle avait accepté son sort. Elle ne luttait plus.

Elle ne passerait sans doute pas la nuit. Surtout si la neige redoublait. Elle aurait voulut dire à Kaëran à quel point elle l'aimait…elle aurait voulut s'excuser auprès de lui. Elle aurait voulut…ne jamais exister.

Les flocons avaient du mal à fondre sur son corps tellement il était froid. Mais intérieurement, ses organes luttaient. Ils continuaient à fonctionner, voulant vivre. Comme s'ils avaient pris le contrôle en constatant que le cerveau était hors de portée de la raison.

Ou peut-être sentaient-ils que quelque chose allait se produire qui allait changer la donne…

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Sam 2 Mar - 1:58


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Chapitre 3
Chasse à l’homme, partie 2

◆ ◆ ◆



Chaque jour qui s’écoulait était similaire, voire identique. Il n’y avait que la fraîcheur de l’hiver qui s’installait toujours un peu plus. À chacune de leur respiration, une buée épaisse et blanche s’échappait de leur bouche et de leurs narines. La saison blanche arrivait à grands pas.

Une semaine et demie et toujours rien en ce qui concernait Ellana. Malgré tout, le Lieutenant ne perdait pas espoir de la retrouver en vie quelque part. Le pire dans tout ça c’est qu’aujourd’hui, c’était le jour de son 25e anniversaire et il le passait en patrouille sans prendre le temps de se reposer convenablement. Ses nuits se résumaient à une heure ou deux de sommeil, sans plus, et de repas sur le pouce. C’était un vrai calvaire et encore, ce mot était bien faible pour décrire l’enfer que le jeune homme vivait en ce moment. Ayden faisait son possible pour le soutenir et ne le lâchait pas d’une semelle. Résultat: il était mort d’épuisement. Les deux hommes, accompagner de quelques soldats supplémentaires effectuaient leur routine avec un peu moins d’espoir qu’à l’habitude. Leurs pas étaient lents et leurs regards dénués de motivation.

Le soleil commençait déjà à se coucher, annonçant la fin de journée et les soldats étaient sur le point de s’en retourner au palais lorsqu’un homme plutôt étrange vint vers eux en courant. Le pauvre avait le dos légèrement voûté vers l’avant, ses dents commençaient à pourrir dans sa bouche et il dégageait une odeur bien peu agréable; l’alcool en plus de la malpropreté. Sans aucun doute un mendiant. Son écharpe était à moitié déroulée et traînait au sol. Le vieillard tenta de reprendre son souffle et les soldats se placèrent de manière à former un demi-cercle devant lui. Kaëran fronçait les sourcils, attendant que les paroles sortent enfin de la bouche de cet individu, car il n’avait pas que ça à faire.

‘‘ Messieurs ! Je ... ‘‘

Le mendiant se tut et posa ses mains sur ses genoux, pliant ainsi le haut de son corps pour échapper à la vue des soldats qui s’échangeaient des regards. Se redressant après avoir profondément inspiré, il se lança.

‘‘ Dans la ruelle, il y avait quelque chose qui n’était pas lô habituellement. Une chose... plutôt... une femme. Je n’ai rien fait ! C’est pô moi ! Elle était lô quand j’ai voulu aller dormir dans ma vieille caisse de bois ! Elle était morte... C’est ce que j’ai cru en tout cas ! Mais je me suis approché... sans la toucher. Presque morte... Juste un peu morte en fait. ‘‘

‘‘ Bon sang... elle est morte ou pas ? Soyez plus précis ! ‘‘ S’écria Kaëran, un peu à cran.

‘‘ Juste un peu ! Son petit doigt est bien vivant lui... Dans la ruelle, juste lô. ‘‘

Dès que le mendiant pointa la direction, le coeur du Lieutenant rata un battement. Non... était-ce une coïncidence ? C’était la ruelle où il avait été pris en filature avec Ellana il y avait un bon moment déjà. Ayden parla, mais son supérieur avait déjà filé aux pas de course dans cette direction et s’enfonça dans la noirceur de cette ruelle où quelques flocons réussissaient à tomber. Là, tout au fond, il y avait effectivement un corps inerte allongé au sol et avec le peu de lumière qu’il restait sur le monde, Kaëran reconnu immédiatement la jeune femme; Ellana. Ses genoux cognèrent le sol alors qu’il se penchait pour écouter les battements de son coeur, mais sans succès. Les bruits métalliques des armes contre l’armure des soldats empêchaient le Lieutenant de vérifier le pouls de la couturière. Jamais il n’avait été pris d’une telle panique...

‘‘ CHUT ! ‘‘ Cracha t-il.

Aussitôt, les hommes se figèrent comme des piquets et Kaëran reposa sa tête contre la poitrine d’Ellana où il réussit à entendre de faibles battements. Trop faibles.

Enlevant sa cape, le jeune homme l’entoura autour de la femme qui était recouverte de contusions comme jamais il n’avait eu l’occasion d'en voir. Intérieurement, il bouillait, rageait, et son envie de tuer ce porc de ses propres mains le tenaillait toujours un peu plus. Mais pour l’heure, Ellana devait être ramené à la maison pour se réchauffer et se faire soigner.

‘‘ Tiens bon... je suis là, Ellana. ‘‘ Murmura-t’il à son oreille alors qu’il la collait contre lui en se relevant.

Les soldats quittèrent donc la ruelle d’un pas précipité et Kaëran ordonna à Ayden et ses hommes de retourner au château prévenir le Chef d’armée que la victime avait été retrouvée et qu’il aurait bientôt un rapport détaillé. La chasse à l’homme allait débuter dès qu’Ellana serait entre de bonnes mains. C’était une promesse. En courant, Eira se dirigea vers sa demeure et Eiriel ne manqua pas de sortir de chez elle, posté plus tôt devant la fenêtre avec son époux. Sans poser de questions, ils montèrent en haut. La paysanne tira les couvertures et le soldat déposa la blessée délicatement dans son lit avant de juger de l’état de son corps qui était pire que ce qu’il avait aperçu dans la ruelle. C’était... atroce. Il n’y avait pas une seule parcelle de son corps qui n’était pas teinté de rouge. Elle avait des marques partout; visage, cou, bras, buste, ventre, jambes, cuisses. La gorge nouée, Kaëran caressa le front froid d’Ellana d’une main tremblante, repoussant ses cheveux délicatement de son visage. C’était à peine pour dire si elle bougeait, mais elle semblait essayer d’ouvrir les yeux.

‘‘ Va chercher la guérisseuse, Kaë. Je m’occupe de veiller sur elle. ’’

Le concerné ne fit qu’un simple hochement de tête et quitta la chambre à la hâte pour sortir de la demeure et courir dans les rues en direction de la place du marché. Son coeur tambourinait violemment contre ses tympans alors qu’il était secoué de sueur froide. Et si Ellana rendait l’âme pendant son absence ? Non... elle n’avait pas le droit de l’abandonner ainsi. Pas maintenant ! Pas sans lui avoir dit au revoir. Dans un claquement, la porte du commerce s’ouvrit et l’assistante de la guérisseuse sursauta, lâchant un cri de surprise.

‘‘ Par tous les dieux ! Lieutenant Eira ?! ‘‘

‘‘ Il y a urgence ... ‘‘

‘‘ IRINA ! ‘‘ Cria t-elle.

Aussitôt on entendit des bruits de pas rapide dans le couloir et la guérisseuse apparue. À voir le regard de l’homme, elle comprit et le suivit sans tarder dans les rues de la ville alors qu’il lui expliquait sommairement l’état de la jeune Stark. Arrivés à la maison, ils montèrent à la chambre et la femme s’installa au chevet d’Ellana en tirant les draps. Elle grimaça.

‘‘ La pauvre... elle a tellement dû souffrir. Elle est amaigrie à un point que je n’ai jamais vu. Pouvez-vous lui préparer un bouillon tiède pendant que je m’occupe d’elle ? ‘‘

Eiriel et Kaëran acquiescèrent de concert puis ils s’en allèrent à la cuisine où la paysanne serra le soldat dans ses bras. Le Lieutenant se laissa prendre, la tenant fermement contre lui alors que ses membres tremblaient même si leur possesseur tentait de garder son sang-froid.

‘‘ Elle se remettra, Kaë... Tu seras là pour veiller sur elle. ‘‘

‘‘ Ce salaud. Je vais le tuer... ‘‘

‘‘ Chhhhht... ‘‘

Ils restèrent ainsi jusqu’à ce que le bouillon soit prêt et c’est à ce moment que la guérisseuse descendit. Elle les regarda à tour de rôle, s’attardant particulièrement sur Kaëran.

‘‘ Elle sera certainement traumatisée et déboussolée, ne la brusquez en aucun cas. Ça aggraverait sa situation... Aucune femme ne devrait vivre ce qu’elle a vécu... ‘‘

‘‘ Merci... ‘‘ Souffla t-il.

La femme leur sourit faiblement puis elle quitta la maison. Kaëran monta le premier, s’asseyant sur le bord du lit. Sa main droite se glissa doucement sur la nuque d’Ellana qu’il redressa afin de la faire boire doucement. Une grimace se forma à ses lèvres et il stoppa tout mouvement afin de laisser le liquide passer et surtout, hydrater sa gorge qui devait sans nul doute être déshydratée. Eiriel prit le bol à moitié vide et le posa sur la commode pendant que le jeune homme se glissait derrière la couturière qu’il avait assise, pour la réchauffer car elle était glacée.

Froide... comme un cadavre.

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 17:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Sam 2 Mar - 10:44

Le silence l'environnait, et la froide morsure de la mort s'approchait inexorablement d'elle. Elle n'entendait plus son cœur, ne le sentait plus battre. Mais elle était toujours en vie. Elle pensait à Kaëran, se remémorait son sourire, son regard, son si beau regard, ses lèvres, ses mains sur elle…si douces par rapport à Raven…elle voulait emporter tout ça avec elle dans la tombe. Elle voulait mourir avec comme image Kaëran plutôt que Raven et son père. C'était…sa dernière volonté…

Les yeux fermés, elle ne vit pas le mendiant approcher, mais sentit le déplacement de l'air et une voix s'éleva :

-Mais…qu'est-ce que…

Elle paniqua. C'était un homme. Il allait…encore…elle crut que son cœur allait se remettre à battre comme un fou, il n'en fît rien. Elle sentit la présence postée au-dessus d'elle et essaya de lever un petit doigt pour qu'il voie qu'elle était vivante. Qui sait ce qu'il ferait s'il la croyait morte? Elle se méfiait, avait horriblement peur de ce qui allait se passer. Mais aussi vite qu'il était apparut, l'homme disparut. Elle entendit le bruit de course dans la ruelle puis à nouveau le silence.

La mort approchait. Elle voyait la porte, au loin, s'ouvrir. Une main se tendait vers elle, n'attendant qu'une chose ; qu'elle la saisisse et soit enfin en paix, pour l'éternité. Mais quelque chose la retenait. Ses organes, son faibles cœur, son cerveau endormit, tout lui hurlait d'attendre encore chez les vivants. Et, quelques minutes après, elle entendit un nouveau bruit de course…métallique. Quelque chose se jeta à ses côté, quelque chose la toucha, elle paniqua à nouveau, jusqu'à ce que la voix s'élève :

-CHUT !

Kaëran…elle reconnaitrait sa voix entre toutes. Elle sentit sa tête se poser contre sa poitrine délicatement.

~Non je ne t'ai pas quitté, Kaëran…je suis toujours là…~

Il se redressa alors. Une partie d'elle était heureuse de le savoir là. Maintenant il ne lui arriverait plus rien, elle était en sécurité. Mais…l'autre partie, lui insufflait de la peur. Il allait la rejeter une fois qu'il saurait. Il allait la détester pour ce qu'elle avait fait. Il allait…encore souffrir par sa faute…

Cependant, pour l'heure, elle était bien trop affaiblie pour écouter l'une ou l'autre des voix intérieures. Elle décida de s'abandonner à Kaëran pour le moment. Elle sentit donc quelque chose la recouvrir, qu'elle devina comme étant la cape du Lieutenant puis elle fût soulevée. Il la tenait contre lui doucement et se relevait en lui murmurant :

-Tiens bon... je suis là, Ellana.

Là, elle se laissa juste transporter. Elle avait la tête posée contre le torse du jeune homme, et entendait son cœur qui battait à tout va dans sa poitrine. Si bruyant par rapport au sien…Il parla, mais elle ne fît pas attention. Elle avait envie de…partir…pas de mourir non. De dormir. La porte de la mort s'était refermée dès l'instant ou Kaëran avait posé sa cape sur elle.

D'un coup, il fît chaud. Agréablement chaud pour elle. Ils montèrent des escaliers et elle fût déposée sur un lit. Un lit des plus confortables…mais ou était-elle ? Cela la paniqua à nouveau. Ou était-elle ? Chez Eiriel ? Chez Kaëran ? A la clinique de la guérisseuse ?

Doucement, des doigts caressèrent son front, enlevant les mèches de cheveux qui étaient tombées sur son visage. Elle ne bougeait pas, n'en était pas capable tant elle avait froid et n'avait pas de force, mais elle voulait ouvrir les yeux. Voir son visage. Le rassurer. Elle essaya, bougea les yeux sous ses paupières closes, mais celles-ci ne voulaient pas. Là, elle entendit Eiriel parler sans saisir le sens des paroles et elle entendit un bruit de pas qui s'éloigne. Kaëran était partit…

Les couvertures furent rabattues sur elle, lui apportant une chaleur qu'elle n'espérait plus obtenir un jour. Son corps arriverait-il à se réchauffer d'ailleurs ? Il lui semblait que non au contraire, il resterait gelé malgré tous les feux du monde.

Elle ne savait pas ce qu'Eiriel faisait, mais la paysanne circulait dans la pièce. Jusqu'à ce qu'une autre voix s'élève juste après que les draps furent retirés, dévoilant à nouveau son corps dont elle avait honte. Elle ne voulait pas qu'ils aient pitié d'elle…elle n'avait eu que ce qu'elle méritait…elle n'était qu'une putain…

-La pauvre... elle a tellement dû souffrir. Elle est amaigrie à un point que je n’ai jamais vu. Pouvez-vous lui préparer un bouillon tiède pendant que je m’occupe d’elle ?

Bruits de pas puis il n'y eut plus que la guérisseuse et elle. Ellana sentit les mains chaudes de la femme sur elle et elle tressaillit, voulut se recroqueviller. Femme ou homme, c'était pareil à présent pour elle…

-Chuut…je ne vais rien faire…je vais vous soigner, vous n'avez pas à avoir peur…

Elle sentit qu'on étalait un produit sur son corps, qu'on l'examinait. Le produit brûla et piqua. Mais il apaisait quelques peu les tiraillements. Des petits bandages furent appliqués partout puis…

-Je dois examiner votre intimité Mlle. N'ayez pas peur je ne vais rien faire…

Ellana réussit à grimacer. Non…ne regardez pas…mais la guérisseuse écarta lentement ses jambes, sans la brusquer, pour regarder plus attentivement. Évidemment, la soigneuse comprit parfaitement ce qui s'était passé. Elle mit également un peu de pommade entre ses cuisses pour atténuer les rougeurs, puis remit les couvertures sur Ellana.

-J'ai finit Mlle…ne craignez rien, vous êtes en sécurité d'accord ? Je repasserais vous voir…courage.

Courage…elle n'avait jamais eu de courage. Elle n'était pas forte. Elle n'était qu'une lavette, une putain, une moins que rien. Elle était justement ce que Kaëran ne méritait pas d'avoir comme femme. Une nouvelle fois, des personnes entrèrent. Le matelas s'affaissa à côté d'elle lorsque le jeune homme s'assit dessus. Oui elle savait que c'était Kaëran. Elle le sentait à sa délicieuse odeur.

Il passa sa main sous sa nuque et elle eut à nouveau peur, jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'il lui redressait simplement la tête. Il apposa un bol contre ses lèvres et elle parvint à les ouvrir suffisamment pour faire passer le liquide. C'était juste bon à boire et le goût était délicieux, réchauffant sa gorge. Mais il y en eu trop d'un coup et elle grimaça, le faisant stopper son geste. Lentement, elle avala, le liquide coulant dans sa gorge et la réhydratant et remplissant enfin son estomac, même si elle eut envie de tout régurgiter.

Elle fût mise en position assise et un corps se coinça derrière elle. Un corps chaud, voire bouillant par rapport au sien. Kaëran. Il la réchauffait…mais un homme…elle ne savait plus quoi penser. Elle avait peur, se méfiait, mais en même temps, il lui avait tant manqué…

C'est ainsi qu'elle s'endormit, collée au torse de Kaëran, Eiriel les observant assise non loin de là. Le pire, c'était qu'Ellana ne savait pas que c'était l'anniversaire du jeune homme…elle ne le savait pas et si elle le savait, elle s'en voudrait de l'avoir gâché…

Ce ne fût que tard dans la nuit qu'Eiriel fît signe à Kaëran. Il devait lui aussi se reposer et puis…elle avait quelque chose à lui donner. Elle regarda donc le jeune homme se détacher de sa bien-aimée, la bercer et la couchant convenablement, puis il la suivit en fermant la porte en silence.

Elle l'accompagna jusqu'à l'autre chambre, la sienne, celle qu'il avait occupée avec Ellana avant tout ça. Ellana était dans sa toute première chambre…il valait mieux qu'elle dorme seule…

-Il faut que tu te reposes Kaëran. Elle aura besoin de toi. Sois patient, parce que je doute qu'elle t'embrasse tout de suite. J'ai peur de ce qu'il lui a fait, mon chéri…mais…elle m'avait donné ça, ne sachant pas ou le cacher.

Elle prit le paquet qu'elle avait emmené et le tendit à Kaëran qui le prit lentement.

-C'est son cadeau d'anniversaire, pour toi. Je vais rester ici, et veiller. Dors.

Elle serra une dernière fois Kaëran contre elle pour lui donner du courage, puis le laissa dans la chambre, redescendant pour rejoindre Dorguan qui n'attendait qu'une chose : des nouvelles.

Ce ne fût que vers midi le lendemain qu'Ellana émergea enfin. Cette fois, son corps avait récupéré le minimum de forces pour ouvrir lentement les yeux. Tout doucement. Et aussitôt qu'elle bougea, son corps se rappela à elle. Et avec lui, les souvenirs. Tout revint brutalement. Raven, son père, la ruelle, Kaëran…

Elle se redressa brusquement dans le lit, gardant la couverture contre elle pour conserver la chaleur bienfaisante. Son corps n'était pas totalement chaud. Terrifiée, elle se recroquevilla dans le coin du lit, contre le mur, et replia les jambes contre sa poitrine, la couverture sur elle. Elle avait peur…la guérisseuse avait du dire à Eiriel et Kaëran pour…pour ce qu'il s'était passé. Il allait venir et la jeter dehors, il allait lui dire de retourner avec les gens de son espèce…il allait souffrir…

Là, elle sentit les larmes venir, roulant lentement sur ses joues froides. Elle sursauta lorsque la porte s'ouvrit sur Eiriel, un plateau en main.

-Chutt…c'est moi ma belle…ne crains rien. Kaëran est allé faire son rapport au Palais mais il sera vite là pour toi.

Elle fît non de la tête. Il ne devait pas endurer ça. Il ne devait pas endurer cette vision qu'elle dégageait à présent. Eiriel posa le plateau sur la table de chevet, et s'assit sur le bord du lit. Ellana tenta de reculer un peu plus, se pelotonnant loin de la femme.

-Il faut que tu manges…tu n'as plus rien à craindre, c'est finit…tu es en sécurité maintenant. Crois-moi.

Ellana ne put que continuer à pleurer, muette comme une tombe. Elle fît juste non de la tête et baissa les yeux, ne voulant plus regarder Eiriel. Elle ne voulait pas voir son regard plein de compassion pour une putain qui n'était bonne à rien.

Elle sentit donc le matelas reprendre sa forme initiale, les pas s'éloigner et la porte s'ouvrir puis se refermer. Eiriel était partie, dépitée et si triste pour elle. Comment réagirait Kaëran lorsqu'elle lui dirait qu'Ellana ne voulait voir personne ? Même si elle n'avait pas parlé, Eiriel avait compris que la jeune femme avait trop peur pour supporter une quelconque compagnie. Pourtant, il ne fallait plus qu'elle soit seule ainsi…

En haut, Ellana déplia les jambes et s'approcha à quatre pattes du plateau. Son ventre hurlait et l'odeur de la nourriture était alléchante. Regardant partout rapidement, comme si elle avait peur qu'on lui interdise de le faire, elle tendit la main, ayant mal au bras rien qu'en faisant ça, et agrippa un petit pain qu'elle ramena contre elle vite fait. Elle recula à nouveau et le mangea lentement, mâchant convenablement, les morceaux ayant du mal à passer. Mais ça faisait du bien…

Elle ne parvint cependant à manger qu'un quart du petit pain, puis elle s'avança à nouveau et prit le bol de bouillon entre ses mains tremblantes. Elle ne put boire qu'une gorgée que le reste du liquide était tombé sur le plateau tant elle tremblait. Mais elle ne voulait pas d'aide. Elle ne voulait pas être un poids.

~J'en suis un depuis ma naissance…~

Déjà avec son père elle n'était qu'un fardeau, et maintenant elle allait l'être pour Eiriel et Kaëran. Repliant une nouvelle fois les jambes contre elle, couverture sur son corps, elle entoura ses jambes de ses bras et posa sa tête contre, pleurant à chaudes larmes. Tout était si frais…elle sentait encore le souffle de la mort sur son épaule…

Elle avait peur…tellement peur…


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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 3 Mar - 3:51


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Chapitre 3
Chasse à l’homme, partie 3

◆ ◆ ◆



Ellana ne réagissait pas du tout. Elle était comme une poupée de chiffon, molle et sans vie, alors que pourtant elle était bien vivante. Même si son corps était aussi froid que la neige d’hiver, son coeur battait toujours au fin fond de sa poitrine et le sien le réchaufferait pendant un moment. Adossé contre le mur du fond, le Lieutenant entourait la jeune femme de ses bras. Elle étant serrée contre lui. Sa respiration se faisait un peu plus normale au fil des heures qui s’écoulaient au compte-goutte. Kaëran avait penché la tête vers l’avant, sa joue gauche appuyée contre la tête de sa protégée et avait fermé les yeux. Enfin, son coeur avait étouffé ce rythme infernal qui durait depuis plus d’une semaine durant et qui l’avait aussi empêché de dormir. Son esprit se calmait lui aussi maintenant qu’Ellana était de retour à la maison. Plus loin, assise devant la fenêtre dans un fauteuil, Eiriel observait la scène tristement. Les mutilations et les contusions qui recouvraient le corps de la couturière en disaient long sur ce qu’elle avait pu traverser durant son enlèvement. Kaëran se doutait-il de quelque chose ?

Les heures passèrent dans un silence absolu et l’homme de la maison luttait contre le sommeil, voulant veiller sur Ellana et être présent lorsqu’elle ouvrirait les yeux. Cependant, il était loin de douter que sa présence, et encore moins celle d’Eiriel puissent perturber la couturière. Un peu avant minuit, la paysanne se leva et s’approcha de Kaëran. Une main se posa délicatement sur son épaule droite, forçant le soldat à ouvrir les yeux et redresser la tête. D’un simple signe de tête, Eiriel lui fit signe de la suivre et il se détacha d’Ellana à contrecœur. Elle fut allongée dans le lit et fut bordée avant qu’on ne la laisse seule dans la chambre d’ami. D’un pas plutôt lent, Kaëran suivit Eiriel jusqu’à sa chambre, apportant son sac avec elle. Le regard argenté de la paysanne se posa alors sur lui, dépitée, piteuse, et elle dit alors:

‘‘ Il faut que tu te reposes Kaëran. Elle aura besoin de toi. Sois patient, parce que je doute qu’elle t’embrasse tout de suite. J’ai peur de ce qu’il lui a fait, mon chéri… mais… elle m’avait donné ça, ne sachant pas où le cacher. ‘‘

Ses sourcils se froncèrent légèrement alors que ses yeux bicolores se posaient sur le sac de toile de la petite femme. Elle y avait glissé une main pour en ressortir un petit paquet, enveloppé dans un tissu de couleur pâle. Du regard, Kaë interrogea Eiriel qui se risqua à faire un faible sourire, l’invita à le prendre, mais n’attendant pas qu’il l’ouvre.

‘‘ C’est son cadeau d’anniversaire, pour toi. Je vais rester ici, et veiller. Dors. ‘‘

Son bras droit se leva et prit le présent, laissant ensuite Eiriel le serra dans ses bras, puis descendit rejoindre son époux qui attendait des nouvelles avec une certaine impatience. En fait, le forgeron faisait les cent pas entre le salon et la cuisine, Hewie le suivant au pas. Ses yeux bleutés se posèrent sur sa femme dès qu’elle fit son apparition et il lui embrassa le front, la serrant contre lui.

‘‘ Comment va la petite ? ‘‘ Demanda t-il dans un murmure.

‘‘ Elle est mal en point, mon coeur. On ne l’a pas ménagé... je crains qu’on ait abusé d’elle pendant son enlèvement. Je crains le pire... ‘‘

Dorguan déposa un baiser sur son front puis l’entraîna avec lui sur le canapé où il la serra contre elle. En haut, Kaëran venait de fermer sa porte et avançait lentement dans l’obscurité de sa chambre. Sa vue s’ajusta légèrement et il parvint à se rendre jusqu’à son bureau de travail où il alluma une chandelle, seule source de lumière. La chaise de bois fut tirée et l’homme s’asseya après avoir posé le paquet devant lui, sur le meuble. C’était... le cadeau d’anniversaire d’Ellana... La gorge serrée, ses mains retirèrent l’emballage de tissu qui l’entourait pour y découvrir le contenu. Ce qui le frappa surtout, était la vivacité des couleurs de l’objet, du protège livre. Mais le plus impressionnant fut la minutie avec laquelle avait été cousu le prénom sur le dessus. Ellana travaillait très bien et elle pouvait être fière de ce qu’elle avait fait. Sauf qu’au lieu d’un sourire, ce fut un soupir que créa sa bouche. Un long et profond soupir. Ses coudes se retrouvèrent sur le meuble et le visage de l’homme s’enfouit dans ses paumes de main alors que des mèches de sa chevelure se faufilaient entre ses doigts. Sur sa rétine défilaient les images de sa découverte dans la ruelle. Du corps inerte d’Ellana au fin fond de cette ruelle. De son corps meurtri, froid et nu, abandonné en plein milieu de la ville. Il avait peur de comprendre ce qui lui était arrivé. Le craignait plus que tout alors qu’au fond il connaissait la vérité, mais jusqu’à quel point ? Quel traitement ce porc avait-il infligé à Ellana ?

Son esprit tourmenté réclamait le sommeil d’urgence. Les paupières de Kaëran se fermaient d’elles-mêmes et sa tête était devenue bien trop lourde. Il se leva donc de sa chaise et se lava sommairement à l’aise d’une serviette qu’il venait de plonger dans une bassine d’eau puis se glissa sous ses draps. Un soupir d’aise s’échappa de sa bouche alors que l’homme quittait ce monde-ci pour un autre, bien plus lointain.

Le lendemain matin, assez tôt, Kaëran était allé voir à la chambre d’Ellana, ouvrant légèrement la porte pour voir sa silhouette allongée sous les draps. Au moins, il n’avait pas rêvé les évènements de la veille. Se retrouvant en bas, Eiriel voulu lui servir à déjeuner, mais...

‘‘ Laisse Eiri’. Je n’ai pas faim... je vais aller au palais faire mon rapport au Chef et je reviendrai aussitôt que possible m’occuper d’Ellana. ‘‘

‘‘ Prends tout ton temps, mon grand. De toute façon, nous sommes ici si jamais. Je veillerai sur elle, comme toujours. Sois sans crainte. ‘‘

‘‘ Merci... ‘‘ Souffla le jeune homme.

Kaëran salua donc Dorguan et son épouse puis fila comme une flèche à l’extérieur pour se diriger vers le palais. Ses pas étaient plutôt rapides, car il ne voulait pas perdre de temps et revenir rapidement au chevet d’Ellana. À peine fut-il arrivé à la place du marché qu’il se fit accoster par Ayden et Dart, suivie de quelques soldats. Le Lieutenant n’eut le temps que de leur dire qu’elle était en vie, mais sans plus, ne voulant pas tomber dans les détails. Kaëran fila donc vers les appartements de son supérieur, l’archer aux talons et ils toquèrent avant d’entrer.

‘‘ Bon matin, messieurs. Les nouvelles sont bonnes en ce qui concerne mademoiselle Stark, à ce qu’il paraît. ‘‘

‘‘ Passablement, mais elle est dans un piteux état... bien qu'elle soit hors de danger. ‘‘ Commença t-il. ‘‘ Avons-nous de nouvelles pistes en ce qui concerne l’investigateur de ce crime ? ‘‘

‘‘ Pas encore, malheureusement... et les voyous ? Peut-être faudrait-il les titiller un peu plus. ‘‘

Le Chef n’avait certainement pas tort. Retourner vers ces voyous était certes un peu humiliant, car ils demandaient leur aide pour coincer l’agresseur d’Ellana, mais d’un autre côté, c’était leur seule solution pour trouver des pistes qui pourraient les conduire à lui.

‘‘ J’y retournerai dès ce soir, Chef. ‘‘

‘‘ Je l’ai accompagnerai cette fois. ‘‘

Le Chef approuva et les salua lorsqu’ils quittèrent les lieux. Ayden resta cependant au palais, lui disant qu’il viendrait le rejoindre en fin de journée à sa demeure puis laissa son ami partir au pas de course.

Loin lui était venue la pensée qu’Ellana pourrait avoir peur de lui lorsqu’il voudrait aller lui rendre visite...

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 18:07, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 3 Mar - 10:34

Son corps avait retrouvé un minimum de chaleur, mais elle grelottait toujours, et de temps en temps toussait. Elle restait là, recroquevillée dans un coin du lit, les draps protégeant son corps meurtri, à attendre elle ne savait quoi. Elle laissait les larmes s'échapper, brouillant sa vue, coulant sur ses bras.

Il allait venir, et elle allait voir son regard plus que dégoûté d'elle. Elle allait le voir complètement déçu d'elle. Et ensuite il la mettrait dehors, là ou était sa place. C'était…normal comme réaction selon elle. Un homme ne pouvait pas aimer une femme qui n'était plus vierge. Il ne pouvait pas aimer une femme qui n'était qu'une putain et une moins que rien. Il avait toutes les raisons de la détester à son tour et de la jeter à la rue. Même s'il l'avait récupérée et veillé sur elle la veille. Parce que oui, elle se souvenait encore de son corps derrière le sien, si chaud. Tout d'un coup, la porte s'ouvrit lentement. Elle tressaillit, se recula même si elle ne pouvait pas aller loin avec le mur, et fixa l'entrée.
Ce n'était qu'Eiriel.

-C'est moi ma belle…tu as mangé ? Elle regarda le plateau en s'avançant un peu et continua au moins tu as un peu mangé hein…tu veux que je t'apporte quelque chose ? Veux-tu…parler ? Kaëran sera bientôt là…

Ellana déglutit et secoua la tête de gauche à droite. Elle ne voulait rien. Ne voulait pas parler. N'y arrivait pas quand bien même elle en aurait envie. Et…elle ne voulait pas que Kaëran vienne…elle ne voulait pas qu'il la voie ainsi…

Eiriel s'était approchée, mais Ellana tremblait, terrifiée. Pourtant, tout au fond d'elle, au fin fond, elle savait qu'Eiriel, Dorguan, Kaëran, ne lui ferait rien. Mais la méfiance et la peur étaient bien trop présentes…Eiriel resta quelques instants, prenant le plateau en main mais lui laissant le petit pain qu'elle n'avait pas terminé, attendant que la jeune femme fasse le premier geste, mais rien. Eiriel lui fît un faible sourire pour l'encourager, puis ressortit.

Elle descendit les marches lentement, posant le plateau à la cuisine. Elle avait voulut boire le bouillon mais la moitié s'était renversé…Dorguan arriva alors.

-Elle va mieux ? Enfin…si on peut dire ça comme ça…

Eiriel soupira.

-Non…elle ne parle pas, ne veux rien, ne veux aucune compagnie. Elle est terrifiée quand j'arrive et elle tremble. Elle était en train de pleurer Dorguan. J'ai peur de le dire à Kaëran. Il veut être à ses côtés pour l'aider mais elle va le rejeter…

-Je suis là si jamais pour lui. Il ne doit pas faire de bêtise. Elle y arrivera. Il lui faut juste du temps. Je suis convaincu qu'elle parlera à nouveau et qu'elle remontera la pente.

-Oui mais quand ? Quand Dorguan ?

Le forgeron ne fît que soupirer. Ils seraient là pour les jeunes, c'était chose sûre. Après, seul le temps pourrait faire son œuvre…

En haut, Ellana s'était levée. Emmitouflée dans le drap, ne laissant que sa tête dépasser, elle voulait voir si elle pouvait marcher. Au cas où il la mettrait dehors. Qu'elle tienne sur ses jambes et s'en aille le plus…dignement possible ? Elle tremblait et sa respiration était saccadée. Un pied, puis l'autre. Doucement. Sortant une main, elle se tint à la table de nuit pour se lever complètement. Aussitôt, ses jambes se mirent à trembler, elles flageolèrent même et Ellana se rassit. Elle avait la tête qui tourne. Se retournant dans son coin, jambes repliées, elle sut que son corps n'avait pas encore assez de forces pour la soutenir debout. Il fallait qu'elle dorme et qu'elle mange encore. Mais manger…elle le faisait, mais après deux bouchées elle n'en pouvait plus. Le petit pain était à moitié avalé à présent.

Elle n'arrêtait pas de penser à Raven et son père. Elle les voyait en ce moment, la pensant morte, riant et buvant à ce qu'ils avaient fait. Elle revoyait tout défiler sur sa rétine. Le premier jour, le plus atroce, puis le reste. Les coups, les viols répétés, les phrases…

~Mais il a raison…je suis une putain…~

Les larmes coulèrent de plus belle. C'est là qu'elle entendit des bruits de pas rapides se diriger vers la chambre. Elle redressa la tête, apeurée. Ca y est. Il venait la mettre dehors…

Et en effet, la porte s'ouvrit sur Kaëran. Elle se recroquevilla, se replia sur elle-même, pleurante, tremblante, ne voulant même pas le regarder. Mais elle avait pu croiser brièvement son beau regard tout de même…
Elle l'entendit approcher, mais cela ne fît qu'accentuer ses tremblements.

-Kaëran…vient. Déclara Eiriel doucement.

Elle avait suivit le jeune homme lorsqu'il était monté. Elle n'avait même pas eu le temps de lui dire quoique ce soit…Elle entendit les pas, la porte se refermer. Elle était à nouveau seule. Lentement, elle calma son cœur…

Dans le couloir, Eiriel regardait son faux-fils droit dans les yeux. Il avait l'air si dépité, perdu.

-Elle ne veut voir personne…même moi. Elle te reviendra…il faut être très patient maintenant…on va tout faire pour l'aider d'accord ?

Ca lui faisait mal de le voir dans cet était. Elle savait qu'il voulait qu'aider Ellana, mais celle-ci était terrifiée, craignant sans doute quelque chose qu'il pourrait faire.

-Elle a un peu mangé quand elle s'est réveillée, si cela peut te rassurer. Si elle mange, c'est qu'elle veut lutter. Cela va juste être long. Elle sait que tu es là, Kaë. Soutiens là, à distance.

Elle l'entraîna ensuite en bas, le confiant aux bons soins de son époux et du chat ravi de voir son maître.

Ellana, elle, s'était recouchée. Ses jambes n'en pouvaient plus d'être ainsi repliée, et son corps réclamait du repos. Beaucoup de repos une nouvelle fois. Couchée sur le côté, regardant le mur et tournant le dos à la porte, elle laissa ses larmes couler et l'emporter vers le monde des rêves…ou des cauchemars.

~Elle avait tenté de fuir. Tenté de se défendre comme on lui avait appris. Il était plus fort. Et quand il passa à l'acte, se fût pire. Ellana serrait les draps entre ses mains, grimaçante et hurlante. Chaque coup semblait la déchirer de l'intérieur. Chaque coup semblait la tuer. L'homme n'arrêtait pas de lui murmurer qu'elle était une bonne putain, qu'elle était jouissive à souhait et que les hommes adoreraient payer pour elle. Elle ouvrit les yeux, mais ce n'était pas Raven. Ni son père.
C'était Kaëran.~


Ellana se redressa en sursaut dans un cri. Une main sur le cœur, elle tenta de se calmer. Non…Kaëran n'était pas comme ça…il allait certainement la jeter à la rue mais il n'aurait jamais fait ça. Elle le savait, au fond d'elle. Elle entendit les bruits de pas précipités et la porte s'ouvrit sur Eiriel qui tenait une chandelle à la main pour illuminer la pièce. Derrière elle, restés dans le couloir, se trouvaient Dorguan et Kaëran. Elle avait réveillé la maison entière…

Eiriel s'avança vers elle, doucement, et Ellana se recroquevilla une nouvelle fois. Pourtant, elle voulait être consolée…elle voulait avoir une chaleur humaine à ses côtés…mais elle avait trop peur…son corps était dégoûtant, même si elle ne l'avait pas regardé depuis le passage de la guérisseuse, et elle n'était qu'une lavette. Elle ne méritait aucune compassion, aucune pitié, aucune aide de la part de cette famille qui n'avait rien demandé et à qui elle n'apportait que des ennuis.

-Chhttt….tout va bien Ellana…on est là. Kaëran est là aussi. Tu veux qu'il vienne ?

Elle baissa la tête, pleurant une nouvelle fois à grosses larmes. Une faible partie d'elle voulait qu'il vienne. Mais l'autre, la dominatrice, la peur, ne voulait pas. Personne. Alors elle fît non de la tête et se recula, jusqu'à ce qu'Eiriel ressorte. Seule dans le noir, Ellana regarda la porte, souhaitant d'un coup qu'ils reviennent.

Mais non ! Elle ne le méritait pas. Il fallait qu'elle sorte ça de sa tête. Ils allaient la jeter à la rue. A sa place. Sa réelle place. Elle se recoucha, refermant les yeux. Cette fois, elle ne fît plus de cauchemar, ne dormant plus aussi profondément, mais toutes les images défilèrent une à une sur ses paupières toute la nuit restante…


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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 3 Mar - 17:30

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Chapitre 3
Chasse à l’homme, partie 4

◆ ◆ ◆



Ce fut à la hâte que le jeune homme entra dans ce qui était désormais sa demeure et le seul héritage de sa défunte mère. Les marches de l’escalier furent enjambées à la volée et en moins de deux, il se retrouva à l’étage. Eiriel s’était relevé d’un mouvement vif et s’était empressé de le suivre afin d’éviter le pire. Elle savait qu’Ellana serait apeurée, mais comment réagirait-elle en voyant Kaë débarqué ainsi dans sa chambre ? En haut, le Lieutenant se stoppa devant la porte de la chambre d’ami, posant une main sur la poignée. Celle-ci se retourna plutôt rapidement, activant le mécanisme qui se cachait à l’intérieur et il poussa. La pièce était sombre. Les rideaux ne laissaient passer aucune lumière et pas une seule chandelle n’apportait de clarté dans cette chambre. Lentement, Kaëran s’approcha, mais son coeur rata un battement lorsqu’il vit Ellana se recroqueviller de peur en pleurant et en tremblant. Il... ne comprenait plus. Inconsciemment, ses pas le menèrent un peu plus près, mais Eiriel apparut dans l’embrasure de la porte à cet instant. Il s’arrêta, regardant une Ellana complètement détruite de l’intérieur et de l’extérieur.

‘‘ Kaëran…viens. ‘‘

Le Lieutenant dut se forcer à dévier le regard et rebroussa chemin, suivant la paysanne tout en refermant la porte derrière lui. Il sentait le regard d'Eiriel sur lui, mais n’arrivait pas à garder son regard dans le sien plus que quelques secondes. Pas capable d’aider la femme qu’il aimait. N’était-ce pas complètement ridicule ? Kaëran était découragé et ne savait plus quoi faire maintenant qu’Ellana était de retour parmi eux... il ne pouvait même pas l’aider sans lui faire peur...

‘‘ Elle ne veut voir personne…même moi. Elle te reviendra…il faut être très patient maintenant…on va tout faire pour l’aider d’accord ? ‘‘

Il ne fit rien et ne dit rien. Sa patience s’aiguisait depuis près de deux semaines maintenant et elle commençait à toucher le fond. La couturière avait été retrouvée vivante, certes, mais même. Son agresseur courait toujours dans les rues et qui sait, qui serait la prochaine victime ? S’il apprenait que la fille de Stark était vivante, allait-il revenir pour venir l’achever ? Ses poings ce serraient, tout comme sa mâchoire. Les nuits blanches, l’angoisse et la nervosité n’arrangeaient en rien son cas et il ne pourrait se reposer tant que ce porc de violeur ne serait pas derrière les barreaux une bonne fois pour toutes. Divaguant dans ses pensées, les paroles d’Eiriel ne firent que couler sur lui, sans vraiment se rendre à ses oreilles. C’était à peine pour dire s’il avait entendu les derniers mots. Sans une parole de plus, le jeune homme se laissa entraîner au premier et vint s’assoir aux côtés de Dorguan qui fumait sa pipe pour se calmer. Son regard glacial se posa sur son fils par substitution et il eut peine lui adresser la parole en le voyant dans un tel état.

‘‘ Tu devrais aller te reposer Kaë. Tes cernes sont sur le point de se rendre jusqu’à tes oreilles... ‘‘

Sa petite touche d’humour ne parvint pas à tirer ne serait-ce qu’un faible sourire au Lieutenant qui fixait les flammes dansantes sous la cheminée.

‘‘ J’ai encore du travail, Dorguan... ‘‘

‘‘ À te surmener, tu finiras sur le dos dans un lit, ou bien tu creuseras ta propre tombe, le jeune. ‘‘

‘‘ Et puis ? Je ne laisserai pas cette ordure courir plus longtemps dans les rues de Racium ! Je me sens déjà suffisamment coupable de l’état d’Ellana comme ça. Je ne resterai pas ici les bras croisés ou à tenter de dormir sur mes deux oreilles alors qu’elle pleure dans son lit ! ‘‘

Les nerfs à vif, Kaëran se redressa et prit la direction de l’extérieur où il s’asseya sur la dernière marche de l’escalier du perron avant. Combien de temps était-il resté là ? Il n’en avait aucune idée, mais lorsqu’il dégagea son visage de ses mains, c’était parce qu’on lui avait mis une main sur l’épaule. Ayden était là, à ses côtés et l’observait avec inquiétude. Le Lieutenant posa son regard sur lui un moment puis baissa la tête en soupirant, croisant les bras sur ses genoux.

‘‘ Il serait peut-être préférable que tu restes chez toi ce soir, histoire de te détendre un peu. ‘‘

Un long silence s’installa. Kaëran fixait un point invisible devant lui puis sa tête se tourna lentement vers son frère d’armes. Il s’apprêtait à lui dire sensiblement la même chose qu’au forgeron.

‘‘ Je me reposerai une fois que ce rat sera dans une cellule, pas avant. ‘‘

Sur ces paroles dites quelque peu sèchement, le Lieutenant se redressa sur ses jambes et prit les devants en traversant l’allée de sa demeure pour rejoindre la rue. Ayden parut surpris et ne tarda pas à l’imiter, courant sur une courte distance pour le rattraper. Eiriel elle, les regardait s’éloigner en baissant les yeux et Dorguan vint l’enlacer par derrière. Les mains de la paysanne se posèrent sur les avant-bras de son homme et elle murmura:

‘‘ Je m’inquiète de ce qui pourrait arriver, mon coeur... ‘‘ Dit-elle, soupirante. ‘‘ Peut-être faudrait-il amener Ellana à la maison pour un certain temps. Kaëran n’est pas dans son assiette et tu le connais... ‘‘

‘‘ Il s’énerve facilement... je sais. Mais jamais elle ne nous laissera pas l’approcher. Elle est méfiante comme un chat sauvage. ‘‘

‘‘ Je sais... je... vais tenter de lui parler demain... peut-être se sera-t-elle calmée? ‘‘

Dorguan déposa un baiser sur la tempe gauche de sa femme et l’entraîna avec lui à l’étage. Ils étaient tous les deux épuisés depuis la veille au soir et puis Ellana ne craignait plus rien maintenant. Ils veillaient sur elle.

Ayden et Kaëran eux, marchait d’un pas plutôt rapide et dans le silence jusqu’à ce qu’ils arrivent devant la taverne. L’archer agrippa brusquement le bras de son confrère et le fit pivoter pour qu’il lui fasse face. Le Lieutenant fronça les sourcils puis se dégagea, cherchant à savoir pourquoi il venait de faire ça.

‘‘ Tu n’es pas dans ton état normal. Ton jugement sera altéré, Kaë... laisse-moi faire. ‘‘

‘‘ Je sais ce que je fais, Ayden. Je ne suis plus un gamin, bon sang ! ‘‘

‘‘ Non, mais tu es énervé et dépassé par les évènements. Je le vois dans ton regard... Laisse-moi parler à ces bandits et je te rapporterai les informations. ‘‘

Il réfléchissait encore et encore. Pourtant, il ne pouvait que penser à Ellana qui pleurait dans l’ombre de sa chambre, acculée dans un coin du mur. Deux mains se posèrent sur ses épaules et on le secoua faiblement. Ayden s’était posté devant lui et souriait faiblement, son visage éclairé par les lanternes suspendues au toit du commerce. Se résignant à le faire lui même, Kaëran acceptait l’offre de son ami et ils entrèrent dans l’établissement pour s’asseoir dans un coin tranquille. L’archer demanda qui étaient les voyous en question et il les trouva par le regard une fois que son frère d’armes et supérieur lui eut dit leur position. Kaëran se retrouva donc seul à regarder la scène du coin de l’oeil.

‘‘ Bonsoir messieurs. Puis-je ? ‘‘

Cette fois, ils n’étaient que deux, mais les deux qui semblaient alléchés par l’offre du Lieutenant Eira. L’archer s’asseya donc avec eux et commença à parler de tout et rien avant d’en venir au sujet final. Les trois hommes s’étaient légèrement penchés vers l’avant. Les deux bandits avaient des étoiles dans les yeux et un sourire en coin aux lèvres. Qu’est-ce qu’Ayden avait bien pu leur dire pour qu’ensuite ils acquiescent d’un signe de tête ? Victorieux, le bras droit du Lieutenant revint à sa place et prit une bonne gorgée de sa bière avant de reposer sa choppe sur la table. Kaëran le regardait, un sourcil arqué et attendait qu’il daigne enfin avouer ce qu’il avait fait.

‘‘ Contre 1000 Daris et leur liberté, ils ont accepté. Je leur ai dit que s’ils me dévoilaient l’identité du violeur des ruelles, ils pourraient quitter Racium et repartir à zéro. Ainsi, avec leurs moyens, ils pourront se bâtir une belle petite maison bien loin d’ici. ‘‘

‘‘ Tu rigoles, j’espère ... ? Qu’est-ce qu’ils ont dit ? ‘‘

‘‘ Pour le moment, rien qui pourrait vraiment nous aider, mais le monde des voyous est bien petit et les rumeurs circulent rapidement. Ils m’ont dit que demain ils seront ici, à la même heure avec toutes les informations dont nous avons besoin. Rendez-vous dans la ruelle derrière la taverne, vêtu en civil et masqué. ‘‘

‘‘ Bien. ‘‘

C’était une bonne nouvelle au moins. Alors, les hommes terminèrent leur bière d’un seul coup et se levèrent pour se diriger à l’extérieur. Ayden alla reconduire son compagnon jusqu’à sa demeure puis s’en retourna chez lui, non sans lui dire que si jamais il avait besoin de parler, qu’il était là, comme toujours. Kaëran le remercia puis se glissa à l’intérieur, la chaleur léchant sa peau et ses vêtements frais. Eiriel et Dorguan devaient être parti se coucher depuis un moment déjà alors il monta à l’étage et alla se glisser dans l’eau chaude de la cuve pour détendre ses muscles qui étaient tendus depuis quelques jours. Ils étaient endoloris et l’homme le sentait toujours un peu plus. Une fois séché et revêtu, ce fut la direction de la chambre. Assis devant son bureau, il observa un moment son cadeau d’anniversaire fait par Ellana, et ouvrit son journal pour y rafraîchir les nouvelles...

La chandelle s’était étendue par elle-même. Un cri strident le sortit de son sommeil. Sa tête se releva brusquement de son bureau où il s’était assoupi et la chaise tomba à la renverse lorsque l’homme se précipita dans le couloir pour y croiser Dorguan. Eiriel était entrée et s’assurait que tout allait bien

‘‘ Chhttt… Tout va bien Ellana…on est là. Kaëran est là aussi. Tu veux qu’il vienne ? ‘‘

De là où il était, Kaëran voyait tout. Il avait vu Ellana baisser la tête en pleurant, secouant la tête négativement à la question d’Eiriel. Le forgeron avait posé les yeux sur le jeune qui avait blêmi d’un seul coup. Il avait vu ses épaules robustes s’affaisser d’un seul coup, comme son regard qui s’était abaissé vers le sol. La porte se referma, ne les laissant que tous les trois dans le couloir. Les vieux mariés regardaient le soldat qui leur tourna le dos pour s’en retourner dans sa chambre et se glisser sous ses draps, oreiller sur la tête.

Être patient ... la soutenir à distance ... Ça lui semblait si difficile d’un coup après avoir essuyé ce premier rejet. Et si elle ne revenait jamais ? Qu’elle ne s’en remettait pas ? La rage faisait bouillir son sang, mélangé à cette tristesse et aux remords. Le reste de la nuit, ses yeux restèrent ouverts sans qu’il ne puisse se rendormir. D’un coup son bureau lui avait semblé beaucoup plus confortable. Il vit même les premières lueurs du jour apparaître au-delà de la fenêtre et les premiers rayons du soleil s’apposer graduellement sur le plancher de sa chambre qui lui semblait vide et froide. Son corps endolori se tira tant bien que mal du lit, se postant devant la glace de la commode. Ses yeux étaient injectés de sang et de profondes cernes les ornaient. Son teint était pâle. Bref, Kaëran avait une bien mauvaise mine. Sa tête se plongea dans la bassine d’eau et il y resta un moment avant de la ressortir en cherchant son souffle.

‘‘ Qu’est-ce que tu fiches ? Si tu veux te noyer, ce n’est pas vraiment le bon moyen, tu sais ! ‘‘

Le Lieutenant sursauta en entendant la voix du forgeron qui lui lançait une serviette au visage. Il la prit, calmant les palpitations de son coeur et s’essuya avant d’enfiler une chemise.

‘‘ Eiriel veut apporter Ellana à la maison, si cela ne te fait rien. Tu risques d’avoir beaucoup de travail dans les jours qui suivront de toute manière et elle ne doit pas rester seule. ‘‘

‘‘ J’y songeais... Ce... serait peut-être préférable et vous seriez mieux chez vous. Une présence féminine lui ferait certainement... moins peur. ‘‘

Kaëran lui tourna le dos, la gorge serrée et il commença à enfiler son armure lorsqu’une main se posa sur son épaule droite. Le forgeron attendit qu’il se retourne et le regarda dans le blanc des yeux.

‘‘ Kaë... ne baisse surtout pas les bras. Ça peut être long, très long... et je sais que tu te doutes de ce qui s’est passé. Elle a certainement vécu le pire traumatisme de sa vie. Ne l’abandonne pas... ‘‘

‘‘ Et si elle ne remontait pas la pente ? Je ne peux pas l’aider. Elle ne veut pas me voir, Dorguan. Je ne lui imposerai pas ma présence si elle n’en veut pas... ‘‘ Dit-il en se retournant vers le forgeron..

‘‘ Tu es épuisé et tu dis n’importe quoi ! ‘‘

Le Lieutenant termina d’enfiler sa ferraille et empoigna son épée qu’il accrocha solidement à son dos avant de mettre sa cape. Il ignora les paroles du forgeron même s’il savait qu’il avait raison sur toute la ligne. Mais de voir qu’Ellana avait maintenant peur de lui le tuait. Littéralement. Kaëran s’était imaginé les pires scénarios, mais celui-ci dépassait l’entendement et jamais il n’aurait cru que ça l’aurait affecté à ce point. Ellana était détruite, réduite à néant et lui, ne savait même pas comment s’y prendre pour l’aider à se sortir de sa torture mentale. Il voulait la serrer contre lui. Lui montrer qu’il était présent même s’il était bien piètre avec les mots... Mais elle ne voulait pas le voir.

À cause de son imprudence, Ellana avait été enlevée, mutilée, probablement sauvagement violée par un criminel qui courrait encore à l’heure actuelle.

Ce jour-là, pourquoi ne l’avait-il pas accompagné dans la serre... ?

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 19:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 3 Mar - 18:35

Le matin la narguait avec ses jolis rayons de soleil hivernaux. Tout la narguait. Les rires des enfants jouant dans la neige…les voix des adultes qui discutaient vivement en faisant leurs achats…la vie. La vie la narguait, et Ellana ne savait pas comment faire pour lui clouer le bec. Elle était toujours couchée, tournée vers la porte et donc la fenêtre cette fois, les yeux grands ouverts, ne cillant pas, observant un point lointain. Sa main gauche serrait le haut du drap, et elle serrait toujours les jambes l'une contre l'autre.

Elle…réfléchissait. Son cerveau commençait à peine à réaliser qu'elle était en sécurité. Elle commençait à peine à se dire que c'était réellement terminé. Il fallait maintenant qu'elle lutte. Qu'elle se relève. Mais comment ? Elle n'était rien. Une simple putain sans honneur et sans dignité. Une femme que personne ne pouvait aimer autrement que pour…ça.

Kaëran l'aimait-il toujours ? Ou en la voyant avait-il été dégoûté ? Elle, elle l'aimait. C'était ce qui avait maintenu son corps en vie, dans la ruelle, elle le savait. Elle soupira. Elle avait trop peur pour l'affronter. Pour affronter la dure décision qu'il devait avoir prise. Pour retourner dans la rue.

L'on toqua alors et elle sursauta. La porte laissa entrer Eiriel, avec un plateau garnit. Ellana tremblait à nouveau, mais ne se replia pas malgré sa terreur. C'était une femme…

-Bonjour ma belle…tiens, je t'apporte un peu à manger… Déclara la paysanne en posant le plateau et s'éloignant tout de suite après.

Ellana se redressa lentement, ne quittant pas la femme des yeux.

-Mange, je vais aller te faire couler un bain. Cela ne peux que te faire du bien tu sais.

Un bain ? Certes elle ne s'était plus lavée depuis son enlèvement, ou très sommairement, mais bon…elle n'était guère prête à voir son corps détruit. Son esprit lui suffisait pour l'heure. Mais elle mangea, lentement. Elle parvint à avaler un petit pain, et le bouillon. Un peu plus que la veille, mais les tremblements persistaient à tout faire renverser.

Eiriel revint alors et cette fois, Ellana se recula, repliant ses jambes.

-N'aie pas peur…ici tu n'as pas à avoir peur. Ton bain t'attend. Dis-moi si tu veux de l'aide. Et…j'ai donné ton cadeau à Kaëran. Il avait anniversaire le jour ou nous t'avons retrouvée.

Eiriel lui sourit un peu. Elle avait jugé bon qu'Ellana le sache tout de même, mais celle-ci ce mit soudainement à pleurer.

Ellana baissa la tête en pleurant. Voilà…elle avait même gâché l'anniversaire du jeune homme…alors qu'elle avait souhaité qu'il soit heureux ! Pas fichue de donner du bonheur plus de trois jours…mais le pire, c'était qu'elle sentait Kaëran s'éloigner d'elle. Elle le sentait, dans son cœur.

Eiriel, se maudissant pour sa maladresse et dépitée, prit le plateau et ressortit, le cœur fou. A chaque fois qu'elle voyait l'état de la jeune femme, c'était dur pour elle de garder son sang-froid. Elle avait envie de pleurer.

Dans la chambre, Ellana pleurait toujours. Elle ne faisait que tout gâcher. Elle aurait mieux fait de mourir dans la neige. Kaëran aurait du la laisser pourrir là-bas ! Elle se leva comme la veille, emmitouflée, et cette fois, parvint à marcher jusqu'à la pièce d'eau. Elle ne voulait aucune aide. Elle ne la méritait pas. Essoufflée rien que par cette courte distance, elle adossa la porte et s'avança. Eiriel avait fait couler le bain, et des habits propres et frais l'attendaient sur la commode. Les draps tombèrent au sol et lorsqu'elle se tourna vers la glace, elle retint un cri et se cramponna au rebord. Elle ne voyait que le haut de son corps, mais ça suffisait. Tout n'était que bandages…donc tout n'était que marques de coups…elle était encore plus laide qu'avant…

Ne supportant pas sa vue, elle tourna le dos à la glace, inspira un grand coup et entra doucement dans l'eau qui brûla ses plaies malgré les tissus. Une fois immergée jusqu'au cou, elle laissa ses pensées s'éparpiller. Elle sentait que Kaëran s'éloignait, sans savoir pourquoi. Enfin…si. Parce qu'elle avait trop peur pour le laisser s'approcher. Parce qu'elle ne voulait pas lui faire endurer ça. Parce qu'il ne la méritait pas. Peut-être devrait-elle s'en aller et le laisser vivre enfin tranquillement ? Parce que depuis qu'il l'avait recueillie, elle n'avait pas fait grand chose de bien. Aider à surmonter la mort de sa mère ? Eiriel et Dorguan auraient fait pareil. Lui faire connaître l'amour ? C'était peut-être bien la seule chose.

En fait, elle voulait le voir. Elle en mourrait d'envie. Elle était sûre que sa présence l'aiderait à aller mieux. Mais elle n'y arrivait pas. C'était…trop dur. Rien que l'air affligé d'Eiriel quand elle venait la faisait se sentir mal de leur imposer ça.

Lentement, elle se lava, et frotta entre ses cuisses. Elle voulait faire partir cette impression qu'il était toujours là à la toucher…qu'il était toujours en elle…Elle se remit à pleurer, comme une idiote. Elle frappa l'eau, se prenant la tête entre les mains. C'était insupportable. Elle n'y arrivait plus ! Elle pensait avoir réussis à redevenir normale et maintenant…tout revenait, le typhon balayait son corps et tout était à refaire !

Elle ressortit de l'eau lorsque celle-ci fût froide et sa peau fripée. Elle se sécha en tremblant et reniflant, et s'habilla, recouvrant enfin son corps qui avait été trop longtemps nu. C'était comme un bouclier…Elle ne se regarda pas dans la glace. Ne se coiffa pas. Elle retourna juste dans le lit, dans la semi obscurité de la chambre. Elle tenta de dormir…en vain. Et pourtant son corps voulait. Les larmes s'étaient taries lorsque la porte s'ouvrit une nouvelle fois sur Eiriel. Elle vérifia que la jeune femme était calme avant de s'approcher.

Ellana n'eut pas la force de se redresser pour se recroqueviller. Elle resta couchée, les yeux fixant le plafond sans ciller.

Le matelas s'affaissa lorsque la paysanne s'y assit.

-Ellana…Dorguan et moi avons pensé qu'il serait peut-être mieux pour toi de venir chez nous quelques temps…Kaëran aura du travail pour retrouver celui qui t'as fait ça…

Il se débarrassait d'elle ? Il voulait…la mettre d'abord chez Eiriel pour ensuite la mettre à la rue ? Non…c'était pour son bien…
Un fardeau. Elle n'était qu'un fardeau qu'il fallait retirer vite. Une épine dans le pied qu'il fallait enlever. Un boulet enchaîné à la cheville d'un homme merveilleux et qui ne demandait qu'à être libre.

-Tu l'aiderais beaucoup en lui disant qui t'as fais subir ça ma belle. Parler est la première étape vers la guérison disait toujours mon père…

Ellana tourna la tête vers Eiriel et laissa son regard planté dans celui argenté de la paysanne qui déglutit en voyant le sien. Parler ? Impossible. Les mots étaient emmêlés au fond de sa gorge et se refusaient à sortir. Elle replaça sa tête comme avant, attendant la suite, tremblante sous les draps.

-Prends ton temps pour parler. Mais… Eiriel baissa la tête brièvement, cherchant comment dire ça avec tact. Laisse-le t'aider. Laisse-le venir pour te soutenir, Ellana. Lui seul peut t'apporter ce qu'il te manque. Tu le sais ma belle…il ne veut que ça, t'aider.

Ellana ferma les yeux, les larmes revenant à elle. Elle ne voulait pas d'aide…elle ne la méritait pas ! Combien de fois devait-elle le dire ?! Ou le penser ?! Elle ne voulait pas lui imposer cette vision dégoûtante d'elle.

-Alors…veux-tu venir chez nous ? Dorguan et moi veillerons sur toi…

Elle ne fît qu'acquiescer et attendit qu'Eiriel s'en aille pour laisser échapper ses sanglots. Elle pivota, tournant le dos à la porte. La petite et faible voix en elle lui murmura que là, il pourrait être allongé derrière elle, l'entourant de ses bras, la réconfortant. Au lieu de ça, elle était seule. Seule à jamais. Parce qu'elle était en train de tout briser, sans même le savoir.

Mais c'était un homme…elle avait trop peur…

Eiriel revint au soir pour la conduire chez elle. Elle l'aida à marcher, lui mettant une cape qui la recouvrait et rabattant la capuche sur sa tête. Tremblante, Ellana la suivit. Mais ne se laissa pas toucher. Elle ne voulait pas d'aide ! Elle se tint à la rambarde pour descendre les marches, et mit cinq minutes à arriver en bas. Elle leva la tête, et vit Kaëran qui la regardait. Là, la petite voix lui susurra de se jeter dans ses bras. Elle ne fît que baisser la tête. Son si beau regard était en souffrance à cause d'elle…

Dorguan ouvrit la porte, et tout de suite elle frissonna. Elle aurait voulut courir, ses jambes parvenaient à peine à marcher. Elle fût forcée d'accepter le bras d'Eiriel comme soutient pour traverser la rue. Kaëran ne les accompagna pas. Arrivés, Eiriel la fît monter à l'étage, l'installa dans la chambre d'amis. Celle que Kaëran occupait lorsqu'il dormait chez eux. Dorguan donna à sa femme le sac de la jeune femme dans lequel ils avaient mis son journal et le livre. Avec Kaëran, ils s'étaient dit que ça l'aiderait peut-être…Écrire était plus simple que parler des fois…

Ils laissèrent Ellana dans la chambre. Seule, elle prit le sac en tremblant, et l'ouvrit, en sortant le livre. Elle caressa sa couverture et les images de Kaëran lui apprenant à lire lui revinrent en tête. Des moments si joyeux…ou elle souriait…ou elle croyait qu'elle allait pouvoir vivre normalement…
Sa vue brouillée une énième fois, elle posa l'ouvrage sur la table de nuit et sortit son journal. Là, elle hésita à écrire ou non. Non. Elle posa le journal sur le livre, le sac au sol, et elle resta assise sur son lit, se sentant plus mal que jamais. Kaëran lui manquait et pourtant elle ne parvenait pas à accepter qu'il vienne. Elle avait trop peur qu'il la rejette…

Et elle savait qu'il fallait qu'elle lui parle. Alors…elle se dit qu'elle s'entraînerait chaque jour pour parvenir à reparler, et essaierait de construire ses phrases pour les lui redire en face. Ensuite…elle accepterait sa décision de la jeter à la rue.

Sauf que ça allait prendre du temps…

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Lun 4 Mar - 2:22

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Chapitre 3
Chasse à l’homme, partie 5

◆ ◆ ◆



Une autre journée pénible à traverser, mais celle-là lui semblait pire que toutes les autres. Sans vraiment se concentrer sur sa route, Kaëran se dirigeait vers le palais pour aller chercher sa troupe en vue de patrouiller en ville. Il espérait trouver des indices d’ici le soir, car il devait aller rencontrer les deux voyous dans la ruelle derrière la taverne avec Ayden qu’il croisa en cour de route d’ailleurs. Celui-ci vit la tête de son ami et le força à s’arrêter pour lui parler.

‘‘ Tu peux me dire ce qui t’arrive ? Ellana est rentrée pourtant... que se passe-t-il par tous les dieux ? ‘‘

‘‘ Elle ne veut voir personne et pleure dans sa chambre. Eiriel a du mal à la visiter et aucune parole n’est sortie de sa bouche depuis que je l’ai ramené. Je ne peux rien faire pour la soutenir... Je... ‘‘
Dit-il sentant sa gorge se serrer.

‘‘ Continues Kaë. Crache le morceau ! ‘‘

Mais le Lieutenant baissa la tête et contourna l’archer pour reprendre son chemin, celui-ci venant le rejoindre bien rapidement. Encore une fois, quand il était question de sentiments, le Lieutenant se dérobait et ne voulait plus parler. Pourtant, cette fois, Kaëran y était presque arrivé, mais il avait bloqué au dernier moment pour se refermer comme une huître. Ayden soupira de découragement et marcha aux côtés de son ami jusqu’à l’aile des soldats. Cette fois-ci, Dart les accompagna alors qu’ils s’en retournaient en ville pour la patrouille quotidienne qui était des plus banales. Il ne se passa rien. Ils ne trouvèrent rien non plus. En fin de journée, on retourna faire un rapport puis direction la maison.

Lorsque Kaëran revint chez lui, Eiriel et Dorguan avaient préparé le sac d’Ellana qui se trouvait sur la table de la cuisine. Ainsi, elle avait accepté de résider chez eux le temps de se rétablir ? C’était peut-être mieux ainsi, mais au fond de lui, il avait espéré qu’elle aurait voulu rester et qu’elle le laisse l’aider à remonter la pente. D’un coup, il avait profondément mal. Son estomac se comprimait dans son ventre et sa mâchoire se serrait. La tête basse, le Lieutenant s’approcha d’eux et les serra brièvement dans ses bras. Le forgeron fronça alors les sourcils, laissant Eiriel monter chercher Ellana.

‘‘ Mauvaise journée... ? ‘‘ Demanda Dorguan.

‘‘ Toujours rien... ‘‘ Souffla t-il d’un timbre de voix bas. ‘‘ Peut-être ce soir. Cela reste à voir. Prenez soin d’elle... ‘‘

‘‘ Kaë. Tu es certain que ça ira ? Je peux rester ici si tu as besoin de compagnie. Te savoir seul dans cet état m’horripile. ‘‘

‘‘ Non, ça ira. Ayden sera là sinon et puis je serai en patrouille de jour. Ne vous en faites pas pour moi. ‘‘

Le forgeron semblait très peu rassuré par les paroles du jeune homme qui ne fit qu’accoter son fessier contre le dos du canapé. Les deux femmes n’allaient pas tarder à descendre de toute manière alors autant attendre qu’ils partent tous de la maison avant de faire quoi que ce soit. Quelques minutes s’écoulèrent lorsque les deux hommes entendirent des bruits de pas dans l’escalier. Kaëran tourna les yeux et vit Eiriel qui descendait lentement, suivi d’Ellana qui avait de la difficulté à se tenir en équilibre sur ses jambes. Elle était recouverte d’une cape, son visage camouflé dans l’ombre de son capuchon. Il avait senti qu’elle l’avait vu, mais elle avait bien rapidement baissé la tête pour détourner le regard. Les minutes s'écoulèrent si rapidement... Le voilà qui se retrouva seul dans le salon et la porte de la maison se referma derrière les trois personnes. La tête basse et les yeux fermés, le Lieutenant se mordait la langue d’impuissance. Son corps glissa contre le canapé et il se retrouva assis par terre, la tête entre les mains et ses doigts serrant sa chevelure. La seule envie qu’il avait était de hurler, de frapper, mais Hewie le ramena à la raison en grimpant sur ses jambes et lui léchant le front. Les yeux bleutés teintés de vert du propriétaire des lieux se posèrent sur l’animal et il caressa sa tête de la main droite.

‘‘ Tu es bien chanceux, tu sais... Tu n’as pas à te soucier de rien, à te ronger les sangs, à te morfondre sur toi même quand tout va mal. Tu ne fais que dormir, manger, miauler et te faire caresser. ‘‘

La petite bête le regardait en ronronnant, se frôlant contre lui puis se couchant en boule contre son bas ventre et ses cuisses, fermant les yeux. Kaëran lui, accota la tête contre le canapé et regardait le plafond sans voir le temps défilé. Deux à trois heures avaient dû s’écouler depuis le départ d’Ellana lorsqu’Ayden entra, trouvant son ami assis sur le plancher avec son armure. Il s’avançant alors et posa un genou devant lui.

‘‘ Kaë... ‘‘

‘‘ Elle est partie avec Eiriel et Dorguan... ‘‘

Voir son frère d’armes dans un tel état l’attristait. Jamais il ne l’avait vu comme ça et se doutait maintenant que son supérieur aimait cette jeune femme comme personne. Il avait l’air d’une âme en peine et son épuisement ne l’aidait en rien. Plus vite ils trouveraient le violeur des ruelles, plus rapidement il pourrait dormir sur ses deux oreilles et revenir en forme. Ayden l’aida donc à enlever sa ferraille et posa le tout par terre à côté d’eux avant d’aider son Lieutenant à se remettre sur pied. Il lui arrangea la crinière, lui donna deux petites claques au visage pour le secouer et croisa les bras sur son torse.

‘‘ On a un rendez-vous galant avec deux belles donzelles masculines, Chef. Alors, file te changer qu’on aille à leur rencontre. Sinon tu n’auras jamais tes renseignements. ‘‘

Ces seules paroles furent assez pour motiver Kaëran à monter à l’étage pour enfiler des vêtements plus sombres. Il prit une cape noire et l’enfila, tirant le capuchon sur sa tête une fois devant l’entrée. Les deux hommes sortirent alors dans la noirceur et empruntèrent les petites rues pour se rendre jusqu’à la taverne. Ils contournèrent l’établissement en prenant bien soin qu’ils n’étaient pas suivit et arrivèrent dans la ruelle où les attendait les deux hommes, cachés dans l’ombre.

‘‘ Vous n’êtes pas très ponctuel pour des soldats... d’ailleurs, je me demande pourquoi vous réclamez notre aide. Êtes-vous si incompétents que vous n’arrivez pas à mettre la main sur un violeur et tueur en série ? ‘‘

‘‘ Il semblerait... Sauf que ce chien est rusé et n’aime pas laisser de traces. Mais suffis. Maintenant, parlez sinon nous retirons notre offre. Nous ne sommes pas venus ici pour nous faire insulter. ‘‘

Les deux bandits s’échangèrent un regard puis l’un d’eux acquiesça et commença son discours.

‘‘ Nous voulons notre première partie avant de vous donner les renseignements. ‘‘

Ayden tourna la tête vers son supérieur qui accepta. Il porta alors sa main sur une bourse située à sa ceinture, la décrocha et la lança aux voyous qui l’ouvrirent pour voir si le compte y était. Ravis, ceux-ci se lancèrent dans leurs explications.

‘‘ L’homme que vous cherchez à travaillé avec Stark sur ce coup. Ils se rencontraient de temps à autre dans la boutique du couturier, mais sans plus pour ne pas attirer les soupçons sur eux. On l’appelle Raven et il aime bien tripoter les femmes. Il a tenté de plotter la fille du tavernier, mais c’est vite retrouvé dehors... ‘‘

‘‘ Il est censé venir prendre un coup ce soir. Nous lui avons donné rendez-vous pour lui parler d’une putain qui serait dans le profil de ses victimes. Je ne vous cacherai pas qu’il semblait ravi. ‘‘

‘‘ Ayden ... ‘‘

L’archer avait vite compris qu’il s’agissait là d’une urgence et fila en vitesse en direction du palais. Ils auraient besoin de tout l’effectif disponible pour coincer ce rat. D’abord, ils allaient l’espionner pour découvrir où il se terrait puis ils frapperaient dès qu’ils en auraient l’occasion. Passer à l'acte ce soir était trop risqué et les voies de fuite dans la taverne allaient rendre la tâche des soldats plus ardue encore. Alors, autant attendre même si le Lieutenant mourait d’envie de lui faire avaler sa queue dès ce soir.

‘‘ Alors... quand aurons-nous le reste de notre récompense ? ‘‘

‘‘ Dès que Raven sera entre nos mains et sa sentence sera prononcée. Je vous donne rendez-vous ici dans quatre jours et j’aurai la somme qu’on vous a promise. Vous devrez ensuite quitter Racium pour ne plus y remettre les pieds. Est-ce bien clair ? Et que tout ça reste entre nous. Nous vous rendons service, à vous de même. Ça finit là... Ce violeur à causer trop d’embrouilles et son temps achève. ‘‘

‘‘ Quand vous l’aurez attrapé, Lieutenant, que ferez-vous de lui ? ‘‘

‘‘ Vous verrez si vous venez sur le plateau d’exécution, à l’extérieur de la ville. ‘‘

Sur ce, le Lieutenant quitta la ruelle pour aller se cacher en attendant le retour d’Ayden qui se faisait attendre. Au loin, il avait vu une troupe d’une bonne vingtaine d’hommes vêtus en civils. Ceux-ci se dispersèrent en groupe de deux à trois dans des chemins divers. L’archer siffla et Kaëran lui répondit de la même manière. C’était leur code pour se rejoindre sans être rapidement suspecté. Ils étaient accroupi dans l’ombre, derrière une série de vieilles caisses et surveillaient les va-et-vient de la taverne. Le sang du jeune Eira ne fit qu’un tour en voyant cette silhouette qui entra dans l’établissement. Oui ... il la reconnaîtrait n’importe où. Il allait se redresser et le suivre lorsqu’Ayden mit une main sur son épaule, secouant négativement la tête pour lui signifier que c’était une très mauvaise idée que de faire ça. Et il n’avait pas tort...

‘‘ Bientôt..., tu pourras le zigouiller. Bientôt... ‘‘ Murmura t-il.

Ce ne fut que tard dans la nuit que ce gros porc ressortit en titubant de la taverne pour s’en retourner dans sa planque. Kaëran ne bougea pas d’un poil, le suivant du regard jusqu’à ce qu’il soit suffisamment loin pour qu’on puisse le suivre sans avoir de doute. L’archer prit le chemin des toits, laissant son chef, le suivre à pied, rasant les demeures. Ils se retrouvèrent bien loin vers le quartier pauvre de Racium, là où se trouvait un boisé plutôt vaste. La cachette de ce rat était là bas, entre les arbres et quelques mètres le séparaient de lui. Sauf qu’Ayden posa une main sur son avant-bras et lui chuchota :

‘‘ Rentre... tu dois te reposer pour être en forme lorsque nous l’attraperons. Tu n’es pas en état de faire quoi que ce soit en ce moment. ‘‘

Acquiesçant alors, le Lieutenant quitta les lieux en toute discrétion, ne voyant pas lui-même ses hommes qui se cachaient un peu partout dans les alentours, observant la planque du violeur.

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 9 Mar - 21:21, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Lun 4 Mar - 18:45

Assise sur le lit, Ellana se morfondait. En réfléchissant à ce qu’elle devait faire pour ensuite parler à Kaëran, elle s’était rendu compte qu’elle…venait de l’abandonner. Elle l’avait laissé seul, chez lui. Elle se tordit les mains, ce sentant mal d’avoir fait ça à celui qu’elle aimait plus que tout au monde. Mais…elle ne voulait pas être un poids. Elle était déjà suffisamment un fardeau et elle se disait que ce serait mieux. Au moins elle ne l’empêcherait pas de travailler…
Il lui manquait tellement et elle l’avait abandonné comme la lâche qu’elle était. Elle savait que ces bras l’aiderait, mais elle n’arrivait pas…elle allait le dégoûter…comment pourrait-il encore la toucher après ça ? Elle ne voulait pas lui imposer tout ça. Il souffrait déjà bien trop à cause d’elle.

On toqua alors à la porte et elle redressa la tête pour voir Eiriel entrer avec un plateau. Elle le posa près de la jeune femme et s’assit à ses côtés. Ellana se tendit et tressaillit en sachant la paysanne si proche d’elle.

-Tu ne veux pas parler, Ellana ? Demanda gentiment Eiriel.

La femme aurait voulut entourer Ellana et la réconforter comme une mère, mais elle ne bougeait pas, sentant que cette simple proximité rendait la couturière nerveuse. Ellana ne la regardait pas, jouant nerveusement avec ses doigts et secoua négativement la tête.

-Pourtant cela t’aiderait…mais prends ton temps. Nous sommes là. Kaëran aussi, ne l’oublie pas ma belle. Kaëran est là pour toi, il t’aime. Et toi aussi tu l’aimes. Ne le laisse pas se refermer plus qu’il ne l’est déjà. Je sais que c’est dur, très dur…mais il faut que tu lui donnes une preuve que tu es là…

Se…refermer ? C’était pour ça qu’elle le sentait lointain ? Elle se mordit la lèvre, attendant que la paysanne s’en aille pour prendre l’assiette en tremblant toujours un peu et manger doucement. La nourriture passait déjà mieux qu’avant. Une preuve qu’elle était là…il fallait qu’elle lui parle. Elle ne voulait rien dire à personne, sauf lui. Il devait être le premier. Le seul même. Le seul qui pourrait garder ce secret pour lui.

Après avoir mangé, elle alla près de la fenêtre, restant de côté pour que personne ne la voie de l’extérieur. Elle voyait les toits des commerces et des habitations, la lune se reflétant sur les carreaux des vitres, quelques arbres disséminés…

Inspirant un grand coup, elle retourna s’asseoir sur le lit. Il fallait qu’elle parle. Un peu chaque jour et elle arriverait à former les phrases qu’elle voulait lui dire. Seulement, cela prendrait du temps et elle craignait qu’il ne la mette à la rue avant. Qu’il ne la quitte réellement…elle ne le supporterait pas malgré tout. Malgré ce qu’elle avait subit, elle voulait cet homme. Il lui avait montré la lumière de la vie, lui avait appris à lire et à écrire, l’avait aidée à naître. Et comme l’avait dit Eiriel, elle l’aimait. Dans son cœur, elle sentait que lui aussi, mais cette sourde peur lui susurrait qu’un homme ne pouvait pas aimer une putain. Et vu qu’elle en était une…

Elle se racla la gorge, se remettant à trembler. Elle allait juste voir pour prononcer son prénom. Rien d’autre. Elle ouvrit la bouche et balbutia :

-K-Ka….

Elle soupira. Sa voix était une inconnue pour elle. Elle ne la reconnaissait plus, elle était faible, cassée, enrouée…comme un mécanisme à qui l’on avait retiré le moteur…N’abandonnant pas encore, pour lui, elle retenta :

-K-Kaër-an…

C’était déjà mieux, elle avait tout prononcé, mais cela restait trop hésitant, trop faible. En même temps, elle était faible.

Eiriel se décolla de la porte. Elle était remontée après son dîner avec Dorguan pour voir si Ellana avait finit de manger, et elle avait entendu sa voix. Au départ elle avait cru à une hallucination et avait décidé d’écouter. Alors en entendant bel et bien la voix d’Ellana prononcer faiblement le nom de Kaëran, elle avait sourit. Si elle tentait de parler, c’était qu’elle voulait y arriver. Il fallait qu’elle le dise au Lieutenant dès que possible. S’il venait prendre des nouvelles au soir, ou même elle irait chez lui. Dorguan serait là pour la jeune femme.

Elle toqua, entrant par la suite, ne montrant en rien qu’elle avait entendu. Sinon, cela freinerait la jeune femme et elle ne le souhaitait pas.

-Ce fût bon ? Je vais t’emmener à la salle de bains d’accord ? elle est juste en face de la chambre.

Ellana acquiesça pour tout et suivit Eiriel qui descendit avec le plateau, lui disant d’aller se laver et de prendre son temps. Se tenant au mur, Ellana entra dans la pièce. Évitant soigneusement le miroir, elle s’avança vers la cuve d’eau et ouvrit les robinets, y rajoutant du savon. Elle se dévêtit, déglutissant et sentant les larmes poindre rapidement. En faisant ça, elle revoyait trop de choses, revivait trop de sensations…Elle se força et se glissa dans l’eau chaude.

~Je suis une lâche, j’ai abandonné Kaëran alors qu’il souffre tellement…je ne l’aide même pas à coincer Raven…je suis minable…~

Un quart d’heure après, elle était de retour dans la chambre ou elle s’allongea, couvertures remontées. Eiriel vint une dernière fois lui souhaiter bonne nuit, et elle l’entendit rejoindre sa chambre. Dorguan et sa femme avaient attendus longuement près de leur fenêtre pour voir Kaëran rentrer, mais rien, il devait sans doute encore parler avec les voyous…

Ellana ferma les yeux, n’arrêtant pas de penser à Kaëran, et s’endormit. La nuit fût ponctuée de réveils en sursaut, les cauchemars revenant, et pour se rendormir elle visualisait le jeune homme dans sa tête en barrage.

Au matin, après les habituelles salutations et le petit déjeuner, Ellana se rafraîchit un peu et retourna s’asseoir. Elle ne savait pas qu’Eiriel était sortie. La paysanne voulait prendre des nouvelles de Kaëran et lui dire qu’Ellana s’entraînait seule à parler…si elle parvenait à le voir.

Ellana déglutit et reprit comme la veille :

-Kaë-ëran.

Mieux. Elle poursuivit :

-Dé…désolée…

C’était décourageant. Elle répéta ces deux mots pendant près d’une heure, inlassablement, imaginant Kaëran devant elle, jusqu’à ce qu’on toque une nouvelle fois et qu’elle se tende. Elle avait toujours peur…

C’était Eiriel, accompagnée de la guérisseuse qui l’avait croisée en chemin après sa visite à Kaëran. Pourquoi la guérisseuse était-elle là ? Ellana serrait à nouveau les jambes, ne souhaitant pas que la femme regarde encore.

-Elle est venue voir l'état de tes plaies, ma belle. Expliqua Eiriel avant de se tourner vers la guérisseuse Si vous avez besoin de moi, je serais à l'étage.

La guérisseuse hocha de la tête et ne bougea pas jusqu'à ce que la porte soit fermée et les pas éloignés. Là, elle s'avança doucement, offrant un doux sourire à Ellana qui sentait son cœur battre à tout rompre.

-Allez-vous mieux, Mlle ?

Ellana ne fît qu'acquiescer. La guérisseuse ouvrit son sac et lui demanda de s'allonger. Ellana obéit, trop nerveuse. Elle avait répondu oui à la question, mais aller mieux…sans Kaëran c'était dur…mais elle ne serait qu'un poids pour lui…

Elle tint fortement les draps entre ses doigts pendant que la guérisseuse soulevait son haut avec délicatesse.

-N'ayez crainte…vous savez, j'ai le même corps que vous. Certes le vôtres porte ces marques et à beaucoup subi, mais d'ici quelques jours celles-ci disparaîtront. C'est déjà bien mieux que lorsqu'on vous a retrouvée.

Elle parlait d'une voix douce et en même temps la soignait. Ellana, écoutant, ne faisait donc pas attention à ses mains sur elle. Alors, quand la femme voulut descendre son pantalon pour avoir accès à ses jambes, Ellana sursauta, se tendit et respira profondément.

-Chtt…excusez-moi, j'aurais du vous prévenir.

Elle attendit, jusqu'à ce que la couturière accepte. Elle ferma les yeux en sentant le pantalon glisser, les images de Raven se juxtaposant sur ses paupières closes. C'était trop dur même si la guérisseuse était douce !
Elle était crispée, complètement. La femme le sentit bien et se hâta, laissant ensuite Ellana se rhabiller, les larmes aux yeux. Là, elle voulut voir si elle pouvait parler à quelqu'un.

-D-Dé-déso-désolée…

La guérisseuse s'était assise à ses côtés lentement, regardant la couturière allongée avec douceur. Elle avait parlé…

-Ce n'est rien, Mlle…au contraire c'est normal dans votre état. Il faut que vous parliez maintenant. Cela vous fera du bien.

Elle ne parlerait qu'à Kaëran et seulement quand elle aurait assez de courage pour le faire. En espérant qu'il ne la jette pas dehors avant. La guérisseuse se releva sur un dernier sourire et quitta la chambre, laissant Eiriel arriver avec le plateau de midi alors qu'Ellana se rasseyait une nouvelle fois.

-Tu vas y arriver, ma grande. N'aie crainte. Et bon appétit! Déclara-t-elle simplement avant de repartir pour discuter avec la guérisseuse à l'étage.

Ellana baissa les yeux vers son repas, commençant à manger lentement. Pourquoi ses légumes lui rappelaient-ils Kaëran ? A cause de leur teinte verte comme ses yeux qui n'auraient jamais du s'arrêter de briller ? Pourquoi la couverture lui donnait-elle envie de hurler son nom et de l'implorer de venir la consoler ? Parce qu'il lui manquait. Affreusement. Elle était toute seule dans cette caverne lugubre ou elle était prisonnière depuis son premier viol. Elle n'avait aucune lanterne pour la guider. Aucune…à part le Lieutenant. Et elle venait de l'abandonner. Lâchement. Pour ne pas le faire souffrir plus encore.

Elle y arriverait. Elle s'entraînerait à parler et lui raconterait tout. Et elle lui dirait qu'il avait le droit de la jeter dehors. Qu'elle n'était qu'une putain de bas étage…mais surtout, elle voulait lui dire qu'elle l'aimait…

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Mar 5 Mar - 2:38

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Chapitre 3
Chasse à l’homme, finale

◆ ◆ ◆



La nuit était passablement avancée lorsque le Lieutenant s’en retourna à la maison. Raven avait été à quelques mètres du lit et il aurait eu amplement le temps de lui sauter dans le dos pour ensuite le massacrer sur place. Mais qu’est-ce que ça aurait pu lui donner de plus ? La satisfaction d’avoir éliminer le rat qui avait osé faire du mal à sa douce ? Le fait de se venger parce qu’il l’avait forcé à l’abandonner ? Son sang bouillait sans cesse alors que son esprit se noyait sous cette colère destructrice. Il fallait qu’il la chasse et qu’il reprenne son sang-froid avant de commettre une bêtise. Kaëran se secoua la tête et poussa la porte de sa demeure une fois arrivé, non sans porter un regard vers la maison endormie d’Eiriel. Il soupira un bon coup puis entra, verrouillant derrière lui pour aller noyer son corps dans un bon bain chaud. Mais bon, même les effets bénéfiques de l’eau et du calme qui régnait n’eurent aucun effet sur son esprit tourmenté. Au contraire, cela ne l’incitait qu’à se torturer davantage. Une fois séchée et un vêtement de nuit enfilé, le jeune homme prit la direction du salon où il mit une bûche pour attiser les flammes qui étaient bien faibles. La chair de poule s’était formée à la surface de sa peau à cause de la fraîcheur de la pièce. Étirant le bras droit et courbant légèrement son corps vers l’arrière, Kaëran empoigna la couverture de laine et s’emmitoufla à l’intérieur pour se tenir au chaud. La fatigue le faisait frissonner, mais pourtant, il n’avait pas envie de dormir. Adossé contre le canapé, assis à même le sol, les yeux vairons du soldat fixaient les flammes. Gravées sur sa rétine, les images d’Ellana qui baissait la tête pour sortir de la maison repassaient en boucle alors qu’il tentait de comprendre pourquoi tout avait ainsi tourné. Était-ce à cause du traitement que lui avait infligé son agresseur ? Avait-elle peur de tout le monde ou seulement de lui à un point tel qu’elle désirait s’éloigner ? C’était tellement ridicule de se sentir aussi faible et impuissant alors qu’il fallait qu’il garde la tête haute et ne montre aucune faiblesse.

‘‘ J’aimerais revenir dans le temps, Hewie... ‘‘

Le chat était couché sur ses cuisses et le regardait de ses énormes yeux globuleux en ronronnant. Kaëran lui caressa la tête et les oreilles alors que la créature à quatre pattes fermait les yeux d’aise.

‘‘ Voilà que je parle avec un chat ‘‘ Soupira t’il. ‘‘ Mais d’un autre côté, tu ne peux pas me juger, ni rétorquer si je dis que c’est de ma faute si ta maîtresse a subi des atrocités... que je suis un imbécile qui ne sait pas parler quand c’est le moment au risque de passer pour un homme faible... Si tu savais à quel point... elle me manque... mais elle s’éloigne toujours un peu plus et je ne peux rien faire... ‘‘

Sa main s’était mise à trembler imperceptiblement et une boule lui bloquait la gorge. La tête penchée vers l’arrière, accotée contre le mobilier, Kaëran ferma les yeux et se laissa aller vers le monde des rêves. Chose qui ne pouvait que lui faire du bien. Sauf qu’il se réveilla en sursaut quelques heures avant le levé du soleil. Il y avait eu un horrible cri dans son rêve. Un cri qui l’avait ramené dans le monde des conscients, mais il n’y avait pas eu que ça. Son coeur tambourinait à un rythme endiablé dans sa poitrine lorsqu’il se rappela avoir vu Ellana. Il n’y avait qu’eux dans un vaste espace noir et pourtant, elle semblait si loin alors qu’elle se trouvait à moins d’un mètre de lui. La main droite du Lieutenant avait tenté de se poser sur l’une de ses joues, mais elle avait reculé. Aussi lui avait-il demandé si elle voulait encore de lui et si elle lui pardonnait un jour son imprudence, mais elle avait répondu par la négative avant de s’évaporer comme si elle n’avait jamais existé. Puis ce cri qui aurait pu réveiller les morts.

‘‘ Bon Dieu de merde... ‘‘

Kaëran se passa une main sur le visage, terminant le chemin dans sa chevelure avant de se retirer de la couverture pour la laisser en boule sur le fauteuil. Il prit le chat sous son bras au passage et l’apporta à la cuisine où il lui donna son bol de lait avant de monter à l’étage pour se débarbouiller et se changer. De retour à la cuisine, le Lieutenant se fit une tartine qui plia en deux avant de se la mettre dans la bouche pour quitter sa demeure d’un pas rapide. Une fois au palais, il se rendit à son bureau pour faire quelques recherches concernant Stark et chercha aussi des informations sur ce fameux Raven, mais rien qui ne pouvait l’aider. C’est alors qu’Ayden entra, accompagné de Dart.

‘‘ Tu as dormi ? ‘‘ Demanda t-il.

‘‘ Oui, j’ai... ‘‘

‘‘ Tu as mangé ? ‘‘

‘‘ Oui, je... ‘‘

‘‘ Alors, magne-toi. J’ai hâte qu’on chope ce chien galeux et qu’il finisse dans un petit trou noir avec les gens de son espèce ! ‘‘

L’archer lui flanqua une claque dans le dos et il sourit pour lui remonter le moral, mais le Lieutenant ne fit que se forcer pour le lui renvoyer. Ils quittèrent donc le palais, allant rejoindre le Chef de l’armée qui les attendait aux portes du palais avec une troupe de vingt hommes.

‘‘ On le surveille toujours ? ‘‘

‘‘ Il est ivre mort et dort encore comme une souche. C’est le temps de lui rendre une petite visite. ‘‘

Kaëran posa son regard confus sur son frère d’armes puis ils se dirigèrent vers l’endroit où Raven se planquait. Les soldats qui avaient passé la nuit à surveiller étaient toujours sur les lieux et sortirent de leur cachette en voyant les renforts arriver. Il fallait dire qu’une aussi grande troupe de soldats avaient attiré le regard des passants et des curieux ne purent s’empêcher de suivre pour voir, sauf qu’on se chargea rapidement de leur compte en les escortant plus loin. Kaë était devant avec son supérieur et eut le feu vert pour défoncer la porte. C’était tout simplement dégoûtant là dedans. Une table, une chaise, un matelas affreusement sale et des fenêtres condamnées. L’odeur était infecte. En plus d’empester l’humidité, ça sentait le renfermé et l’alcool à plein nez. Un homme était couché sur le dos, mais se releva en sursautant en entendant les tintements métalliques et le cri du Lieutenant.

‘‘ ATTRAPEZ-LE ! ‘‘

Ce gros balourd n’eut pas le temps de tenter de fuir, car cinq hommes lui sautèrent dessus pour le maîtriser avant qu’il ne tente quoi que ce soit. On le releva brusquement et on l’approcha.

‘‘ Comme on se retrouve... ‘‘ Siffla Raven, sentant l’alcool à plein nez.

‘‘ Je te réserve une belle surprise... ‘‘ Répondit-il d’un ton cinglant. ‘‘ Amenez-le ! ‘‘

Les soldats exécutèrent les ordres et on rebroussa chemin une fois que les mains de Raven furent solidement attachées dans son dos. Ainsi entouré d’homme de loi, le criminel restait docile et ne tentait rien, car de toute manière, la fuite lui était maintenant impossible. Il devina alors qu’on l’avait dénoncé... c’était la seule solution possible, car en une année, jamais un garde n’avait mit la main sur lui. Au palais, on le conduisit jusqu’aux catacombes où se trouvaient les cellules et ses nouveaux amis les rats. On lui attacha les pieds et les mains à l’aide d’épaisses chaînes d’acier. Seul Kaëran, Dart, Ayden et trois autres hommes étaient restés sur les lieux, regardant le visage du violeur.

‘‘ Vous me semblez bien épuisé depuis notre dernière rencontre, Lieutenant. Les retrouvailles avec votre douce vous auraient-elles vidé de votre énergie ? ‘‘

Le concerné ne broncha pas et resta impassibles devant les paroles de Raven qui commençait à ricaner, un sourire mauvais au coin des lèvres.

‘‘ Je ne croyais pas qu’un jour vous me coinceriez. Ça a pris bien du temps cependant... j’ai fait combien de victimes déjà ? Ah oui... 12. Et la 13e, comment se porte-t-elle ? ‘‘

Encore là, Kaëran ne fit que s’approcher de l’agresseur d’Ellana, se gardant cependant une bonne distance.

‘‘ Auriez-vous perdu votre langue, Lieutenant ? Pourtant, je vois la rage dans votre regard à moins que ... ce ne soit de la jalousie ? J’ai quand même baisé votre chienne avant que vous n'ayez pu la toucher ! HAHAHA ! ‘‘

Concentrant toute son énergie dans ce seul mouvement, Kaëran envoya un coup de pied magistral dans les parties intimes du violeur qui s’effondra sur les genoux. Des larmes ne tardèrent pas à s’écouler de ses yeux alors qu’il cherchait son souffle. Le Lieutenant le prit alors par les cheveux et le tira pour qu’il se remette sur ses pieds. Il le prit ensuite par le cou et l’étampa dans le mur de pierre juste derrière.

‘‘ Ça fait mal hin ? Un coup dans les parties ? On m’en a donné un aussi une fois... mais pas aussi fort que celui que tu viens de recevoir. Au prochain, je te jure que tu avaleras tes couilles et ta queue si tu ne dis pas quelque chose d’intelligent. ‘‘

‘‘ Ah oui ? ‘‘ Souffla t-il entre deux courtes respirations. ‘‘ Je peux ? Que voulez-vous ... savoir ? Comment je l’ai prise ? ‘‘

Raven se mangea un deuxième coup de genoux dans les parties et un cri aiguë s’échappa de sa bouche alors qu’il retomba lourdement au sol.

‘‘ PARLE ! ‘‘

Le violeur était en position foetale au sol et se tenait les bijoux de famille en pleurant de douleur. Il avait vraiment eu l’impression qu’il allait avaler ses choses par ce coup.

‘‘ Tu en veux un troisième ? J’en ai encore plein d’autres en réserve. ‘‘

‘‘ Non ! Pitié ! ‘‘

Raven prit tant bien que mal sa respiration. Quand même même il voudrait jouer au dur, il était en prison et jamais il ne s’en sortirait. Il avait violé des femmes pour ensuite laisser leurs dépouilles dans les ruelles sombres de Racium une année durant.

‘‘ J’ai... tué ces femmes et... j’ai voulu faire de même avec la fille de Stark... Dommage pour toi... elle avait bon goût cette petite... ‘‘

Kaëran blêmit et voulut se jeter sur lui pour le massacrer sur place, mais ses frères d’armes le plaquèrent contre le mur pour le forcer à sortir des lieux au plus vite avant qu’il ne perde le contrôle de ses gestes. Ayden l’accompagna jusqu’à l’extérieur où le Lieutenant leva les yeux vers le ciel en fermant les paupières. Il chercha sa respiration et mit les mains sur ses hanches.

‘‘ Je l’aurais tué sur place... ‘‘

‘‘ C’est ce que je croyais, mais qu’est-ce que ça aurait changé ? Rien... ça ne t’aurait rien apporté. Aucune satisfaction. Il sera jugé comme tous les autres avant lui et probablement exécuté. Maintenant, rentre chez toi et va te calmer veux-tu. Reviens demain matin pour le jugement... ‘‘

L’archer lui mit une main sur l’épaule et Kaëran s’en alla chez lui sans chercher à rouspéter. À peine fut-il entré à la maison qu’il vit Eiriel débarqué. Sauf qu’il ne fut pas aussi accueillant qu’elle l’aurait espéré. La paysanne le voyait qu’il était à cran, que ses membres tremblaient sous la rage qui brillait dans ses yeux pâles. Doucement, elle s’approcha et posa les mains sur ses joues, le forçant à la regarder.

‘‘ Kaëran... mon chéri. Qu’est-ce qui se passe dis-moi ?’’

‘‘ Rien... ‘‘ Murmura t-il en détournant le regard. ‘‘ L’agresseur d’Ellana est derrière les barreaux... Laisse-moi maintenant. ‘‘

Se dégageant d’elle, il prit son épée et s’en alla dans la cour arrière pour se mettre à frapper avec une extrême violence sur le mannequin de bois, le détruisant presque. Il s’essoufflait rapidement, puis il lâcha l’arme qui tomba lourdement dans le gazon avant de s’effondrer à genoux, le front collé à la poutrelle de bois qui soutenait le tout. Eiriel s’approcha et l’enlaça par-derrière.

‘‘ Ne te referme pas... je t’en prie. C’est normal d’avoir mal... ‘‘

‘‘ Laisse-moi... Eiriel... ‘‘

La paysanne resserra son étreinte et dit, avant de le lâcher et de se reculer :

‘‘ Ellana tente de parler, Kaë. Elle a prononcé ton nom ce matin. ‘‘

Mais il ne réagit pas et ne daigna même pas lever les yeux vers elle. Ce fut le coeur lourd qu’elle le laissa tranquille pour s’en retourner chez elle. Eiriel retint tant bien que mal ses larmes et respira un bon coup une fois chez elle et dessina un faux sourire sur ses lèvres en refermant la porte derrière elle.

Au soir, Kaëran s’était allongé sur le canapé, caressant la fourrure d’Hewie qui dormait sur son torse. Il se sentait mal d’avoir mal parlé à la paysanne et voulait s’excuser. Par la même occasion, il voulait apporter le chat à Ellana, histoire qu’elle ait un peu de compagnie. Il se rendit alors chez elle la nuit tombée et toqua. Ce fut Dorguan qui ouvrit, le laissant entrer sans un mot. Eiriel s’approcha tenant un bras contre sa poitrine.

‘‘ Je suis navré pour cet après-midi. Je venais porter Hewie. Il sera mieux ici qu’à la maison, seul. ‘‘

‘‘ Merci mon grand. Veux-tu... rester à manger ? ‘‘

‘‘ Non, merci. Je vais aller me coucher et essayer de dormir un peu. ‘‘

Eiriel s’approcha et le serra dans ses bras puis le laissa s’enfoncer dans l’ombre de la nuit.

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Mar 5 Mar - 19:02

Le reste de l'après-midi, Ellana s'entraîna à parler. En fait, elle s'était dit après la visite de la guérisseuse qu'elle pouvait d'abord réussir à parler avec quelqu'un pour reprendre un peu d'assurance. Ensuite elle pourrait sans doute mieux tout raconter à Kaëran et ne pas lui faire perdre trop de temps. Cachée par ses cheveux, elle murmurait, les mains tremblantes quelques peu, lorsque l'on toqua. Eiriel entra, toujours avec un petit sourire, mais Ellana sentit qu'il y avait quelque chose. Était-ce elle qui la dégoûtait ?

En fait non. Eiriel avait juste du mal à reprendre contenance après sa visite chez Kaëran. Il se refermait et elle avait peur de le perdre. Et brusquer Ellana ne servait à rien, c'était une impasse que seul le temps déboucherait. Seulement…avaient-ils le temps ?

-Ton agresseur est en prison, Ellana. Dit-elle simplement.

Cela eut pour effet de donner un semblant de paix à la jeune femme. Raven, en prison ? Il ne pourrait plus sévir, aucune fille ne subirait plus ces actes. Elle avait été la dernière…

-Il ne pourra plus jamais faire de mal. Pour ces crimes, il n'y a que la mort comme sentence.

Ellana hocha de la tête. Raven oui…mais son père était toujours libre. Et s'il apprenait qu'elle était toujours en vie, il préparerait autre chose. Jamais elle ne serait libre et cela se rajouta à l'impression qu'elle n'était qu'un fardeau pour Kaëran et les siens.
Eiriel s'était assise aux côtés d'Ellana qui parvint à ne pas trop se tendre et qui, sans regarder la paysanne, murmura :

-C'est…une bonne chose…pour les femmes de la ville…

Eiriel eut cette fois un réel sourire en l'entendant parler, même si elle ne la regardait pas, signe qu'elle luttait farouchement.

-Veux-tu…parler de quelque chose, ma belle ?

Ellana se força à lever la tête en direction de la paysanne, sans pour autant ficher ses yeux dans les siens :

-Je…suis désolée.

-Mais tu n'as pas à l'être, ce n'est pas de ta faute voyons…

A nouveau, les larmes se créèrent dans les yeux d'Ellana, comprimant le cœur d'Eiriel. Elle n'allait pas tout raconter, ça non, on vous l'a dit…

-Kaëran souffre…de trop…c'est ma faute…

Eiriel ne put se retenir en voyant Ellana pleurer comme ça. Bien sûr elle se doutait qu'elle ne dirait tout qu'au Lieutenant, mais c'était déjà un bon début si elle parlait ainsi. Elle leva son bras et posa la main sur l'épaule d'Ellana. Au contact, celle-ci tressaillit mais ne bougea pas. Elle se laissa faire quand Eiriel poursuivit, l'entourant complètement et la collant contre elle comme une mère le ferait. Et dieu seul savait qu'Ellana n'avait jamais connu ça.

La couturière, elle, sentit sa peur lui dire de la repousser, de ne pas se laisser faire ainsi sinon elle allait à nouveau être violée et frappée. Mais elle s'obligea, se força à rester immobile. C'était Eiriel…son cœur battait comme un fou et ses yeux étaient embrouillés de larmes, toujours encore.
Et au bout de deux minutes en silence, ou Eiriel faisait attention au cas où la jeune femme ne le supporterait plus, Ellana parvint à apprécier cette étreinte. Au fond d'elle, elle en fût contente. Car cela signifiait que Kaëran pourrait aussi le faire. Certes c'était un homme et ce serait peut-être dur au départ, mais elle y arriverait et elle pourrait alors profiter de ses bras autour de sa taille et de sa tête contre la sienne…

-Il a mal parce qu'il n'a pas pu te sauver ou empêcher ce monstre de t'enlever. Il a mal parce que tu souffres et qu'il n'est pas près de toi pour t'aider. Il a mal avec toi, Ellana. Ce n'est pas toi qui le fais souffrir.

Contre l'épaule d'Eiriel, Ellana pleurait, ne parvenant plus à aligner deux mots. Elle voulait qu'il l'aide mais n'avait pas le courage de le regarder en face après ce qu'elle avait fait. Elle voulait le savoir avec elle mais croyait toujours qu'il allait la rejeter. Elle voulait le rendre heureux…n'en avait pas les moyens pour le moment.

Eiriel resserra un peu plus son étreinte lorsque la jeune femme serra son haut de ses doigts fins. Dans ses pleurs, elle sentait une souffrance telle qu'elle n'en avait jamais connue. Dans ses larmes, elle ressentait tout ce qu'elle avait traversé. Et surtout, elle sentait dans son étreinte qu'Ellana aurait été mieux dans les bras de Kaëran…

-Chht…ça va aller…on est là…

Ce ne fût qu'un quart d'heure après qu'Ellana se recula doucement d'Eiriel, les yeux rouges. Le haut de la paysanne, lui, était trempé.

-Je…je…

Elle hoquetait et tentait de reprendre son sang froid.

-Pleurer t'aidera autant que parler. Je vais aller terminer le repas et je reviendrais avec un plateau d'accord ? Ca ira, ou tu veux que je reste ?

Ellana fît non de la tête, incapable de parler sans hoqueter. Eiriel se releva donc, l'encourageant du regard, et sortit de la pièce. Assise, Ellana se calma. L'étreinte lui avait montré qu'elle pouvait y arriver. Maintenant, il fallait juste qu'elle parvienne à tout dire à Kaëran sans s'effondrer. Qu'elle affronte son destin s'il voulait la mettre dehors. Malgré la petite voix qui lui disait que jamais il ne ferait ça, elle avait toujours peur…

Lorsqu'Eiriel revint, elle était à nouveau accompagnée. Du chat.

-Kaëran…a pensé qu'il serait mieux avec toi que tout seul chez lui… Expliqua Eiriel.

Hewie sauta sur les genoux d'Ellana qui sursauta, et le caressa en tremblant lorsqu'il se mit à ronronner, si heureux de revoir sa maîtresse. Kaëran…avait été là…et…il était repartit…s'il était monté, elle lui aurait montré les progrès…elle lui aurait donné la preuve qu'elle était toujours avec lui…s'il ne l'avait pas fait, cela voulait-il dire qu'il ne voulait vraiment plus d'elle ?

Eiriel déposa le plateau et s'en alla. Dorguan l'aidait à tenir le coup…

Ellana mangea avec Hewie. En regardant ses yeux, elle revoyait Kaëran. En voyant son pelage un peu ébouriffé par endroit, elle revoyait Kaëran. En sentant sa douceur sur elle, elle ressentait les mains de Kaëran faisant de même. Il fallait qu'elle rassemble son courage au plus vite. Qu'elle aille lui parler au plus vite. Il lui manquait trop. Le chat mangeait dans sa main, et elle se disait aussi qu'il était réellement tout seul à présent…elle lui avait tout prit. Elle ne l'avait pas voulut. Hewie l'aurait distrait le soir…lui aurait tiré un maigre sourire…

Ellana regarda alors droit devant elle, et elle imagina parfaitement le Lieutenant sur le canapé, devant la cheminée, seul…et cela la fît se sentir affreusement mal.

Elle en eut l'appétit coupé, pour le peu qu'elle avait faim, et ne se soucia pas qu'Hewie mange dans l'assiette. Plus tard, Eiriel revint prendre le plateau et lui souhaita la bonne nuit. Se couchant, le chat se coinçant entre ses bras, Ellana ferma les yeux et tenta de s'endormir.

L'image de Kaëran tout seul se matérialisait sur sa rétine. Elle aurait soudainement voulut avoir la force de courir jusque chez lui et de se jeter dans ses bras en réclamant son pardon. Mais elle n'avait pas cette force ni ce courage. Elle était faible et minable…

Et en elle, elle le sentait s'éloigner…elle l'aimait tellement…et elle prenait conscience qu'elle avait tout brisé…

Ce ne fût qu'une heure après que le sommeil vint la prendre, l'emmenant tantôt dans le monde des rêves ou elle se voyait avec le Lieutenant, heureuse et lui aussi, tantôt vers le monde des cauchemars, ou Raven et son père revenaient et recommençaient, inlassablement…

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 10 Mar - 3:15


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Chapitre 3
L'exécution

◆ ◆ ◆



Kaëran se tenait devant la porte de la maison d’Eiriel, immobile, à regarder là haut. À chacune de ses respirations, il y avait un nuage qui se formait à l’orée de ses lèvres. Le ciel était clair et parsemé d’étoile cette soirée-là et des flocons tombaient par-ci par-là. La brise était douce et à peine vivante, comme la lueur qui brillait désormais dans ses yeux. Tout comme lui, elle s’éteignait à petit feu. Ses pas se mirent à résonner sur le pavé de pierre alors que leurs échos se répercutaient à peine contre la paroi des maisons environnante.

Elle avait été si près... et maintenant si loin...

Le verrou de la porte cliqueta, la poignée tourna et la porte s’ouvrit dans un léger grincement, se refermant ensuite. À l’intérieur, il faisait sombre mis à part dans le salon où brillait d’une faible lueur le feu sous la cheminée. Le silence était lourd et pesant pour lui et la simple absence d’Hewie rendait la maison morte. Contournant le canapé, le Lieutenant s’y affala et porta ses mains sur son ventre. Son regard vairon fixait un point invisible au plafond, jusqu’à ce ses paupières hérissent cette barrière qui le rendit aveugle. Son torse se souleva lentement puis un long et profond soupir s’échappa de sa bouche. Son avant-bras droit se posa par-dessus ses yeux alors qu’il revoyait les derniers évènements, réentendait les dernières paroles qu’il avait entendues. Il revoyait les moments passés avant l’enlèvement d’Ellena, son sourire, son regard qui pétillait à la vue d’une simple feuille parsemé de texte qu’elle parvenait à lire. Puis ce fut le néant total; un sommeil sans rêve ni cauchemars.

‘‘ HÉHO ! ‘‘ Hurla une voix familière. ‘‘ On se réveille là dedans ! ‘‘

Un réveil brutal comme il en avait rarement eu. Ayden l’avait poussé en bas du canapé pour qu’il se réveille et maintenant Kaëran se relevait en grimaçant. L’archer s’empressa de le pousser jusqu’à l’escalier. C’était le matin et tous les rideaux étaient fermés depuis le départ d’Ellana. Aucun rayon de soleil ne traversait les pièces, jusqu’à ce que quelqu’un ne le fasse.

‘‘ Monte te laver et change-toi veux tu. Nous sommes attendus au palais de toute urgence. ‘‘

‘‘ Ça concerne Raven ? ‘‘ Demanda Kaëran en se frottant les yeux.

‘‘ Oui, maintenant magne-toi ! ‘‘

Le Lieutenant monta l’escalier et s’en alla directement dans la salle de bain pour se laver convenablement puis se dirigea vers sa chambre pour se changer et enfiler son armure. Lorsqu’il descendit, prêt à partir, Ayden lui fourra une tartine de confiture pliée dans la gueule et le poussa à l’extérieur en prenant bien soin de verrouiller la porte derrière son supérieur. Ils passèrent devant la demeure d’Eiriel alors que Kaë mâchait, mais il se stoppa lorsqu’il crut apercevoir une silhouette dans la fenêtre du haut. L’espace de quelques secondes, il se surprit à avoir souhaité qu’Ellana se fige devant les carreaux pour qu’il puisse apercevoir ses traits, même de loin. La seule chose qu’il y avait était des rideaux mi-clos. L’archer dut rebrousser chemin et remettre le petit déjeuner dans la bouche de son compagnon, se hâtant de se rendre au palais.

‘‘ Le jugement final a été lancé ce matin très tôt. Des hommes du Chef ont réussi à faire parler Raven et lui soutirer des informations assez croustillantes en ce qui concerne toutes ses victimes. ‘‘

‘‘ Il a dit quelque chose en ce qui concerne Ellana ? ‘‘

‘‘ Nous essayons de le faire craquer avant qu’il ne subisse l’écartèlement sur le plateau d’exécution, mais pour le moment il n’y a rien qui pourrait réellement t’intéresser. C’est notre dernière chance de lui soutirer des informations. ‘‘

‘‘ Tu aurais dû le dire plus tôt ! ‘‘

Le Lieutenant se mit à courir, suivit d’Ayden qui le suivait de près. Mais lorsqu’ils arrivèrent au palais, comble de malheur, ils apprirent que Raven était déjà en cours de route et qu’il allait bientôt subir son jugement. Déjà essoufflés, les deux soldats s’empressèrent de quitter les lieux pour se rendre sur le lieu de l’exécution. Ils gravirent la pente abrupte de la colline qui se trouvait à quelques minutes du palais, à l’extérieur des murs de l’enceinte de Racium et arrivèrent sur les lieux morts d’épuisement. Kaëran se précipita vers son Chef en reprenant tant bien que mal sa respiration.

‘‘ Il... il a parlé ? ‘‘

‘‘ Il a parlé vaguement de Stark, mais rien de concret... ‘‘

Derrière, Raven était en train de se faire attacher les membres par de solides cordes tressées qu’on attachait à la selle de quatre chevaux positionnés au nord, au sud, à l’est et à l’ouest. Leur cavalier n’attendait que les ordres pour commencer leur travail de bourreau. Le violeur lui, implorait leur clémence, les suppliant même de le pendre au lieu de subir l’écartèlement. Kaëran tourna les yeux vers lui, ayant pitié de lui malgré tout, car il voyait que bientôt, cet homme souffrirait. Mais il devait payer pour ce qu’il avait fait endurer à ces pauvres femmes qui avait peut-être enduré pire que ce que lui subirait dans les minutes à suivre. Cependant, le Lieutenant ne put regarder la suite des évènements, grimaçant déjà aux cris de souffrance que poussait Raven. Il ne voulait même pas imaginer ce que ça devait d’être à sa place. Le criminel hoquetait sous la douleur, poussant d’affreux cris que normalement un homme n’aurait jamais pu relâcher.

‘‘ STARK ! IL AAAAAAAAAAAAAAAAH ! ‘‘

Le Lieutenant tressaillit, tout comme son supérieur qui hurlait aux cavaliers de stopper tout mouvement, sauf que l’ordre fut compris d’une tout autre manière. Au lieu de stopper, l’un d’eux donna un coup de talons dans les côtes de sa bête et les autres firent de même. Les soldats baissèrent les yeux aussitôt que les cris de souffrance se furent stoppés. Ce fut Kaëran qui alla l’achever en plantant sa lame directement dans son coeur.

‘‘ Il allait parler, non d’un chien ! ‘‘ Cracha Kaëran pendant que son supérieur allait engueuler les cavaliers.

Ayden vint rejoindre son frère d’armes et l’entraîna à sa suite vers le palais. Le violeur des ruelles n’était plus maintenant, mais il restait toujours Stark et qui sait ce qu’il avait l’intention de faire. Seulement fallait-il qu’il sache que sa fille était toujours en vie. Ils se dirigèrent vers la salle d’entraînement où ils combattaient l’un contre l’autre histoire de se défouler avant de reprendre un rythme de travail normal. Lorsque les soldats et les recrues entrèrent dans la vaste salle extérieure, on commença comme il y avait quelques semaines. Le reste de la journée fut banale, mais à la fois pénible pour Kaëran qui ne savait plus où donner de la tête maintenant. Il s’en retourna chez lui, ralentissant la cadence une fois devant la demeure d’Eiriel. Ses pas se stoppèrent et l’envie d’aller prendre des nouvelles d’Ellana le prit de court. Il avait envie de la voir, même s’il lui fallait garder une distance de cinq mètres entre elle et lui... sauf qu’il soupira, détourna le regard et baissa légèrement la tête avant de s’en aller chez lui et monter à sa chambre pour le reste de la nuit.

Mieux valait qu’il la laisse tranquille, surtout si elle ne désirait pas le voir.

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 10 Mar - 10:42

Ellana se réveilla le cœur comprimé. Elle se sentait mal. Pas mal dans le sens malade. Mal dans le sens culpabilité. Hewie était déjà levé, assis au milieu de la pièce à faire sa toilette comme si de rien n'était. De maigres rayons de soleil traversaient les rideaux mi-clos et Ellana se leva lentement, enroulée dans sa couverture comme toujours. Elle se posta près de la fenêtre pour regarder dehors et…

Il était là. Là en bas. Avec Ayden si elle ne se trompait pas. Elle se décala tout de suite. S'il la voyait debout, il se dirait qu'elle s'en était assez remise pour arrêter de profiter et il viendrait la mettre à la rue. Mais non ! Il ne ferait pas ça…elle ne savait plus quoi penser. Cependant lorsqu'elle regarda à nouveau il avait disparut, comme un rêve…

Elle se sentait tellement mal d'avoir tout brisé, de lui avoir tout pris, de l'avoir fait souffrir de la sorte. Malgré les dires d'Eiriel, c'était de sa faute s'il avait mal et se repliait. S'il s'éloignait des siens et si la lueur de la vie s'éteignait dans ses magnifiques yeux. Elle avait encore une fois tout gâché…
D'un pas lent, elle retourna sur le lit ou elle s'assit au rebord. Eiriel n'allait pas tarder à venir avec le plateau. Et en effet, les bruits de pas se firent vite entendre et la porte s'ouvrit :

-Bonjour…je t'apporte de quoi manger ma belle. Dorguan est parti à l'exécution.

Ellana releva la tête, fronçant les sourcils. L'exécution ?

-Ton agresseur va subir sa sentence ce matin. Sur le plateau à l'extérieur de la ville. Expliqua la paysanne.

Raven allait mourir…elle s'en réjouissait tout de même. Elle commença à manger, Eiriel restant à ses côtés, caressant le chat qui lorgnait la nourriture en se léchant les babines. Le temps semblait comme suspendu, jusqu'à ce qu'un hurlement leur parvienne. Un hurlement si puissant qu'Ellana fût étonnée qu'on puisse le pousser.

Il se perdit dans l'écho, et elles devinèrent bien qu'il s'agissait là de Raven. Ellana serra les poings et baissa les yeux, jusqu'à ce que les cris s'interrompent nets.

-Voilà…il ne fera plus de mal. Jamais plus. Souffla Eiriel.

Ellana déglutit. L'impression qu'elle avait, c'était comme si l'on avait coupé une chaîne invisible. Comme si elle avait acquis plus de liberté par cette mort. Cela voulait-il dire qu'elle allait bientôt avoir assez de force pour aller parler à Kaëran ? Elle l'espérait. Parce qu'elle mourrait d'envie de le voir. De ranimer la flamme dans ses yeux. De le sentir contre elle même si elle allait se tendre au premier abord parce qu'il était un homme. Et surtout…savoir si sa peur avait raison ou pas. S'il allait la jeter ou non.

-Dorguan ne risque pas de rentrer pour l'heure. Nous sommes donc toutes les deux ma belle. Désires-tu faire quelque chose en particulier ?

Eiriel voulait lui occuper l'esprit surtout. Ellana réfléchit alors. Pour aller voir Kaëran, il faudrait qu'elle sorte de cette chambre et même qu'elle sorte de la maison. La première chose à faire était donc de voir si elle pouvait se promener dans la maison sans avoir peur…

-Je…je veux bien t'accompagner…en bas.

Eiriel sourit et se leva en prenant le plateau. Elle attendit cinq minutes qu'Ellana se soit débarbouillée puis ensemble elles sortirent. Ellana se tendit dès qu'elle fût dans le couloir. La chambre avait revêtu le caractère sécuritaire. Or, le couloir était comme un monstre qui allait lui faire mal. Les escaliers étaient ses dents qui allaient la croquer. Les poignées étaient ses mains qui allaient l'attraper. Eiriel attendait patiemment à chaque fois que la jeune femme se stoppait, apeurée. Mais Ellana ne fît en aucun cas demi-tour. Elle suivit la paysanne, descendit lentement les marches, et atterrit dans la cuisine. Elle s'assit sur une chaise, les jambes flageolantes.

-Je suis fière de toi, Ellana. D'autres femmes se seraient laissées abattre…moi-même je ne sais pas si je serais capable de rester aussi forte que toi.

-Je ne suis pas forte, Eiriel. Loin de là…

-Ah non ? Tu n'appelles pas ça de la force, que de se relever après une épreuve pareille ? De vouloir se battre après tant de souffrances alors que d'autres auraient sauté par la fenêtre pour en finir une bonne fois pour toutes ? Pour moi c'est de la force. Une très grande force. Crois-moi.

Ellana baissa la tête.

-Si j'étais forte…je serais déjà allée voir Kaëran au lieu de le laisser souffrir ainsi.

Eiriel soupira et s'assit à ses côtés, la prenant contre elle, un bras autour de ses épaules.

-Te précipiter n'aurais servit à rien et tu le sais. Tu agis par étapes et il y aura un moment donné ou tu pourras aller lui parler. Regardes, tu recommences à parler normalement, et tu es sortie de la chambre. Maintenant, il faut que tu emmagasines toute ton énergie pour sortir de la maison et le rejoindre. Cela peut te prendre deux à trois jours mais tu y arriveras. Là, tu lui expliqueras tout et vous pourrez vous reconstruire, ensemble.

Ellana regarda Eiriel dans les yeux pour la première fois. Elle semblait si convaincue…si sûre de ce qu'elle disait. Alors elle voulut y croire. Croire que cela se passerait comme ça, même si elle avait tout brisé entre elle et Kaëran.

Peut-être que leur amour était finit sans qu'elle ne le sache. Elle l'aimait, mais lui ? Peut-être en avait-il marre d'attendre une femme aussi faible qu'elle. Peut-être ne supportait-il plus d'être seul ainsi. Peut-être qu'elle avait soufflé la bougie de son amour pour elle, tout comme elle s'évertuait involontairement à éteindre la lumière dans ses yeux.

Elle eut peur que le jour ou elle irait lui parler, il lui dise qu'il ne l'aimait plus. Qu'elle devait cesser de penser à lui. Cesser de vivre avec lui. Elle eut peur qu'il lui dise de quitter la ville pour être sûr de ne plus la voir. D'un coup, même si tout ça était impossible et encore moins ce qu'elle allait penser, elle craignit qu'il ne la livre à son père…

Non ! Elle fronça les sourcils pour chasser ses pensées affreuses. Kaëran n'était pas ce genre d'homme ! Pas du tout ! Mais la peur était bien ancrée et ne partirait qu'une fois que le Lieutenant l'aurait rassurée…

Eiriel se détacha, lui souriant, et Ellana la suivit pour l'aider à préparer le repas. Dorguan était certainement resté un peu en ville après l'exécution. En effet, Ellana venait de remonter dans sa chambre lorsqu'il entra.

-Ce n'était pas très beau à voir, chérie. Commença-t-il il allait avouer et les ordres ont été mal compris. Il a emporté ses aveux dans la tombe. Kaëran était en rogne. Je n'ai même pas pu lui parler. Il se referme de plus en plus, Eiriel…et la petite ?

Eiriel enlaça son cher et tendre en soupirant. Oui, leur petit Kaëran s'éloignait et ils ne parvenaient pas à le faire attendre…il n'écoutait rien de ce qu'ils disaient…

-Elle m'a aidée à cuisiner. Elle parle à nouveau avec assez de fluidité. La prochaine étape pour elle est d'aller parler à Kaëran. Et…j'espère que ça ce fera vite. Qui sait ce qu'il pourrait faire d'insensé hein ?

Dorguan poussa un long et profond soupir. Alors qu'Ellana se relevait doucement pour recommencer à zéro avec le Lieutenant, ce dernier s'éloignait et se renfermait comme s'il croyait qu'elle ne lui reviendrait plus. Et les rares fois ou il parvenait à lui parler et lui dire que ça venait, il ne semblait pas l'écouter. Alors oui, Dorguan priait pour que Kaëran ne fasse rien d'idiot.

En haut, Ellana caressait Hewie tout en murmurant l'espèce de discours qu'elle ferait à Kaëran. Elle cherchait ses mots, cherchait comment l'expliquer. Et en même temps, les images et les douleurs revinrent. Que ce soit le chat ou le jeune homme devant elle, elle pleurerait en parlant. Quoiqu'elle fasse. Toute l'après-midi elle s'y exerça.

Le chat lui léchait les joues, émettant un drôle de bruit quand une larme lui tombait dessus ou qu'il en léchait une et n'aimait pas leur goût. Au soir, Eiriel lui apporta le plateau, ne faisant aucun commentaire sur ses yeux rouges.

Lorsqu'elle se coucha pour affronter une nouvelle nuit de cauchemars mêlés de rêves, Ellana se promit qu'elle irait bientôt parler à Kaëran.

Elle se laissait trois jours maximum pour le faire.


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 10 Mar - 17:44



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Chapitre 3
Un adieu silencieux

◆ ◆ ◆



Comme la veille lors de son retour, l’air ambiant était frais dans la demeure. Le feu s’était éteint et la seule lumière qui traversait la grande fenêtre du salon était celle projetée par la lune qui était grande et belle ce soir-là. L’armure fut retirée puis déposée dans le salon et le propriétaire des lieux fit quelques pas de plus pour prendre une bûche, se trouvant sur le dessus d’une pile située à la gauche de la cheminée, puis raviva les flammes histoire de se réchauffer un peu. Avec l’aide de son souffle, le feu de foyer reprit lentement vie et le jeune homme puis aller se préparer quelque chose à manger, bien qu’il n’avait pas réellement faim. Son sang bouillait toujours de colère face à ce qu’il s’était produit pendant l’exécution et à cause d’une mauvaise compréhension des ordres, l’on avait perdu des preuves probablement capitales pour incriminer Stark de ce complot. Il avait tout de même attenté à la vie de sa fille et de tels crimes ne restaient pas impunis dans cette ville. Surtout qu’ils étaient plutôt rares.

Kaëran alla s’assoir à table, ses yeux bleutés tachetés de vert tournés vers les flammes. Mis à part le bruit de crépitement, un silence de mort régnait en ces lieux. Dire que quelques jours auparavant cette maison grouillait de vie. C’est alors que son regard s’abaissa sur sa soupe qu’il fixa un long moment avant d’y plonger une cuillère. Il réfléchissait, pensait, et ce, sans arrêt. Il cherchait ce qui était le meilleur à faire maintenant. Valait-il mieux qu’il tourne la page et qu’il passe à autre chose ? Cette pensée lui comprimait l’estomac, mais il en avait marre de souffrir inutilement, de s’attacher à des gens qui finissaient par partir après quelque temps. Sa mère, puis maintenant Ellana ? Ensuite ce serait au tour d’Eiriel, Dorguan et Ayden ? C’était plus qu’il ne pouvait accepter désormais. Avec la dernière année auprès de Naël et sa maladie, il avait forgé cette carapace presque impénétrable qui lui permettait de se protéger lorsque rien n’allait. Cette même carapace était en train de se reconstruire avec le temps. À quoi ça servait de s’attacher aux individus autour de soit si ce n’était que pour les voir s’éloigner ensuite ?

Un long et profond soupir s’échappa de sa bouche alors qu’il terminait sa dernière cuillerée de potage. Accoudé contre la table, les poings liés devant son visage, Kaëran fixait la place qu’avait jadis prise Ellana lorsqu’ils se retrouvaient pour les repas. Une faible partie de lui lui criait qu’elle reviendrait un jour ou l’autre, qu’elle avait seulement besoin de temps pour se remettre des évènements alors que l’autre, plus forte, lui disait qu’elle était bien loin et qu’elle ne se laisserait certainement plus approcher par un homme. Et voir son regard rempli de dégoût serait quelque chose qu’il ne pourrait peut-être pas supporter. Que devait-il faire ? À vrai dire, il ne savait pas... son esprit était emmêlé dans une foule de contradictions. De ce fait, il ne savait plus quoi penser. Il était perdu dans ses tourments.

Son corps s’enfonça dans l’eau plus ou moins chaude de la cuve alors qu’une seule chandelle éclairait toute la pièce. La tête appuyée sur le rebord, Kaëran essayait de faire le vide et de se détendre, mais sans succès. L’homme prit quelques minutes pour se laver entièrement puis s’extirpa de l’eau lentement en prenant une serviette. Il s’essuya puis entoura sa taille du tissu humide pour ensuite se rendre à sa chambre où il s’affala sur son lit, sur le dos. Sauf qu’il tourna encore et encore pendant une partie de la nuit avant de s’endormir. Le lendemain, le réveil était pénible et ses paupières ne voulaient pas s’ouvrir d’elles-mêmes. Il fallut que le Lieutenant plonge sa tête dans la bassine d’eau sur sa commode pour que le tout se fasse. Ayden vint le rejoindre chez lui puis ils quittèrent pour le palais.

‘‘ Comment vas-tu, Kaë ? ‘‘

‘‘ Bien. ‘‘ Dit-il simplement, n’ajoutant rien de plus.

L’archer détourna le regard de la route pour observer son compagnon. Comme tous leurs confrères, il avait remarqué que l’ancien Kaëran était de nouveau en train de disparaître pour laisser place au Lieutenant Grognon. Un faible soupir s’échappa des poumons d’Ayden alors qu’il ramenait son regard devant lui. Il aurait voulu lui faire cracher le morceau, mais jamais personne n’avait réussi à lui soutirer ses états d’âme. Personne ne mit à part Naël, sa défunte mère. Ce fut dans le plus grand des silences que les deux jeunes hommes continuèrent leur route. Kaëran laissa l’entraînement entre les mains d’Ayden et se dirigea aussitôt vers la pièce où on gardait les archives. Il se devait de commencer à chercher des informations qui concernaient Stark et qui pourraient lui permettre d’amasser des preuves contre lui. Il ne trouvait rien qui pouvait l’incrimer pour quoi que ce soit mis à part des notes qui concernaient le décès de la mère d’Ellana. Il n’était pas question d’un enfant vivant non plus... ce qui était étrange. Le Lieutenant fronça les sourcils et ne trouva pas d’information concernant un bébé, mort ou vif à l’accouchement. Gardant les parchemins sous le bras droit, Kaëran s’en retourna à son bureau pour le restant de la journée. En fin de journée, Ayden se permit d’entrer dans le bureau de son frère d’armes qui lisait les rapports derrière son bureau et lui demanda, en prenant place sur le coin droit du mobilier en bois sculpté :

‘‘ On va prendre une petite bière à la taverne ce soir. Tu viens ? Ça te permettra de te changer les idées. ‘‘

‘‘ Non, merci. Je vais rentrer à la maison et aller me coucher... ‘‘

‘‘ Kaë... ‘‘

Le Lieutenant ne releva jamais le regard vers Ayden qui l’observait d’un oeil inquiet. Celui-ci se leva puis sortit du bureau sans un mot de plus. Lorsque la porte se referma, Kaëran leva les yeux et se redressa sur ses jambes. Il contourna sa chaise et se posta devant la grande fenêtre, regardant les faibles flocons qui tombaient de ce ciel partiellement couvert. D’ici quelques semaines, le sol serait entièrement recouvert d’un duvet blanc et le froid s’installerait pour quelques mois.

Il était maintenant l’heure de s’en retourner à la maison et la même routine s’installa; feu, repas, bain, lit. Rien de bien passionnant à vrai dire. Il mit trois bonnes heures avant de s’endormir puis le lendemain ce fut la même chose. En soirée, le Lieutenant s’était attardé dans son bureau et son chef débarqua avec un rouleau de parchemin dans les mains. Kaëran arqua un sourcil et se leva de sa chaise pour saluer son supérieur qui le lui renvoya.

‘‘ Le Lieutenant Ethan est malade et a besoin de soin. Le temps est rude là-bas et il lui faut un remplaçant le temps que sa santé lui revienne. J’ai besoin que tu t’y rendes le plus tôt possible, car ça commence à presser. Prends un cheval à l’écurie. Je veillerai à ce qu’il ne te manque de rien et enverrai un soldat t’apporter le tout chez toi d’ici quelques heures. ‘‘

‘‘ Oui, Chef. ‘‘

Il avait accepté sans hésitation, croyait que quitter la ville pour un certain temps allait lui remettre les idées en place. Aussitôt que le chef de l’armée eut quitté la pièce, le Lieutenant en fit de même et alla se chercher une monture qu’il sella lui-même avant de tirer sur la bride pour qu’il le suive. Dehors, le froid commençait à être passablement mordant. La neige tombait toujours un peu plus alors que le jeune homme s’avançait dans les rues pour s’en aller chez lui. La bête fut attachée solidement et Kaëran entra chez lui. Son absence allait certainement durée plus que quelques jours et comme personne ne résiderait dans la maison pendant ce temps, autant mieux condamné toutes les issues. Il sortit donc dehors prendre des planches, des clous et un marteau puis commença par l’étage supérieur, descendant de temps à autre chercher du bois supplémentaire. Une fois au rez-de-chaussée, Kaëran retroussa ses manches et termina sa besogne, ne laissant que la porte avant libre pour le moment. Remontant à sa chambre, il prépara ses sacs, ne prenant que le strict nécessaire et se dirigea vers son bureau où se trouvait son journal. Il le regarda un long moment, puis le prit et le rangea dans ses affaires. Finalement, le cadeau d’Ellana aura servi pour cet ouvrage et il aurait un souvenir d’elle une fois là bas. Le feu de foyer fut complètement éteint et le Lieutenant alla ouvrir la porte lorsqu’on toqua. Un soldat de nuit venait porter des provisions et des couvertures de laine chaudes pour la route.

‘‘ Bonne route, Lieutenant. Soyez prudent. ‘‘

‘‘ Merci, soldat. ‘‘

L’homme le salua puis quitta les lieux alors que Kaëran chargeait ses sacs dans les sacoches de son cheval. La porte extérieure fut à son tour condamné et le marteau fut jeté dans le buisson qui se trouvait sous la fenêtre du salon dont les rideaux étaient fermés.

Voilà...
Il quittait sa demeure pour un temps indéterminé, laissant tout derrière lui.

Traversant l’allée qui menait vers la rue, Kaëran s’autorisa de jeter un coup d’oeil vers la demeure d’Eiriel et Dorguan qui semblait endormie vu l’heure. Ellana s’y trouvait aussi, avec Hewie et il espérait qu’elle combattait pour se sortir des tortures qu’on lui avait fait vivre. Il l’espérait plus que tout et peut-être qu’à son retour, il pourrait revoir ce sourire qui ornait son visage angélique. Le coeur lourd, le soldat passa un pied dans l’étrier et se hissa sur la selle de son cheval.

‘‘ Prends soin de toi, Ellana... Je t’aime... ‘‘ Murmura t-il avant de quitter les lieux, s’enfonçant dans l’ombre de la nuit.

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MessageSujet: Re: Ruelles / L'enlèvement [Pv Ellana]   Dim 10 Mar - 20:11

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