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 Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]

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MessageSujet: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Mer 30 Jan - 19:23


Monsieur Stark n'avait jamais été aussi heureux depuis la disparition de sa chère épouse. Pourquoi ? Parce qu'il se débarrassait enfin de celle qui l'avait tuée. Heureusement qu'il était allé à la taverne, la veille…

******

Entrant dans la bâtisse, l'odeur d'alcool, les chants et les rires l'entourèrent. Se faufilant entre les tables, Monsieur Stark regardait les clients. La plupart étaient des hommes, ce qui l'arrangeait. Elle était en âge de partir et surtout, il en avait marre de l'avoir dans les pattes. Et là son regard trouva l'homme qu'il lui fallait. Au fond, un homme dans la vingtaine, épaules basses mais vêtu de l'armure. Un militaire. Gradé, au vu des galons sur les épaulières. Il semblait avoir déjà bien bu et Monsieur Stark décida de tenter sa chance. Il s'approcha après avoir acheté deux grandes chopes d'alcool et s'installa face à l'homme qui réagit à peine. Le père ne voyait pas grand chose de son visage, dissimulé dans l'ombre… Stark avança la chope vers l'autre en disant :

-C'est ma tournée.

Et intérieurement il se disait : "Savoure chaque goutte mon gars. J'ai dépensé MON argent pour toi." Il sourit et entama la conversation, parlant de tout et de rien, approchant du sujet fatal…
L'autre réagissait à peine. Il commença donc à parler de sa chèèèère fille, lui dressant le tableau de ses qualités telles que l'obéissance et la docilité. La au moins il en était sûr parce qu'il l'avait dressée lui-même. Sans montrer de signe d'intérêt, l'autre redressa tout de même la tête. Stark le voyait bien qu'il était seul et triste de l'être… (Comme il se trompe…)

-Venez demain à la boutique de tailleur sur la grand-rue. Vous ne serez pas déçu de me l'acheter.

"Et de m'en débarrasser". Il se leva et partit, satisfait.

******

Oui, Monsieur Stark était ravi. D'une pierre deux coups ! Se débarrasser de sa fille et recevoir une belle bourse sonnante et trébuchante !

Ellana elle, était recroquevillée, paniquée. C'était aujourd'hui…son père l'avait vendue à un homme qui allait lui faire ce que son père lui avait dit…
Elle sursauta lorsqu'il lui cria de venir et se précipita vers lui, obéissante. Il lui tendit une pile de tissus qu'elle cala dans ses mains alors qu'il lui donnait les consignes :

-C'est un militaire, tu lui dois obéissance, respect et dévouement, d'accord ?

Elle acquiesça.

-Tu l'appelleras "Monsieur" avec son nom de famille et rien d'autre. Tu ne parles que si l'on t'y autorise, tu ne poses pas de questions, tu obéis. Tu ne le regardes pas dans les yeux parce que tu n'es pas son égal. Toi tu es un objet, tu n'es rien.

Il prit un tissu avant de poursuivre :

-S'il veut te crier dessus, te frapper, t'insulter, tu le laisses faire sans répliquer. Si tu commets une faute et qu'il ne te punit pas, fais le toi-même, sans hésiter à te frapper, griffer, couper. Les monstres comme toi n'apprennent que comme ça.

Ellana tremblait de plus en plus et son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle…elle ne retiendrait jamais tout sa ! Et l'homme serait déçu, son père aussi…

-Autre chose : rien ne t'appartient. Ton corps est à lui compris ? Tes habits aussi. S'il veut te donner quelque chose, dis-lui de me les apporter à la place. Il voudra sans doute te prendre dès la première nuit, donc ce soir. Sois douce comme je t'ai appris et vient à lui, nue, pour qu'il voit qu'il peut le faire. Mais ne tombe pas enceinte. Débrouille-toi pour que cela n'arrive pas car les monstres ne donnent pas la vie.

Ellana acquiesça, tentant de tout mémoriser. Déjà, enceinte, c'était quoi ? Il parlait de donner la vie…un enfant ? En elle ? Impossible elle était bien trop maigre ! Comment l'enfant pourrait-il respirer et grandir ?
Elle tremblait si fortement que les tissus s'écroulèrent au sol après avoir glissé de côté. Elle paniqua de plus belle en voulant les ramasser, balbutiant :

-Pardon, désolée, excuse-moi je n'ai pas fait exprès je…

Une main la tirant par les cheveux et la redressant violemment lui coupa la parole. Elle grimaça mais son père la collait déjà au mur et la giflait en disant méchamment :

-Tu n'as pas intérêt à te montrer aussi maladroite chez lui ! Espèce de bonne à rien ! Ramasse! Et plus vite que ça !

Il la relâcha et elle se précipita au sol, ramassant et repliant les tissus en tremblant, les larmes aux yeux. Elle était nulle, nulle, toujours nulle !
Comment allait-elle s'en sortir là-bas chez le militaire ? Qu'allait-il penser d'elle ?

Elle redonna les tissus à son père qui les prit sans ménagement.

-Maintenant file dans ta piaule et répète toi les consignes. Bête comme tu es tu es capable de les oublier. Je te chercherais une fois qu'il sera là. Et arrête de chialer ! Bon sang tu as 22 ans et tu me fais penser à une gamine !

Ellana hocha de la tête et alla vers sa chambre en essuyant les petites larmes sur ses joues. Elle avait parfois l'impression qu'elle avait passé sa vie à pleurer. Se faufilant sur son petit lit, elle replia ses jambes contre sa poitrine, se remémorant les consignes de son père. Elle avait tellement peur…être avec un homme inconnu la terrifiait. Et son père lui avait dit qu'il allait vouloir la prendre tout de suite. Son père lui avait fait mal chaque nuit avec ses doigts. Il lui avait tout montré de l'intimité masculine, l'obligeant à toucher et embrasser pour être à la hauteur. Il en avait gémit de plaisir alors qu'elle en frissonnait encore. Elle avait peur de ce qu'il allait faire…avec ça justement. Entrer en elle comme les doigts de son père ? Cela la paniquait encore plus si possible. Elle n'allait pas être à la hauteur…elle était nulle, bonne à rien…

L'homme serait déçu de l'avoir prise et elle voudrait se faire excuser qu'elle n'y arriverait pas plus qu'avec son père pour la mort de sa mère…

Elle regarda vers la fenêtre, reniflant et une autre pensée apparut.

Aujourd'hui elle allait sortir pour la première fois de sa vie.

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MessageSujet: Qu'on me fou la paix...   Jeu 31 Jan - 2:17

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Chapitre 1
Qu’on me fiche la paix...

◆ ◆ ◆



C’était la dernière journée avant sa permission et c’était plus qu’apprécié.. Au palais, on s’occupait des nouvelles recrues qui ne faisaient que gaffer ou rire entre eux alors qu’il fallait s’entraîner. Combien de fois avait-il fallu les ramener à l’ordre ? Elles étaient déjà trop nombreuses et la patience du Lieutenant avait atteint sa limite. Un frère d’armes avait dût le calmer avant que celui-ci n'aille leur fouttre une raclée derrière la tête pour les ramener à l’ordre. Le prenant à part, le soldat leva les yeux vers Kaëran qui ruminait intérieurement. Il lui parla, mais son supérieur et ami semblait ailleurs.

‘‘ Kaë... ? Hey ! ‘‘

Kaëran détourna enfin le regard pour le poser sur son frère d’armes qui fronçait légèrement les sourcils. Celui-ci était inquiet et ne savait pour quelle raison.

‘‘ Quoi ? ‘‘

‘‘ Tu as les nerfs à vif depuis quelque temps. Je sais que l’état de ta mère s’aggrave, mais ce n’est pas une raison pour s’acharner sur les jeunes même s’ils sont aussi maladroits que des jeunes moutons. Peut-être devrais-tu songer à prendre quelques jours de repos pour t’occuper d’elle ? ‘‘

‘‘ C’est inutile, Eiriel s’occupe déjà d’elle quand je ne suis pas là ... ‘‘

‘‘ Mais si tu étais à la maison, ce sera toi qui le ferais et pas elle. De plus, je suis certain que ta mère appréciera de te savoir à ses côtés au lieu de passer tes journées à ruminer et tes soirées à fricoter dans les tavernes de la cité. ‘‘

Le Lieutenant lui lança un regard qui voulait dire mêle toi de ce qui te regarde et le poussa sans le brusquer pour retourner à ses occupations. Son frère d’armes ne put que soupirer de découragement et s’en retourna dans les rangs pour veiller, comme tous les plus anciens, sur l’apprentissage des plus jeunes et des recrus. Après cet entraînement matinal, Kaëran prit machinalement le chemin qui conduisait à l’aile réservée aux soldats pour assister à une réunion qui ne faisait que résumer la situation en ville ainsi qu’à l’extérieur; aucune menace en vue. Bien ! Alors, il pouvait s’ennuyer à remplir sa paperasse dans un bureau, retrouvant enfin le calme et le silence. Se retrouvant seul avec lui-même et ses pensées. Quelle journée ennuyante quand même ... s’en devenait ridicule, mais au moins elle se termina. Kaëran quitta donc le palais pour se rendre jusqu’au village sans prendre la peine de s’en aller chez lui. À quoi bon ? Eiriel y était certainement et il n’avait pas envie de se faire engueuler comme elle savait si bien le faire ‘‘ Ce n’est que pour ton bien et celui de ta mère ! ‘‘ Criait-elle à chaque fois. Mais il s’en fichait. Au point où il en était rendu ... Sa gorge se serrait en pensant que Naël ne survivrait pas bien longtemps encore. Sa mâchoire se crispa elle aussi. Secouant ses idées, le jeune homme emprunta un chemin qu’il connaissait bien pour y être passé régulièrement: celui de la taverne. Dès que la porte s’ouvrit, les yeux se levèrent et le calme se fit. Le tavernier était à chaque fois soulagé de le voir débarquer. Non seulement parce que sa seule présence ramenait l'ordre dans l’établissement, mais aussi parce qu’il était un bon client et qu’il laissait trois fois trop de pourboire. Qui s’en priverait ? Pas lui en tout cas.

Kaëran s’asseya donc au même endroit qu’à l’habitude; une chaise et une petite table pour deux personnes située à l'extrême droite de la taverne, dans un coin plutôt sombre. Ici, il était certain d’avoir la paix pendant la soirée et pourrait se morfondre. Mais son petit moment de solitude ne dura pas bien longtemps. Au bout d’une heure, où le jeune homme avait déjà avalé une bonne quantité d’alcool, un étranger vint prendre la place vacante juste devant lui sans même demander la permission. M’enfin ..., c’était à peine s’il l’avait remarqué alors bon.

‘‘ C’est ma tournée. ‘‘

Une chope bien remplie apparue alors devant celle qu’il tenait déjà d’une main ferme. C’est alors que les yeux vairons de Kaëran se levèrent vers cet inconnu qui souriait. Boff ... qu’est-ce qu’il pouvait s’en foutre après tout. Si cet homme voulait parler, qu’il parle, mais hors de question qu’il en fasse de même. Alors, le Lieutenant engloutit le restant de bière qu’il y avait dans son contenant et ne se pria pas pour prendre la bière qu’on lui avait offerte. Le liquide froid coullait alors dans sa gorge, brouillant son esprit au fur et à mesure que l’étranger parlait. Il déblatérait sans arrêt et les sujets lui échappèrent complètement. À vrai dire, il était seulement parti dans un autre monde où sa frustration s’apaisait et se cachait pour un temps déterminé. Dans un endroit où il pouvait enfin respirer librement. Dans un endroit à la douleur ne le rongeait pas à petit feu.

Puis deux heures plus tard ... Arh ... mais ce qu’il commençait à être énervant celui-là ! Allait-il finir par le laisser tranquille un jour ? Il semblerait que non, car maintenant l’homme parlait de sa fille. Il n’en avait rien à foutre de sa fille ! Tout ce qu’il voulait, c’était la paix et rien de plus. Sauf qu’elle semblait bien difficile à trouver en cette journée merdique. Jusque-là, Kaëran regardait la poignée de sa chope vide et ne déviait aucunement jusqu’à ce moment. Leurs regards se croisèrent et l’étranger esquissa un étrange sourire tout en se levant de sa chaise.

‘‘ Venez demain à la boutique de tailleur sur la grand-rue. Vous ne serez pas déçu de me l’acheter. ‘‘

D’acheter quoi ? Un vêtement ? Alors là, il en avait manqué un bout, car il ne se souvenait même plus de quoi il en détournait. Demain il saurait certainement ...

Sur ce, le Lieutenant quitta les lieux d’un pas extrêmement lent et s’en retourna à la maison. Le chemin lui semblait long tout à coup et le décor semblait sans cesse s’éloigner. Bon sang ... il avait un peu trop abusé des bienfaits de l’alcool et l’engueulade à laquelle il aurait droit en mettant un pied chez sa mère !

‘‘ KAËRAN EIRA ! ‘‘

Voilà, ça commençait déjà ... Eiriel le prit par l’encolure de sa cape vermeille et le cloua brusquement contre la porte refermée. Le métal de l’armure ne manqua pas de se plaindre dans un tintement métallique alors que le regard de la femme se plantait dans le sien. Kaëran roula les yeux et soupira, tentant de se dégager comme à l’accoutumé, mais cette fois Eiriel ne se laissa pas faire et lui empoigna le visage pour le serrer fortement d’une main.

‘‘ Oh là jeune homme ! Tu vas m’écouter cette fois parce que je commence à en avoir marre ! ‘‘ S’écria-t-elle, rouge de colère. ‘‘ Ta mère a besoin de toi en ce moment et toi tu vas noyer ta peine parmi les soulons?! Tu es un Lieutenant, Kaë ! Montre l’exemple bon sang ! ‘‘

‘‘ Qu’est-ce que ça peut te faire que je sois sobre ou pas ? Fiche-moi la paix... ‘‘

‘‘ Ce que ça peut me faire ?! Tu es comme un fils pour moi et ta mère se meurt Kaëran... Va la voir. Je t’en prie ... ‘‘

Le concerné fut libéré de l’emprise de la femme de forte corpulence qui le regardait maintenant, une profonde tristesse peinte au fond de ses yeux verdâtres. Sans un mot Kaëran alla se débarrasser de son armure et alla dans la chambre de sa mère où se trouvait déjà Eiriel. Naël était semi-assise, plusieurs oreillers sous le dos afin de lui assurer un support confortable. Son regard bleuté se posa alors sur son fils qui vint prendre place à ses côtés, s’asseya simplement sur le bord du lit. Une main frêle et froide caressa sa chevelure en bataille et de faibles paroles sortirent de la bouche de la mère.

‘‘ Kaë... je suis désolée... je suis devenue un fardeau n’est-ce pas ? ‘‘

‘‘ Non, ne dis pas de stupidités, je t’en prie. Tu te trompes ... ‘‘

‘‘ Tu ne souris plus. Tu ne ris plus. Tu ne me racontes plus de blague avant que je m’endorme et... je ne te vois plus aussi régulièrement qu’auparavant... ‘‘ Mumura t-elle avec difficulté. ‘‘ Eiriel m’a tout dit... et tu sens l’alcool à plein nez... Alors ne me cache pas la vérité, mon grand. ‘‘

Kaëran planta son regard dans celui de sa mère et ne put se résoudre à le soutenir plus longtemps. Ce sentiment de honte revenait à la surface, tout comme la pensée de savoir que bientôt, elle le quitterait, qu’elle l’abandonnerait pour de bon et lui qui buvait comme un lâche... quel égoïste !

Le jeune homme ne chercha pas à se justifier et se leva, couchant confortablement sa mère dans son lit. En tirant les couvertures sur elle, ses lèvres se déposèrent sur son front et il ferma les yeux en fronçant les sourcils.

‘‘ Je t’aime ... m'man ... ‘‘

‘‘ Mon chéri ... ‘‘ Rétorqua t-elle, sentant la frustration de son fils.

Eiriel se poussa pour le laisser sortir de la chambre et elle envoya un regard désolé à Naël qui ferma les yeux de tristesse. Voir son enfant dans un tel état à cause de sa maladie lui faisait si mal. Mais que pouvait-elle y faire ? La mort ne venait toujours pas la chercher et pourtant elle souhaitant tant retrouver son amour, son soldat qui était quelque part, elle ne savait où. Une larme roula sur sa joue pâle alors que la porte se refermait derrière son amie qui quitta la demeure pour s’en retourner chez elle. Dans la pièce voisine, Kaëran se maudissait de ne pas avoir su réconforter sa mère. Il n’y arrivait pas et ne savait pas comment faire... Ainsi, il se laissa tomber sur le dos dans son lit et ferma les yeux à son tour, se morigénant en silence.

Au petit matin, il se leva avec difficulté; la gueule de bois. En grognant et se frottant la nuque de la main droite, notre soldat fila se laver dans la pièce d’eau et profita de la chaleur de l’eau pour détendre ses muscles endoloris et marqués par une semaine chargée. Lorsqu’il ressortit, il enfila un pantalon propre et quitta la pièce, une chemise en main, puis bifurqua dans la chambre de sa mère qui était réveillée, mais qui fixait le plafond.

‘‘ Bon matin, m'man. ‘‘ Dit-il, doucement.

‘‘ Bon matin mon grand ‘‘ Répondit t-elle en tournant la tête de côté pour l’apercevoir.

Celui-ci l’aida à s’assoir dans son lit et elle caressa sa joue, la mine dépitée. Son fils prit alors sa main dans les siennes, l’éloignant par le fait même de son visage et la garda emprisonner. Kaë baissa le regard, ferma les yeux un moment et soupira. En réalité, il cherchait ses mots. Il cherchait quoi lui dire alors que pourtant, ce n’était pas si difficile !

‘‘ J’ai à faire en ville, mais je vais vite revenir et passerai la journée avec toi. ‘‘

‘‘ Tu ... pourrais m’amener à la rivière ? J’aimerais voir cet endroit encore une fois et ... prendre un peu d’air frais. Pas que je n’aime pas mon lit, mais ... ‘‘ Elle se tut brusquement, secouée d’une violente toux puis poursuivie après s’être calmée. ‘‘ Je suis las de voir le même décor tous les jours. ‘‘

Naël souriait à son fils qui ne le lui rendait toujours pas, se contentant d’embrasser son front avant de la laisser aux bons soins d’Eiriel qui venait d'arriver à la maison pour la mettre au bain. Kaëran salua alors les deux femmes puis fila vers la grand-rue en direction de la boutique du tailleur tout en roulant les manches de sa chemise jusqu’aux coudes. Sa mémoire lui jouait des tours et il ne parvenait toujours pas à savoir ce que l’homme de la veille lui voulait. Ce ne fut qu’en débarquant sur place, après plusieurs minutes de marche, qu’il sut de quoi il en retournait.

‘‘ Vous voilà ! J’ai bien cru que vous auriez oublié, même si la matinée ne fait que commencer. Vous êtes donc venu la chercher, n’est-ce pas ? ‘‘

‘‘ La chercher ? ‘‘ Dit-il brusquement.

Le tailleur fronça les sourcils un instant, faisant douter son invité, mais s’empressa de rire et de contourner son comptoir pour s’approcher de lui. Entourant les épaules du soldat d’un bras, Monsieur Stark commença.

‘‘ Ma fille, vous ne vous souvenez pas ? Vous étiez sensé me l’acheter. ‘‘

Le Lieutenant parut outré et se dégagea brusquement de cet homme qui lui semblait un peu trop amical soudainement. Et puis, de quoi parlait-il ? Acheter sa fille ?! Mais il divaguait ou quoi? Il était peut-être désespéré et en train de couler, mais de là à acheter une femme, jamais.

‘‘ Écoutez, je ne sais pas ce que vous avez cru, mais il est hors de question que j’achète votre fille. Si c’est d’argent que vous avez besoin, prenez ma bourse et fichez-moi la paix. ‘‘ Dit-il en lui lança ladite bourse d’or.

‘‘ Mais attendez ! J’ai su que votre mère était mourante ... un peu d’aide et de compagnie ne lui ferait certainement pas de tort non ? Son amie pourrait donc se reposer. ‘‘ Commença t-il avant d’hurler : ‘‘ ELLANA ! ‘‘

Kaëran n’eut même pas le temps de rétorquer qu’il entendit du bruit et qu’une jeune femme apparut en sortant de l’arrière-boutique, un sac en main. De taille moyenne, elle avait de longs cheveux noirs qui cascadaient légèrement jusqu’à ses reins. Cependant, il ne put voir clairement son visage, car elle avait aussitôt baissé la tête en présence des deux hommes. Le père de la jeune femme souriait et la poussa doucement dans sa direction. C'était comme s'il cherchait à s'en débarrasser.

‘‘ Allez, ouste maintenant. Et prenez soin d’elle ... Monsieur Eira. ‘‘

Forcé à quitter la boutique, Kaë n’eut le temps que de se retourner pour désapprouver tout ça que la porte se referma devant son nez. Non, mais il avait du culot ! Maintenant il se retrouvait avec une inconnue qui ne semblait jamais avoir mis le pied dehors! Les membres de la dénommée Ellana tremblaient sans qu’il en comprenne la raison, mais il ouvrit la marche et automatiquement la jeune femme le suivit en silence. Ce fut ainsi jusqu’à ce qu’ils arrivent chez lui, croisant Eiriel qui s’apprêtait à partir.

‘‘ Ta mère t’attend avec impatience, Kaë. ‘‘ Puis elle étira le cou. ‘‘ Oh ! Il y avait longtemps que tu n’avais pas ramené une jolie demoiselle. Comment t’appelles-tu ma belle ? ‘‘

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Dernière édition par Kaëran Eira le Ven 3 Mai - 3:22, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Jeu 31 Jan - 19:12


Assise sur son lit, Ellana se répétait les consignes de son père. Ses tremblements ne cessaient pas et sa peur la rongeait de plus en plus. Lentement, elle avait préparé un petit sac avec sa seconde tenue, ses aiguilles de couture avec du fil et son nécessaire de toilette. C’était un petit sac en toile qu’elle avait cousu dans ses débuts, remplit de défauts. Son père l’avait violemment punie pour avoir gâché autant de tissu. Et tout ça ne lui appartenait pas, rien n’était à elle et elle-même n’était rien. Son père comptait sur elle…et elle sentait qu’elle n’y arriverait pas. L’homme regretterait de l’avoir achetée…C’est là qu’elle entendit deux voix. Son père et sans doute l’homme. Elle se tordit les mains, se préparant à obéir à l’appel de son père. Et lorsque son prénom retentit, elle prit son sac et sortit de sa chambre qu’elle n’avait pas fermée au risque d’être enfermée, puisque la poignée ne se trouvait qu’à l’extérieur. Arrivée dans la boutique, elle garde la tête baissée, comme son père lui avait dit. D’ailleurs celui-ci était pressé de la voir s’en aller, la poussant vers l'homme en disant :

-Allez ouste, maintenant. Et prenez soin d’elle…Monsieur Eira.

Et il les mit dehors, refermant la porte. Ellana n’avait pas pu tenter de lui dire au revoir. Dès que Monsieur Eira avança, elle le suivit, ne levant pas la tête et tremblante. Elle était dehors…il y avait tant de bruits, d’odeurs ! Les conversations des gens, les rires des enfants, les parfums floraux…Elle ne voyait que les pieds, collant son nouveau maître, et constatait qu’il y avait beaucoup de monde. Trop même. Elle vit une feuille au sol ornée d’étranges symboles noirs. Mais le plus important…le vent. Il s’infiltrait dans ses cheveux et caressait sa peau. Si elle en avait eu le droit, elle aurait sourit et aurait pu se sentir heureuse. Mais elle ne fît rien et marcha en silence. Elle était terrifiée mais elle était dehors ! Ils arrivèrent devant une maison qu’elle ne détailla pas, tête basse, et entrèrent. Une troisième personne était là et dit :

-Ta mère t’attend avec impatience, Kaë.

Ellana restait stoïque dans son coin, son sac en main. Ne pas laisser aller sa curiosité, ne pas regarder, elle n’était qu’un objet. Sauf qu’on s’adressa à elle :

-Oh ! Il y avait longtemps que tu n’avais pas ramenée une jolie demoiselle. Comment t’appelles-tu ma belle ?

Tremblante mais ne regardant que le sol, elle mit quelques secondes à répondre, réfléchissant si elle en avait le droit ou non parmi les consignes :

-Ellana, Madame Eira.

Et sur ces mots la femme se mit à rire doucement. Qu’est-ce qu’elle avait dit ? Elle avait déjà fait une faute, oh non…elle devait y penser pour se punir ensuite.

-Je ne suis pas Madame Eira, Ellana. Moi je suis une amie, je me nomme Eiriel.

Ellana ne bougea pas, ne fît rien. Elle s’était trompée ! Elle était nulle ! Et elle tremblait encore plus. La femme salua Monsieur Eira et s'en alla ensuite, un petit sourire aux lèvres. L'homme se dirigea alors vers une autre pièce. Devait-elle suivre ? Elle n'était rien, donc elle n'était pas autorisée à prendre des initiatives. Et encore mois à être libre. Que pensait-il d'elle ? Elle avait déjà fait une erreur ! Finalement, elle le suivit, restant en-dehors de la pièce, tête basse. S'il avait besoin d'elle il pourrait donc l'appeler ou hurler comme son père. Elle entendait deux voix, dont une assez faible et féminine. Elle se promit alors de se punir une seconde fois pour avoir eu un élan de curiosité.

Toujours tête basse, elle se remémorait les consignes. Une par une. Pour ne pas faire encore d'erreur. D'ailleurs, elle était à moitié seule. La main qui ne tenait pas le sac se leva vers son autre bras, remonta la manche de la chemise et, lentement, elle commença à se griffer. Et elle n'hésitait pas à enfoncer ses ongles dans sa peau, jusqu'à ce qu'elle soit bien rouge. Elle poursuivit, laissant même perler une goutte de sang, signifiant que ses deux fautes étaient réparées. Elle replaça la manche convenablement et se remit droite, tête basse. Ses yeux vairons ne voyaient à nouveau plus que ses pieds et le sol rutilant ou elle était. Elle entendit alors une voix faible :

-Entre donc…n'aie pas peur…

Elle entra, tête basse, obéissante et docile. Elle avait juste pu voir que c'était une femme allongée et mal en point.

-Ellana…c'est…ça ?

La dénommée inspira, tremblante et ses griffures l'élançant, et répondit comme tout à l'heure, déduisant que c'était la maîtresse de maison :

-Oui, Madame Eira.

-Mon fils a bien besoin d'une compagnie autre…que celle d'une mère malade…

C'était donc sa mère…Ellana se morigéna. Pas de curiosité. Rien. Elle n'était rien. Juste un monstre qui avait tué sa mère…
Elle garda bouche close, même si elle aurait aimé lui dire qu'elle ferait tout ce qu'on lui demanderait. Et même la nuit…

-Tu peux parler…tu sais…Kaé va te préparer une chambre…

Sa bouche s'ouvrit d'elle-même :

-Monsieur Eira n'a pas besoin de me préparer une chambre, Monsieur Eira peut me donner un coin ou je peux dormir, Monsieur Eira ne doit pas me donner un lit.

Et elle se mordit la lèvre, tremblant de plus belle, ne levant pas la tête. Elle avait parlé ! Elle avait trop dit ! Elle devait se punir…

Mais il s'en alla tout de même après un moment de silence.

-Ellana, arrête…de trembler…pourquoi as-tu peur ?

-Je n'ai pas peur…Madame Eira ne doit pas se soucier de moi. Je ne suis rien, il ne faut pas prêter attention à moi.

Et encore trop dit. Mon dieu mais qu'est-ce qu'elle était idiote ! Nulle ! Elle serra sa main sur son sac. Encore des punitions en vue. C'était comme si sans son père elle oubliait tout. Tout ce qu'il lui avait rentré dans le crâne depuis qu'elle était toute petite. Et si Monsieur Eira allait chez lui pour lui dire qu'elle ne le satisfaisait pas ? Son père serait furieux…et cette fois elle en pâtirait encore plus violemment que les fois précédentes…

En plus, bien sûr que si qu'elle avait peur. La peur était sa seule compagnie depuis près de dix-huit ans. Depuis que son père avait commencé à la battre et lui inculquer les règles. Ils n'étaient qu'au matin, mais la journée passerait vite et le soir…Monsieur Eira voudrait d'elle…
Plantée comme un piquet, nerveuse, elle attendit que Monsieur Eira revienne et lui donne un ordre. Et dès qu'elle pourrait, elle se punirait encore. Les griffures continuaient à piquer mais elle s'en fichait.

Les monstres n'apprennent qu'ainsi ...

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Ven 1 Fév - 2:43

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Chapitre 1
Qu'est-ce que... ?

◆ ◆ ◆



    Eiriel avait légèrement arqué un sourcil en voyant la réaction pour le moins anormale de la jeune femme. Levant un regard interrogateur en direction de Kaëran, celui-ci planta son regard dans le sien et haussa les épaules d’incompréhension. Tout comme pour elle, la cause de la nervosité d’Ellana lui restait inconnue. Jamais elle n’avait levé les yeux du sol, cachant ainsi son visage dans l’ombre de sa longue et épaisse crinière ténébreuse. Peut-être y avait-il une raison qui pouvait expliquer cette peur ? Et puis d’un autre côté, ce n’était pas tous les jours qu’un père vendait sa fille à un parfait inconnu. La peur qu’il lui fasse du mal devait la tenailler jusqu’au plus profond de ses entrailles. D’ailleurs, le jeune homme ne devait pas omettre de lui dire de partir, si là était son réel désir. Il n’allait tout de même pas la forcer à rester si elle ne le voulait pas.

    ‘‘ Ellana, Madame Eira. ‘‘ Répondit l’invitée d’une voix faible et tremblante.

    Pour détendre l’atmosphère et surtout apaisé l’état d’anxiété d’Ellana, Eiriel se mit à rire doucement. Si l'invitée avait daigné lever les yeux une seule petite seconde pour la regarder, là elle aurait compris qu’il n’y avait aucune ressemblance entre elle et les Eira. Eiriel était une femme assez corpulente et de petite taille. Ses cheveux étaient mi-longs, noirs et toujours attachés en chignon. Son regard lui, était aussi sombre que sa chevelure alors que sa peau était plutôt sombre. Se voulant rassurante, l’amie de Naël dit d’une voix douce :

    ‘‘ Je ne suis pas Madame Eira, Ellana. Moi je suis une amie, je me nomme Eiriel. ‘‘

    Mais l’absence de réaction étonna Kaëran tout comme Eiriel. Qu’est-ce qui n’allait pas ? Ses tremblements avaient repris de plus belle et même, c’étaient amplifié légèrement. Les deux adultes s’échangèrent un long regard, confus, mais l’amie de Naël devait quitter. Elle avait tout de même un foyer elle aussi ! Sur ce, elle enlaça Kaëran qui fit de même et la salua tout en refermant la porte derrière elle. Ellana n’avait pas bougé d’un poil, toujours au même endroit, la tête basse. Elle allait finir par avoir un torticolis à force de rester dans cette position. M’enfin... si elle était bien dans cette posture ! Kaë ne jeta donc qu’un bref regard à la jeune femme et commença à marcher dans le hall, puis entra dans la chambre de sa mère qui frétillait d’impatience. Elle était allongée, certes, mais ses pieds ne cessaient de bouger.

    ‘‘ Te voilà enfin ! ‘‘

    ‘‘ Enfin ? Je ne suis pas parti depuis bien longtemps pourtant ... Ce que tu es impatiente. ‘‘

    Naël ricanait doucement, mettant une main devant sa bouche lorsqu’elle se mit à toussoter, puis fit un sourire radieux à son fils qui l’aidait à s’assoir de moitié. C’est alors que son ventre se mit à crier famine, attirant le regard de Kaëran qui fronçait les sourcils.

    ‘‘ Tu ne viens pas de manger ? ‘‘

    ‘‘ Je voulais t’attendre... comme tu n’avais pas mangé toi non plus, j’ai cru que ce serait bien de le faire près de la rivière. ‘‘ Avoua t’elle en souriant bêtement.

    ‘‘ Je vais réprimander Eiriel dès demain. ‘‘ Répondit Kaë, un sourire en coin à peine visible sur les lèvres.

    Quittant alors la chambre pour se rendre à la cuisine, le jeune homme passa à côté d’Ellana. Habitué d’être seul dans cette maison avec sa mère, Kaëran en avait oublié la présence de la jeune femme tellement elle se faisait discrète et petite. Mais elle ne passa pas inaperçue aux yeux d’une autre personne. Naël avait vu sa silhouette en retrait en dehors de la pièce. Au départ, elle n’était pas certaine, croyant halluciner, mais elle ne se trompait pas. Il y avait bien une jeune femme qui lui était inconnue dans sa demeure. C’était donc elle qu’elle avait entendue un peu plus tôt !

    ‘‘ Entre donc…n’aie pas peur… ‘‘ Murmura doucement la mère alors que la jeune inconnue s’approchait tranquillement, la tête basse. ‘‘ Ellana…c’est…ça ? ‘‘

    ‘‘ Oui, Madame Eira. ‘‘ Soufflant t-elle, tremblante.

    ‘‘ Mon fils a bien besoin d’une compagnie autre…que celle d’une mère malade… ‘‘

    Un sourire triste se dessina sur les lèvres de Naël qui baissa légèrement les yeux. Elle aurait tout donné pour avoir une santé de fer et de pouvoir prendre soin de son seul enfant comme le faisait les autres parents. Certes son fils était devenu un adulte, un homme et avait une profession pour le moins gratifiante, mais une mère ne devait-elle pas veiller longtemps sur sa progéniture ? Ce qui la désolait le plus dans tout ça était qu’elle ne pourrait pas connaître la femme qui partagerait sa vie, son mariage et ne verrait jamais ses petits enfants si un jour il en avait. La gorge serrée, Naël ferma les yeux un moment puis chassa ces pensées pour reporter son attention sur Ellana, la regardant de ses yeux bleutés.

    ‘‘ Tu peux parler…tu sais…’’

    Elle était bien silencieuse cette petite... pourtant, Naël n’allait pas la manger si elle voulait parler. Du moins, pas à sa connaissance !

    ‘‘ Kaë va te préparer une chambre… ‘‘ Commença t-elle, Ellana s’empressant alors de rétorquer :

    ‘‘ Monsieur Eira n’a pas besoin de me préparer une chambre, Monsieur Eira peut me donner un coin ou je peux dormir, Monsieur Eira ne doit pas me donner un lit. ‘‘

    La mère en eut le souffle coupé. Monsieur Eira ? Personne ne l’appelait ainsi pourtant. Lui qui avait une sainte horreur des formules de politesse. S’il entendait ça, ses cheveux se dresseraient bien sur sa tête le pauvre ... C’est à ce moment qu’Ellana se remise à trembler, inquiétant Naël qui n’avait jamais vu une telle réaction. Elle avait peur ? Si oui, de quoi? De son fils ? Impossible ... il n’avait jamais levé la main sur qui que ce soit, même lors de ses crises de frustration. La seule chose qu’il faisait était de claquer les portes avec une telle force que les cadres de la demeure tombaient sur le sol dans un bruit sourd. Se voulant rassurante, la mère adoucit le timbre de sa voix et arqua les sourcils et demanda :

    ‘‘ Ellana, arrête…de trembler…pourquoi as-tu peur ? ‘‘

    ‘‘ Je n’ai pas peur…Madame Eira ne doit pas se soucier de moi. Je ne suis rien, il ne faut pas prêter attention à moi. ‘‘

    Naël parut littéralement bouche bée. Cette jeune femme n’avait-elle aucune estime d’elle pour se traiter de la sorte ? Dès qu’elle en aurait l’occasion, il faudrait qu’elle en parle avec son fils, car c’était étrange. Cela expliquait aussi le fait qu’elle ne daigne leur jeter un seul regard. C'était certainement pour ne pas les offusquer. Kaëran passa alors devant la chambre, se dirigeant tout au fond du couloir où se trouvait la chambre d’ami qui n’avait pas été utilisée depuis longtemps. Prenant des draps qui se trouvaient dans le coffre situé au pied du lit, le jeune homme les secoua et les plaça vite fait bien fait avant de revenir vers sa mère et Ellana.

    ‘‘ Tout est prêt. La chambre d’ami aussi. Si tu veux aller porter ton sac à ta chambre, elle se situe au bout du couloir, Ellana. ‘‘

    La concernée semblait hésiter, mais elle s’exécuta sans un mot et quitta la pièce alors que Kaëran s’approchait de sa mère qui s’asseyait avec difficulté au bord du lit.

    ‘‘ Kaë ... cette jeune femme, tu la connais ? ‘‘

    Kaëran croisa alors le regard inquiet de sa mère. Bon sang ... Il s’était douté qu’ils auraient fini par en parler, mais là ? Maintenant ? Tout ça était dû à un malentendu à cause de la veille. Qu’allait dire sa mère s’il lui racontait ce dont il se souvenait de sa soirée à la taverne et qu’en réalité, le tailleur de Racium ne désirait que lui vendre sa fille pour une modique somme d’argent ? Modique pour lui oui ... Le Lieutenant soupira de découragement et répondit par la négative à sa mère qui semblait du coup rassurée. En fait, Naël avait eu peur qu’Ellana soit dans cet état à cause de son fils. C’était stupide de croire ça, mais ne sait-on jamais ! Or, elle faisait entièrement confiance à Kaë. Sur ce, le jeune homme l’aida à grimper sur son dos, barrant ses jambes d’un bras et tenant ses poignets de l’autre.

    ‘‘ Tu as encore maigri et pourtant, tu manges plus qu’avant. Je n’y comprends absolument rien ... ‘‘

    ‘‘ Ah ! Secret ... de femme malade ! ‘‘

    ‘‘ Mouais ... ‘‘

    Ellana apparut à ce moment, et on lui demanda gentiment de prendre le panier qui se trouvait sur la table de cuisine, car personne d’autre qu’elle ne pouvait l’apporter. Encore une fois, elle s’exécuta et le prit. Naël lui demanda alors de les accompagner et Kaëran ne s’y opposa pas, car de toute manière, elle n’était pas totalement encombrante. Ainsi, le trio se dirigea vers la rivière qui se situait en bordure de Racium, quelque peu en dehors des murs de la ville, en pleine nature. Le Lieutenant ouvrait la marche, Naël surveillait Ellana, et Ellana suivait comme un chien de poche derrière dans un silence total. Une fois sur les lieux, la mère délia ses jambes et posa délicatement les pieds par terre. Son fils lui servit donc de support alors qu’elle essayait de marcher, mais ses forces l’abandonnaient et elle n’y arrivait plus...

    ‘‘ C’est désolant... je me sens tellement inutile. Mes jambes ne me supportent même plus... ‘‘

    Naël fut prise d’une violente toux et grimaça sous la douleur, entourant sa gorge de ses doigts alors que Kaëran s’agenouillait devant elle, sa main sur son front.

    ‘‘ Tu recommences à faire de la fièvre ... tu es certaine de vouloir rester ici ? ‘‘

    ‘‘ Je ne veux pas ... retourner dans mon lit ! ‘‘

    C’était aussi simple que ça et Kaëran ne chercha pas à s’obstiner avec sa mère qui était bien décidée à profiter de sa liberté. De plus, il était difficile pour elle de passer une journée bien remplie avec son propre enfant. Alors, autant en profiter pendant qu’il ne se défilait pas. Pour ça, elle se devait de remercier Eiriel qui l’avait une fois de plus remis à sa place. Bref, on s’installa tranquillement et Naël tapota la couverture sur laquelle elle était assise pour montrer à Ellana qu’elle pouvait s’assoir. Celle-ci s’exécuta docilement comme à toute les fois et on lui donna de quoi se rassasier.

    L’après-midi se déroula dans un silence plutôt apaisant pour les Eira qui ne faisaient que profiter des sons de la nature ainsi que de ses douces odeurs. Il n’y avait rien de mieux pour se vider l’esprit et de fuir la vie de la ville au quotidien. Les yeux fermés, le nez dans les airs, Naël souriait doucement et profitait de la douce caresse du vent sur sa peau et ses cheveux alors que le Lieutenant faisait voler des pierres plates à la surface de l’eau, celles-ci rebondissants à quelques reprises avant de couler. Le temps s’écoula alors que le vent se levait toujours un peu plus. Plus fort. Plus violent. Le ciel commençait tout juste à se couvrit même si au loin on pouvait voir une épaisse masse grisâtre s’approcher dangereusement de Racium. Kaëran s’approcha alors de sa mère qui fit la moue, mais comprit lorsqu’il lui désigna l’horizon de la tête.

    ‘‘ Il ne faudrait pas que vous attrapiez froid toutes les deux ... ‘‘

    Eh non... il n’avait pas envie d’avoir deux malades à s’occuper en plus de ses responsabilités au palais. Alors direction la maison et d’un pas un peu plus rapide. Le chemin de retour fut plus court puisque Kaë passait par les petites rues habituellement peu fréquentées et fréquentables à ces heures. Mais bon, on le connaissait tout de même maintenant et même un pur idiot n’oserait lui sauter dessus sans finir le nez cassé; on ne s’en prenait pas à sa mère. Voilà. Donc une fois à la maison, Naël fut conduite dans le salon alors que Kaëran sortait ce qui se trouvait dans le panier pour ensuite le ranger et comme bientôt ce serait l’heure du repas, il commençait à couper les légumes. Ellana se tenait là, à côté, et semblait attendre quelque chose qu’il ignorait. Ses yeux vairons se posèrent alors sur elle, mettant en arrêt temporaire ce qu’il faisait.

    ‘‘ Je n’ai pas besoin d’aide. Tu peux t’assoir avec ma mère et faire comme chez toi. ‘‘

    Encore une fois, ce fut l’hésitation, mais elle alla rejoindre sa mère qui tentait de converser avec elle. Peut-être était-elle seulement d’une extrême timidité ?

    Dans l’heure qui suivit, l’homme de la maison servit le repas et alla aider sa mère à se mettre à table. Tous deux regardèrent Ellana qui n’avait pas imité le mouvement et Naël fronça les sourcils. Sa main serra celle de son fils et la mère l’invita à les rejoindre à table. On commença donc à manger et le silence était omniprésent. Trop peut-être ?

    ‘‘ Tu t’améliores, Kaë ! Tu ne fais plus brûler la nourriture ‘‘

    Le Lieutenant leva les yeux vers sa mère, surpris par un tel aveu alors qu’elle lui souriait, les yeux brillants. Confus, il lâcha ses ustensiles et toucha de nouveau son front alors qu’elle versait une larme.

    ‘‘ Je vais ... bien ... j’aimerais seulement que ... ce genre de moments soient plus réguliers ... ‘‘

    Mais Kaëran garda le silence, essuyant la joue de sa mère qui termina son assiette avec difficulté. Après le repas, Naël fut envoyée au lit par son fils qui retourna à la cuisine lavée les couverts, perdu dans ses pensées. Jamais il n’avait fait attention à la présence d’Ellana qui le suivait comme son ombre. Essuyant ses mains, il sursauta en la voyant à quelques pas de lui et soupira profondément.

    ‘‘ Je croyais que tu étais allé dormir ... ‘‘ Commença t-il. ‘‘ Tu peux aller te laver si tu veux, la salle où se trouve la cuve est dans la maisonnée annexe à la demeure. Prends le couloir de droite. Il y a tout ce qu’il faut là dedans. ‘‘

    Sauf qu’il dut lui montrer le chemin en prenant les devants, car elle ne bougea pas d’un poil. Cependant, ses tremblements avaient repris d’un seul coup, et ce, sans qu’il n’en comprenne une fois de plus la cause. C’était quelque peu déroutant quand même. Surtout qu’elle ... ne parlait pas ou très peu. Kaëran la laissa donc seule, refermant la porte derrière elle et s’en alla dans le salon pour éteindre le feu qui brûlait sous la cheminée. Maintenant, il était temps pour lui de se mettre au lit. Poussant les draps vers le pied du lit, le jeune homme replaça ses oreillers et alla tirer les rideaux tout en se débarrassant de sa chemise qu’il lança sur le fauteuil. Une main sur la nuque, la massant délicatement, Kaë sentit la fatigue le prendre de cour, mais il y avait quelque chose d’étrange ... Ses yeux vairons scrutèrent la pièce jusqu’à ce qu’une silhouette apparaisse dans l’embrasure de la porte et s’approche de lui d’un pas peu assuré. La lumière de la lune entrait à peine dans la pièce puisque les rideaux la bloquaient, mais c’était tout de même assez pour qu’il puisse voir que c’était Ellana ... dépouillée de tout vêtement. Son coeur rata un battement alors qu’elle réduisait la distance et enfin, elle se stoppa ne le regardant toujours pas. Et lui qui restait sur place comme un pur imbécile ! Mais c’était quoi ce cirque ? Qui lui avait dit de faire ça ? Pas qu’elle était laide et non désirable, mais quand même... il n’était pas ce genre d’homme. Aussi s’empressa-t-il de reprendre sa chemise qui traînait et de la lui mettre sur les épaules pour cacher ce corps de femme.

    ‘‘ Tu devrais ... aller dormir. ‘‘ Dit-il, quelque peu mal à l’aise. ‘‘ Va dans ta chambre ... et demain, si tu veux partir, tu le pourras. Tu n’es pas obligé de rester ici si tu n’en as pas envie. ‘‘

    Il n’était pas dupe quand même. Elle ne faisait que trembler depuis son arrivée et jamais elle n’avait regardé quelqu’un dans les yeux. Jamais. Il ne savait même pas à quoi ressemblait son visage et n’avait pas non plus vu ses yeux ... c’était assez étrange. Et puis, se retrouver avec des inconnus ... la pauvre ...

    Spoiler:
     

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 4 Mai - 6:23, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Ven 1 Fév - 16:02



Ellana restait bien droite et tête basse, ne sachant pas si elle devait faire quelque chose. C’est là que Monsieur Eira lui parla :

-Tout est prêt. La chambre d’ami aussi. Si tu veux aller porter ton sac à ta chambre, elle se situe au bout du couloir, Ellana.

Mais elle n’avait pas besoin de chambre…un coin au sol lui suffisait amplement ! Elle hésita donc avant d’écouter, son père lui ayant toujours dit de ne jamais contester les ordres. Elle ne regarda pas la bâtisse et longea le couloir, aussi discrète qu’une souris poursuivie par un chat. Elle trouva la chambre, et déjà elle se disait que c’était bien trop grand pour elle. Dans un coin, elle posa son sac, se jurant que jamais elle ne coucherait dans ce lit bien trop luxueux pour elle. Oui, Ellana avait relevé la tête pour regarder ou elle se trouvait.

Revenant sur ses pas, elle baissa la tête au moment ou on lui demanda de prendre le panier posé sur la table. Elle s’exécuta aussitôt, obéissante comme son père lui avait appris. Là, Madame Eira lui proposa de venir avec eux. Ou ? Chez son père ? Pour lui dire qu’elle avait échoué ?

Sa peur la rongeait et le panier tremblait dans sa main alors qu’elle suivait Monsieur et Madame Eira en-dehors de la maison. A nouveau, les odeurs et sensations de l’extérieur l’envahirent. Tout était si inédit pour elle, même si elle gardait la tête basse ! Lorsqu’un chat se faufilait entre ses jambes, elle le regardait bêtement, se retenant de le suivre et de le caresser, suivant docilement ses maîtres.

Elle s’attendait à voir la boutique de son père apparaître du coin de l’œil, mais ils quittèrent la ville. Allaient-ils l’abandonner ? Elle s’imaginait tant de choses…

Mais ils s’arrêtèrent aux abords d’une rivière. Ellana en voyait la base, son eau étincelante au soleil, le bruit des éclaboussures contre les rochers l’entourant. De ce qu’elle en apercevait, c’était un endroit très beau. En même temps, pour quelqu’un qui n’avait jamais mis les pieds autre part que dans sa maison, tout revêtait un caractère merveilleux…

Ses maîtres parlaient, mais elle n’écoutait pas. Pas de curiosité, surtout pas. Madame Eira commença à tousser et Ellana déglutit. Elle était malade…pourquoi ? Son père lui disait toujours que la maladie était une punition. Qu’avait-elle fait ? Elle avait l’air gentil, et non un monstre comme elle. Elle resta debout alors qu’ils posaient une couverture au sol et s’y asseyait. Jusqu’à ce que Madame Eira lui face signe de s’asseoir et qu’elle s’exécute. On lui tendit même de quoi manger et elle le prit en murmurant un vague merci qu’ils n’entendirent sans doute pas. Elle ne méritait pas ça…elle n’avait pas le droit de recevoir de la nourriture, il fallait qu’elle mange les restes…mais elle mangea tout de même pour ne pas les offenser.

Ensuite, Ellana profita juste des sons qui l’envahissaient et des odeurs, ne pouvant regarder pour admirer. Monsieur Eira lançait quelque chose dans l’eau, selon son ouïe. Le silence n’était pas gênant et au contraire il était relaxant, cependant elle n’arrivait pas à se calmer et tremblait toujours. Le soir approchait, et il la voudrait…elle avait tout de même peur, malgré les nuits ou son père venait…

Vers la fin d’après-midi, Monsieur Eira revint vers sa mère. Le vent avait grossit et Ellana se disait qu’un orage éclaterait bientôt.

-Il ne faudrait pas que vous attrapiez froid toutes les deux ...

Toutes les deux ? Sa mère oui, elle non. Elle on s’en fichait, elle n’était rien, rien du tout, un simple objet.

Elle se releva et rangea la couverture une fois que Monsieur Eira eut prit Madame Eira dans ses bras. Et…oh non elle l’avait fait d’elle-même…ils ne lui avaient pas demandé de le faire…il fallait qu’elle se punisse. Elle prit le panier et les suivit de près. Cette fois, ils ne passèrent pas par le même chemin, selon son impression. Elle ne reconnaissait pas les passages au sol.

En rentrant, elle resta postée dans le couloir tandis que le jeune homme amenait sa mère sur son lit et elle le suivit lorsqu’il passa pour ranger le panier qu’elle avait posé sur une commode, toujours tête basse. Elle attendait qu’il lui donne un ordre. Elle n’allait pas le laisser ranger et cuisiner tout seul ! A la maison, c’était elle qui faisait tout et si elle n’était pas assez rapide, son père la punissait. Mais puisque rien ne lui appartenait, elle ne pouvait pas prendre cette initiative de l’aider. Elle devait attendre qu’il lui donne un ordre. Elle regardait juste ses mains travailler et les vit se stopper alors qu’il disait :

-Je n’ai pas besoin d’aide. Tu peux t’assoir avec ma mère et faire comme chez toi.

Elle passa d’un pied sur l’autre. Pas besoin d’aide ? Mais elle pouvait tout faire seule aussi…s’il le lui ordonnait. Elle obéit tout de même et alla rejoindre Madame Eira. Celle-ci voulait lui parler, de sa voix faible et hésitante, mais Ellana ne répondait pas, muée dans son mutisme, tête basse et les mains l’une dans l’autre.

Quelques minutes plus tard, la table était dressée et Madame Eira fût portée à sa place. Ellana resta là ou elle était. Elle pouvait chercher ce qui manquait et les servir…Encore une fois, Madame Eira l’invita à se joindre à eux. Mais ne comprenaient-ils pas qu’elle n’était rien ? Qu’elle ne comptait pas ? Elle obéit et s’assit, ne regardant que son assiette et mangeant ce qu’on lui avait préparé lentement. Tout n’était que silence, sauf Madame Eira qui complimentait son fils. Sale curiosité !

Ils finirent de manger puis Madame Eira dut retourner au lit. Ellana suivit ensuite Monsieur Eira qui allait à la cuisine pour tout laver. Elle attendait qu’il lui dise de l’aider, mais rien…Et vu le petit saut de ses pieds, elle l’avait même fait sursauter :

-Je croyais que tu étais allé dormir ... Tu peux aller te laver si tu veux, la salle où se trouve la cuve est dans la maisonnée annexe à la demeure. Prends le couloir de droite. Il y a tout ce qu’il faut là dedans.

Elle ne bougea pas, apeurée presque. Elle n’avait pas le droit d’aller se laver ! En tout cas pas dans la même pièce que les autres. Il la guida au travers des couloirs, Ellana se forçant de ne rien regarder et la fît entrer dans une grande pièce, refermant la porte derrière elle. Et qu’elle ne fût pas sa surprise de voir qu’il y avait une poignée à l’intérieur ! Elle prit une rapide douche pour être prête pour la nuit. Elle nettoya ses griffures comme elle put tout en se griffant sur l’autre bras pour se punir de toutes ses fautes. Oui c’était assez contradictoire mais en même temps…Se rhabillant, elle retourna dans sa chambre à la va-vite, longeant les murs. Là elle prit son sac, l’ouvrit, en sortit l’aiguille de couture et se piqua la plante des pieds pour avoir osé se déplacer seule dans la maison. Elle eut mal, mais maintenant, elle devait retourner chez Monsieur Eira pour…pour…la nuit…se déshabillant à nouveau, elle marcha lentement jusqu’à ce qu’elle voie l’homme dans la pièce. Elle hésitait, avait peur, voulait se dissimuler mais ne pouvait pas. Elle ouvrit un peu la porte et se faufila dans la pièce éclairée par les rayons de lune filtrant à travers les rideaux. Monsieur Eira était posté au milieu, et elle s’avança, nue, ne le regardant pas.

Elle s’arrêta à quelques pas de lui, tremblante, attendant qu’il agisse. Qu’il la prenne comme son père lui avait annoncé. Qu’il fasse tout ce à quoi il l’avait préparée…
Mais il posa juste une chemise sur elle, la laissant stupéfaite et dans l’incompréhension. Que faisait-il ?

-Tu devrais ... aller dormir. Va dans ta chambre ... et demain, si tu veux partir, tu le pourras. Tu n’es pas obligé de rester ici si tu n’en as pas envie.

Pa-partir ? Il lui disait de s’en aller ? Mais pourtant elle avait fait tout ce que son père lui avait dit de faire…elle ne comprenait pas…ne comprenait plus…son cœur battait à tout rompre et elle sentait le tissu de la chemise sur elle. L’avait-elle tellement déçu en une seule journée ? Elle était décidemment très nulle. Lentement, elle retira la chemise et la lui tendit en murmurant :

-Veuillez m’excuser Monsieur Eira, je ne voulais pas vous offenser Monsieur Eira. Je partirais selon votre bon vouloir Monsieur Eira. Pardonnez-moi…

Et elle repartit en refermant la porte, longeant toujours les murs jusqu’à sa chambre. Elle tremblait et elle avait les yeux baignés de larmes. Elle avait tout gâché en une journée ! Son père allait être furieux. Il la punirait comme jamais et cette fois il passerait à l’acte durant la nuit, elle en était persuadée. Il ferait tout ce qu’il lui avait décrit.
Se rhabillant, elle osa même se frapper pour cette idiotie, se faisant mal à la joue. Elle n’était réellement bonne à rien ! Prenant son sac, elle décida de s’en aller tout de suite. Exécuter les ordres le plus vite possible, première règle à connaître. Se glissant dans les couloirs, elle pria pour que personne ne la voie et, sans regarder, elle sortit en silence.

Et comme une punition supplémentaire, la pluie se mit à tomber. Ellana eut vite les cheveux trempés, et commença à avancer, relevant tout de même la tête pour voir où elle allait. Il fallait qu’elle trouve son chemin pour aller chez son père. Mais les panneaux étaient incompréhensibles à ses yeux. Elle croisait des gens, faisait un bond lorsqu’ils apparaissaient soudainement, terrifiée. Pour elle, c’était la jungle.

Trempée jusqu’aux os, elle choisit d’attendre le jour pour y voir plus clair et alla entre deux maisons, se postant contre le mur pour s’asseoir sur ses talons, son sac en main. Elle laissa couler une nouvelle fois ses larmes, se maudissant. Elle avait tout gâché ! Idiote, idiote, nulle, bonne à rien ! Pourquoi ? Pourquoi n’avait-elle pas réussit ? Son père avait tellement raison…et maintenant elle était seule et perdue dans cet endroit qu’elle ne connaissait pas, sans savoir se débrouiller, trempée. Elle était perdue en fait, et ne savait pas du tout si elle serait capable de retrouver la boutique de son père…

Et puis, il suffisait qu’un homme vienne pour qu’elle hurle aussi…Monsieur Eira n’avait pas voulut d’elle et elle ne savait pas pourquoi. Était-elle réellement laide comme elle le pensait ? Ou sentait-il qu’elle n’était qu’un monstre ? Son père lui avait dit tant de choses et rien ne s’était passé ainsi. Tout était partit de travers et elle ne comprenait rien. Tout était confus et embrouillé dans sa tête.

Et la pluie n’arrangeait pas son état…

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Ven 1 Fév - 20:48

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Chapitre 1
Confusion

◆ ◆ ◆



    La jeune femme resta plantée là, devant lui sans aucune réaction apparente. Peut-être que dans son esprit régnait une tempête ? Il ne pouvait le dire, car le regard d’Ellana lui restait toujours inaccessible. En ce qui le concernait, son esprit ne pouvait être plus confus qu’il le fût à cet instant. Ils ne se connaissaient pas, ne s’étaient aucunement regardé et n’avaient nullement échangé depuis qu’elle était parmi eux. Pourtant, elle semblait vouloir s’offrir à lui tout bonnement malgré sa peur. Était-ce son père qui lui avait ordonné de faire une telle chose ? Ses pensées furent coupées lorsqu’un murmure s’échappa de la bouche d’Ellana qui se départissait de la chemise que Kaëran lui avait mise sur le dos.

    ‘‘ Veuillez m’excuser Monsieur Eira, je ne voulais pas vous offenser Monsieur Eira. Je partirais selon votre bon vouloir Monsieur Eira. Pardonnez-moi… ‘‘

    Kaëran fut surpris de ces propos et ne sut quoi rétorquer sur le coup. Selon ... son bon vouloir ? Pourtant, il venait de lui dire qu’elle pouvait partir de son plein gré si c’était ce qu’elle voulait ! Alors là, le Lieutenant n’y comprenait décidément plus rien. Une tonne de questions tournaient dans sa tête, mais Ellana lui avait tourné le dos et avait quitté la pièce en refermant la porte derrière elle. Ses pas étaient à peine perceptibles dans le couloir, mais il entendit bien la porte de la chambre d’ami se refermer. Une main sur la nuque, le jeune homme la massa une seconde fois et leva les yeux vers le ciel. Un long et profond soupir s’échappa de ses poumons alors qu’il cherchait des réponses à ses questions. Pourquoi Ellana agissait-elle ainsi ? Pourquoi avait-elle aussi peur et semblait-elle aussi ... soumise ? C’était à n’y rien comprendre. À moins que son père ne lui eût infligé de mauvais traitements ? Soupirant pour la seconde fois, Kaë se laissa tomber lourdement sur le matelas de son lit. Un sommeil léger le prit de court et il s’endormit pendant une petite heure avant que l’insomnie ne le gagne; il devait savoir sinon il n’aurait jamais l’esprit tranquille. Et si c’était vraiment le cas, le cher tailleur verrait de quel bois il se chauffait. Ainsi, le Lieutenant quitta son lit en agrippant sa chemise et l’enfila tout en la boutonnant pendant que ses jambes le portaient jusqu’à la chambre d’ami. Cependant, la porte était ouverte ...

    Délicatement, Kaëran la poussa pour voir que la pièce était vide; Ellana manquait à l’appel. Elle avait donc quitté à l’insu de tous et sans dire au revoir ? Elle était folle ! La pluie tombait fortement dehors et c’était à peine pour dire si on voyait à un mètre devant soi. Mais au fond... c’était une étrangère et il n’en avait rien à cirer. Pourquoi s’en faisait-il pour elle dans ce cas ? Pourquoi s’inquiétait-il du sort qui l’attendait si elle retournait vivre auprès de son père ? Le jeune homme grogna et se retourna brusquement pour sortir de la maison après avoir enfilé ses bottes, ne prenant pas la peine de se couvrir. Quelle imbécile ... sortir en pleine nuit par un temps pareil ! Ça le faisait rager. Elle aurait au moins pu attendre le lendemain matin et il serait allé la reconduire ! Mais non ! Le voilà qui jouait au chaperon et qui lui courait après dans tout Racium ! Kaëran tourna un premier coin, rencontrant des passants qui couraient pour se mettre à l’abri, mais il les arrêta vite fait pour leur demander:

    ‘‘ Excusez-moi, auriez-vous vu une femme de taille moyenne, de longs cheveux noirs ? ‘‘

    ‘‘ Je ne me souviens pas, monsieur ... pardonnez-moi. ‘‘

    Kaëran jura et continua sa route aux pas de course. À trois reprises il dut arrêter des gens et toujours rien. Il avait fait quelques rues et ruelles en espérant tomber sur Ellana, mais sans succès. Où pouvait t-elle bien être par tous les dieux ?! L’impatience le rongeait de plus en plus, le jeune homme s’arrêta à quelques mètres d’une bande d’hommes ivres qui sortaient de la taverne se trouvant à un coin de rue de là. L’un d’eux criait si fort qu’il réveilla un citoyen qui ouvrit sa porte pour lui dire de se la fermer. Mais le soulon répliqua en hurlant :

    ‘‘ Retourne te cloîtrer dans ta piaule, crétin ! Sinon je viens te casser les jambes ! ‘‘

    La porte se referma et la lueur de la lanterne s’endormit dans l’ombre de la demeure alors qu’un autre homme donnait un faible coup de pied sur quelque chose adossé contre le mur de l’établissement . Fronçant les sourcils, Kaëran s’approcha et tira l'un des hommes vers l’arrière en le prenant par le collet.

    ‘‘ Hey ! ‘‘ Dit un voyou avec un air menaçant.

    ‘‘ Dégagez d’ici ... tout de suite ! ‘‘

    ‘‘ Qu’est-ce que tu dis, blanc-bec ?! Tu veux que je te fasse la peau peut-être ?! ‘‘

    Celui-ci sortit un poignard et fit danser la lame entre ses doigts, espérant impressionner l’opposant qui ne réagissait nullement comme il le souhaitait. Au contraire, Kaë se moqua de lui d’un sourire en coin plutôt arrogant et flaquant un coup sur la main qui tenait la lame rapidement. Le voyou ne comprit pas sur le moment, mais vis sa dague dans une flaque de boue un peu plus loin.

    ‘‘ On devrait filer, j’ai déjà vu la tête de cet homme quelque part ... ‘‘

    Ses congénères étaient tous de cet avis et on dut forcer le seul qui voulait se battre à les suivre pour laisser leur pauvre petite victime seule. Le Lieutenant lui suivit donc des yeux jusqu’à ce qu’ils disparaissent au-delà de la pluie qui s’abattait sur la ville, puis s’approcha afin de voir de qui il s’agissait. Quelle ne fut pas sa surprise de tomber en plein sur celle qu’il cherchait ! Posant alors un genou au sol, Kaëran observa sommairement son état afin de voir si ces imbéciles ne lui avaient pas de fait de mal, puis il le lui demanda directement par la suite.

    ‘‘ Est-ce qu’ils t’ont blessé ou fait quoi que ce soit d’autre ? ‘‘

    La seule chose qu’Ellana trouva la force de faire était de répondre par la négative, secoua la tête très rapidement. Aucune parole et aucun regard. Rien. Au moins, elle n’avait pas de mal, mais elle grelottait à cause du froid et tremblait toujours autant de peur. Le Lieutenant soupira puis prit son menton du pouce et de l’index pour la forcer à le regarder. La jeune femme n’eut donc pas d’autre choix que de croiser son regard pour la première fois. Il ne cacha pas sa surprise à la vue de ses yeux de couleurs différentes, mais ne passa aucun commentaire parce que quelque chose d’autre attira son attention; elle pleurait. Des larmes roulaient sur ses joues pâles, mêlées à la pluie qui s’abattait sur eux avec acharnement, sans leur laisser une seule seconde de répit. Dans ce regard, il y avait de profondes blessures et une souffrance inexplicable. Kaë eut pitié d’elle et sa frustration s’envola d’un seul coup. Il aurait voulu la traiter d’imbécile seulement parce qu’elle avait fui sans prévenir en pleine nuit et sous cette pluie diluvienne, mais il ne put s’y résoudre. Alors il l’aida à se lever, prit son sac de sa main gauche et la ramena en direction de la maison pour qu’elle puisse se sécher et se réchauffer. Comme il s’en était douté, jamais Ellana n’avait opposé résistance et le suivait silencieusement jusqu’à ce qu’ils arrivent à destination. Kaë la conduisit jusqu’à la salle de bain, faisant un détour par sa chambre pour prendre une chemise propre et empoigna une longue serviette qu’il posa sur la tête de la jeune femme pour lui sécher les cheveux sans ménagement.

    ‘‘ Tu aurais pu me le dire que tu voulais partir cette nuit ... tu aurais pu tomber malade à traîner dehors par un temps pareil. ‘‘

    Il laissa la serviette sur ses épaules et lui donna la chemise qu’il avait posée sur un petit banc près de la porte à moitié fermée.

    ‘‘ Sèche-toi et enfile ça. Tes vêtements devront sécher avant que tu puisses les remettre. Ensuite, viens au salon histoire de te réchauffer devant le feu. Je vais te faire du thé ... ‘‘

    Sans attendre d’Ellana une quelconque réplique, Kaëran quitta la salle d’eau et referma la porte derrière lui pour s’en aller vers la cuisine et mettre de l’eau sur le feu. Cela ne prit que quelques minutes avant que son invitée ne s’exécute avec docilité, s’asseyant devant la cheminée. Le Lieutenant en profita pour aller se sécher à son tour et se changea en vitesse pour aller faire couler le thé et venir rejoindre la jeune femme près du feu.

    ‘‘ Tiens. ‘‘ Dit-il doucement en lui donnant la tasse. ‘‘ Fais attention, c’est chaud. ‘‘

    Étirant le bras vers l’arrière, sa main prit le bout d’une couverture de laine qui trainait sur le fauteuil et la déposa sur les épaules d’Ellana surprise de ce geste, qui pourtant, était des plus normal pour le Lieutenant. Quand quelqu’un grelottait et qu’on voulait qu’elle reste au chaud pour ne pas attraper froid, on l’abrillait, non ? Alors, il le faisait naturellement, car même si cette jeune femme était une inconnue pour lui, il ne pouvait se résoudre à ne pas la traiter convenablement sous son toit.

    ‘‘ Tu n’as pas à t’en vouloir pour tout à l’heure... Ça m’a seulement surpris. ‘‘ Puis il marqua une courte pause, tournant son regard vairon vers elle. ‘‘ Est-ce ton père qui t’a demandé de faire ça ? ‘‘

    Il ne savait rien d’elle et c’était une question comme une autre après tout. Si Ellana ne voulait pas répondre, c’était libre à elle.

    ‘‘ Écoute, Ellana. Tu n’as pas à avoir peur ici. D’accord ? Personne ne te fera de mal. Et je te le dis encore une fois; tu es chez toi ici. Mais si tu désires retourner chez ton père parce que tu n’es pas à l’aise de vivre ici, n’hésite pas à me le faire savoir. Sache que ta présence ne me dérange pas, mais je sais que quelque chose ne va pas ... ‘‘

    Kaëran attendit un moment et remarqua que les tremblements de la jeune femme avaient repris. Sa tête s’était automatiquement abaissée pour cacher son visage dans l’ombre de cette cascade noire. Il se passait quelque chose, là il en était certain ...

    ‘‘ Ton père te faisait-il du mal ? ‘‘ Lui demanda-t-il. ‘‘ Si tu ne veux pas répondre, je te ne forcerai pas. Sens-toi libre de parler quand tu t’en sentiras prête... ‘‘

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 4 Mai - 6:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Ven 1 Fév - 22:20


La pluie s'abattait sur elle en continu. Mais elle s'en fichait. C'était une punition pour avoir déçu Monsieur Eira. C'était…bien fait pour elle. La seule chose qu'elle savait c'était qu'il fallait qu'elle retourne chez son père. Mais…une petite voix lui disait de ne pas y aller…elle ne voulait plus être avec lui…alors que l'autre voix lui hurlait d'aller chez son père parce qu'il était le seul à savoir ce qui était bon pour elle.

C'est là qu'elle sentit quelque chose lui taper la jambe. Elle sursauta et regarda de moitié pour voir…des hommes. Trop d'hommes. Elle se remit de plus belle à trembler alors qu'ils riaient devant elle. Jusqu'à ce qu'il y ait une voix connue qui s'élève :

-Dégagez d’ici ... tout de suite !

Monsieur Eira…mais pourquoi était-il venu ? Voulait-il la punir ? Elle n'osait pas regarder, avait trop peur de ce qui allait se passer. Elle vit et entendit le bruit de l'eau lorsque la lame entra en contact avec elle. Un couteau…Ellana déglutit, pleurant toujours. Ils parlèrent, sans qu'elle n'en comprenne le sens, puis il y eut un bruit de course. Et le silence ponctué des bruits de la pluie qui s'écroulait au sol.
Regardant vers le sol, elle vit un genou se poser à terre. Il voulait la prendre là, maintenant ? Dehors, la nuit, sous la pluie ?

-Est-ce qu’ils t’ont blessé ou fait quoi que ce soit d’autre ?

Elle secoua vivement la tête de gauche à droite en signe de dénégation. Ils ne lui avaient rien fait. Et quand bien même elle l'aurait mérité…elle n'était rien et n'aurait rien dit à Monsieur Eira. Elle frissonna, l'eau s'infiltrant sous ses habits et elle sentit deux doigts se poser sur son menton pour lui redresser le visage. Elle tremblait et ne put, ne voulut pas ses dérober. Elle croisa donc pour la première fois le regard de Monsieur Eira…

Elle fût choquée. Ou du moins bouleversée. Il avait…il avait un œil bleu alors que l'autre…était vert…il avait aussi les yeux comme les siens mais en d'autres couleurs…qu'est-ce que ça voulait dire ? Son père lui avait dit qu'elle était la seule à en avoir de telles couleurs. La seule parce qu'elle avait tué sa mère, était un monstre et qu'ils étaient le signe de la malédiction, la raison de tout son malheur.

Ses yeux…la submergeaient. Elle en oublierait presque qu'elle pleurait. Mais il n'était pas un monstre…il n'était pas rien comme elle, alors pourquoi avait-il des yeux ainsi ? Elle ne comprenait décidemment plus rien…
Délicatement, il l'aida à se relever et elle obéit. Elle voulut prendre son sac mais déjà il l'avait agrippé, l'entraînant à sa suite dans les rues de la ville.

Elle ne dit rien et suivit docilement. Il la ramenait chez lui…il lui laissait donc une autre chance de se racheter ? Ou allait-il vraiment la punir malgré son ton doux d'auparavant ? Son père lui avait dit que les hommes savaient jouer la comédie…mais il lui avait aussi dit de ne pas se poser de questions…

Entrant dans la demeure, elle le suivit alors qu'il la conduisait dans la pièce pour se laver, s'arrêtant à sa chambre. Elle ne vit pas ce qu'il avait pris dedans, empêchant sa curiosité de sortir. Dans la pièce d'eau, elle se stoppa au milieu de la pièce et sursauta lorsqu'une serviette lui obstrua la vue soudainement. Elle ne comprit qu'ensuite qu'il séchait ses cheveux, les frottant sans ménagement avec le bout de tissu.

-Tu aurais pu me le dire que tu voulais partir cette nuit ... tu aurais pu tomber malade à traîner dehors par un temps pareil.

Mais elle s'en fichait d'être malade ! Ce n'aurait été qu'une punition, rien d'autre ! Et puis…elle n'avait pas voulut partir…elle avait obéit aux ordres…
Les frottements cessèrent alors, la serviette se posant sur ses épaules. Non…cela ne lui appartenait pas, elle n'avait pas le droit…mais pire encore, il lui tendit une chemise en disant :

-Sèche-toi et enfile ça. Tes vêtements devront sécher avant que tu puisses les remettre. Ensuite, viens au salon histoire de te réchauffer devant le feu. Je vais te faire du thé ...

Ca ne lui appartenait pas ! Son père avait dit de ne rien accepter ! Mais elle ne put le lui dire qu'il était partit. Baissant la tête, quelques larmes roulant encore sur ses joues, elle s'exécuta, essuyant son corps trempé. Mais ses habits, elle les mettait ou ? Elle les posa sur la grille près de la cuve et se sécha avec la serviette, passant encore plus fortement sur les griffures pour se punir de plus belle. Ensuite elle enfila la chemise, tremblante. Ce n'était pas à elle…son père serait furieux s'il l'apprenait…

Puis elle sortit en silence de la pièce et rejoignit le salon, obéissant aux ordres. Elle s'assit sur le canapé, trouvant que c'était bien trop pour elle mais devant le faire pour être docile et obéir. Ne pas décevoir une nouvelle fois. Les punitions, elle se les infligerait elle-même. Monsieur Eira revint un peu après, lui tendant quelque chose et la prévenant que c'était chaud. Elle agrippa la tasse et renifla. Elle ne connaissait pas…et sursauta lorsqu'une couverture se posa sur ses épaules. Pourquoi faisait-il ça ? Elle ne le méritait pas…elle ne méritait rien en fait…
Mais au fond d'elle, cette petite voix lui disait que ça ne lui ferait que du bien, le feu, la boisson inconnue et la couverture…NON ! Ne pas écouter cette voix. Elle n'avait pas le droit au confort, au bonheur.

-Tu n’as pas à t’en vouloir pour tout à l’heure... Ça m’a seulement surpris.

Il fît une pause, durant laquelle Ellana but une gorgée de la boisson. Et…c'était bon. Délicieux même. Trop délicieux. Elle n'avait pas le droit ! Punition supplémentaire…

-Est-ce ton père qui t’a demandé de faire ça ?

Bien sûr que c'était son père…c'était lui qui lui avait tout appris…et elle ne voulait que se faire pardonner d'avoir tué sa mère…

-Écoute, Ellana. Tu n’as pas à avoir peur ici. D’accord ? Personne ne te fera de mal. Et je te le dis encore une fois; tu es chez toi ici. Mais si tu désires retourner chez ton père parce que tu n’es pas à l’aise de vivre ici, n’hésite pas à me le faire savoir. Sache que ta présence ne me dérange pas, mais je sais que quelque chose ne va pas ...

Aussitôt, ses membres tremblèrent et elle baissa la tête. Il l'a croyait nulle ! Alors qu'elle devait se montrer à la hauteur ! Son cœur battait trop vite et si fortement qu'elle s'étonnait que personne ne l'entende. Chez elle, ici ? Non…elle n'avait aucun chez elle. Il n'y avait pas de place pour les monstres…Et elle ne pouvait pas retourner chez son père, sinon il verrait à quel point elle était décevante pour tout le monde…

-Ton père te faisait-il du mal ? Si tu ne veux pas répondre, je te ne forcerai pas. Sens-toi libre de parler quand tu t’en sentiras prête...

Là, elle déglutit, sa respiration devenant saccadée. Son père…chaque nuit il lui avait fait mal. A chaque fois qu'il était énervé il la giflait et n'hésitait pas à la jeter contre un mur. Il avait aussi pris des aiguilles pour la punir, les enfonçant dans les zones les plus sensibles du corps…mais tout ça n'était que pour son bien…c'était ce qu'il disait et puis, si c'était ainsi qu'elle se ferait pardonner, elle le ferait…Mais en parler ? Non…Monsieur Eira avait l'air gentil mais qui connaissait ces intentions ? Peut-être voulait-il savoir quel traitement lui infliger si jamais elle faisait une faute ? Alors elle devait le lui dire.

-Mon père n'a fait que ce qui est bon pour moi Monsieur Eira. Tout ce qu'il a fait n'est que pour mon bien. Je dois me faire pardonner. Je dois être obéissante.

C'était dit comme si elle l'avait appris par cœur. Parce qu'à chaque coup, à chaque gifle, chaque nuit, il lui répétait : "c'est pour ton bien, crois-moi. La vie est comme ça pour tous les monstres."

Elle sentit comme un poids sur ses épaules. Le poids d'une question muette que Monsieur Eira ne posait pas ouvertement.

-Monsieur Eira ne doit pas hésiter à me punir quand je vous déçois. Monsieur Eira ne doit pas me considérer autrement que comme un objet. Je ne suis rien, un monstre. C'est tout…c'est tout…

Les larmes naissaient à nouveau dans ses yeux et sa voix s'était cassée. Punition en plus une nouvelle fois. Qu'est-ce qu'elle était idiote ! Peut-être devait-elle lui montrer pourquoi elle était un monstre ? Lui dire ce qu'elle avait fait.

-Un monstre…parce que…parce que…j'ai…j'ai tué ma mère…mes yeux sont une malédiction, je n'ai pas le droit au bonheur, Monsieur Eira ne doit pas veiller sur moi. Surtout pas. Je ne le mérite pas.

Elle se força à se la fermer. Elle parlait de trop, monopolisait la parole. Alors qu'elle n'était rien. En un dernier murmure elle dit :

-Pardonnez-moi Monsieur Eira je n'ai pas le droit de parler.

Pas le droit sans autorisation. Elle se rachèterait. Elle ne le décevrait plus. Elle n'avait pas intérêt. Elle était déjà trop idiote comme ça…Elle se sentait…si nulle devant Monsieur Eira. Encore plus que devant son père. Cela signifiait-il qu'il allait la punir pour avoir dit tout ça ? Ou justement pour avoir parlé ? Allait-il la prendre pour lui faire payer son audace et son culot d'avoir ouvert la bouche comme son père le lui avait dit ?

Elle se posait tellement de questions, avait tellement peur…et le thé refroidissait dans ses mains, parce qu'elle s'empêchait d'en boire, parce qu'elle n'en avait pas le droit. Pas le droit de trouver quelque chose bon.

Allait-il regretter de l'avoir cherchée sous la pluie ? Allait-il la remettre dehors ou la conduire chez son père ? Et puis, pourquoi se posait-elle toujours les mêmes questions ? Pourquoi les mêmes scénarios se formaient-ils ? Un seul mot :

La peur.


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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Sam 2 Fév - 9:01

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Chapitre 1
Le début d'une enquête

◆ ◆ ◆



    Ellana semblait entrer dans un moment de panique et Kaëran craignait d’avoir touché la corde sensible ou plutôt la vérité. Seulement par sa réaction, ses tremblements et ses gestes, il voyait que la question qu’il avait posée venait d’atteindre quelque chose d’important. Mais la question restait toujours : quoi? En silence, le Lieutenant observait les mains de la jeune femme qui n’avait pas quitté la tasse, mais qui ne se leva pas une deuxième fois pour que le liquide se rende jusqu’à sa bouche. Elle avait bloqué, mais parla tout de même.

    ‘‘ Mon père n’a fait que ce qui est bon pour moi, Monsieur Eira. Tout ce qu’il a fait n’est que pour mon bien. Je dois me faire pardonner. Je dois être obéissante. ‘‘ Commença Ellana, marquant une courte pause. ‘‘ Monsieur Eira ne doit pas hésiter à me punir quand je vous déçois. Monsieur Eira ne doit pas me considérer autrement que comme un objet. Je ne suis rien, un monstre. C’est tout…c’est tout… ‘‘

    Elle devait être obéissante ? Punie ? Considérée comme un objet ou un monstre ? Mais qu’est-ce qu’elle lui racontait là ! La frustration commençait à envahir le jeune homme qui fronçait graduellement les sourcils alors que sa mâchoire se crispait de plus en plus. Comment lui faire comprendre qu’elle était une personne comme une autre alors que ces principes semblaient si solidement ancrés en elle ? Ellana vivait dans un autre monde. Un enfer constant qui ne cessait jamais. Un cercle vicieux duquel elle était prisonnière. Stark semblait pourtant être un homme sympathique à première vue, mais sa fille était la plus craintive qu’il avait rencontrée dans sa vie. Kaë commença à se douter que cette jeune femme avait été victime de mauvais traitement et certainement une bonne partie de sa vie, mais depuis quand ? Déjà, il ne savait pas si elle pourrait s’adapter à une vie autre que celle qu’elle avait vécue auparavant, mes si ses craintes se confirmaient, il était hors de question qu’Ellana retourne chez son père ou que celui si l’approche sans l’autorisation du Lieutenant. La tête de la jeune femme se redressa légèrement, ses yeux regardant la tasse qu’elle tenait toujours, immobile sur ses genoux. Un liquide brillait sous la lueur des flammes. Elle ... pleurait ?

    ‘‘ Un monstre…parce que…parce que…j’ai…j’ai tué ma mère…mes yeux sont une malédiction, je n’ai pas le droit au bonheur, Monsieur Eira ne doit pas veiller sur moi. Surtout pas. Je ne le mérite pas. ‘‘

    Le timbre de voix d’Ellana était bas, cassé et respirait la souffrance. Dans un dernier murmure, elle dit :

    ‘‘ Pardonnez-moi Monsieur Eira je n’ai pas le droit de parler. ‘‘

    Ce qu’il venait d’entendre dépassait largement l’entendement et avait aiguisé sa frustration. D’un seul coup, le niveau avait monté. C’était inimaginable qu’un père puisse inculquer de telles valeurs à son enfant ! C’était tout simplement inhumain, immoral ! Comment pouvait-on traiter la chaire de sa chaire de cette manière ? Ça, c’était quelque chose qui dépassait Kaëran et sa vision des choses. Il fallait vraiment détester sa progéniture pour la traiter d’une telle manière, pour la détruire comme Ellana l’était par la faute de son propre père. Elle n’avait pas une once de fierté et écoutait au doigt et à l’oeil comme un chien qu’on avait dressé. Or, elle n’était pas un animal, mais bien une personne à part entière comme lui, Naël et n’importe quel individu de la cité.

    ‘‘ Je ne vois pas pourquoi tu ne mériterais pas d’être heureuse, Ellana. Tout le monde y a droit, même les criminels s’ils s’en donnent la peinent et si tu es maudite à cause de la couleur de tes yeux, je le suis moi aussi. Tu n’es pas un monstre. Pas sous mon toit du moins ... Tu es une personne à part entière dans cette maison et tu ne recevras pas d’ordre de personne. Tu peux parler sans autorisation, car tu es en droit de t’exprimer. Et tu peux boire ce thé, car je sais que tu en meurs d’envie, ça évitera de gaspiller. ‘‘

    Bon voilà, c’était dit, car oui ça lui tapait un peu sur les nerfs de voir qu’il avait pris la peine de faire bouillir l’eau pour lui faire une boisson chaude en vue qu’elle se réchauffe et qu’au final, elle n’avait bu qu’une seule gorgée. Cependant, Kaëran crut comprendre qu’Ellana l’avait perçu comme un ordre et elle s’exécuta aussitôt. Dans un soupir, il secoua légèrement la tête et posa une main rassurante sur son épaule recouverte de la couverture de laine.

    ‘‘ Relaxe. Calme-toi... ce n’était pas un ordre, Ellana. ‘‘

    Mais la jeune femme tremblait comme si elle attendait de recevoir une correction quelconque pour son geste alors que ce n’était nullement le cas. Elle avait la tête basse et ses doigts étaient crispés sur la tasse qu’elle tenait toujours, elle reniflait même. Kaëran prit son menton pour la seconde fois ce soir et la força à croiser son regard. C’était tellement plus facile de faire passer un message quand il y avait un contact visuel. Or, avec son invitée, il n’y en avait jamais.

    ‘‘ Tu n’as pas à avoir peur de moi, ni de quiconque dans cette maison. Jamais je n’ai levé la main sur quelqu’un et ce n’est pas aujourd'hui que ça commencera. Compris ? Si tu as effectivement vécu le calvaire avec ton père, ce ne sera pas le cas ici alors tu peux avoir la conscience tranquille. Mais s’il te-plait, cesse de m’appelle Monsieur Eira. Kaé suffira largement, sinon tu peux toujours prononcer mon prénom complet ... ‘‘

    Ça l’horripilait de se faire appeler Monsieur. Il n’était quand même pas si vieux que ça, non ? Lui et le vouvoiement, ça faisait deux ! Alors au diable les politesses de bourg quand on était chez soi. Ainsi, Kaëran attendit qu’elle termine son thé une fois qu’il eut essuyé les larmes qui perlaient sur ses joues d’un pouce puis vint l’accompagner jusqu’à sa chambre. Le Lieutenant lui souhaita alors la bonne nuit puis ferma délicatement la porte derrière lui pour profiter des dernières heures qu’il restait à cette nuit passablement avancée. D’abord, Kaë passa devant la chambre de sa mère qui dormait paisiblement, toussotant de temps à autre, mais rien de bien grave, puis alla dans la sienne pour se dénuder de moitié et filer sous les couvertures. Après cette mésaventure, un peu de sommeil ne ferait pas de tort et puis il reprenait ses fonctions dans quelques heures... Espérons que les jours qui suivraient seraient plus motivants que ses prédécesseurs. Ce fut donc dans un dernier soupir que le jeune homme sombra dans les bras de Morphée.

    Au petit matin, les premiers rayons du soleil commençaient à peine à entrer dans la chambre que’Eiriel débarqua en secouant vivement Kaëran qui se réveilla en sursaut. Son coeur battait à tout rompre dans sa poitrine et il craignait que le pire ne soit arrivé à sa mère. Bondissant en dehors de son lit à toute vitesse, la femme corpulente ricana et leva les mains dans les airs.

    ‘‘ Du calme ! Je venais seulement te réveiller, car tu vas être en retard ... ‘‘

    Il avait oublié ! N’ayant jamais été aussi pressé, Kaë quitta sa chambre en prenant des vêtements propres, se lava en quatrième vitesse, se changea et enfila son armure. Eiriel lui donna du pain qu’il se foutu dans la gueule et sauta dans ses bottes avant de sortir dehors aux pas de course sans avoir eu le temps de souhaiter le bonjour à sa mère et à Ellana qui venait tout juste d’ouvrir la porte de sa chambre. En cours de route, une question vint alors à l’esprit du Lieutenant. Si Ellana avait réellement tué sa mère, comment se faisait-il qu’elle fût en liberté ? Une femme comme elle, sans malice, ne pouvait parvenir à commettre une telle atrocité. Enfin bref, il ne se gênerait pas pour chercher quelques informations sur Monsieur Stark et sa famille une fois au palais. Après l’entraînement , bien entendu.

    Spoiler:
     

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Dernière édition par Kaëran Eira le Sam 2 Fév - 16:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Sam 2 Fév - 10:20


-Je ne vois pas pourquoi tu ne mériterais pas d’être heureuse, Ellana. Tout le monde y a droit, même les criminels s’ils s’en donnent la peinent et si tu es maudite à cause de la couleur de tes yeux, je le suis moi aussi. Tu n’es pas un monstre. Pas sous mon toit du moins ... Tu es une personne à part entière dans cette maison et tu ne recevras pas d’ordre de personne. Tu peux parler sans autorisation, car tu es en droit de t’exprimer. Et tu peux boire ce thé, car je sais que tu en meurs d’envie, ça évitera de gaspiller.

Mais lui il n'avait rien fait pour être maudit, à moins que le fait que sa mère soit malade y soit lié ? Elle ne comprenait pas…pourquoi son père lui avait-il dit cela si elle n'était pas la seule ? Elle ne comprenait rien…elle était décidemment perdue et tout se confondait en elle. Les certitudes que son père lui avait inculquées s'effritaient, et elle ne savait plus du tout comment agir. Elle faisait ce que son père voulait, mais Monsieur Eira le refusait et lui demandait même de…d'être heureuse ? Comment était-on heureux ? Il lui disait de parler sans autorisation et qu'elle ne recevrait pas d'ordre ? Mais son père…lui avait-il…menti ?

Cependant Monsieur Eira venait de lui dire de boire son…thé…comme il l'appelait et elle s'exécuta aussitôt. C'était un peu froid, mais tant pis, le goût était toujours là. Toujours aussi bon à vrai dire et une nouvelle fois elle se maudit d'aimer quelque chose. Mais une main se posa sur son épaule, soudainement, se voulant rassurante même si elle ne l'avait pas compris ainsi et ce remettait à trembler.

- Relaxe. Calme-toi... ce n’était pas un ordre, Ellana.

Ah non ? Mais même…il allait la punir…c'était ce qu'elle méritait…et même si une petite voix lui disait de se calmer comme il le lui disait si gentiment, elle n'y parvenait pas. La peur était trop ancrée pour qu'elle y arrive. Tout était encore trop nouveau, trop confus. Elle perdait pied et avait l'impression d'être dans un autre monde, si différent de celui dépeint par son père…Ou alors elle rêvait. Dans ses rêves, personne ne l'atteignait. Lorsque son père la laissait tranquille, quelques rares nuits, et qu'elle pouvait dormir, son imaginaire l'emmenait loin. Elle rêvait alors d'un monde paisible et tranquille ou elle sourirait tout le temps et ferait ce qu'elle voulait. Elle rêvait de regarder le ciel et d'admirer la nature environnante, sans avoir à baisser la tête pour ne pas offenser les gens. Elle s'imaginait sa mère et se voyait s'excuser auprès d'elle. Même si la personne imaginée n'avait pas de traits, Ellana l'a considérait comme sa mère et passait tout son rêve à ses côtés, lui parlant et lui disant qu'elle faisait tout pour se faire pardonner. Jamais personne ne lui avait répondu. Son père ne lui avait même jamais dit comment elle avait tué sa mère. Elle avait toujours été seule et son imagination façonnait des amis imaginaires qui lui permettaient de tenir le coup. Une ou deux fois elle avait eu la tentation de s'enfuir en cassant la fenêtre de sa chambre, ou même de mettre fin à ses jours. De se faire mal au point de ne plus se réveiller. La mort. Ca son père le lui avait expliqué, ce que c'était. Elle était illettrée, analphabète, inculte, naïve, peureuse, mais la mort, elle savait. Perdue dans ses pensées, serrant la tasse en reniflant, elle fût surprise lorsque Monsieur Eira lui prit le menton pour la tourner à nouveau vers lui.

Une seconde fois, elle croisa son regard si différent et pourtant si semblable au sien. Et elle pleurait devant lui ! Idiote !

-Tu n’as pas à avoir peur de moi, ni de quiconque dans cette maison. Jamais je n’ai levé la main sur quelqu’un et ce n’est pas demain que ça va commencer. Compris ? Si tu as effectivement vécu le calvaire avec ton père, ce ne sera pas le cas ici alors tu peux avoir la conscience tranquille. Mais s’il te-plait, cesse de m’appelle Monsieur Eira. Kaé suffira largement, sinon tu peux toujours prononcer mon prénom complet ...

Il ne voulait pas qu'elle l'appelle Monsieur ? Mais son père…tout partait de travers ! Comment pouvait-elle être sûre de quelque chose si tout le monde se contredisait ? Déjà qu'elle était bête comme ses pieds, si en plus on compliquait la tâche elle allait faire trop d'erreurs…et si son père venait voir comment elle s'en sortait et la voyait ainsi, il la reprendrait et lui mettrait une bonne correction, devant Monsieur Kaé ou pas. Son père s'en fichait.

Monsieur Kaé ne la relâcha qu'une fois que son pouce eut essuyé les larmes qui roulaient sur sa joue. Elle en fût éberluée. Personne…personne n'avait jamais séché ses larmes…au contraire son père la giflait à chaque larme qui coulait. Il ne voulait pas d'une pleurnicharde. Lentement, elle termina sa tasse devenue réellement froide et se leva, posant la couverture convenablement sur le canapé. Ce n'était pas à elle. Pas plus que la chemise qu'elle portait…

Elle rangea sa tasse ainsi que celle de Monsieur Kaé puis le suivit jusqu'à la chambre où il lui souhaita la bonne nuit avant de refermer la porte. Elle l'entendit s'éloigner dans le couloir puis réalisa une chose. Elle lui avait gâché sa nuit. Elle l'avait empêché de dormir en plus de l'avoir fait sortir sous la pluie au risque qu'il tombe malade. Elle s'en voulut terriblement. Elle ôta la chemise et la posa sur le dossier de la chaise, se retrouvant presque nue. Elle s'avança, ne touchant rien, et sortit de son sac sa seconde tenue qu'elle enfila. Elle était semblable à la première. Ellana se l'était cousue avec les chutes de tissus, aussi les couleurs étaient-elles un peu disparates. Mais au moins elle ne prenait pas les affaires de Monsieur Kaé. Regardant le lit, elle hésita. Les consignes de son père et celles de Monsieur Kaé se mélangeaient…avait-elle le droit de dormir dans un aussi beau lit ? Non…alors elle se plaça au sol, sous la fenêtre ou la pluie battait toujours. Son sac en guise d'oreiller, encore un peu mouillé, elle ferma les yeux, en position fœtale. La seule chose dont elle était sûre, c'était que personne ne viendrait cette nuit.

Au matin, un rayon de soleil se posa sur elle et la fît grimacer. Elle bougea, les membres un peu ankylosés d'avoir été au repos contre le sol, et elle se leva, arrangeant sa crinière noire comme elle le pouvait. Une fois, elle avait vu une cliente dans la boutique, qui avait des cheveux aussi longs qu'elle, mais qui les avaient attachés en une magnifique…elle ne savait pas ce que c'était. Les cheveux s'entrecroisaient entre eux, formant trois sillons et le tout était noué au bout, reposant contre l'épaule de la femme. Ellana aurait bien voulut faire de même, mais elle ne pouvait pas. Elle ne savait pas et puis, elle n'en avait pas le droit. D'ailleurs, son père avait voulut lui couper les cheveux. Elle l'avait supplié de les lui laisser. Il avait accédé à sa supplication, lui disant que c'était la seule chose qu'il accepterait. Elle n'avait plus jamais rien demandé à son père. Elle entendit des bruits de pas pressés dans le couloir et sursauta, se dépêchant d'aller à la porte et, toujours étonnée de voir la poignée à l'intérieur, elle ouvrit, croisant brièvement Monsieur Kaé. Il était suivit de Madame Eiriel qui lui donnait de quoi manger. Il travaillait…oh non…il était militaire et puisqu'elle l'avait empêché de dormir il était en retard…oh non, non, non…

Elle sortit de la chambre, refermant la porte au moment ou Eiriel revenait.

-Ah bonjour Ellana ! Comment vas-tu ? Viens on va manger.

Ellana acquiesça simplement et la suivit. Eiriel lui demanda de préparer un plateau repas en lui indiquant les emplacements des objets et elle s'exécuta, laissant Eiriel installer Naël à sa place. Ellana prépara un beau et gros plateau, l'amenant ensuite au salon. Le sourire illumina les traits des deux femmes en voyant un petit-déjeuner aussi garnit.

-Merci Ellana. Kaé est déjà partit je présume ?

-Oui, il a eu un problème de réveil je crois bien. Il était en retard.

Ellana se mordit la lèvre. Il n'avait même pas pu dire bonjour à sa mère à cause d'elle…Naël l'invita à s'asseoir et elle obéit, mangeant ce qu'Eiriel lui posa devant elle. Elle tentait d'écouter Monsieur Kaé et d'être calme, mais la peur était là. En plus, elle ne s'était pas punie avant de dormir…

En silence, les trois femmes mangèrent, puis Eiriel porta Naël sur son canapé, à moitié assise, des coussins contre son dos pour la soutenir. Allant faire le ménage et autre corvées, Eiriel confia à Ellana le soin de tenir compagnie à la malade.

-Viens t'asseoir Ellana…j'ai bien envie de faire ta connaissance…

Ellana s'exécuta, s'installant près de la femme.

-Alors…comment as-tu atterrit ici ? Comment mon fils t'a-t-il rencontrée ?

-Mon père a trouvé Monsieur Kaé pour moi Madame Eira. Mon père m'a vendue…

Cela stupéfia Naël. Vendue ? Et son fils l'aurait achetée ? Non impossible. Ou alors il était ivre…il faudra qu'elle lui demande des explications plus précises sur cette jeune femme. Elle voyait bien que c'était un sujet un peu difficile pour elle, au vu des tremblements. Alors elle continua sur un autre sujet :

-Et tu sais faire quoi ?

-Je sais coudre, Madame Eira.

-Appelle moi Naël je te prie. Coudre ? Pourrais-tu…me faire une robe ? Je voudrais tant une dernière robe…

Madame Naël toussa violemment et Ellana répondit :

-Oui…je peux vous faire une robe…

Naël sourit. Son fils la verrait dans une meilleure tenue qu'actuellement.

-Eiriel va te chercher du tissu. J'en ai une pleine réserve à l'étage. Je te laisse libre de créer la robe que tu imagineras pour moi.

Aussitôt, elle appela Eiriel et lui demanda le tissu, Ellana la suivant pour chercher son nécessaire de couture. Il y avait vraiment beaucoup de tissu. De toutes les couleurs, de toutes les épaisseurs…

Retournant au salon les mains chargées, Ellana se rassit et osa regarder Naël qui lui souriait. Lorsque leurs regards se croisèrent, Naël fût surprise de voir les yeux de son invitée. Un très beau regard mais emplit de souffrance…vraiment, il fallait qu'elle parle avec son fils avant…de partir.

Ellana détailla la femme malade. Elle était obligée pour imaginer la robe. Elle avait un beau visage, quoiqu'un peu émacié par la maladie. Elle avait un regard vert, et elle vit très bien la robe ornée de tons verts. Une longue robe aux manches ne dépassant pas les coudes. Une robe qui s'élargissait vers le bas avec un petit décolleté. Une robe magnifique pour une femme magnifique.

En silence, elle commença à prendre les mesures de Naël, s'excusant. Elle tremblait toujours un peu, mais on laissait libre court à son imagination et c'était bien la première fois. Son père lui disait toujours exactement quoi faire, disant qu'elle était bien trop idiote pour inventer quoique ce soit. Alors maintenant qu'elle avait cette chance…elle voulait essayer. Naël était une mère…ressemblaient-elles toutes à elle ? Ellana n'ayant jamais connu la sienne, l'ayant même tuée, c'était une présence inconnue et puis…tout ce qu'une mère apprend à son enfant, elle ne l'avait pas. Les mesures prises et bien enregistrées dans sa tête, Ellana commença à tracer. Elle ne savait pas écrire ni rien, mais tenir un crayon pour mettre les encoches ou elle devait couper si. La robe serait belle. Elle avait pris un tissu verdoyant, se dégradant même par endroits. Elle mettrait quelques filaments dorés sur le buste peut-être…enfin, elle espérait ne pas les offenser et surtout que cela leur plaise. Il fallait aussi qu'elle ne rate rien. Elle ne devait pas gaspiller le tissu.

Eiriel revint un peu après, parlant de tout et de rien avec Naël. Elles riaient ensemble, et Ellana s'était enfermée dans sa bulle, comme à chaque fois qu'elle cousait et que son imagination fonctionnait. Elle voyait la robe se construire dans son esprit, et ses doigts travaillaient le tissu souplement et avec professionnalisme. Peut-être que cela la rachèterait aux yeux de Monsieur Kaé…


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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Sam 2 Fév - 18:28

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Chapitre 1
Une découverte bouleversante

◆ ◆ ◆



    Jamais Kaëran n’avait dû courir aussi rapidement en direction du palais de si bon matin. Manger ce cette manière n’était pas non plus une habitude courante pour lui et la prochaine fois, il faudrait qu’il pense à cesser de déblatérer avec Ellana en plein milieu de la nuit et de se mettre au lit pour ne plus qu’une telle chose arrive. Ce fut donc essoufflé que le Lieutenant débarquât dans la salle d’entraînement où un de ses frères d’armes avait pris le relais histoire de ne pas trop faire trainer les choses. Le soldat reprit les rangs suite aux remerciements de son supérieur qui re prenait son souffle au fil des secondes; une chance qu’il était en bonne forme physique ! Bref, une longue heure s’écoula ou ne cessait, une fois de plus, de ramener à l’ordre les nouvelles recrues qui voulaient jouer au plus malin histoire de se croire supérieur. L’air que leur jeta le Lieutenant n’avait rien pour les rassurer et ils comprirent rapidement leur erreur, car, dans les secondes qui suivirent, les cinq adolescents se retrouvaient allongés au sol sur le ventre et durent faire plusieurs pompes. Ils voulaient jouer à ce jeu avec lui, alors ils en subiraient les conséquences. C’était équitable, non ? Enfin, pour Kaëran oui. Ces blancs-becs allaient comprendre qu’ils ne se situaient pas en haut de l’échelle dès leur intégration parmi les rangs de l’armée de Racium.

    Les recrus furent laissés tranquilles seulement lorsque leurs bras ne furent plus en mesure de se tendre convenablement et qu’ils tremblaient. Satisfait, Kaëran les laissa se redresser et les chassa puisqu’ils ne restaient qu’eux, les autres soldats ayant quitté la salle depuis une bonne dizaine de minutes déjà.

    ‘‘ Recommencez ça une seconde fois et vous devrez faire 10 fois le tour du palais en entier aux pas de course. Me suis-je bien fait comprendre ? ‘‘

    ‘‘ Oui, Lieutenant ! ‘‘

    Les hommes quittèrent donc la vaste pièce et Kaëran se dirigea vers son bureau afin de jeter un oeil sur les requêtes de la journée. Pour une fois, on ne l’avait pas surchargé, mais bon ... c’était la partie ennuyante de son travail qui lui permettait de se détendre et d’être au calme. À peine eut-il le temps de s’assoir que son confrère et ami toqua à la porte, entrant sans attendre la permission d’ouvrir. Celui-ci approcha du bureau et l’observa un moment en silence puis posa son regard sur celui du Lieutenant.

    ‘‘ C’est bien la première fois que tu es en retard ... comment va ta mère ? ‘‘

    ‘‘ Elle a recommencé à faire de la fièvre et sa toux devient un peu plus violente chaque jour. Il ne lui reste plus beaucoup de temps, je le sens et elle aussi. Eiriel s’occupe d’elle et Ellana aussi. ‘‘

    Le sourcil du soldat, Ayden, se releva dès qu’il entendit un nouveau nom. Jamais il n’avait entendu ce prénom féminin prononcé par son ami de longue date avant aujourd’hui. Avait-il loupé un truc où c’était Kaëran qui jouait au cachotier ?

    ‘‘ Tu ne m’avais pas dit que tu avais une nouvelle copine. Ellana ... jolie comme prénom. Tu comptais m’annoncer ça quand ? ‘‘

    ‘‘ Ce n’est pas ... ce que tu crois, Ayden. Elle n’est pas ma copine et c’est assez compliqué comme situation. Je t’expliquerai une autre fois, seulement là je suis occupé. Mais ... ‘‘ Lança t-il. ‘‘ Que connais-tu du tailleur, Stark ? ‘‘

    Ayden parut confus l’espace de quelques secondes, mais la curiosité le piqua à vif dès que son Lieutenant lui demanda des informations sur le fameux tailleur de Racium. Il posa alors ses mains à plat sur le bureau et replongea dans ses souvenirs avant de répondre à la demande.

    ‘‘ On dit qu’il est avare et aime bien arnaquer ses clients en vendant ses fournitures à des prix un peu plus élevés qu’ailleurs. Cependant, on ne lui reproche pas son travail, car il fait des choses remarquables. ‘‘

    ‘‘ Et concernant sa femme ? ‘‘

    ‘‘ Il est veuf. Elle est morte en couche il y a plusieurs années à ce qu’il paraîtrait Des rumeurs courent qu’ils auraient eu un enfant, mais jamais on ne le vit sortir de la demeure familiale et Stark n’en a jamais vraiment parlé ... Pourquoi veux-tu savoir tout ça ? Tu le soupçonnes de quelque chose ? ‘‘

    Kaëran tournait sa plume dans ses doigts et réfléchissait, tentant d’assembler les morceaux comme il le pouvait pour comprendre. Il fronça les sourcils et ne comprit pas pourquoi Ellana disait avoir tué sa mère si elle était véritablement la fille de Stark. M’enfin, il avait amplement le temps de mettre tout ça au clair une fois que son frère d’armes aurait quitté son bureau. D’ailleurs, celui-ci lui demanda :

    ‘‘ Kaëran ... qu’est-ce que tu caches ? ‘‘

    ‘‘ Tu le sauras bien assez tôt. Maintenant, ouste que je puisse terminé mon travail. ‘‘

    Haussant les épaules d’incompréhension, Ayden s’exécuta et laissa son Lieutenant seul. Le silence revint d’un coup et Kaë dut se concentrer à ne pas résoudre l’affaire Stark. Du moins, pas tant qu’il n’aurait pas terminé de vérifier cette tonne de parchemin qui le regardait avec leur faux sourire sur le coin du bureau. Terminant sa besogne deux petites heures plus tard, une feuille de parchemin vierge fut déposée sur le bois du meuble, juste devant le jeune homme. La plume fut trempée dans l’encrier pour une énième fois et il commençait à écrire ses pensées* puisqu’il avait encore quelques petites heures à tuer avant de retourner à la maison. De fil en aiguille, les mots prenaient doucement naissance sur le papier-parchemin, et ce, jusqu’à ce que les cinq coups de cloches s’échappèrent de la cathédrale de Racium. Puissants et sonores. Kaëran rangea soigneusement le tout et quitta l’endroit en vue de se diriger vers la maison familiale. À son arrivée, Eiriel avait déjà presque terminé de faire le repas du soir avec l’aide d’Ellana et Naël étira le cou tant bien que mal pour voir son fils qui entrait dans la vaste pièce, cuisine et salon ne formant qu’un, mais qui était bien séparés tout de même.

    ‘‘ Bonsoir m’man ‘‘

    ‘‘ Bonsoir mon chéri ‘‘ Dit-elle en souriant, attendant le baiser sur le front de son enfant.

    ‘‘ Et nous ? Tu nous oublies ? Tu nous ignores? ‘‘

    Kaëran soupira et se retourna vers Eiriel qui avait posé les poings sur ses hanches, un faux air sévère peint sur le visage. Cependant, un sourire s’y dessina et ce fut cela qui la trahit. Avançant vers elle, le jeune homme vint lui faire un câlin et la souleva de terre. Eiriel ne put retenir un cri de stupeur et éclata de rire aussitôt qu’elle fut redéposer au sol.

    ‘‘ Bonsoir Eiriel, Ellana. ‘‘

    Puis il retourna dans le couloir en se débarrassant des petites pièces de son armure pour les porter à sa chambre et redescendit au rez-de-chaussée pour monter la table, le temps que les femmes terminent de préparer les couverts. Naël fut apporté à sa place par son fils qui l’installa confortablement et ils prirent tous place à table, Eiriel compris.

    ‘‘ Et puis, ta journée ? ‘‘

    ‘‘ Des recrus qui se croient être le nombril du monde, mais ils ont vite compris que ce n’était pas la bonne voie à suivre. ‘‘

    Naël ne put qu’esquisser un sourire en coin aux dires de Kaëran qui parlait avec un extrême sérieux. Elle avait toujours du mal à croire qu’il était Lieutenant à un aussi jeune âge. Mais il dégageait cette assurance et cette maturité que peu d’hommes de son âge avaient. Ce qu’elle pouvait être fière de lui, malgré les bêtises qu’il avait pu faire depuis qu’elle était tombée malade. Mais bon, ce n’était pas si dramatique que ça sauf qu’elle redoutait le pire une fois qu’elle serait partie dans l’autre monde. Les yeux émeraude de Naël se posèrent alors sur Ellana qui restait bien muette alors que Kaë et Eiriel conversaient tranquillement. Peut-être qu’avec elle à ses côtés, il y avait une faible chance que son fils ne sombre pas ... si seulement il ne la repoussait pas une fois le jour fatidique arrivé.

    Après le repas, ce fut l’homme de la maison qui s’occupa de nettoyer les couverts alors qu’Eiriel s’occupait de la toilette de Naël dans la salle d’eau. Il fallait bien quelqu’un pour lui faire prendre son bain quand même et ce n’était certainement pas on fils qui allait s’en charger. C’était bien trop gênant ... Cette fois, il accepta l’aide d’Ellana, l’aidant à essuyer et à ranger le tout. Finalement, il la remercia pour le coup de pouce, car il y avait pas mal de choses sales qui trainaient sur le comptoir. La large bassine fut vidée à l’extérieur puis essuyée avant d’être rangée, libérant ainsi l’espace. Naël finit par sortir, les cheveux humides et Kaëran prit le relais, permettant à Eiriel de tenir compagnie à Ellana qui se trouvait dans le salon. La mère put alors profiter de ce moment pour passer à l’interrogatoire. Les sourcils froncés, Naël regarda son fils jusqu’à ce qu’il croise son regard; il comprit et alla fermer la porte de la chambre pour revenir s’installer sur un fauteuil qu’il approcha du lit.

    ‘‘ Ellana m’a dit que tu ... l’avais acheté. Dis-moi que ce n’est pas vrai, Kaë. ‘‘

    ‘‘ M’man ... je ... ‘‘

    Le Lieutenant posa une main sur sa nuque et la frotta d’embrassement alors que sa mère semblait de plus en plus inquiète de la vérité. Elle poursuivit alors pour l’aider à cracher le morceau.

    ‘‘ Tu étais ivre, pas vrai ? C’était le jour où tu l’as ramené à la maison ? ‘‘

    ‘‘ Oui, j’avais un peu trop bu et ... Stark s’est mis à me parler de sa fille. Je l’écoutais à moitié avec la seule envie de le voir partir pour que je sois seul. Mais j’ai raté la fin de la conversation et je n’ai compris que le point de rendez-vous. Je me suis présenté sur place, mais lorsque j’ai su, j’ai refusé. Je lui ai donné ma bourse, car il ne voulait que l’argent sauf qu’il semblait pressé de se débarrasser de sa fille et nous a jetés dehors alors ... je l’ai apporté ici ... ‘‘

    Oui, en y repensant, Kaëran avait honte de son comportement. Mais maintenant, il croyait plus que tout que la jeune femme était mieux parmi eux que là bas, avec son paternel.

    ‘‘ Je crois qu’elle a été maltraitée ... non, j’en suis certain. Elle m’a dit se considérer comme un monstre, un objet. Ça me dépasse alors j’ai tenté de trouver des informations sur sa famille. ‘‘

    ‘‘ Kaë ! Ça ne te regarde pas ce genre de chose, mais ... ‘‘ Elle soupira. ‘‘ Je suis moi aussi inquiète pour elle. Cette petite souffre atrocement. Son regard dit tout et ça me fait mal de voir quelqu’un dans un tel état. ‘‘

    Naël ferma les yeux et baissa la tête un long moment, prenant la main droite de son fils et l’entourant des siennes. Il fallait qu’elle lui demande quelque chose, mais son coeur battait la chamade tout au fond de sa poitrine, car elle désirait plus que tout qu’il accepte. Cependant, le choix lui appartiendrait.

    ‘‘ Je ... sais que je dérive sur le sujet de la conversation, mais Kaëran ... ‘‘

    Son regard émeraude plongea dans celui de son fils, admirant cet oeil mélangé de bleu et de vert qui le rendait unique en son genre. Un faible sourire se dessina sur ses lèvres dès qu’il vit le regard inquiet de son fils se poser sur elle, insistant dans le silence pour qu’elle parler.

    ‘‘ Il ne me reste plus beaucoup de temps et tu le sais autant que moi. J’aimerais seulement voir ton sourire une dernière fois avant de partir, mon chéri ... et que tu prennes soin d’elle. Ellana a besoin de quelqu’un sur qui s’appuyer. C’est une bonne fille malgré la douleur qui la submerge. ‘‘

    ‘‘ Je ... vais y réfléchir ... ‘‘ Répondit-il dans un murmure évasif.

    Naël se tut et laissa son fils lui tresser les cheveux lorsqu’elle lui en fit la demande. Eiriel entra entre temps, accompagnée d’Ellana, car elle devait partir chez elle vu l’heure.

    ‘‘ Comme c’est trognon ! Fiston qui joue dans les cheveux de maman ! ‘‘

    ‘‘ Hey ! Ne me déconcentre pas ! Je suis sans défense et j’ai les doigts occupés ... j’ai merdé là. ‘‘

    Kaëran grogna et dut recommencer la tresse sous les rires de Naël et d’Eiriel qui se souhaitèrent la bonne nuit. La mère invita donc Ellana à venir prendre place à ses côtés, pendant que son fils semblait extrêmement concentré par ce qu’il faisait. Oui il mettait une éternité, mais il était loin d’être doué pour coiffer les cheveux d’une femme et encore moins les siens. D’où la raison du pourquoi ils étaient toujours en pétard.

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Dernière édition par Kaëran Eira le Dim 5 Mai - 5:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Sam 2 Fév - 21:25


Ellana continuait sa couture, faisant extrêmement attention pour ne pas se tromper. Elle voulait vraiment que la robe soit parfaite. Cela pourrait rendre le sourire à Madame Naël et Monsieur Kaé. Dans sa bulle, elle n'entendait rien de la conversation entre les deux femmes. Eiriel s'occupait de son amie, riant avec elle et lui faisait penser à autre chose qu'à sa maladie. Parce qu'elle aussi sentait qu'il fallait profiter de sa présence. Quelque chose lui disait qu'elle ne serait plus parmi eux très longtemps et cela la chagrinait. Sachant qu'elle avait élevé son enfant seule et avait bravé la vie à bras le corps, voilà comment elle était remerciée. En étant malade et devant quitter ceux qu'elle aimait bien trop vite et bien trop jeune. Jamais elle ne pourrait connaître la dulcinée de son fils, ni le voir ce marier, ni connaître ses petits-enfants. Alors que les pires ordures se prélassaient, satisfaits de leurs crimes. C'était injuste.

A midi, elles mangèrent paisiblement, la conversation ne se faisant toujours qu'entre les deux amies. Ellana restait silencieuse, mangeant calmement. Elle se rendait compte qu'elle tremblait moins. La peur était toujours là, bien ancrée ainsi que les consignes et les punitions, mais les tremblements avaient faiblis. Était-ce une bonne chose ? Ou était-ce du au fait qu'elle avait cousu et que cela le faisait à chaque fois ?

En après-midi, les deux femmes jouèrent ensemble à un jeu étrange avec des pièces sur un grand carré couvert d'autres petits carrés de deux couleurs alternées. Les pièces étaient elles aussi étrange. Mais elle n'aurait su les nommer. Alors, les laissant tout à leur concentration, Ellana poursuivit la robe. Elle allait mélanger mère et fils. La robe en elle-même serait dans les tons verts citron, mais il y aurait également du bleu quelque part. Ainsi, Madame Naël emmènerait une part de son fils avec elle. Ellana se disait que c'était elle qui avait accéléré le tout. En fait, elle avait l'impression de tuer une autre mère…par sa seule présence.

Lorsque le soleil commença sa descente, Eiriel convia Ellana à l'aider en cuisine. Celle-ci s'exécuta tout de suite, posant convenablement sa création pour qu'il n'y ait pas de plis et la suivit. Elle attendit que la femme lui donne une tâche, qui fût d'éplucher les légumes pour la soupe du soir. Naël avait besoin de soupe pour se maintenir. Même si cela n'empêcherait pas l'inévitable…Elle obéit donc, épluchant carottes, patates, poireaux, les coupants en lamelles et les plongeant dans l'eau qui cuisait. Eiriel s'occupait de la seconde partie, à savoir la viande avec des légumes bien chauds et de la salade.

-Tu te débrouilles vraiment bien dis donc ! Fît Eiriel en voyant la dextérité d'Ellana aux fourneaux.

-Merci Madame Eiriel.

Et ce fût en tout et pour tout la seule parole qu'elle prononça durant tout le temps de préparation. Elles terminaient lorsque Monsieur Kaé entra, se dirigeant droit vers sa mère qui était plus qu'impatiente de le voir. Ellana surveillait la cuisson et n'entendit pas la plaisanterie de Madame Eiriel, mais les salutations de Monsieur Kaé :

- Bonsoir Eiriel, Ellana.

Ellana tourna la tête mais il était déjà partit dans le couloir. Et…elle avait voulut le regarder ? Elle ne pouvait pas ! Malgré tout ce qu'il lui avait dit…Alors heureusement qu'il était partit. Avec Eiriel, elle mit les couverts sur la table, disposant le tout soigneusement comme son père lui avait appris. Les instruments droits, pics de la fourchette vers le bas, le couteau à gauche…

Lorsque Monsieur Kaë revint, il porta la malade à sa place et le repas put débuter. Comme à chaque fois, Ellana gardait la tête penchée vers son assiette qu'elle vida. Elle ne demandait jamais à en avoir une seconde fois. Son père ne l'avait jamais autorisée à avoir une ration supplémentaire. Quand elle avait le droit à un véritable repas. A la fin, Madame Eiriel alla laver Madame Naël, laissant Monsieur Kaë débarrasser. Il ne refusa pas l'aide de la jeune couturière qui s'empressa de l'aider, voulant en faire plus que lui. Elle essuya, rangea, lava, nettoya et il la remercia de son aide. Si elle avait osé, elle aurait sourit. Son père ne l'avait jamais remerciée lorsqu'elle faisait ses corvées. Pour lui, c'était ce que tout bon monstre devait faire…

Lorsque Madame Naël revint, son fils la rejoignit pour pouvoir lui parler en privé et passer un peu de temps avec elle. Ellana alla donc dans le salon, vite rejointe par Madame Eiriel.

-Ta soupe était délicieuse Ellana, vraiment.

-Merci Madame Eiriel.

-Eiriel tout court suffira tu sais ! Et puis…tu peux parler aussi…

Ellana ne répliqua pas. Pourquoi tout le monde voulait qu'elle les appelle par leur prénom seul ? Cela ne se faisait pas ! Ce n'était pas polit, pas respectueux de leur rang…ils étaient ses supérieurs, ses maîtres malgré les paroles de Monsieur Kaé et elle se devait de leur faire honneur.

-J'ai hâte de voir la robe que tu es en train de coudre.

-Elle sera vite terminée Madame Eiriel.

La femme sourit et regarda l'heure, se relevant en disant qu'elle devait partir. Ellana l'accompagna donc jusqu'à la chambre de Madame Naël qui se faisait coiffer par Monsieur Kaë. Et ! Il lui faisait la chose qu'elle avait vue ! Avec les trois sillons ! Bon il ne paraissait pas aussi parfait, avec les cheveux qui partaient à droite et à gauche, mais c'était si joli ! Madame Eiriel se moqua de lui et Ellana ne comprit pas pourquoi. Jusqu'à ce qu'elle s'aperçoive que Monsieur Kaë ne se fâchait pas et se moquait avec elle.

Madame Eiriel leur dit donc bonne nuit et s'en alla en souriant, Monsieur Kaë grognant et recommençant. Madame Naël fît alors signe à Ellana de venir et celle-ci s'exécuta, s'installant à la place indiquée. Elle regardait Monsieur Kaë faire, oubliant presque qu'elle n'avait pas le droit de le regarder. Elle était…subjuguée. Et lorsqu'il parvint à la fin et montra le résultat à sa mère celle-ci demanda :

-Elle est vraiment très belle. Tu ne trouves pas Ellana ?

-Si. Elle est très belle Madame Naël.

Naël souriait, voyant le regard de son invitée ne plus quitter la tresse qui ornait son épaule. Cela semblait être nouveau pour elle, un peu comme tout ce qui l'entourait…

Fatiguée par sa maladie cependant, elle demanda à se coucher, et son fils l'y aida, la bordant convenablement et lui souhaitant la bonne nuit. Puis Ellana le suivit jusqu'à la chambre ou elle était. Il referma la porte et elle entendit ses pas s'éloigner dans le couloir. Là, elle retourna se coucher au sol sous la fenêtre, se griffant encore pour se punir. Bon dieu toutes les fautes qu'elle faisait ! Même si Monsieur Kaë ne lui en tenait pas rigueur et lui avait dit que jamais il ne lèverait la main sur elle, elle était persuadée de faire des erreurs et de ne pas être à la hauteur. Pas à la hauteur de ce qu'attendait son père d'elle.

Enfin…les bras l'élançant après sa séance de griffage, elle s'endormit, le sol dur se rappelant à elle.

Le lendemain, elle s'éveilla grâce au soleil une nouvelle fois, et elle se leva, arrangea ses cheveux, se lava sommairement, n'ayant pas le droit de se laver autrement, et sortit dans le couloir. Monsieur Kaë était déjà assis à table, tout prêt pour manger. Mais…non…elle aurait dû l'aider…

Madame Naël la vit en premier cependant :

-Bonjour Ellana, viens manger, nous t'attendions.

Ils…l'attendaient ? Il ne fallait pas l'attendre. Jamais. Elle n'était rien…rien du tout…personne ne devait l'attendre…elle s'installa lentement, et mangea, ne voulant pas les retarder plus encore. Monsieur Kaë dut s'en aller au moment ou Madame Eiriel arrivait, saluant tout le monde. Eiriel fît les bises à son amie et salua Ellana, avant de débarrasser. Ellana fût donc appelée pour aider ce qu'elle fît prestement. Et le même schéma se reproduisit. Ellana se renferma dans sa bulle et continua la robe de Madame Naël, tandis que celle-ci aidait son amie à repriser un pantalon de Monsieur Kaë. Et oui, il réussissait à y faire de jolis trous avec ses entraînements, ses courses dans la ville et ses accrochages avec les voyous.

Mais d'un coup, Eiriel s'exclama :

-Oh non, je n'ai plus de tissu pour finir !

-Va en acheter…Répondit Naël en regardant ce qu'il restait à coudre.

Il fallait du tissu un peu spécial, plus épais que la normale, aussi n'y en avait-il pas parmi le tas de tissu que Naël avait confié à Ellana pour sa robe.

-Non…je ne peux pas te laisser seule…Elle réfléchit quelques instants avant de se tourner vers Ellana et dire : Ellana, tu voudrais aller m'acheter le tissu qu'il manque s'il te plaît ?

Ellana s'arrêta. Allez…acheter le tissu ? Ou ?

-Il y a une boutique sur la grand-rue. Je sais combien cela coûte je te donne la monnaie exacte d'accord ?

Elle acquiesça, paniquée. Elle ne savait pas où c'était…Elle posa son ouvrage et se leva, prenant la petite bourse que lui tendait Eiriel.

-La boutique se trouve dans la deuxième à droite. Tu ne peux pas te tromper. Demande du tissu épais pour pantalon militaire. Il saura lequel te donner.

Ellana hocha de la tête et sortit. Deuxième à droite, deuxième à droite, deuxième à droite…elle marchait vite, paniquée, serrant la bourse dans sa main et se répétant tout. Elle évitait les gens qui l'encerclaient, gardant la tête basse. Des hommes partout…mais les voix, les odeurs…le vent et le soleil…deuxième à droite.

Elle trouva après avoir du faire demi-tour et avoir paniqué, tombant sur une boutique ou des tissus étaient exposés. Ce devait être là. Inspirant, elle ouvrit la porte. Et reconnut tout de suite le présentoir de son père. Elle écarquilla les yeux.

Mais trop tard, son père sortait de l'arrière boutique. Lorsqu'il la vit, il eut du mal à le croire. Sa bouche se tordit en un rictus mauvais et il serra les poings, contournant le comptoir pour la prendre violemment au bras et l'entraîner à l'arrière, là ou personne ne pourrait les voir.

-Qu'est-ce que tu fais ici, sale monstre ?!

Ellana ne répondit pas.

-Il t'a jetée ? Tu es si bête que ça ?!

-N-non…je…je dois acheter…tissu…

Le père la regarda étrangement avant de la secouer et la cogner contre le mur. Ellana ne répliquait pas, terrifiée à nouveau, ses tremblements reprenant de plus belle.

-Depuis quand les moins-que-rien de ton genre auraient le droit d'acheter hein ? Depuis quand t'ais-je dis que tu avais le droit de sortir ?!

-Mais…mais…elle a besoin de tissu…

-TAIS-TOI ! As-tu oublié les règles !?

Ellana secoua négativement la tête, se mordant la lèvre. Et la gifle partit. Si fort qu'elle en lâcha la bourse. Son père continua, lui assénant une à une chaque règle et chaque consigne qu'elle devait appliquer.

A la fin, la joue d'Ellana était rouge de chez rouge et elle ne la sentait plus. Elle tremblait à nouveau.

-Tu vas me faire le plaisir d'obéir d'accord ? Sinon…

Sa main se glissa entre ses cuisses. Ellana frissonna. On était pas la nuit…il ne pouvait pas…

La main toujours en bas, il lui dit :

-Alors il t'a prise ? Tu es venue à lui nue ?

-N-non…o-oui…

Une nouvelle gifle sur l'autre joue.

-QUOI ?

-Il…il ne m'a pas…prise…mais…je suis venue…nue…

Le père la regarda méchamment. Comment ça il ne l'avait pas prise ? Merde il s'était retenu de coucher avec elle juste pour en tirer plus d'argent ! Mais c'était une idiote ou quoi ? Elle avait encore tout fait de travers il en était sûr.

-Dis-moi tout ce qu'ils t'ont dit. Je veux tout savoir et dépêche toi tu me fais perdre mon temps.

Ellana s'exécuta tout de suite, racontant tout en balbutiant, hésitante, la joue en feu. Les sourcils de son père se fronçaient graduellement et à la fin se fût l'horreur. Il la jeta au sol sans ménagement et fût sur elle d'un coup. Elle paniqua, sentant le souffle rauque de son père contre sa nuque. Qu'allait-il faire ?

-Écoute-moi bien et enregistre tout ça dans ton crâne. Tu t'en fiches de ce qu'il te dit. Tu l'appelles Monsieur Eira. Tu n'acceptes rien de lui. Tu ne manges pas à table avec eux, non mais c'est quoi cet irrespect et cette impolitesse ?! Tu ne prends pas de vêtements de lui non plus. Tu te fais petite, tu retournes à ta place compris ? Et s'ils ne veulent pas te donner d'ordres, donne-t-en toute seule. Fais tout pour eux. La cuisine, le ménage, la lessive, tout. Et n'accepte aucune aide. Je t'ai à l'œil, sale monstre. Tout le temps. Tiens-toi le pour dit.

Il se releva, prenant la bourse. Ellana se releva lentement, ayant mal au genou à cause de la chute. Elle tremblait atrocement.

-Bon qu'est-ce qu'elle veut comme tissu pour le peu d'argent qu'elle t'a donné ?

-D-du tissu…pour…p-pantalon militaire…

Il ne répondit rien et alla chercher le produit le lui donnant sans ménagement.

-Tiens. Va-t-en maintenant. Et…je te surveille. Constamment.

Elle hocha de la tête et sortit en vitesse, manquant percuter un homme. Paniquée, elle s'en alla au pas de course, les larmes lui montant aux yeux mais elle les retint. Sa joue était toujours bien rouge. Elle mit plus d'un quart d'heure à retrouver son chemin et lorsqu'enfin elle parvint à la demeure Eira, Eiriel comme Naël soupirèrent de soulagement. Elles avaient cru qu'il lui était arrivé quelque chose. Eiriel prit le tissu en remerciant Ellana, mais celle-ci ne réagit pas.

Ellana s'ordonna alors de commencer à nettoyer la maison. Elle avait vu Eiriel prendre les instruments de ménage dans un placard et les prit, commençant à tout nettoyer, frotter, astiquer. La robe, elle la continuerait la nuit. Pour l'heure, elle devait obéir…son père l'a surveillait maintenant…Elle nettoierait tout, puis commencerait à préparer le repas pour que lorsque Monsieur Eira reviendrait, tout sois prêt. Personne ne devait l'aider…

Elle avait encore mal à la joue…

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 7:32

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Chapitre 1
Comme un ange gardien...

◆ ◆ ◆



    Kaëran était bien concentré sur sa tâche et ne détournait aucunement les yeux de la longue tignasse rousse foncé de sa mère, mouvements autour d’eux ou pas. S’il avait le malheur de le faire, tout serait gâché et il lui faudrait recommencer pour la troisième fois. Alors, il en était hors de question puisque ça lui prenait déjà un temps fou à ne faire que cette tresse qui pourtant était si simple. Cependant, il ne manqua pas de sentir le regard d’Ellana qui avait pris place avec Naël sur le lit, regardant ses doigts croiser les mèches de cheveux. Lorsqu’il eut enfin terminé, Kaëran noua l’extrémité à l’aide d’une fine cordelette de cuir noire et montra le résultat à sa mère, ramenant sa crinière coiffée par-dessus son épaule gauche. Satisfaite de ce travail, la femme caressera de ses mains pâles la tresse et souriait doucement.

    ‘‘ Elle est vraiment très belle. Tu ne trouves pas Ellana ? ‘‘

    ‘‘ Si. Elle est très belle Madame Naël. ‘‘

    ‘ J’espère bien parce que je peine à faire ce truc... ‘‘

    Le regard souriant de la mère quitta Ellana qui était en totale admiration devant cette tresse puis se posa sur son fils qui croisait les bras sur son torse. Il lui intima même de ne pas bouger d’un seul poil pendant la nuit au risque que des mèches de cheveux s’échappent de la peignure, mais Naël ne put se retenir de rire, car elle comprenait que Kaë n’était en aucun cas sérieux dans ses propos. Soudainement prise d’un coup de fatigue, la mère demanda l’aide de son fils pour s’allonger dans son lit et il s’exécuta doucement, embrassant son front et lui souhaitant la bonne nuit. Ainsi, les deux jeunes gens quittèrent la chambre en refermant la porte derrière eux, Kaëran reconduisant Ellana jusqu’à la pièce où elle logeait. Ensuite, ce fut son tour. Cette fois-ci, le Lieutenant ne prit qu’une dizaine de minutes avant de trouver le sommeil, fatigué de sa journée Le lendemain matin, il n’eut pas de mal à se réveiller comme la veille et alla tirer sa mère hors du lit, celle-ci déjà debout depuis belle lurette. L’asseyant sur sa chaise, Kaë s’occupa de préparer le petit-déjeuner, comme tous les matins, et ils attendirent qu’Ellana vienne les rejoindre, ce qui ne tarda pas d’ailleurs.

    ‘‘ Bonjour Ellana vient manger, nous t’attendions. ‘‘

    Mais la concernée les salua d’un bref signe de tête et prit place avec hésitation à table. Elle était toujours mal à l’aise, mais peut-être que l’habitude à ce mode de vie finirait par s’installer chez elle ? C’était à espérer du moins. Terminant de manger le premier, Kaëran dut quitter la table pour retourner au travail. Il s’excusa donc, donna un bis sur la joue de sa mère, salua Eiriel qui venait prendre le relais et fila vers le palais d’un pas plutôt rapide. Il n’était pas en retard, mais même; ce serait une grosse journée, il le sentait.

    La journée s’annonçait déjà bien mauvaise ... oui. Bien mauvaise ... Encore une fois, les recrues jouaient à la tête brûlée et Kaëran dut réagir avant qu’une bagarre n’éclate entre eux et quelques soldats. Ils reçurent des menaces d’expulsion s’ils ne prenaient pas les entraînements au sérieux et durent, comme promis la veille, faire 10 tours du palais. Puis-je vous dire que ces jeunes arrogants rampaient déjà au 5e tour ? Si c’était la seule manière de leur mettre du plomb dans la tête, alors soit. Mais au moins, ils finirent par comprendre quelque chose. Enfin bref. Le reste de la matinée fut consacrée à la patrouille de la ville afin de veiller sur le bien-être de Racium. Une mission de routine, il fallait s’en dire. En fin de journée, Kaëran rédigea alors son rapport puis quitta le palais pour s’en retourner chez lui. Eiriel et Naël se trouvaient toutes deux assises sur le canapé et regardaient Ellana se taper la coupe des légumes pendant que le reste du repas cuisait dans une marmite. Ne posant pas de question, le jeune homme les salua et elles en firent de même, cependant, l’invitée ne réagit aucunement. Qu’avait-elle soudainement ? La table était déjà montée, les couverts placés et dès que quelqu’un tentait de s’approcher du ragoût, Ellana débarquait et s’en chargeait. Kaëran dut donc se résoudre à aller s’assoir à côté de sa mère qui ne comprenait plus rien.

    ‘‘ Je ne sais pas quelle mouche l’a piqué... Elle n’a pas dit un seul mot et ne nous laisse aucunement l’opportunité de faire quoi que ce soit de demandant.‘‘

    ‘‘ Il s’est passé quelque chose dans l’après-midi ? ‘‘

    ‘‘ Je ne crois pas non. Elle est ainsi depuis qu’elle est revenue de la boutique de couture. ‘‘

    ‘‘ Attends. ‘‘ Commença t-il. ‘‘ De la boutique de couture ? ‘‘

    Naël acquiesça d’un signe de tête et fronça les sourcils lorsque son fils baissa les yeux, la mine sévère d’un seul coup. Ses yeux vairons se levèrent alors vers la jeune femme. Avait-elle échangé avec son père ? Étrangement, il n’en doutait pas une seule seconde, mais ne commenta pas. Il dit seulement, dans un murmure que seule sa mère pouvait entendre :

    ‘‘ Il ne faut plus qu’elle s’y rende seule... et si son père débarque ici, je veux qu’on me prévienne sur-le-champ. J’aurai deux mots à lui dire. ‘‘

    La mère acquiesça d’un signe de tête et le repas fut servi dans le plus grand des silences. Ellana ne s’installa pas avec eux pour le repas, s’exilant plutôt dans le salon. Nombre de fois Naël lui avait demandé de venir les rejoindre à table, mais la jeune femme secouait négativement la tête sans même se retourner pour leur jeter un coup d’oeil. Le regard émeraude de la mère se posa donc sur son fils qui ne comprenait que de moitié ce soudain revirement de situation. Mais pour l’heure, il fallait manger. Les Eira laissèrent donc un couvert vide pour Ellana, lui signifiant qu’il fallait qu’elle se remplisse l’estomac et Kaëran alla conduire sa mère dans sa chambre pour la coucher et discuter un peu avec elle une fois qu’ils eurent rempli leur estomac. Sa fièvre avait encore augmenté et sa toux se faisait un peu plus régulière.

    ‘‘ Va dormir ... ça ira, mon grand. ‘‘

    Le Lieutenant posa ses lèvres sur son front, peu rassuré, et tira les couvertures jusqu’aux épaules de sa mère qui lui sourit une dernière fois avant de fermer les yeux. La porte de la chambre fut donc refermée derrière lui, mais lorsque le jeune homme se présenta dans le salon, Ellana avait disparu et le couvert avait été rangé. Fronçant les sourcils, il y déposa ce qui restait du repas et se rendit jusqu’à la chambre d’ami où il toqua. Mais pas de réponse.

    ‘‘ Ellana, il faut que tu manges un peu. ‘‘

    Mais toujours aucun signe de vie. Kaë soupira et déposa l’assiette au sol pour ensuite se rendre à sa chambre. Le lendemain matin, ce fut différent de la veille. Le repas était déjà prêt au réveil de Naël et Ellana était dans une lancée de ménage. Aucune parole n’était sortie de sa bouche depuis hier soir et c’était des plus étrange même si elle était du genre silencieux. C’était surtout dans ses gestes qu’on voyait la différence; elle ne les laissait aucunement toucher aux tâches ménagères et aux repas. Rien. Elle faisait tout. Ne pouvant s’attarder plus longtemps à la maison et poser des questions à la jeune femme, Kaëran dut quitter comme à l’accoutumée et ce, jusqu’en fin de journée. Pour faire court, la soirée se passa de la même manière que la veille et une autre journée s’écoula ainsi sauf que quelque chose de plus grave arriva. Eiriel était allé voir Naël dans sa chambre et entendait sa forte respiration. Sa fièvre avait monté d’un cran et sa toux était creuse. Cela faisait quelques heures que Kaëran avait quitté pour aller au palais et elle ne pouvait se résoudre à le laisser dans l’ignorance et puis son amie avait besoin de son fils plus que jamais dans cette épreuve. Ils devaient passer ces derniers moments ensemble, car le temps était maintenant compté. Quittant la chambre rapidement et en panique Eiriel dit à Ellana :

    ‘‘ Je m’en vais chercher Kaëran ... Naël est dans un mauvais état. Veille sur elle pendant mon absence ! ‘‘

    Et elle partit en vitesse dans la ville. Elle mit bien une bonne vingtaine de minutes à rejoindre le palais et dès qu’elle croisa un soldat, elle s’empressa de demander à voir Kaëran. On lui dit alors qu’il était en réunion avec ses supérieurs, mais de sa voix portante, Eiriel lui hurla dessus prétextant qu’il s’agissait d’une urgence. Le soldat sursauta et ils se rendirent à la grande salle. C’est alors qu’ils débarquèrent devant une porte de bois massif ornementé de fer forgé par des artisans soucieux des détails. Ne se faisant pas prier, la femme ouvrit la porte qui grinça légèrement.

    ‘‘ Naël est mourante, il faut que tu reviennes à la maison ! ‘‘

    Toutes les personnalités présentes se retournèrent vers Eiriel qui se fichait de recevoir tout ces regards. Kaëran avait blêmi d’un seul coup en reconnaissant cette voix, s’excusant au chef des armées qui lui donna son accord d’un signe de tête. Le Lieutenant s’excusant alors et quitta son siège rapidement pour rejoindre Eiriel qui reprenait tant bien que mal son souffle.

    ‘‘ Retourne à la maison ... je t’y rejoins. Ta mère ne va vraiment pas bien, Kaë... ‘‘

    ‘‘ J’y vais de ce pas ... merci. ‘‘

    Sans perdre une seconde de plus, le jeune homme prit ses jambes à son coup et courut comme jamais il n’avait courut, bousculant sans le vouloir un homme au passage. Il s’excusa sommairement et entra dans sa demeure, la porte claquant violemment contre le mur. Sans prendre le temps d’enlever ses bottes ou son armure, Kaëran vint s’assoir sur le bord du lit de sa mère qui peinait à ouvrir les yeux. Un faible sourire se dessina alors sur ses lèvres et elle chercha les mains de son fils, qui caressaient déjà l’une de ses joues.

    ‘‘ Je suis là, maman ... je suis là ... ‘‘

    ‘‘ Mon chéri ... p-pardonne ... moi ... ‘‘ Souffla t-elle, toussant légèrement.

    ‘‘ Tu n’as pas à demander pardon ... tu n’as jamais voulu de cette maladie et je ne peux pas t’en vouloir pour ça ... Je vais rester avec toi pour quelques jours. Le temps que ... ça s’arrange. ‘‘

    ‘‘ Mer... merci ... Kaë ... ‘‘

    Naël referma les yeux, laissant son fils lui éponger doucement le visage. Jamais le jeune homme n’avait aussi craint la mort de sa mère ... c’était comme s’il commençait à en prendre conscience, comprenant qu’elle partirait vraiment dans les jours qui allaient suivre. Peut-être cette nuit, voire demain ? Cette pensée le fit frissonner d’horreur et le Lieutenant baissa la tête. Lentement, sans perdre Naël des yeux, il approcha le fauteuil et y prit place, veillant sur la malade qui pâlissait sans cesse.

    ‘‘ Je veillerai sur toi. C’est promis... ‘‘ Dit-il en serrant les mains de Naël dans les siennes.

    C’était seulement inimaginable pour lui de perdre sa mère aussi jeune. Pourquoi avait-il fallu que ce soit elle qui tombe malade et pas une autre personne ? Pourquoi les dieux n’avaient-ils pas été cléments à son égard ? Franchement, ils auraient au moins pu lui épargner cette souffrance et lui offrit une mort plus belle que celle qui l’attendait; dans la souffrance. C’était tout simplement injuste ... mais que pouvait-il faire d’autre que de la soutenir par sa seule présence, lui qui était si souvent absent depuis les dernières semaines ? Naël rouvrit de nouveau les yeux et tourna lentement la tête de côté pour observer son fils qui posa son regard sur elle, rongé par l’inquiétude. Elle fit alors un faible sourire, serrant comme elle pouvait les doigts de son fils dans ses mains et profitant de la douce chaleur qu’elle pouvait en retirer.

    ‘‘ Tu sais ce qu’Eiriel ... m’a déjà dit ? Que si elle avait eu... une fille de ton âge, elle t’aurait forcé... à l’épouser pour que tu sois sans cesse chez elle ... Sinon, qu’elle aur-aurait souhaité... être plus jeune pour te tourner ... autour! ‘‘

    La mère fut prise d’une violente toux, mais retrouva rapidement le sourire.

    ‘‘ C’est une sacrée Eiriel ... ‘‘ Murmura t-il, souriant sincèrement pour la première fois depuis un certain temps.

    Naël fut tellement heureuse que ses yeux se remplissent aussitôt de larmes qui coulèrent sur ses joues blêmes et chaudes. Elle essaya de s’assoir par elle-même, mais Kaëran dut se lever alors qu’en fait, tout ce qu’elle désirait était un câlin.

    ‘‘ Dis ... Tu ne voudrais... pas bercer... ta mère ? ‘‘

    La demande surprit le Lieutenant sur le coup, mais il lui fit un doux sourire en coin acquiesçant à sa demande. Délicatement, Kaëran passa une main sous ses genoux puis l’autre dans son dos et la souleva pour ensuite aller s’assoir dans le fauteuil où il la serra contre lui. Naël avait des airs de gamine ainsi lové dans les bras de sa progéniture dont le visage s’attristait. Tous deux fermèrent les yeux, laissant le silence planer sur eux pour ne profiter que de ce moment qu’ils ne pourraient plus avoir dans un avenir prochain. C’est ainsi que Naël s’endormit, Eiriel les observant depuis l’embrasure de la porte, un sourire triste peint sur les lèvres.

    C’était un spectacle touchant qu’elle n’aurait la chance de voir qu’une seule fois dans sa vie, car son amie allait bientôt la quitter pour un monde meilleur, où elle n’aurait plus à souffrir et inquiéter ses proches.

    Car son amie allait bientôt quitter les gens qu’elle aimait pour rejoindre son homme là haut ...
    Car son amie allait bientôt délaisser son fils ...
    Car son amie allait bientôt cesser de souffrir ...

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Dernière édition par Kaëran Eira le Dim 3 Fév - 17:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 10:47


Tremblante, Ellana poursuivait sa tâche. Nettoyer, astiquer, frotter, ranger. Elle ne parlait pas, et lorsque Madame Eiriel voulait l'aider ou lui disait de venir avec elle, elle secouait négativement la tête, terrorisée à l'idée que son père soit là et la voie. Sa joue redevenait normale lentement, et elle venait de finir les pièces du rez-de-chaussée. Cependant elle n'avait plus le temps de faire l'étage si elle voulait que le repas soit prêt pour quand Monsieur Eira reviendrait.

Elle rangea donc le nécessaire à ménage et alla dans la cuisine, préparant les ingrédients. Elle se donnait des ordres et y obéissait, aussi simple que cela. Elle prépara le bouillon auquel elle rajouterait les légumes et juste avant de commencer l'épluchage de légumes, elle alla préparer la table convenablement, chaque couvert parfaitement aligné et posé. Elle n'en mit que deux pour Madame et Monsieur Eira. Et elle retourna éplucher et couper les légumes tout en surveillant la cuisson du reste du repas. Elle entendit parfaitement Monsieur Eira rentrer et saluer sa mère et Madame Eiriel, elle aussi sans doute mais elle ne répondit pas. Ellana avait retenu la leçon et ne tenterait plus de quitter sa place. Son père avait réussi à la terroriser un peu plus…

Et, paniquée, elle empêchait quiconque de venir l'aider, surtout Monsieur Eira qui voulait toujours surveiller la cuisson. Elle venait en disant non de la tête, l'empêchant d'agir. Si son père était là et comprenait mal…il était capable de casser une vitre pour venir la gifler…il était capable de tout…que Monsieur Eira soit dans l'armée ou non…

Elle acheva donc le repas, ne voulant pas les faire attendre et servit les plats sur table, remplissant leurs assiettes. Le tout en silence. Ellana ne resta pas avec eux, par politesse et respect, et préféra retourner dans l'autre partie de la pièce qui était le salon. Elle reprit sa robe, se disant qu'elle ne pourrait de toute manière rien faire d'autre. Elle écoutait les bruits, pour être prête à agir si le besoin s'en faisait ressentir. Tout faire elle-même. La robe était quasiment achevée. Une ou deux nuits de travail et elle serait parfaite. Madame Naël serait vraiment jolie dedans. Elle entendit les chaises racler le sol et comprit qu'ils avaient finit. Elle posa sa couture et vit Monsieur Eira porter sa mère jusqu'à sa chambre. Alors Ellana en profita pour tout ranger et débarrasser. Ils avaient laissé une assiette vide qu'elle n'avait même pas mise sur table. Non…pas pour elle. Elle ne pouvait pas. C'était de l'irrespect c'était tout. Elle débarrassa le tout et, comme avec son père, mangea quelques restes. Le fond d'une casserole par exemple. Très peu à vrai dire mais elle s'en fichait. Elle avait toujours été nourrie ainsi en vingt-deux ans alors…

La table était propre, sans pli sur la nappe, la cuisine parfaitement nettoyée, aussi Ellana prit son travail et retourna dans la pièce que Monsieur Eira lui avait prêtée. Refermant la porte, elle s'installa dos à elle devant la fenêtre pour avoir un peu de lumière grâce à la lune. Monsieur Eira était toujours avec sa mère, cependant elle entendit toquer au bout de quelques minutes. Pourquoi toquait-on ? Tout le monde pouvait rentrer. Son père ne se privait pas de rentrer à n'importe quel moment. Et…la nuit…elle se recroquevilla.

Monsieur Eira avait-il finalement décidé de la prendre ? Pour se venger de la maladie de sa mère ? Il pouvait. Elle était là pour qu'il tienne le coup…L'aiguille tremblait dans sa main et elle entendit alors :

- Ellana, il faut que tu manges un peu.

Non, non, non elle ne pouvait pas manger, ne pas prendre ce qu'il lui donnait, elle n'avait pas le droit ! Elle se griffa à nouveau, les deux bras en même temps. Son père pouvait être juste là dehors, à l'observer de derrière un buisson, attendant une erreur pour venir lui faire mal…Lorsque les pas dans le couloir ce furent éloignés, elle se leva et ouvrit la porte de quelques centimètres. Par terre il y avait une assiette pleine et fumante. L'odeur monta jusqu'à ses narines, mais elle s'en empêcha. Ne rien prendre ! Ce n'était pas à elle ! Elle n'était rien, elle devait rester à sa place ! En plus Monsieur Eira avait du refaire cuire les restes du repas pour elle ! Alors qu'il ne devait pas ! Elle prit l'assiette et se hâta jusqu'à la cuisine. Là elle mit une serviette dessus et le mit à conserver dans la petite pièce froide. Ce serait une assiette toute prête pour Madame Eira à midi.

Ceci fait, Ellana retourna dans la chambre, referma la porte en silence, et reprit son travail. Elle faisait le plus difficile, le buste, et elle n'avait pas le droit à l'erreur. Chaque point était essentiel. Mais avec pour seule lumière la lune, c'était encore plus difficile. Elle y passa donc la nuit, soignant son travail. Le lit que Monsieur Eira avait préparé n'avait jamais été défait jusqu'à présent.

Lorsque le soleil commença à peine à se lever, Ellana se stoppa et se débarbouilla, arrangea ses cheveux et sortit en silence. Elle devait préparer le repas du matin. Tout était prêt lorsque Madame Eira se réveilla et pourtant elle se réveillait tôt. Elle salua bien son invitée, mais celle-ci ne répondit pas, tête basse. Monsieur Eira arriva un peu après, portant sa mère jusqu'à sa place, interrogatif. Mais ils mangèrent en silence, Ellana reprenant ses tâches ménagères…

La maison fût parfaitement propre au retour de Monsieur Eira. Le rez-de-chaussée, l'étage, les salles de bains, tout. Tout rutilait. Ellana ne sentait plus ses bras à force de frotter, mais elle avait accomplit les ordres qu'elle s'était donnés.

Comme la veille, elle prépara tout et les laissa manger entre eux, grignotant leurs restes lorsqu'elle débarrassa. Elle passa à nouveau sa nuit à coudre, mais elle réussit à finir la robe. Elle était magnifique. Ellana se disait même que c'était la plus belle de ses créations. Mais, ne pas en tirer de fierté. Elle n'en avait pas le droit.

Elle s'autorisa donc une heure de repos, et le lendemain, se fût le même scénario. Sauf que Madame Eira n'allait pas bien du tout. Madame Eiriel était paniquée et dit à Ellana qui repassait les vêtements :

- Je m’en vais chercher Kaëran ... Naël est dans un mauvais état. Veille sur elle pendant mon absence !

Ellana hocha de la tête, reposa le fer et alla dans la chambre de Madame Eira. Celle-ci était affreusement pâle et toussait d'une toux creuse et sifflante. Sa respiration se faisait mal. Ellana se tordit les mains, restant à côté de la porte, terrifiée. Madame Eira était en train de mourir…et…Ellana avait l'impression d'avoir accéléré les choses. Comme si…comme si parce qu'elle n'avait pas été à la hauteur les dieux se vengeaient et tuaient plus rapidement Madame Eira. Elle s'en voulait. C'était sa malédiction ! Elle avait tué sa mère et maintenant elle tuait celle de Monsieur Eira…

Lorsqu'elle entendit la porte d'entrée claquer, elle comprit que le fils était arrivé. Il courut dans la pièce et s'approcha de sa mère, n'ayant même pas remarqué Ellana et d'ailleurs c'était tant mieux. Celle-ci sortit en silence, allant chercher la robe qu'elle avait fait à la demande de Madame Eira. Mais arrivée dans la pièce, les larmes coulèrent sur ses joues. Madame Eira allait mourir dans les heures qui suivaient par sa faute ! Elle avait tout accéléré, avait tout fait de travers ! Son père avait eu raison, elle n'était décidément bonne à rien ! Elle ne faisait que le malheur des autres et là…elle brisait une famille…

Serrant la robe, elle revint lentement vers la pièce, s'arrêtant dans l'ombre du couloir. Madame Eiriel était devant, regardant la scène. Ellana s'ordonna de regarder vite fait, et aperçut Monsieur Eira portant sa mère sur ses genoux dans le fauteuil. Celle-ci avait les yeux fermés. Ellana fît demi-tour, persuadée qu'elle était déjà partie dans l'autre monde alors qu'elle ne faisait que dormir.

Elle ne quitta plus la chambre, assise devant la fenêtre et les jambes repliées contre sa poitrine. La robe était suspendue, attendant. Elle se sentait…en trop…partout ou elle était, elle causait du tort, faisait des erreurs. Mais…elle devait être là pour Monsieur Eira. Pour que s'il veuille la punir et se défouler pour faire son deuil il ait quelqu'un sous la main. Elle était docile et se laisserait faire. Son père y avait veillé. Lorsque la maison fût silencieuse et que la nuit s'installa, Ellana se releva, prit la robe et sortit. Arrivant devant le salon ou le feu brûlait faiblement dans l'âtre, elle vit que les deux parents n'avaient pas bougés. Monsieur Eira s'était endormit, serrant sa mère contre lui dans le fauteuil. Donc s'il dormait et ne pleurait pas, c'était qu'elle n'était pas morte ?

Dans le silence le plus total, Ellana se mit face à eux et accrocha la robe, bien en vue pour quand ils se réveilleraient.

Spoiler:
 

Jamais elle n'avait imaginé que ce serait si difficile de quitter la pièce. Elle s'ordonnait de baisser la tête, mais elle regardait Madame Eira, s'excusant en silence. Elle aurait deux crimes à se faire pardonner. Elle avait tout accéléré. Elle avait fait trop d'erreurs. Les paroles gentilles de Monsieur Eira l'avait embrouillée et elle s'était éloignée des consignes de son père, alors voilà la punition. Le décès de Madame Eira. A cause d'elle et de sa nullité. Une nouvelle fois, elle alla dans la chambre, se coucha devant la fenêtre au sol, et ferma les yeux, ne parvenant tout de même pas à s'endormir convenablement, hantée par sa culpabilité, aussi se griffa-t-elle, si violemment qu'elle grimaça et saigna légèrement. S'il le fallait elle se frapperait elle-même ou obligerait Monsieur Eira à la prendre, à lui faire mal pour qu'elle comprenne.

Le lendemain, les cloches de midi retentissaient lorsque Madame Eira s'en alla vers un monde meilleur…laissant derrière elle un fils inconsolable…


Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 17:17

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Chapitre 1
Repose en paix ...

◆ ◆ ◆


    ~ Inspiration ~

    La respiration creuse et sifflante de la mère s’était quelque peu affaiblie alors qu’elle avait réussi à s’endormir. Sa toux elle, se faisait moins fréquente mais bien présente. C’était ce qui les réveillait la nuit, elle et son fils. Celui-ci regardait son état en posant une main sur son front puis dans son cou et Naël grimaçait sous la douleur qui envahissait sa gorge en entier. Elle souffrait, ça brûlait et chaque gorgée d’eau qu’on lui donnait était un réel supplice, mais en même temps, elle avait si soif ... Le sommeil les regagna un peu plus tard et Kaëran ne dormait que d’un oeil, veillant sur sa mère comme sur la prunelle de ses yeux. Les premiers rayons du soleil ne s’étaient pas encore faufilé de jusqu’aux carreaux de la demeure que Naël se réveilla brusquement, secoué d’une violente toux. Ses doigts se crispaient sur le tissu de la chemise de son fils qui ouvrit les yeux, pris d’une soudaine inquiétude; elle ne cessait de gémir et sa fièvre avait doublé depuis la nuit. C’est alors que les yeux émeraude de la maman se levèrent sur ce chef-d’oeuvre suspendu au mur à quelques mètres d’eux. Kaëran l’imita, se demandant pourquoi elle souriait à ce point et ne manqua pas de voir une splendide robe. Il ne comprenait pas comment elle avait abouti là ... était-ce Eiriel qui avait acheté ceci ? À vrai dire, jamais il n’avait vraiment remarqué qu’Ellana travaillait sur ce projet alors que pourtant, cette couleur était difficile à manquer.

    ‘‘ C’est ... Ellana qui l’a ... fait ... pour moi ... ‘‘ Lui expliqua-t-elle d’une voix faible.

    Cet aveu le surprit, mais par la suite ... quel idiot. Elle était la fille d’un tailleur alors elle devait connaître le métier. Normal qu’elle puisse coudre au final. Mais cette Ellana avait beaucoup de talent et savait à coup sûr trouver les bonnes couleurs pour mettre une personne en valeur. Kaëran se fit surprendre à sourire légèrement et une main tremblante et froide se posa sur l’une de ses joues; Naël pleurait, mais souriait. Étirant le cou, elle déposa un baiser sur son front et se sera contre lui, accotant la tête de son fils contre une épaule. Ses doigts glissèrent dans sa chevelure et elle murmura :

    ‘‘ J’aurais ... voulu rester plus ... longtemps ... te voir devenir un ... grand homme... te ... voir heureux ... à nouveau ... ‘‘

    ‘‘ Maman ... ne dis pas de telles choses. Je suis heureux ... Comment pourrais-je ne pas l’être avec une mère comme toi ? ‘‘

    La gorge du Lieutenant se serra et les mots se bloquèrent d’un seul coup. Il avait tant à lui dire avant qu’elle ne le quitte à tout jamais. Il voulait se remémorer les bons souvenirs qu’ils avaient passés ensemble durant ces dernières années, rire une dernière fois avec elle, mais au lieu de ça, une profonde tristesse se dessina sur son visage et il ferma les yeux ne voulant pas que les larmes s’en échappent. Il les sentait venir et les refoulait aussitôt. Rester fort et droit pour Naël. La mère lui releva la tête doucement et prit son visage dans ses mains, attendant qu’il ouvre les yeux pour avoir le loisir de l’observer et de l’apporter avec elle dans sa tombe.

    ‘‘ Kaë ... promets-moi ... que tu ne feras ... pas de ... bêtises ... et ... prends soin ... d’elle. ‘‘

    Son sourire ne quitta pas son visage alors que le regard vairon du jeune homme plongeait dans le sien, le gravant dans sa mémoire. L’heure arrivait, il le sentait et son coeur commença à battre frénétiquement. Un long et profond soupir s’échappa des poumons de Kaëran qui commençait à avoir peur de voir sa mère rendre son dernier souffle. Il ne parvenait pas à dire quoi que ce soit, étant devenu muet. C’était comme s’il y avait une corde autour de son cou et que celle-ci se serrait en étouffant les sons. C’était ... étrange comme sensation à vrai dire. Mais Naël patientait et ne bougeait pas, attendant la voix de son fils qui mit des minutes interminables à sortir de son terrier.

    ‘‘ C’est promis... ‘‘

    La mère entoura le cou de son fils et colla sa joue gauche contre la tête de sa progéniture qui l’entourait fortement de ses bras. Il ne voulait pas qu’elle parte, pas tout de suite ... Pas elle ! Cette maladie qui la rongeait depuis un an était une calamité et s’il avait pu la prendre pour lui éviter cette souffrance, Kaë l’aurait fait sans hésitation. Naêl ne méritait pas de mourir de cette façon. Pas aussi jeune ! Inconsciemment, les mains du jeune homme serraient le tissu du chemisier de sa mère, devenu trop grand pour elle tellement elle avait perdu du poids.

    ‘‘ Ça ira ... tu ... verras ... Le temps ... finira par effacer ... ta peine mon ... chéri. ‘‘

    ‘‘ Mais qu’est-ce que tu me chantes là ?! Jamais elle ne s’effacera ... Ta chambre sera vide, la maison sera vide et toi, tu seras partie. Tu ne seras plus là. Je ne pourrai plus te voir je ... ‘‘

    Kaëran fronça les sourcils sentant sa voix secouée de tremblement qu’il ne parvenait pas à contrôler. Tout lui glissait entre les doigts et il ne savait comment reprendre son sang-froid et se maîtriser. Il ne pouvait tout de même pas se morfondre et pleurer alors que sa mère lui souriait, sur son lit de mort ! Naël se détacha comme elle put et posa son front brûlant contre celui de son fils. Du pouce, elle essuya la seule larme qui avait réussi à se frayer un chemin sur sa peau et il ferma les yeux, envahit par la frustration, la peur et la tristesse.

    ‘‘ N’aie pas peur de ... parler ... Kaë ... Eiriel est là ... sinon ... ‘‘

    Parler .... parler de quoi ? Parler pour râler ? Parler pour déverser sa rage et sa peine de manière verbale à quelqu’un ? À quoi cela servait-il ? À rien ... il garderait tout pour lui, car il serait capable de se relever seul. Du moins, c’est ce qu’il tentait de croire car une autre partie de lui était déjà profondément atteinte et hurlait sa douleur.

    ‘‘ Je suis ... si fière de toi ... je ... je t’aime ... mon grand ... ‘‘

    La mère se colla contre son fils et ferma les yeux, croisant ses doigts avec ceux du jeune homme qui baissa son regard sur elle. Elle partait. Lentement, mais elle partait ...

    ‘‘ Je t’aime aussi m’man ... ‘‘ Murmura t-il.

    Un dernier sourire se dessina sur les lèvres de Naël qui poussa un long et profond soupir. Elle venait de rendre son souffle de vie à la terre qui l’avait mise au monde et montrer toutes ses merveilles. Cette femme avait eu une vie passablement difficile, mais l’avait surmontée tant bien que mal et avec le sourire. Toujours, elle avait eu la tête haute et même dans les moments difficiles, la mère restait forte et fonçait.

    Kaëran la regarda. Elle était là, endormie à tout jamais, la tête contre son épaule et un faible sourire aux lèvres. Leurs doigts se lâchèrent graduellement. Jamais le jeune homme n’avait remarqué la présence d’Eiriel qui pleurait en silence à quelques mètres du fauteuil. Ses yeux argentés ne quittaient pas la scène. Elle voyait le Lieutenant serrer le corps inerte de sa mère contre lui et murmurer des choses qu’elle n’entendait pas, puis la tête basse et la mâchoire serrée, il alla dans la chambre de Naël pour la coucher sur le lit et sortit par la porte arrière qui donnait sur un petit jardin. Voilà ... après une longue année de lutte, la maladie avait eu raison de la fleuriste rousse qui brillait comme un soleil sur la vie de bien des gens. Elle avait rendu l’âme avec un sourire aux lèvres, laissant les siens derrière elle à contrecoeur. Maintenant, elle ne souffrirait plus jamais et était allée rejoindre son soldat là haut.

    La tête entre les mains, ses bras accoudés contre ses genoux, Kaëran essayait de chasser ce brouillard qui prenait place sur son esprit comme sur sa vision. Il ne voulait pas ... il ne devait pas ... Ce n’était certainement pas en pleurant la mort de sa mère qu’il lui ferait honneur. Au contraire, il devait être fort pour elle, mais ce vide qu’il ressentait était tout simplement insupportable...

    À l’intérieur, Eiriel séchait tant bien que mal ses larmes et en se retournant, elle vit Ellana, le visage pâle. Avait-elle tout vu elle aussi ? Malgré la situation, la femme souriait et alla chercher la robe que la jeune couturière avait fabriquée pour sa défunte amie. Dans une demande silencieuse, Eiriel invita Ellana à l’aider. Il fallait faire la toilette de Naël ainsi que la changer avant que son corps ne se refroidisse et se fige pour l’éternité. La robe lui allait à merveille. Le teint de la mère était mis en valeur par cette splendide couleur en rappel à la couleur de ses yeux et ses cheveux flamboyants ne faisaient que briller davantage.

    ‘‘ Merci ... Ellana ... cette robe est splendide et je suis certaine que Naël te remercie de là où elle se trouve maintenant ... merci ... ‘‘

    Eiriel ne put retenir ses larmes plus longtemps et éclata en sanglots.

    ‘‘ Une année ... à souffrir le martyre et elle a toujours gardé le sourire ... Repose en paix ... mon amie ... ‘‘

    Termina-t-elle dans un murmure cassé de soubresauts.

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 18:26


Le lendemain, Ellana se leva, observant ses griffures de la nuit passée. Ouvertes, mais qu'est-ce qu'elle s'en fichait en fait. Elle sentait que…que quelque chose allait se passer. Elle sentait que ce jour ne serait beau pour personne. Mais elle fît les mêmes choses que chaque matin. Elle arrangea sa coiffure et alla préparer un peu à manger. Au salon, Madame Eira avait vu la robe, souriante dans sa dernière heure. Monsieur Eira la serrait contre lui et sans qu'Ellana ne comprenne, son cœur se comprima dans sa poitrine. Elle avait tellement l'impression d'avoir tout accéléré…d'avoir tué cette femme qui aimait son fils plus que tout…

Madame Eiriel était arrivée aussi, l'air grave. Elle se posta devant la pièce et regarda la scène, les yeux brillants. Ellana s'éloigna un peu. Elle s'ordonnait de faire la lessive et de continuer le repassage, mais ce serait si incongru là maintenant…elle avait peur que son père ne la voie, allait se punir comme à chaque fois. La mort était dans la maison et les écrasaient tous de son poids.

Peu avant midi, elle revint près de la chambre, Madame Eiriel toujours immobile à l'entrée. Elle ne voulait pas voir ça. Elle se sentait trop coupable. Mais justement, pour se punir, elle devait voir la souffrance qu'elle avait causée à Monsieur Eira. Le soir venu, elle se grifferait et se frapperait. Elle vit donc les derniers instants de Madame Eira, elle vit ses lèvres bouger faiblement puis ses yeux se refermer, son visage se détendant d'un seul coup et un fin sourire étirant ses lèvres. Monsieur Eira la serrait contre lui, ne voulant pas la lâcher. Ellana avait si mal au cœur…et elle sentait de fines larmes venir à elle. La peur de son père était toujours bien présente, mais elle avait plus l'impression d'être dans un autre temps. Puis, lentement, Monsieur Eira porta sa défunte mère sur le lit, sortant par une petite porte donnant sur l'extérieur.

Que devait-elle faire maintenant ? Se fût Madame Eiriel qui lui indiqua la marche à suivre. Elle l'avait aperçue en se tournant, essuyant ses larmes. En silence, elle demanda à la jeune femme de l'aider et Ellana s'exécuta docilement. Ensemble, elles revêtirent la robe à Madame Eira, faisant doucement pour ne pas casser les os qui devenaient déjà rigides. Ellana se sentait mal en la voyant. Elle l'avait tuée…elle avait tout accéléré…
Madame Eiriel peignit les cheveux de son amie, la rendit merveilleusement belle. La robe lui allait à la perfection, rehaussant son teint et illuminant ses cheveux.

-Merci ... Ellana ... cette robe est splendide et je suis certaine que Naël te remercie de là où elle se trouve maintenant ... merci ...

Ellana ne répondit rien. Madame Eiriel, qui avait réussit à sourire jusque là, éclata en pleurs. Ellana comprit très bien le murmure cassé qu'elle adressa à son amie :

-Une année ... à souffrir le martyre et elle a toujours gardé le sourire ... Repose en paix ... mon amie ...

Ellana se sentait bien trop mal pour continuer à rester sur place. Elle sortit comme une malpolie et retourna dans la chambre ou elle dormait. Là, elle se griffa de plus belle, s'en voulant tellement. Son père l'avait prévenue pourtant…elle n'aurait jamais cru cependant que cela pourrait tuer d'autres personnes pour la punir…

Lorsqu'elle parvint enfin à se redresser et paraître plus forte qu'elle ne l'était, elle retourna au salon. Monsieur Eira était là, avec Madame Eiriel, et d'autres personnes. Plusieurs pleuraient, des femmes principalement, et des hommes les consolaient. Ellana resta dans l'ombre, la peur revenant d'un coup. En fait, elle craignait que son père ne se cache parmi les inconnus et lui saute dessus. Lui il s'en fichait du malheur des autres…

Tête basse, elle s'ordonna de préparer de quoi manger. Pour la veillée funèbre. Lentement, seule dans la cuisine avec ses pensées, elle fît cuire des sortes d'amuse-gueules, qu'elle disposa sur un plateau. Elle prépara un autre plateau avec des verres pleins. Ensuite, aussi discrète qu'une ombre, elle passa entre les gens, leurs tendant les deux plateaux qu'elle tenait en équilibre dans chacune de ses mains. Les gens ne la connaissait pas, mais ils prenaient et mangeaient, pleurant et se remémorant les bons souvenirs qu'ils gardaient de Madame Eira.

Les plateaux vides, elle retourna les remplir, pour recommencer. Elle s'arrêta devant Monsieur Eira, lui tendant le plateau et il se servit aussi, malgré sa douleur. Madame Eiriel l'imita et, pour la première fois en quatre jours, Ellana s'ordonna de parler :

-Je suis désolée, Monsieur Eira…je ne voulais pas…

Et, se rappelant les règles, elle se tut et s'en alla, ne voulant pas l'encombrer. Elle était en trop, là, pour le moment. En trop comme avec son père. Elle n'avait de place nulle part et pour l'heure, tout ce qu'elle pouvait faire, c'était aider Monsieur Eira comme elle pouvait.

Elle cuisina donc, servant les personnes qui venaient et s'en allaient, jusque tard dans la soirée. Ils préparaient l'enterrement qui aurait lieu le lendemain tout de suite.

La maison vide, Madame Eiriel resta pour soutenir Monsieur Eira. Ellana nettoyait la ou les gens avaient salis, se rappelant de ne pas faire de bruit, de rester dans sa bulle. Elle était si triste pour eux…s'en voulait tellement…

La nuit fût affreusement longue. Personne ne dormit. Monsieur Eira restait près de sa mère, et Madame Eira restait près de lui, respectant son silence mais présente s'il avait besoin d'une épaule sur laquelle pleurer. Ellana elle, était assise sur le sol de sa chambre, se griffant, pleurante. Elle avait trop fait d'erreur, c'était sa punition…Mais Madame Eira ne le méritait pas…elle avait tué deux mères…

Le lendemain, ses bras étaient méconnaissables tant ils étaient rouges et pleins de griffures. Ses ongles étaient en sang, quelques uns s'étant même cassés à force. Remettant la chemise pour les dissimuler, Ellana se releva, frotta ses yeux, espérant qu'ils ne soient pas trop rouge, puis sortit. Elle se doutait que personne ne voudrait manger. Des hommes étaient déjà là et soulevaient le corps devenu bien rigide déjà, le mettant dans un cercueil. Et de voir le couvercle se refermer comme ça…lui donna à nouveau les larmes aux yeux. Monsieur Eira pleurait aussi, Madame Eiriel le serrant contre elle. Les hommes emportèrent le cercueil, et les cloches résonnèrent dans toute la ville. Ainsi c'était ça qu'elles signifiaient…Ellana n'avait jamais su pourquoi elles sonnaient si étrangement parfois. Maintenant elle comprenait. C'était pour annoncer la mort de quelqu'un. Madame Eiriel et Monsieur Eira suivirent le cortège, direction l'église. Ellana ne bougea pas. Ce n'était pas sa place. Elle n'était rien et elle avait juste accéléré les choses, tuant Madame Eira. Heureusement, personne ne la remarqua dans l'ombre du couloir.

La porte se referma et elle se retrouva seule. Elle alla dans la chambre et s'ordonna de tout arranger. Elle refît donc le lit de la défunte, aucun pli visible, nettoya le sol, fît la poussière, donna de l'eau aux plantes et coupa les fanes des fleurs. Elle tremblait, avait peur. Son père pouvait débarquer…elle était seule…elle l'entendait déjà lui dire : "tu vois ? Tu as voulut quitter ta place de monstre et tu as tué cette femme…" tout en la giflant. Dehors, les cloches s'étaient tues. Elle ne le savait pas, mais cela signifiait que la cérémonie avait commencée. Lorsque la pièce fût nettoyée, elle sortit et referma la porte en silence, comme s'il s'agissait d'un sanctuaire.

Ensuite, elle termina de repasser le linge, toujours tremblante. Elle était persuadée que Monsieur Eira agirait comme son père…il allait comprendre qu'elle était responsable de cette mort soudaine et…elle se laisserait faire de toutes manières. Son corps appartenait à Monsieur Eira et non à elle. Rien n'était à elle.

Elle avait tué deux femmes…avait brisé le cœur de deux hommes…sa culpabilité était affreuse et la peur n'arrangeait rien…
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 20:36

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Chapitre 1
Le commencement d'un deuil difficile

◆ ◆ ◆


    ~ Inspiration ~

    Eiriel c’était retrouvé seule dans la chambre de la défunte et ne parvenait à cesser son chagrin l’envahir. Assise sur le bord du lit, elle caressait le visage de son amie qui devenait déjà bien froid. Elle semblait si paisible ainsi... Essuyant finalement ses larmes, la chaperonne alla rejoindre Kaëran qui se morigénait dehors. Celui-ci était assis sur la seule marche de pierre, juste devant la porte. Jamais il ne daigna lever les yeux vers elle. Pas une seule fois il ne parla lorsqu’elle lui demandait comment il allait, en vue de lui tirer les vers du nez. Eiriel prit donc place à ses côtés et entoura de moitié les épaules du jeune homme pour l’approcher d’elle. Ce n’est qu’à ce moment que Kaë dégagea son visage de ses mains pour regarder l’amie de sa défunte mère. Il ne pleurait pas, mais ses yeux étaient passablement brillants.

    ‘‘ Je vais sortir prévenir les connaissances de ta mère et aller voir le prêtre pour lui organiser des obsèques. Ne te tracasse pas, d’accord? Je me charge de tout... Essaie d’évacuer un peu. Ça ne pourra que te faire du bien. Je ne serai pas longue. ‘‘

    D’un simple signe de tête, le Lieutenant approuva et la laissa partir. Inévitablement, celui-ci replongea dans ses pensées, recréant cette bulle autour de lui. Tout s’était passé si rapidement, trop même, et loin était de lui l’envie de voir sa demeure bondée de gens qui pleureraient la mort de Naël. L’homme ne voulait pas de leurs condoléances, de leur soutien, de leurs voeux de courage. Tout ce qu’il voulait était sa solitude et voir le visage serein de sa mère avant qu’elle se retrouve six pieds sous terre et à tout jamais. Mais penser ainsi était simplement égoïste envers les connaissances de sa mère alors il ferait avec dans le mutisme. Lorsqu’il rentra, la demeure se remplissait tranquillement et on se rendait dans la chambre pour voir le corps inerte allongé dans le lit. Les pleurs commencèrent déjà. Kaëran les laissa faire leurs derniers au revoir et se rendit au salon où il se posta devant la cheminée, bras croisés contre son torse. Il y eut des allés et venu, des paroles et des accolades, mais sa conscience était bien loin, perdue quelque part. Les paroles dites ne se rendaient pas à ses oreilles, car elles coulaient sur un bouclier imaginaire qui faisait que rien ne l’atteignait; l’homme se refermait. Eiriel vint le rejoindre et le serra fortement contre lui puis se détacha, serrant l’une de ses mains dans les siennes pour lui donner le courage de passer par dessus cette difficile épreuve. C’est alors qu’Ellana se présenta devant eux la mine basse. Lui comme Eiriel prit un verre, délaissant le plateau d’amuse-gueule puisqu’ils avaient l’estomac noué.

    ‘‘ Je suis désolée, Monsieur Eira… je ne voulais pas… ‘‘ Murmura t-elle.

    Kaëran posa le regard sur elle et n’eut pas le temps de dire un seul mot qu’elle s’en alla, serpentant entre les invités pour disparaître. Le restant de la soirée fut pénible pour le dernier membre de la famille Eira alors qu’on en venait sur les préparatifs des obsèques qui auraient lieu demain en avant-midi. Les invités avaient quitté bien tard, au compte-goutte, et Kaëran s’en retourna dans la chambre de sa mère, s’enfonçant dans le fauteuil qui se trouvait à côté de son lit. Ne pas l’entendre respirer et tousser lui faisait étrange. Depuis une longue année, surtout dans les derniers moments de la vie de Naël, ces bruits étaient devenus habituels. Maintenant, ils s’étaient tus à jamais et le corps de Naël pourrait enfin se reposer. Eiriel se tenait debout, à ses côtés et posa une main sur son épaule droite.

    ‘‘ Elle est mieux où elle est maintenant... jamais plus elle ne souffrira... ‘‘

    On déposa un baiser sur sa tête puis des pas s’éloignèrent de lui, le laissant seul dans la chambre pendant un certain temps. En fait, Eiriel était allé chercher ses effets personnels chez elle. Sa maison était à deux minutes de marche alors bon... de toute manière, il était hors de question qu’elle laisse le fils de son ami se morfondre seul dans la maison pour les quelques jours à venir. Elle était même prête à gager qu’il finirait par rejoindre la taverne si elle ne le surveillait pas! Bref, une fois de retour dans la demeure des Eira, elle retourna vers Kaëran qui était adossé contre le dossier du fauteuil, regardant dehors alors que la nuit étendait son sombre manteau sur le monde. Les heures qui s’écoulèrent furent affreusement longues et paraissaient interminables. Kaëran et Eiriel ne fermèrent pas l’oeil une seule seconde. Au lever du jour, ils avaient mauvaise mine et de profondes cernes encadraient leur regard. D’un mouvement lent et machinal, le Lieutenant se leva de son fauteuil et se rendit à sa chambre chercher des vêtements puis s’enfonça dans la salle d’eau. Le feu sous la cuve brûlait depuis un petit moment déjà et le contact du liquide sur sa peau fut bénéfique pendant les premières secondes, mais bon. Il était là pour se laver et c’est ce qu’il fit avant de revêtir des habits propres. Eiriel avait fait de même et arrangea la tenue du jeune homme tout en essayant de replacer ses mèches de cheveux qui partaient dans tous les sens.

    ‘‘ Et puis tant pis... jamais je ne remporterai cette bataille. ‘‘

    Un faible sourire se dessina sur les lèvres d’Eiriel. Un sourire que Kaëran lui rendit avec difficulté. On toqua à la porte et des hommes vêtus de noir entrèrent avec un cercueil. Le coeur lourd, l’homme de la maison les suivit et aida à déposer le corps de la défunte à l’intérieur avec une extrême précaution. Lorsqu’on referma le couvercle, le choc se fit automatiquement. Kaë tentait du mieux qu’il pouvait de contenir l’émotion, mais son oeil droit pleurait sans cesse. C’était la dernière fois qu’il la voyait...

    Eiriel reniflait et pleurait à chaude larme, la fatigue d’une nuit blanche ne les ayant aucunement aidés. Ainsi, ils suivirent les hommes transportant le cercueil et quittèrent la demeure en silence pour se diriger vers la cathédrale sous le bruit sinistre des cloches. Ellana resta cependant à la maison, ne voulant les accompagner pour une raison quelconque. Les bancs étaient remplis ici et là des gens étant venu la veille et quelques nouveaux visages, mais sans plus. La cérémonie se passa donc et on se dirigea vers le cimetière pour y enterrer le corps. Kaëran se tenait au pied du trou et resta bien longtemps après qu’on eut remis la terre en place. Eiriel posa des fleurs magnifiques près de la croix et laissa le jeune homme seul. Il avait besoin de se recueillir un moment ainsi que de lui faire ses adieux.

    De longues minutes s’écoulèrent avant que le Lieutenant ne ferme les yeux et laisse sortir un long et profond soupir de ses poumons. Du revers de la main, il essuyait les larmes qui coulaient de temps à autre et leva la tête vers le ciel pour prendre une grande inspiration.

    ‘‘ Je sais que tu es partie et que tu ne m’entends certainement pas, mais... sache que je regrette aujourd’hui de ne pas avoir passer plus de temps à tes côtés dans les dernières semaines... je suis désolé... sois heureuse là bas. ‘‘

    Oui il pouvait passer pour un idiot à parler dans le vide ainsi, mais il n’avait trouvé un aucun autre moyen pour tenter d’apaiser sa conscience qui n’était toujours pas tranquille. Jamais il ne s’était senti si impuissant et en perte de contrôle de sa propre personne. Pourtant, il avait une sainte envie de hurler sa douleur, de frapper sur quelque chose pour se défouler, mais extérieurement, il restait inébranlable et calme. Deux heures s’étaient écoulées depuis qu’Eiriel était revenu à la maison. Celle-ci alimentait le feu au moment où Kaëran entra dans la maison, montant aussitôt à l’étage pour s’enfermer dans sa chambre. De toute manière, il n’avait pas faim et n’avait pas envie de converser avec personne. Pour l’instant, sa seule amie était la solitude et demain, il retournerait au palais pour reprendre ses fonctions. Il fallait bien changer le mal de place.

    Tournant sans cesse dans son lit malgré la fatigue qui martelait ses paupières, Kaëran ne parvenait pas à s’endormir et passa sa nuit entière à faire des allers et retours entre sa chambre, celle de sa mère et le salon. On aurait dit une âme en peine. Au matin, ses yeux étaient rouges et il ne parvenait pas à remplir son estomac. Eiriel avait même tenté de l’empêcher de partir travailler, mais rien à faire. Ils s’étaient engueulés et le Lieutenant avait pris la porte arrière pour quitter la demeure. Eiriel soupira de découragement et ne se lança pas à sa poursuite. Qu’elle le veuille ou non, ce n’était que le commencement d’un long et difficile deuil. Au palais, Ayden fut surpris de voir son supérieur débarquer et s’empressa de le talonner alors qu’il se dirigeait vers son bureau.

    ‘‘ Tu devrais être chez toi, Kaëran... tu as une tête d’enterrement. ‘‘

    ‘‘ Rester chez moi à ruminer et me repasser en boucle la mort de ma mère? Hors de question. Autant me rendre utile que de me morfondre à la maison. ‘‘ Cracha t-il brusquement.

    Ayden fronça les sourcils à l’écoute de ce ton rempli d’agressivité et quitta la pièce sans un mot. Valait mieux laisser Kaëran seul, le temps qu’il se calme. Mais rien à faire. Le Lieutenant frappa du poing dans le mur et grimaça sous la douleur. Quel idiot... ! Ses jointures étaient rougies et brûlaient affreusement à cause des éraflures. Résultat; il dut entourer sa main d’un bandage pour camoufler tout ça. Bref, la journée fut pénible et la concentration n’était pas du tout là. Le front contre son bureau, les yeux fermés, Kaëran n’entendit pas la porte s’ouvrir comme les bruits de pas qui s’approchaient de lui.

    ‘‘ Lieutenant Eira... ‘‘

    Le jeune homme sursauta et se redressa d’un bond, saluant son supérieur qui se tenait devant lui la mine inquiète. Celui-ci garda le silence un moment, toisant son second des yeux pour ensuite dire :

    ‘‘ Vous devriez retourner à la maison pour quelques jours. Votre état ne vous permettra pas d’exécuter normalement votre tâche... et... je suis navré pour votre mère. Veuillez prendre congé et revenez en pleine forme quand vous vous en sentirez capable. Les temps sont calmes et les guerres dorment encore profondément. ‘‘

    ‘‘ Oui... Chef. ‘‘

    À contrecœur, Kaëran dut suivre le Chef de l’armée qui le raccompagna jusqu’à la grande porte du palais, lui souhaitant bon courage, une main sur l’épaule. Le jeune homme le remerciant d’une voix faible et il quitta les lieux la tête basse. En cours de route, il se stoppa et regarda la taverne au loin. L’envie de lui ne manquait pas, mais... pas aujourd’hui.

    Il devait rentrer à la maison et respecter la promesse qu’il avait faite à Naël la veille au matin...
    Celle de ne pas faire de bêtises... Mais il se demandait s’il arriverait à tenir le coup.

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 21:34


Ellana ne savait plus quoi faire. La maison était brillante, nettoyée. Le linge était plié et repassé. Les plantes arrosées. La cuisine…elle se doutait qu'il n'y aurait pas de repas avant quelques temps. Ou alors un peu de grignotage.

Cela allait faire une bonne heure qu'ils étaient partis. Ellana restait maintenant dans un coin, ne touchant à rien parce que rien ne lui appartenait. Elle continuait de se griffer, regardant avec les yeux humides l'état de ses bras. De temps en temps, elle se giflait même. Elle s'en voulait…Son père aurait du la vendre à un homme seul…maintenant, elle avait détruit cette famille. A moins qu'il ne l'ait fait exprès…

Elle avait peur aussi que son père vienne, maintenant qu'elle était seule. Qu'il vienne lui rappeler qu'elle n'avait pas à être seule ainsi…mais il avait dit qu'elle ne pouvait pas sortir…elle n'allait pas empêcher les autres d'aller à l'enterrement…de celle qu'elle avait tuée…

Madame Eiriel fût la première à rentrer. Elle avait les yeux rouges et gonflés et se laissa tomber dans le fauteuil, complètement abattue. Ellana alla à la cuisine et lui servit un verre d'alcool, le lui tendant en silence.

-Merci…Ellana.

La jeune femme ne répondit rien et s'éloigna un peu. Leur faciliter la vie, agir dans l'ombre, aussi discrète qu'une souris. Rester à sa place et tenter de se faire pardonner de cette mort. L'après-midi s'achevait et toujours pas de signe de Monsieur Eira. Madame Eiriel était en train de remettre du bois dans le feu lorsque celui-ci apparut. Ellana le vit à distance monter les escaliers et entendit la porte se fermer, en haut. Elle baissa la tête, le cœur comprimé et l'estomac retourné. Tout était de sa faute…

Elle prépara un peu à manger pour Madame Eiriel, qui mangea sans grand appétit. Ellana mit une assiette de côté, dans la pièce froide, si jamais Monsieur Eira avait faim, même si elle en doutait.

Ensuite, chacune retourna dans son lit. Enfin, sur le sol pour Ellana. Jamais elle n'irait dans ce lit qui ne lui appartenait pas. Elle prit ses ciseaux à couture et cette fois s'entailla le ventre. Elle devait se punir…elle faisait trop souffrir…elle avait tué deux mères…son père le lui avait dit qu'elle n'était qu'un monstre…

Une nouvelle fois, elle ne dormit pas ou juste quelques minutes, ses plaies la réveillant tout comme le bruit des pas de Monsieur Eira lorsqu'il faisait ses allers et venues. Même son imagination ne l'aidait pas à s'évader un peu. C'était comme si elle s'était mise en veille.

Au matin, elle se leva comme toujours avant eux et prépara un petit-déjeuner lentement. Elle terminait lorsqu'elle entendit Monsieur Eira se disputer avec Madame Eiriel, violemment. Elle serra la tartine dans sa main. Elle ne voulait pas qu'ils…qu'ils se disputent et s'éloignent…

La porte claqua à l'arrière de la maison et elle entendit Madame Eiriel maugréer en allant au salon. Portant un plateau, elle alla aussi dans la pièce et le posa devant Madame Eiriel qui la remercia une nouvelle fois avec un triste sourire. Elle mangea doucement, cherchant comment elle pouvait aider Kaé. Sa mère avait été toute sa famille et maintenant il se retrouvait tout seul, à vingt-quatre ans. Et c'était arrivé si vite…

Ellana retourna à l'étage et fît les lits convenablement, nettoyant la pièce. Son ventre lui faisait mal avec ses plaies qu'elle tordait en se courbant, mais elle s'en fichait tellement. Ce n'était que ce qu'elle méritait pour ce qu'elle avait fait.

Elle lava les sols une nouvelle fois, fît tout ce qu'elle avait déjà fait. Elle devait se racheter d'une façon ou d'une autre…Avant midi, Monsieur Eira fût de retour.

Eiriel lui tint compagnie, et Ellana apporta le repas qu'elle avait conservé, le plaçant devant lui.

-Mange, Kaé. Elle n'aurait pas voulut que tu te laisses dépérir.

Madame Eiriel faisait tout pour lui redonner du courage et l'envie de se relever. Elle restait là, près de lui, l'encourageant à manger. Ellana s'était à nouveau éloignée, se sentant mal. Par miracle, il avala un peu de son assiette, y laissant pas mal dedans. Mais bon…c'était toujours ça.

Eiriel dut s'absenter durant l'après-midi, devant aller faire des courses. Ellana termina de nettoyer la cuisine, encore, et décida de faire une lessive. Enfin…

Son cœur accéléra. Elle allait faire une entorse aux règles…elle allait devoir se punir avant que quelqu'un d'autre n'en souffre…

Priant pour que son père ne soit pas là, elle s'approcha de Monsieur Eira, assis dans le fauteuil. Droite devant lui, elle garda la tête basse et lui dit :

-Je suis…désolée…Monsieur Eira. Je ne voulais pas…tuer Madame Eira. Je me ferais pardonner…et Monsieur Eira peut déverser sa peine sur moi. Monsieur Eira peut tout faire sur moi. N'ayez pas peur Monsieur Eira.

Tremblante, elle s'éloigna à nouveau, ne le laissant pas réagir. Elle avait fait une entorse ! Elle devait se punir et tout de suite !

Entrant dans la pièce d'eau, elle prit une bassine et y mit de l'eau gelée avec beaucoup de savon. Une fois fait, elle releva les manches de sa chemise et y trempa ses bras. Le savon brûla atrocement et elle grimaça. Fermant les yeux, elle se força à les laisser dans la bassine. L'eau se teintait même de rouge…

Deux bonnes minutes après, elle les sortit. Ce n'était pas très beau. Mais…idiote ! Elle avait vu que Monsieur Eira avait un bandage à la main ! Renversant et séchant la bassine pour la ranger, elle prit le nécessaire de soin. La lessive attendrait…et…elle ne devrait pas se punir puisque c'était pour soigner Monsieur Eira si ?

Elle ne sécha pas ses bras et remit tant bien que mal les manches de sa chemise. Bien sûr elle fût mouillée mais tant pis. Elle priait juste pour que personne ne le voie. Elle devait rester invisible, à sa place et se punir toute seule. Descendant, elle retourna près du fauteuil. Et effectivement il avait une main dans le pansement. Tremblante, elle s'agenouilla à côté et lui prit la main. Il sursauta et se tourna vers elle.

-Je…dois soigner…votre main…Monsieur Eira…

Elle parlait trop ! Elle se promit de se punir à nouveau. Lentement, elle défît le pansement, tremblante. Il avait du cogner quelque chose…ses jointures étaient toutes rouges et il y avait de nombreuses éraflures. Elle prit le produit à désinfecter et en étala sur sa main, le faisant un peu grimacer. Elle se dépêchait, ne voulant pas le faire souffrir plus qu'elle n'avait déjà fait, et remit un bandage propre. Une fois fait, elle se releva et remonta pour tout ranger, ne se doutant pas qu'elle était suivie par Monsieur Eira…

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Dim 3 Fév - 23:29

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Chapitre 1
Ce n’est pas de ta faute

◆ ◆ ◆



    Le soleil était en train d’atteindre son zénith dans ce ciel azur et dénué de nuages. Une douce brise soufflait sur Racium, caressant le visage des passants et faisant danser le feuillage des arbres. Des enfants jouaient dans la rue avec un ballon lorsque le Lieutenant passa et l’objet se retrouvait coincé dans un petit arbre. L’un deux essaya de monter, mais tomba bien rapidement sur le fessier. Il s’était fait mal et son ami ne manqua pas de voir le soldat arriver. Aussi s’empressa-t-il de lui bloquer la route et d’agripper le bas de sa cape couleur vermeille pour attirer son attention. Kaëran baissa alors les yeux sur l’enfant qui lui pointait son ami et l’arbre où se trouvait leur ballon.

    ‘‘ Monsieur ... nous n’arrivons pas à le faire descendre. ‘‘


    ‘‘ Je vais y aller. Laisse moi faire. ‘‘

    Un sourire radieux illumina le regard de l’enfant alors que Kaëran prenait les devants. Les deux petits, âgé de peut-être sept années, l’observaient sans trouver le temps de cligner des yeux. L’armure les éblouissait littéralement, tout comme l’épée longue qui se trouvait au dos de l’homme, dans son fourreau, Le Lieutenant se donna un élan, s’agrippa à deux mains sur la première branche et se hissa. En équilibre sur celle-ci qui craquait légèrement sous son poids, le jeune homme pu donner un coup sur le ballon coincé entre le tronc et le branchage. L’objet sphérique tomba au sol et les enfants hurlèrent de joie, sursautant presque lorsque le soldat sauta pour rejoindre le sol dans un tintement métallique. De concert, les petits s’agrippèrent à ses jambes pour le remercier et un faible sourire se dessina sur les lèvres de Kaëran qui posa une main sur leur tête avant de quitter les lieux. Ce seul petit moment avait été suffisant pour calmer la rage et la culpabilité qui l’habitait; preuve que le seul rire d’un enfant pouvait chasser tous les problèmes.

    Une fois devant sa demeure, Kaëran s’arrêta et l’observa un long moment. Ça lui faisait étrange de penser qu’une fois qu’il serait entré, il n’aurait plus droit au sourire de sa mère, ni à ses bonsoirs. Poussant un long soupir, le jeune homme effaça la distance qui le séparait de la porte et posa une main sur la poignée qu’il ouvrit lentement. Eiriel se leva aussitôt du canapé et s’en alla vers l’entrée d’un pas rapide, lui sauta littéralement au cou. Basculant vers l’arrière sous cette réaction imprévue, Kaëran se retrouva dos contre le mur, les mains sur les bras d’Eiriel.

    ‘‘ Pardonne-moi pour ce matin, Kaë ! C’est la fatigue ... je ... nous avons tous les deux les nerfs à vif... ‘‘

    ‘‘ Je ne t’en veux pas Eiriel ... de toute façon, mon supérieur est de ton avis alors je n’ai pas vraiment le choix de rester à la maison ... ‘‘

    Eiriel semblait quelque peu rassurée de l’entendre dire ça, même si cette décision ne semblait guère être appréciée par le jeune homme. M’enfin ..., c’était ça ou risquer sa voie professionnelle pour une erreur de jugement. Kaë monta donc à l’étage pour se départir de son armure qu’il installa sur le mannequin prévu à cet effet et redescendit pour s’assoir sur le canapé. Bien entendu, il avait passé devant la chambre de sa mère qui était fermée. Eiriel prit place à ses côtés et agrippa l’une de ses mains histoire de lui remonter un peu le moral. C’est alors qu’Ellana apporta une assiette fumante qu’elle déposa délicatement sur la petite table de bois juste devant lui. Fronçant les sourcils le Lieutenant la regarda un moment, mais ne broncha pas.

    ‘‘ Mange, Kaé. Elle n’aurait pas voulu que tu te laisses dépérir. ‘‘

    Les yeux bleutés, dont l’un tacheté d’un vert vif, se posèrent sur Eiriel qui se voulait insistante. Et puis, elle n’avait pas tort. Si Naël l’avait vu dans cet état lamentable, elle lui aurait tout fait avaler de force. Se résignant au bout de plusieurs tentatives, Kaëran empoigna la fourchette et picora dans son assiette, mangea moins que la moitié de ce qui s'y trouvait parce que la nourriture lui roulait dans la bouche. Pas que c’était mauvais, mais tout simplement parce qu’il n’avait pas faim. Sa gorge et son estomac étaient noués et ils ne réclamaient rien. Au moins, le soldat aurait quelque chose à digérer ! Eiriel était déjà contente de voir ça, car après tout, c’était un bon début et en sortant du palais, il n’avait pas foncé directement à la taverne, contre toute attente. Dans le pire des cas, elle serait allée le chercher par la peau des fesses !

    Midi passa et Kaëran avait changé de place, s’installant dans le fauteuil. La tête accotée contre le dossier et légèrement penchée vers l’arrière, il essayait de se reposer les yeux, car ceux-ci picotaient depuis la veille. Eiriel avait quitté pour quelques heures, histoire d’aller faire quelques courses et laissa donc les deux jeunes adultes à la maison. C’est alors que le jeune homme sentit une présence devant lui. Ouvrant les paupières, il vit Ellana, plantée là, droite comme un piquet devant lui. Son visage était caché par sa longue chevelure. À sa plus grande surprise, elle prononça une série de mots. Depuis combien de temps n’avait-elle pas parlé ou très peu ? Cinq jours ?

    ‘‘ Je suis…désolée…Monsieur Eira. Je ne voulais pas…tuer Madame Eira. Je me ferais pardonner…et Monsieur Eira peut déverser sa peine sur moi. Monsieur Eira peut tout faire sur moi. N’ayez pas peur, Monsieur Eira. ‘‘

    Avant qu’il ne puisse réagir, la jeune femme s’était éloignée. Dans l’incompréhension, le Lieutenant se répéta la phrase en boucle dans son esprit et tourna vivement les yeux dans la direction qu’avait empruntée Ellana. Tout ce qu’il put entendre fut le bruit d’une porte qui se refermait. Elle s’excusait d’avoir tué sa mère ? Mais elle n’avait absolument rien fait ! Naël était sous l’emprise de cette maladie depuis longtemps et le jour de sa mort était inévitable. Tout le monde le savait ça. Alors, pourquoi Ellana portait le blâme de la mort de sa mère sur le dos ? De plus, elle avait ajouté qu’il pouvait déverser sa peine sur elle ... la frapper ? Hors de question. Mais où est-ce qu’elle allait chercher tout ça ? Perdu dans son questionnement, Kaëran ne perçut pas la présence de la jeune couturière et sursauta légèrement lorsqu’il sentit une main prendre la sienne. Le bandage qui l’entourait fut déroulé et posé sur le coin de la table où se trouvait le nécessaire de soin. Qu’est-ce que... ? Tournant la tête, il vit Ellana, agenouillée à même le sol à côté du fauteuil où il siégeait.

    ‘‘ Je…dois soigner… votre main… Monsieur Eira… ‘‘

    Ses membres tremblaient, comme toujours, alors qu’elle observait distraitement les éraflures rougeâtres de ses jointures. Un liquide désinfectant fut déposé sur une petite serviette et la jeune femme épongea pour éviter une infection quelconque. L’effet de brûlure fit grimacer Kaëran qui fronça aussi légèrement les sourcils. Mais elle n’avait pas besoin de faire ça ! Il aurait très bien pu le faire lui-même un peu plus tard dans la journée. Sauf que maintenant, il était trop tard et c’était fait. Le tout fut ramassé et la jeune femme disparut à l’étage pour la seconde fois. Ce coup-ci, Kaëran la suivit jusqu’à la salle d’eau où elle rangeait le nécessaire de soin dans une armoire en hauteur. Inévitablement, elle devait lever les bras et les manches de sa chemise descendirent pour dévoiler la peau meurtrie de ses bras. Le Lieutenant ne manqua pas de les apercevoir; rouge sur une peau si pâle ... S’approchant, il lui agrippant le poignet et tira davantage sur le tissu pour découvrir les blessures. Il s’agissait là de griffures assez fraîches, car rien n’avait cicatrisé encore. Prise sur le fait, Ellana avait baissé la tête alors que le regard vairon du jeune homme se posait sur son visage.

    ‘‘ Assieds-toi et relève l’autre manche. ‘‘ Dit-il d’un ton neutre, sortant de nouveau ce qu’il fallait pour soigner les bras d’Ellana.

    Cette fois, ce fut à son tour de s’agenouiller devant elle et de désinfecter les plaies qui parcouraient la peau pâle de la jeune femme. Il l’entendait gémir et donc, soufflait à la surface de sa peau pâle pour atténuer les sensations de brûlure.

    ‘‘ Maintenant, tu vas m’écouter ... ‘‘ Commença t-il, épongeant toujours les blessures délicatement, sans la regarder. ‘‘ Ma mère était malade depuis longtemps. Je savais qu’elle allait mourir et tu n’es en rien responsable de ce qui la rongeait. Elle est morte d’une maladie qu’elle avait depuis longtemps. Alors, enlève-moi ces idées de ta tête. ‘‘

    Posant la serviette humide sur sa cuisse gauche, Kaëran prit les bandages et commença à entourer l’avant-bras droit d’Ellana en prenant soin qu’ils ne soient pas trop serré. Ce fut ensuite le tour de son bras gauche et le liquide désinfectant y fut de nouveau appliqué. Encore une fois, le Lieutenant souffla sur la peau et continua, car il en avait encore à dire.

    ‘‘ Je t’ai déjà dit que je ne te frapperai pas et ne te ferai point de mal. Je ne suis pas ce genre de personne, frustré ou non... Ensuite, cesse de m’appeler monsieur Eira, car ça me fait dresser les cheveux sur la tête ! Je déteste et ça me donne envie de mordre les poignées de porte ! Pareil pour Monsieur Kaé. Kaé ou Kaëran, un point c’est tout, rien de plus ou de moins, sinon je vais faire un malaise... ‘‘

    La serviette tomba sur le sol alors que Kaë entourait le deuxième avant-bras d’Ellana de bandages. Les soins faits, il se leva, rangea le tout et revint prendre sa place initiale devant la jeune femme qui semblait choquée ou dépassée par les évènements. Elle tremblait et avait toujours la mine basse... donc l’index sous le menton, le soldat lui redressa la tête pour croiser son regard vairon inondé de larmes qui ne voulaient pas couler.

    ‘‘ Tu gardes ces bandages jusqu’à ce que les plaies guérissent et je ne veux plus que tu te mutiles de la sorte. Il faut que ça guérisse et puis... j’ai fait la promesse à ma mère de prendre soin de toi, alors je le ferai. ‘‘ Dit-il, essuyant la première larme qui traçait son chemin sur une des joues de la couturière. ‘‘ Je te le redis encore une fois... tu es chez toi ici; tu es en droit de parler avec nous, de t’installer à table pour les repas et tu n’es pas une esclave. Nous pouvons très bien nous occuper des tâches ménagères aussi. Je ne sais pas ce que ton père t’a dit il y a quelques jours quand tu as fait la commission d’Eiriel, mais il ne faut pas que tu l’écoutes. Je suis là pour t’aider, Ellana. Tu as ma parole ... et je ne le laisserai plus te faire de mal. ‘‘

    Sur ces dernières paroles, Kaëran lui fit un faible sourire en coin et dégagea le menton d'Ellana de son doigt.

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Lun 4 Fév - 13:43

Ellana remonta vers la pièce d’eau, pour ranger le nécessaire de soin. Elle ouvrit l’armoire et leva les bras pour ranger le tout, ne remarquant ni Monsieur Eira ni ses manches qui avaient glissées malgré les frottements. Elle retint donc un sursaut lorsqu’on lui prit le poignet pour la tirer de côté. Aussitôt, son cœur accéléra. Elle vit Monsieur Eira et pensa tout de suite qu’il allait la prendre, là, maintenant. Il allait la punir, il avait compris que c’était de sa faute…

Il remonta sa manche, dévoilant ses plaies à vif. Elle baissa la tête. Il ne fallait pas qu’il voie ! Mais s’il voulait la prendre, il était obligé de la dévêtir…idiote ! Elle n’y avait pas pensé ! Nulle, qu’elle nulle !

-Assieds-toi et relève l’autre manche.

Ramenant son bras contre elle, Ellana obéit, relevant la seconde manche lentement. Elle gardait la tête basse, s’attendant à ce qu’il la punisse encore plus pour ça. Elle le vit s’agenouiller devant elle et elle se força à rester stoïque, imaginant déjà qu’il allait continuer à la déshabiller et voir son ventre qu’elle avait commencé à entailler.

Mais il ne fît rien de tout ça. Il…la soigna. Elle sentit la brûlure du désinfectant sur son bras et ne put retenir un gémissement. Il souffla sur sa peau, pour atténuer. Mais…il ne pouvait pas ! Il n’avait pas le droit, elle ne le méritait pas ! Si…si son père le voyait, il viendrait, il…

-Maintenant, tu vas m’écouter ...Ma mère était malade depuis longtemps. Je savais qu’elle allait mourir et tu n’es en rien responsable de ce qui la rongeait. Elle est morte d’une maladie qu’elle avait depuis longtemps. Alors, enlève-moi ces idées de ta tête.

Monsieur Eira continuait d’éponger les plaies et enroulait une bande autour de son bras, et elle tremblait, voulait enlever son bras. Il ne pouvait pas…mais elle ne bougea pas et se rendit compte de ce qu’il disait. Pas de sa faute ? Pourtant tout c’était accéléré et ce, depuis que son père l’avait vendue. Elle avait fait trop d’erreurs, c’était pour cette raison…

L’homme recommença avec son second bras, remettant du désinfectant et soufflant sur la peau pour qu’elle ne sente pas autant les brûlures. Il continua alors :

-Je t’ai déjà dit que je ne te frapperai pas et ne te ferai point de mal. Je ne suis pas ce genre de personne, frustré ou non... Ensuite, cesse de m’appeler monsieur Eira, car ça me fait dresser les cheveux sur la tête ! Je déteste et ça me donne envie de mordre les poignées de porte ! Pareil pour Monsieur Kaé. Kaé ou Kaëran, un point c’est tout, rien de plus ou de moins, sinon je vais faire un malaise...

Mais…les règles…elle ne pouvait pas…elle devait respecter les consignes, être à la hauteur…se faire pardonner…
Ses yeux s’humidifiaient alors qu’il se levait et rangeait les soins. Elle avait maintenant les deux bras entourés de bandes blanches, du rouge traversant légèrement. Elle était perdue…tout se chamboulait, s’embrouillait…elle ne comprenait plus ce qu’il se passait…

Elle sentit alors un doigt se poser sous son menton et son visage fût relevé de force. Tout de suite, elle se noya dans le regard de Monsieur Eira, même si sa vue était floutée par les larmes qu’elle tentait d’empêcher de couler. Sinon, que penserait-il d’elle ?

-Tu gardes ces bandages jusqu’à ce que les plaies guérissent et je ne veux plus que tu te mutiles de la sorte. Il faut que ça guérisse et puis... j’ai fait la promesse à ma mère de prendre soin de toi, alors je le ferai.

Prendre…soin d’elle ? Jamais personne ne l’avait fait, parce qu’elle ne le méritait pas, parce qu’elle n’était bonne à rien, un vulgaire monstre qui avait tué sa mère…chamboulée, elle ne réussit pas à retenir une larme qui roula sur sa joue, jusqu’à ce que le doigt de l’homme l’essuie lentement. Son père l’aurait giflée pour avoir osé pleurer…

-Je te le redis encore une fois... tu es chez toi ici; tu es en droit de parler avec nous, de t’installer à table pour les repas et tu n’es pas une esclave. Nous pouvons très bien nous occuper des tâches ménagères aussi. Je ne sais pas ce que ton père t’a dit il y a quelques jours quand tu as fait la commission d’Eiriel, mais il ne faut pas que tu l’écoutes. Je suis là pour t’aider, Ellana. Tu as ma parole ... et je ne le laisserai plus te faire de mal.

Là, elle eut droit à un faible sourire et il relâcha son menton. Elle fût incapable de baisser la tête durant les premières secondes. Pourquoi contredisait-il son père ? Pourquoi voulait-il qu’elle mange avec eux ou leur parle ? Son père n’avait jamais accepté qu’elle parle et il avait même voulut lui couper la langue pour être sûr qu’elle se tairait à jamais. Il s’était ravisé à l’ultime seconde, Ellana terrifiée sous lui. Ne pas l’écouter ? Comment ne pas écouter son père ?

Mais…l’aider ? Ne plus avoir mal ? Elle voulait savoir ce que c’était que sourire et rire…être libre…mais elle ne pouvait pas, elle n’en avait pas le droit, ce n’était pas sa place. Le bonheur n’était pas pour les monstres comme elle.

Baissant finalement la tête, une autre larme roulant sur sa joue, elle balbutia :

-I-il…me s-surveille…

Involontairement, elle hoqueta et mit une main devant sa bouche. Tout craquait en elle. C’était devenu trop dur pour l’idiote qu’elle était. Pourquoi Monsieur Eira disait-il l’inverse de ce que son père lui avait toujours dit et enfoncé dans le crâne à coup de gifles ? Se calmant, elle réussit encore à hoqueter :

-Je…dois r-respecter l-les règles…je n’ai p-pas le droit…je ne p-peux pas…

Elle se leva soudain, et quitta la pièce, en larmes. Monsieur Eira ne devait pas la voir ainsi. Mais partir comme elle venait de le faire méritait une punition. Elle entra dans la pièce qu’il lui avait donnée en tant que chambre et s’assit au sol, là ou elle dormait. Se calmant, ses doigts tremblants trifouillaient les bandages, cherchant le moyen de les enlever. Elle…elle ne pouvait pas les garder, si son père les voyaient il viendrait…il ferait du mal…n’hésiterait pas à faire du mal à Monsieur Eira ou Madame Eiriel…

Pourquoi pleurait-elle comme ça ? Qu’elle nulle ! Se prenant la tête entre les mains, elle se balança d’avant en arrière, en proie à une véritable crise de panique. Perdue…elle était perdue…

Et son père pouvait être là, devant la maison…s’il la voyait, c’en était finit d’elle…il la prendrait, qu’elle le veuille ou non, devant Monsieur Eira…il s’en fichait…

Jamais elle n’avait fait une telle crise. Jamais. Elle tentait désespérément d’enlever les bandages. Ce n’était pas à elle, rien n’était à elle…malgré les paroles de Monsieur Eira, la peur était trop là.

Et elle ne parvenait pas à se calmer, alors qu’il fallait qu’elle soutienne Monsieur Eira dans son deuil…il avait autre chose à penser qu’à elle, il ne devait pas faire attention à elle, surtout pas…non…


Spoiler:
 


Dernière édition par Ellana Stark le Lun 4 Fév - 17:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Lun 4 Fév - 16:04

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Chapitre 1
Je suis là...

◆ ◆ ◆



    ‘‘ I-il…me s-surveille… ‘‘

    Ellana avait baissé la tête et balbutiait en disant ces paroles. Il la surveillait ? Mais il n’y avait personne dehors aux alentours de la demeure et encore moins à l’intérieur. Comment pouvait-il la surveiller depuis le deuxième étage ? Ses tremblements se faisaient de plus en plus violents alors que les larmes commençaient à couler par elles seules sur les joues pâles de la jeune femme. La respiration de celle-ci se faisait aussi haletante, comme si elle cherchait son souffle cause d’un manque d’air. La pauvre semblait complètement perdue. Pourtant, ce qu’il lui disait était sincère et maintenant il comprenait que le père de la jeune couturière n’avait certainement pas été doux à son égard dans sa jeunesse, attendant d'elle discrétion et obéissance. Cependant, Ellana réussit à se calmer suffisamment après quelques longues minutes pour dire entre quelques hoquets:

    ‘‘ Je…dois r-respecter l-les règles…je n’ai p-pas le droit…je ne p-peux pas… ‘‘

    Respecter les règles ? Ellana était donc atteinte ... à ce point ? Kaëran n’en croyait pas ses oreilles et ne put dire quoi que ce soit, car la jeune femme fuyait la salle d’eau en pleur. Il entendit le bruit de ses pas dans le couloir puis la porte de la chambre d’ami se refermer. Se redressant sur ses jambes à son tour, le Lieutenant sortit et approcha de la pièce où elle logeait, posant une main sur la poignée de la porte qu’il tourna pour ouvrir. Il ne pouvait tout de même pas se permettre de laisser son invitée en proie à une crise de panique et au risque qu’elle se mutile davantage. Lorsque ses yeux la trouvèrent dans l’obscurité de la pièce, car les rideaux étaient fermés, Kaë s’empressa de se rendre à ses côtés et posa un genou au sol.

    ‘‘ Ellana, calme-toi... ça va... chhhht...‘‘

    Il voyait bien qu’elle avait essayé d’enlever ses bandages, mais n’en fit pas de cas. Pour l’heure, la jeune femme devait essayer de se calmer tant bien que mal. Sauf qu’elle était dans un état de détresse psychologique et semblait perdue entre les dires de son père et les siens. S’approchant encore un peu d’elle, Kaëran se risqua à la prendre dans ses bras et la serra doucement contre lui. Sur le coup, Ellana ne semblait pas comment réagir face à ce geste, et il la sentit se raidir. Les tremblements se firent un peu plus violents eux aussi. Posant une main sur sa tête, le Lieutenant l’accota contre son torse et caressa délicatement sa chevelure.

    ‘‘ Respire et calme-toi. Je suis là pour veiller sur toi alors n’aies pas peur ... ton père ne viendra pas ici et quand bien même il oserait, je sais me défendre. Je ne crois pas qu’il soit assez fou pour le faire alors que je suis présent. ‘‘

    Stark devait être assez intelligent pour savoir quand agir tout de même. S’il osait faire du mal à sa fille en présence du soldat, ce serait automatiquement le cachot. De toute manière, à partir de maintenant, Ellana ne devait plus être seule dans la demeure. Alors quand, Kaëran serait absent, car oui il reprendrait ses responsabilités au palais un jour où l’autre, Eiriel serait là pour prendre soin d’elle. Dans ses bras, la jeune couturière finit par se calmer et ses respirations se faisaient un peu plus régulières. L’homme ne la libéra pas avant qu’elle ne retrouve un état normal puis il releva son visage, essuyant ses joues.

    ‘‘ Un regard aussi beau ne devrait pas être aussi triste... C’est ce que t’aurais dit ma mère si elle avait été là... ‘‘

    Kaëran baissa légèrement la tête, sont esprit ailleurs l’espace de quelques secondes puis il sera de nouveau la jeune femme contre lui. Ça pouvait paraître stupide, mais... cette seule présence, aussi étrangère soit elle, lui faisait un bien monstre. Cela lui évitait de se morfondre seul dans son coin ou de succomber à la tentation de se brouiller la cervelle à la taverne. Parce que ce n’était pas l’envie qui lui manquait. Et puis, il se devait de respecter la promesse qu’il avait faite à Naël avait qu’elle ne pousse son dernier souffle et le quitte. C’était, sa dernière volonté a proprement dit.

    ‘‘ Tu n’es pas chez ton père ici. Tu n’as pas à respecter les règles qu’il t’a inculquées. Tu n’es plus enchaîné à ses pieds. Tu es ailleurs et sous ce toit, tu es aussi libre que l’air. ‘‘ Murmura t-il, la voix quelques peu cassée. ‘‘ Sois forte. Écoute l’autre petite voix que tu étouffes sans cesse et recommence à zéro. Et si tu as besoin de soutien, d’aide et de conseils, je suis là. Eiriel aussi. Tu n’es pas seule et tu n’es pas un monstre ... je te l’assure, Ellana. ‘‘

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Lun 4 Fév - 18:55


Son cœur ne se calmait pas. Ses tremblements non plus. En elle c'était la catastrophe, tout s'écroulait et elle chutait longuement. Elle entendit des bruits de pas et sentit la présence de Monsieur Eira à ses côté alors qu'il disait :

-Ellana, calme-toi... ça va... chhhht...

Se calmer…oui pour ensuite se punir de cet état…elle était nulle…les larmes poursuivaient leur route sur ses joues et rien ne semblait pouvoir les retenir. C'est alors que Monsieur Eira la prit contre lui. Sur le coup, elle se raidit, trembla encore plus, se demandant ce qu'il allait faire. La punir en la prenant ? Que devait-elle faire ? Mais une main se posa sur sa tête et elle fût d'un coup contre…contre…le corps de Monsieur Eira. Il caressait ses cheveux et elle…ne comprenait pas…

-Respire et calme-toi. Je suis là pour veiller sur toi alors n’aies pas peur ... ton père ne viendra pas ici et quand bien même il oserait, je sais me défendre. Je ne crois pas qu’il soit assez fou pour le faire alors que je suis présent.

Elle hoquetait, reniflait par instants, calmait ses pleurs. "Je suis là pour veiller sur toi…" personne n'avait jamais voulut veiller sur elle. Personne ne l'avait jamais serrée de la sorte pour la consoler. Son père ne le faisait que pour la toucher et la frapper et encore. Monsieur Eira…était…si différent…
Mais…son père agirait quand même…elle le sentait…si elle s'éloignait des règles il agirait en conséquence…

Cependant, comme par miracle, son cœur se calma. Elle trembla bien moins et ses mains relâchèrent la pression sur les bandages qu'elle avait quelque peu déformés en voulant les arracher. Ce n'est donc que quelques minutes plus tard que Monsieur Eira la libéra, relevant son visage, essuyant ses joues et disant :

-Un regard aussi beau ne devrait pas être aussi triste... C’est ce que t’aurais dit ma mère si elle avait été là...

Un regard aussi beau ? Il était sincère ? Elle-même se trouvait si laide…
Monsieur Eira avait baissé la tête à l'évocation de sa défunte mère et Ellana ressentit sa tristesse soudaine. C'était encore trop frais pour qu'il en parle sans en souffrir et elle s'en voulut de lui faire ressasser tout ça…
Elle ne bougea pas, restant silencieuse, et fût surprise lorsqu'il la serra à nouveau contre lui. Il en avait besoin…et elle ne se dégagerait pas. Non seulement parce qu'il devait voir qu'elle le soutenait, mais aussi parce que…elle se sentait bien là…la peur était là, très présente, mais elle était nettement plus calme. Elle avait fait des crises par le passé, certes pas d'une telle ampleur, et c'était toujours calmée tant bien que mal toute seule dans sa chambre. Et quand elle n'y parvenait pas assez vite, son père venait et la tabassait.

Il murmura alors, d'une voix cassée par les souvenirs :

-Tu n’es pas chez ton père ici. Tu n’as pas à respecter les règles qu’il t’a inculquées. Tu n’es plus enchaîné à ses pieds. Tu es ailleurs et sous ce toit, tu es aussi libre que l’air. Sois forte. Écoute l’autre petite voix que tu étouffes sans cesse et recommence à zéro. Et si tu as besoin de soutien, d’aide et de conseils, je suis là. Eiriel aussi. Tu n’es pas seule et tu n’es pas un monstre ... je te l’assure, Ellana.

Chaque mot sonnait…vrai. C'était étrange comme sensation et même si elle avait peur et savait que son ventre souffrirait encore le soir venu, elle voulait croire Monsieur Eira. Enfin…elle voulait obéir à ses ordres…être libre…faire ce qu'elle voulait sans avoir peur…sourire, découvrir la vie…autant de choses qu'elle avait refoulées loin en elle, persuadée que jamais cela ne serait possible. Mais là…Monsieur Eira lui offrait la chance de le faire…mais si son père l'apprenait ? Elle ne savait pas…la petite voix en elle palpitait, comme pour ajouter un argument aux dires de Monsieur Eira.

Elle n'était pas un monstre ? Mais qu'était-elle dans ce cas ? Elle était si bête…elle ne savait rien de la vie, rien du fonctionnement du monde. Elle ne connaissait même pas sa ville. Ne savait ni lire, ni écrire, ni compter (pour coudre elle s'était fait des marques sur le mètres comme repères). Elle ne savait même pas que les hommes n'étaient pas comme les dépeignaient son père. Que les femmes étaient bien traitées par bon nombre d'entre eux. Que l'amour existait. Elle ne savait pas ce que c'était que l'amour, n'en ayant jamais reçu. Pas d'affection, rien. Mais comme un chien, elle tenait à son père. Un chien était capable d'aimer son bourreau. Elle aussi. Elle n'aimait pas son père comme une fille normale, vu qu'elle le craignait, mais voulait qu'il voie qu'elle se faisait pardonner pour sa mère…elle avait toujours tout fait pour et cela ne semblait pas faire effet bien au contraire…plus elle avait grandit et plus il s'en était donné à cœur joie, rajoutant ses visites nocturnes…

Monsieur Eira était toujours contre elle. D'elle-même, luttant contre sa peur, contre le hurlement silencieux qui lui promettait les punitions adéquates, contre les tremblements, elle releva le visage et regarda pour la première fois l'homme de sa propre volonté. C'est là qu'elle remarqua qu'il avait du bleu dans son œil vert…c'était si beau…

-Merci…Mon…Kaëran. Murmura-t-elle.

Elle se noya dans ses yeux, y puisant du courage et de la force, le soutenant lui aussi pour son deuil, et surtout, elle y voyait sa sincérité. Pour la première fois, elle se rendit compte qu'il ne portait pas un regard dur sur elle comme son père. C'était un regard…doux…normal…

-Je…je vais…essayer de…d'y arriver…

Hésitant, mais elle parlait c'était déjà ça. Lentement, elle se dégagea de ses bras, ne voulant pas monopoliser son temps, et le laissa se relever. Elle voulait changer. Enfin, elle voulait croire que c'était possible et qu'elle y parviendrait, malgré la peur de son père. Monsieur Eira avait sous-entendu qu'elle pouvait devenir quelqu'un d'autre…

-Je…vais vous préparer un repas, Mon…Elle soupira, s'excusant du regard et se reprit pardon. Kaëran.

Légèrement tremblante, elle le suivit en bas, et elle prépara le repas du soir. Madame Eiriel ne devrait plus tarder, si tant est qu'elle restait manger. Elle eut à nouveau ses réflexes, voulant éloigner Monsieur Eira lorsqu'il voulait l'aider, mais il resta et continua, jusqu'à ce qu'elle comprenne et ce souvienne qu'il avait dit qu'elle n'était pas une esclave. D'ailleurs, c'était quoi une esclave ? Son cœur ce mit à battre affreusement alors qu'elle se tournait vers lui. Pour la première fois, elle allait poser une question et assouvir quelques millièmes de ce qui constituait sa curiosité.

-Mon…ohh…Kaëran, qu'est-ce que c'est…une…esclave ?

Continuant la cuisine, elle attendit sa réponse, ayant hâte de voir si elle réussirait à changer ou si elle était trop idiote pour le faire…

Dehors, l'homme sauta à bas de l'arbre. Il avait tout vu au travers des interstices laissés par les rideaux, ou du moins les silhouettes. Il n'avait pas entendu, mais il déduisait vite et en général bien. Il retourna chez son patron, faisant mine de regarder les tissus. L'autre, joua au bon vendeur qui voulait conseiller son client et lui murmura :

-Alors ?

-Je crois qu'elle s'écarte du chemin m'sieur. Il la tenue dans ses bras et la consolée alors qu'elle pleurait.

Stark serra les poings. Cette garce avait-elle tout oublié ?! Et cet homme-là, pourquoi était-il si bon avec elle ?! Ne voyait-il pas à quel point elle était cruelle ! Elle avait tué sa mère ! Et même celle de l'homme, selon les dernières rumeurs, Naël Eira venait de décéder. D'une maladie. Mais aussi vite, alors qu'Ellana venait d'apparaître chez elle ? Ce n'était pas une coïncidence.

-Il faut qu'elle reste dans le chemin. Et elle se laisse faire…elle se laisse consoler ! Je crois que je vais frapper plus fort.

-Et comment ?

Stark sourit, mauvais. Cette salope allait voir. Il s'en fichait qu'elle soit sa fille ou pas. Elle n'était rien, ne l'avait jamais été, et ne le serait jamais, qu'elle le veuille ou non.

-Tu joueras un rôle majeur et je te promet que tu vas aimer…

L'autre sourit et Stark lui expliqua son plan, lui donnant déjà envie de le mettre en action…


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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Mar 5 Fév - 2:29

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Chapitre 1
Une feinte pour dormir

◆ ◆ ◆



    Lentement, les tremblements d’Ellana faiblissaient, mais ils étaient toujours bien présents. Tout comme la peur que cette jeune personne dégageait d’ailleurs. Avait-elle toujours vécu ainsi ? Il espérait que ce ne soit pas le cas, mais savait au fond de lui que ça l’était. Pour qu’une personne soit si solidement accrochée à ses valeurs, c’étaient qu’elle y avait été habituée et élevée ainsi. Or, Ellana avait grandi comme une martyre à coups de règles et de violence. Il ne fallait pas être stupide pour s’en rendre compte, quand même. C’est alors qu’il y eut du mouvement dans les bras du Lieutenant qui sortirent du brouillard pour baisser les yeux vers la couturière. Celle-ci avait levé son regard vers lui, par elle-même, le regardant dans le blanc des yeux pour la première fois.

    ‘‘ Merci…Mon…Kaëran. ‘‘

    Par ce seul murmure, Kaëran avait compris qu’elle allait mieux et que sa crise était maintenant de l’histoire ancienne. Ses yeux avaient cessé d’exprimer leur tristesse et ses joues séchaient après qu’il eut essuyé ses dernières larmes. Un faible sourire en coin se dessina sur ses lèvres puis il haussa les épaules. Ce n’était rien ... absolument rien. Ellana avait tout simplement besoin d’aide et si elle s’était retrouvée sous le toit de la famille Eira, ce n’était certainement pas dû au fruit du hasard. Il y avait une raison à sa présence que le jeune homme ne pouvait expliquer. Peut-être ne croyait-il pas audit hasard ? Il y avait de fortes probabilités.

    ‘‘ Je…je vais…essayer de…d’y arriver… ‘‘

    Elle y arrivera, il en était certain, mais pour cela il fallait qu’elle s’en donne la peine et qu’elle y aille à son rythme. Si elle se forçait, les résultats ne seraient pas les mêmes. Et par la même occasion, Ellana allait enfin se découvrir une personnalité qui lui était propre et pourrait sourire à la vie. Cependant, le père d’Ellana devait être surveiller afin qu’il n’attente rien contre elle. Il avait voulu se débarrasser d’elle, mais ne supportait pas qu’elle s’adapte à un autre style de vie ? C’était tout simplement ridicule. Pour l’heure, il devait s’occuper d’elle et remonter la pente suite au décès de sa mère alors chaque chose en son temps. Les deux jeunes gens se détachèrent alors et Kaëran se redressa, Ellana l’imitant par la suite en disant :

    ‘‘ Je… vais vous préparer un repas, mon…’’

    Les sourcils du concerné se froncèrent légèrement alors qu’il attendait le mot qui lui ferait dresser les cheveux sur la tête et provoquerait la chair de poule à la surface de sa peau. Mais la jeune couturière se reprit bien rapidement et soupira, s’excusant du regard. Cela amusant l’homme qui avait croisé les bras sur son torse.

    ‘‘Pardon. Kaëran. ‘‘

    ‘‘ Ça va. ‘‘ Dit-il. ‘‘ Tu y es arrivé. C’est l’important. ‘‘

    Sur ce petit mot d’encouragement, le Lieutenant prit les devants et ils quittèrent la chambre d’ami pour marcher un court moment dans le couloir qui était décoré de quelques tapisseries, sans plus. Certes, les Eira vivaient passablement bien, mais ils n’exhibaient pas leur richesse, car il connaissait sa valeur. Autant s’en servir pour les bonnes choses. Leur pas résonnaient faiblement, en écho sur les murs et ils parcoururent l’escalier qui menait vers le rez-de-chaussée, et donc vers la cuisine. De toute manière, le temps s’écoulait et Eiriel serait bientôt de retour avec les quelques commissions qu’elle avait dû faire dans la journée. Partie dans sa lancée, Ellana était en train de tout sortir et s’apprêtait à tout faire, prenant le couteau qu’allait empoigner le soldat pour s’occuper des légumes. Kaëran mit la main dans les airs, paume vers le haut et attendait qu’elle veuille bien lui donner l’ustensile, ce qu’elle fit en s’excusant du regard pour une seconde fois. Elle avait longuement hésité, tentant de lui voler sa tâche, mais il restait là et ne bronchait pas, la bloquant de son dos lorsqu’elle essayait de s’approcher. Après un moment, elle se résigna et comprit, puis le laissa tranquille. Alors, Kaë put continuer de couper les légumes en paix alors que la jeune femme s’occupait de la viande et de sa cuisson. C’est alors qu’elle se tourna vers lui et l’observa. Sentant un regard posé sur lui, il tourna la tête et vit la nervosité sur son visage.

    ‘‘ Mon…ohh…Kaëran, qu’est-ce que c’est…une…esclave ? ‘‘

    Aussitôt après, Ellana retourna à sa tâche et Kaëran fit de même. Il fallait tout de même qu’il regarde ce qu’il faisait pour éviter de se couper un doigt. Disons que le sang ne faisait pas un très bon assaisonnement... hormis pour les vampires. Mais passons !

    ‘‘ C’est une personne qui obéit au doigt et à l’oeil à son maître ou sa maîtresse. L’esclave exécute toute les tâches qu’on lui ordonne de faire sans tenter de rétorquer au risque d’être sévèrement puni. Il n’a droit à aucun privilège et encore moins au confort ... On le qualifie souvent de bon à rien et d’être inférieur qui n’a pas droit à la liberté. Il est un peu comme un animal et facilement remplaçable, car il n’est pas indispensable. ‘‘

    Kaëran poussait avec la lame du couteau les cubes du premier légume qu’il avait coupé puis attaqua les carottes qu’il trancha en fine lamelle avant tout. Du coin de l’oeil, sans pour autant tourner la tête, l’homme remarqua qu’Ellana semblait réfléchir à la réponse qu’elle avait eue. Pour la ramener sur terre, il lui mit un bout de carotte dans l’oreille et fit comme s’il s’était rendu là par magie. Kaë garda donc les yeux sur la planche à coupée et fut trahi par Eiriel qui était rentrée et qui le pointait du doigt en silence. Les sacs furent posés sur la table et l’homme de la maison sursauta lorsque sa chaperonne hurla son nom, lui sautant dans le dos.

    ‘‘ KAË ! ‘‘

    ‘‘ Bon Dieu de merde ! Tu veux me faire mourir à mon tour ?! ‘‘ S’exclama-t-il en posant le couteau sur le plateau avant de blesser quelqu’un par mégarde.

    ‘‘ Ce serait un beau gâchis! Et ... Soit poli devant les dames, jeune homme. Les gros mots ne sont pas permis quand je suis ici. L’aurais-tu oublié ? ‘‘

    ‘‘ Hum ... oui ... pardon. ‘‘

    Le Lieutenant, habituellement un personnage de haute importance dans la hiérarchie militaire, semblait bien petit face à cette paysanne de Racium qui faisait facilement deux têtes de moins que lui. Embêté, Kaëran se frottait la nuque d’une main puis termina sa tâche avant de monter la table. De toute manière, Ellana s’occupait toujours de la viande et de la cuisson des pommes de terre. Eiriel sortit alors du vin d’un sac de cuir et posa la bouteille devant la place du jeune homme qui se figea en la regardant. Un sourire mesquin se dessina sur les lèvres de la femme.

    ‘‘ J’avais envie de boire un peu de ce succulent vin ! Monsieur Grapp (xD) m’a fait un bon prix je dois l’avouer. Ça t’évitera d’aller à la taverne le soir. Ah ! Et je pourrai aussi te surveiller d’un peu plus près... ‘‘

    ‘‘ Cesse de te moquer de moi, Eiriel ! ‘‘

    ‘‘ Je ne me moque pas de toi, je me moque avec toi ! Nuance ! ‘‘

    ‘‘ Tu ... m’énerves! ‘‘

    ‘‘ Moi aussi je t’adore, mon chéri. ‘‘

    Et voilà, l’homme se mit à maugréer alors qu’il terminait de placer couteaux et fourchettes à côté de chacun des couverts. Eiriel elle, ricanait et lui claqua le dos gentiment avant d’aller aider Ellana à monter les assiettes. Ils s’installèrent donc à table et la paysanne était d’humeur bien taquine ce soir-là et avoua avoir payé avec l’argent du Lieutenant qui trainait sur la table du salon. Pour la peine, Kaëran prit la bouteille et but le reste d’un coup sous le regard ébahi d’Eiriel qui éclata de rire lorsqu’il la déposa devant elle, vide.

    ‘‘ Tu vas t’endormir dans le fauteuil. ‘‘

    ‘‘ Je vais dormir dans mon lit. Ce n’est pas ça qui va m’assommer! J’ai l’habitude maintenant ... ‘‘

    Mais il avait parlé trop vite. Car il s’était effectivement retrouvé dans son fauteuil, bien adossé et avait la tête accotée contre le dossier; il avait les yeux fermés et dormait comme un loir. Eiriel avait pris une couverture et l’avait posé sur lui doucement, embrassant son front comme une mère puis vint retrouver Ellana. Elles s’occupèrent de tout nettoyer et ranger.

    ‘‘ Il n’avait pas dormi depuis deux jours ... c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour qu’il prenne un peu de sommeil. Comme sa mère, l’alcool l’assomme, surtout bu trop rapidement ! ‘‘

    Décidément, Eiriel était fière de son coup et ne le cacha pas, car un large sourire illuminait son visage rond. Une fois la cuisine rutilante, la jeune couturière furent poussées vers la salle d’eau de force afin qu’elle aille prendre un bon bain chaud et elles filèrent dans leur chambre respective pour la nuit.

    Kaëran n’avait pas bougé de son fauteuil et ce fut ainsi jusqu’au lendemain matin ...

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Mar 5 Fév - 19:58


Coupant la viande en lamelles pendant que Monsieur Eira s'occupait des légumes, Ellana attendit la réponse à sa question, presque avec impatience. Étonnamment, elle n'avait pas peur qu'il se fâche comme son père. Elle se rendait compte qu'il était différent de tout ce qu'elle avait connu. Et cette prise de conscience lui donnait la force pour tenter de…changer. Ou de naître.

-C’est une personne qui obéit au doigt et à l’oeil à son maître ou sa maîtresse. L’esclave exécute toute les tâches qu’on lui ordonne de faire sans tenter de rétorquer au risque d’être sévèrement puni. Il n’a droit à aucun privilège et encore moins au confort ... On le qualifie souvent de bon à rien et d’être inférieur qui n’a pas droit à la liberté. Il est un peu comme un animal et facilement remplaçable, car il n’est pas indispensable.

Elle avait ralenti le rythme pour écouter. Mais…c'était ce qu'elle était…pour son père. La définition collait trop à ce qu'elle avait toujours été en fait. Les punitions, ne pas répliquer, ne rien avoir pour soi…être traitée de moins-que-rien et surtout de monstre…et il s'était débarrassée d'elle. La prise de conscience de ces faits était lourde.
Elle reprit sa tâche, réfléchissant encore. N'était-elle donc qu'une esclave ? Pouvait-elle réellement devenir une autre personne ? Ou était-elle trop lâche et stupide pour y arriver ? Mon…Kaëran avait affirmé qu'elle pouvait le faire. Et…elle sentait quelque part en elle qu'il ne mentait pas.

-KAË !

Ellana sursauta, faisant tomber un bout de carotte…de son oreille ?! Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas, rougissante, et se tourna vers Kaëran qui jurait et se faisait réprimander par Madame Eiriel. Cela la changeait tellement de chez son père…bien sûr elle avait encore peur mais elle voulait faire plaisir à Kaëran et y arriver.

Pendant qu'ils préparaient la table, elle se forçant à ne pas les en empêcher, elle surveilla la cuisson du repas, l'amenant au salon une fois prêt. Ils avaient mis trois couverts et encore une fois, Ellana hésita à s'asseoir mais Eiriel l'emmena avec elle lorsqu'elle alla s'asseoir. Il y avait une bouteille de vin posée sur la table, et Kaëran était toujours abasourdit qu'elle s'y trouve.

Durant tout le repas, Ellana se faisant discrète, comme à son habitude, tête basse, Eiriel charria Kaëran. Ils se lançaient des piques et la plupart du temps, la jeune femme ne comprenait même pas, ne voyant pas pourquoi ils s'insultaient ou riaient d'eux comme ça…

Le seul moment ou elle osa, un peu tremblante, relever la tête, ce fût pour voir Kaëran engloutir le fond de la bouteille d'un trait et déclarer qu'il dormirait dans son lit et nulle part ailleurs.

Cependant, après avoir terminé son assiette, il tituba jusqu'au fauteuil pour finalement s'y endormir malgré tout. Ellana était un peu…stupéfaite qu'il s'endorme ainsi, mais en même temps, elle l'avait vu fatigué. Depuis le décès de sa mère, il n'avait pas du dormir des masses et puis cette douleur de la perte devait le ronger…
Ellana commença à débarrasser, laissant Eiriel border Kaëran. Celle-ci vint ensuite à la cuisine l'aider et lui confia :

-Il n’avait pas dormi depuis deux jours ... c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour qu’il prenne un peu de sommeil. Comme sa mère, l’alcool l’assomme, surtout bu trop rapidement !

Eiriel souriait, contente d'avoir saoulé le jeune homme pour qu'il dorme. Ellana devait l'avouer, c'était ingénieux. Mais elle ne parvenait pas à sourire. Et oui, elle voulait changer, mais les barrières étaient immenses en elle. Rien que le fait d'avoir posé une question de sa propre initiative, de les avoir laissé l'aider, d'avoir mangé avec eux était énorme pour elle. En sachant que son père pouvait la surveiller, ses plaies se rappelèrent à elle sous les bandages.

La cuisine étincelante, les deux femmes montèrent et Eiriel poussa Ellana dans la pièce d'eau, lui disant de prendre un bon bain chaud et fissa.

Enfermée dans la pièce, Ellana sentit son cœur accélérer. La voix de son père résonnait en elle, lui disant que rien ne lui appartenait, qu'elle ne devait rien toucher, rien prendre. Mais l'autre voix, celle que Kaëran lui avait dit de ne plus étouffer, lui disait de le faire, qu'elle ne serait pas punie pour ça.

Alors, inspirant un grand coup, elle se lança. La baignoire était circulaire et couvrait un large espace de la pièce, permettant ainsi aux personnes les plus grandes de s'allonger confortablement. Délicatement et en silence, elle fît couler l'eau dedans, y mettant le moins de savon possible pour ne pas gaspiller.

Elle se dévêtit, posant ses habits sur le portique prévu pour, et regarda ses bras. Devait-elle se les enlever ? Si oui, elle devrait en remettre…mais elle ne savait pas vraiment comment…elle avait certes soigné la main de Kaëran, mais ça avait été juste du désinfectant. Lui il avait étalé quelque chose en plus sur ses bras…si ses souvenirs étaient bons parce qu'à ce moment là, elle tentait d'éloigner les larmes et la crise de panique.

Finalement, elle les enleva quand même, les jetant dans la poubelle prévue sous la commode. Elle grimaça lorsqu'elle vit l'état de ses bras. C'était…moche. Rouge, un peu infecté ? Suintant et brûlant à souhait…et c'était elle qui c'était fait ça…regardant son ventre, elle vit le début de ses entailles. Reprenant courage, elle se glissa dans l'eau chaude et grimaça quand ses bras entrèrent en contact. Mon dieu ça faisait mal ! Heureusement elle était habituée à la douleur…

Elle se lava consciencieusement, nettoyant ses cheveux dont elle avait toujours tiré une certaine fierté secrète. Elle les trouvait beau et dans sa chambre ils la protégeaient en dissimulant son visage. Comme les autruches, si elle ne voyait rien, elle se sentait plus en sécurité, même si le danger était là.

Ne s'attardant pas, elle s'essuya, ne frottant pas sur ses plaies qui semblaient réellement brûler et se rhabilla, accrochant la serviette pour qu'elle sèche. Elle prit le temps de tout nettoyer, parce que rien n'était à elle et qu'elle devait tout faire briller, dissimuler son passage, et elle sortit. Elle croisa Eiriel qui était allée voir si Kaëran dormait toujours, ce qui était le cas, et elles se séparèrent pour la nuit.

Dans sa chambre, Ellana regarda le lit. Si elle voulait se libérer elle devait dormir dedans…mais…non. Elle ne pouvait pas. Elle reprit donc sa place au sol, se couchant de telle sorte que ses bras ne cognent pas le bois du plancher. Kaëran allait la gronder pour avoir enlevé les bandes…Restait juste à prier pour qu'il ne le voie pas…

Le lendemain, elle et Eiriel avait déjà préparé toute la table du petit-déjeuner lorsque Kaëran émergea de son sommeil. Il s'étira et sembla ne pas comprendre ce qu'il faisait là et Eiriel riait déjà en disant :

-Bien dormit ? Je t'avais dit que tu t'endormirais dans le fauteuil !

Elle l'invita à s'asseoir et encore une fois força Ellana à suivre le mouvement, vu qu'elle restait stoïque et hésitante. C'était vraiment difficile de changer…

Kaëran n'allant pas travailler aujourd'hui, Eiriel les quitta dans la matinée pour s'occuper tout de même de son foyer, leur disant qu'elle reviendrait en fin d'après-midi. Ellana avait tout nettoyé pendant que Kaëran montait ce changer et elle réfléchissait à ce qu'elle pourrait faire lorsqu'il redescendit, lui faisant signe de le suivre.

Elle obéit donc et son cœur accéléra lorsqu'elle vit qu'il l'emmenait…dehors. Pas en ville, mais dans…dans…un espace vert plein de plantes !

Il sortit, et elle suivit, bien plus hésitante, comme un chat qui n'ose pas entrer dans l'eau. Le soleil inondait le lieu qui semblait coupé de toute civilisation. Comme si elle était rentrée dans l'un de ses nombreux rêves de liberté.

Entouré de hautes haies, l'endroit camouflait ses occupants et leur laissait l'intimité nécessaire. Ellana…était pétrifiée.

Ses lèvres commencèrent alors à s'étirer, ses muscles lui faisant mal. Elle leva la tête, laissant le vent se faufiler sur elle et elle regarda le soleil à s'en faire mal aux yeux, souriant pour la première fois de toute sa vie. Elle…elle souriait ! Pour de vrai ! Elle n'était pas dans l'un de ses rêves !

Prise d'une certaine folie, ou inconscience parce que la peur des représailles sonnait comme un compte à rebours en elle, elle s'avança dans le lieu. Elle s'arrêta devant une sculpture d'oiseau qui crachait de l'eau dans une bassine en contre bas et, sans qu'elle puisse se retenir, se lança :

-Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi l'oiseau crache-t-il de l'eau ? D'où elle vient l'eau ? Pourquoi ça ne déborde pas ? Et ça sert à quoi ?

Pleins de questions et elle ne laissa même pas à Kaëran le temps de répondre qu'elle s'avançait déjà vers une autre curiosité. Une grande maison de verre d'où l'on voyait des plantes grandir sereinement (une serre en gros XD). Au-dessus de la porte se trouvait une pancarte avec les mêmes symboles noirs gravés dessus. Pour elle, ce n'était rien, elle ne savait pas lire.
Et la série de questions reprit :

-Il y a marqué quoi ? Ca veut dire quoi ? Et pourquoi les plantes sont-elles enfermées ? Elles n'ont pas de pieds pour s'enfuir comme moi…Ce sont des esclaves aussi ? Je ne savais pas que c'était vivant une plante…

Émerveillé, comme un enfant de cinq ans, elle parcourut le jardin de long en large, s'agenouillant pour caresser l'herbe rase, pour prendre une feuille entre ses mains, pour sentir une fleur sauvage qui poussait tant bien que mal. Les choses de la vie qui étaient banales pour bon nombre d'habitants et de personnes. Pour elle, c'était des trésors.

Elle n'avait pas laissé le temps à Kaëran de répondre, à aucune de ses questions. Mais au bout d'un moment, ne sachant plus où poser les yeux, il coupa court à sa curiosité qui allait la faire frétiller pour de bon en l'entraînant sur un banc.

-Pourquoi le banc est en pierre gravée ? Moi je connais que les bancs de bois…

Et elle souriait. C'était une sensation unique pour elle. C'était un rêve qui se réalisait. Sourire et goûter aux petits plaisir de la vie comme l'observation de son environnement. Et tout ça, grâce à Kaëran. Et…c'est là qu'elle se rendit compte qu'elle avait été impolie en ne le laissant pas parler. Elle perdit son sourire et baissa un peu la tête, honteuse, pour s'excuser :

-Pardon Kaëran…je ne voulais pas vous empêcher de répondre…pardon…

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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Mer 6 Fév - 2:00

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Chapitre 1
Un nouveau monde

◆ ◆ ◆



    Dehors, le soleil amorçait son ascension dans le ciel et était partiellement camouflé par les nuages qui passaient, par-ci par-là. Une brise douce et fraîche soufflait sur la ville qui était bien vivante malgré l’heure. Quelques oiseaux se chamaillaient dans les rues pour des restants de nourriture et fuyaient dès qu’un enfant tentait de s’approcher pour les attraper. Ça finissait en crise de larmes et les parents tentaient de le réconforter, mais rien à faire. Chez d’autres gens, on dormait ou on commençait tout juste à émerger d’un sommeil profond et réparateur. C’était justement le cas d’un certain monsieur Eira.

    Ls bruits autour de lui n’avait fait qu’activer son processus de réveil, car il aurait certainement dormi dans son fauteuil quelques heures supplémentaires. Il fallait s’en dire que le sommeil n’avait pas été chose courante chez lui depuis la mort de Naël qui était toujours fraîche dans l’esprit des résidents de la demeure. Kaëran grommelait faiblement, plissant le nez lorsqu’il entendit le bruit des assiettes se déposer sur la table de bois. Mais il y avait autre chose de bien plus intéressant pour ses sens; l’odeur d’un petit déjeuner qui flottait dans l’air. Lentement, mais sûrement, le Lieutenant ouvrit les paupières. En position assise, il étira les jambes puis se leva pour continuer avec le reste de son corps pendant que son regard vairon se posait sur ce qui l’entourait. Une main se porta à sa nuque et la massa en guise d’embrassement. Que faisait-il dans le salon ? Ah ... oui ... c’est ça. En faisant un retour dans ses souvenirs, Kaëran se souvint avoir bu le restant de la bouteille de vin d’un coup alors qu’elle était pleine au ¾. Eiriel lui avait fait un sale coup et ses doutes se confirmèrent lorsque son regard se planta sur elle qui avait un large sourire aux lèvres. En plus, elle osait rire ?!

    ‘‘ Bien dormi ? Je t’avais dit que tu t’endormirais dans le fauteuil ! ‘‘

    ‘‘ Tu m’as fait un sale coup encore une fois ! ‘‘

    N’ayant pas à se justifier, Eiriel invita le jeune homme à les rejoindre autour de la table une fois le repas servi; des oeufs frais, des pommes de terre cuites et séchées sur le feu accompagné de pain maison tout neuf. Kaëran mangea avec appétit cette fois, vidant carrément son assiette avant les deux femmes. Eiriel, un peu comme la nounou du fils de son amie, avait levé ses yeux argenté vers Kaë et lui dit :

    ‘‘ Eh bien dis donc, mais c’est que tu as meilleure mine mon grand. Le vin à des effets bénéfiques je crois. Fais-moi penser d’aller en chercher une autre ce soir et cette fois, tu la boiras au lit. ‘‘

    ‘‘ Tu veux que je devienne dépendant ou quoi ? Je n’ai pas besoin de ça pour dormir ... enfin ... ça a aidé hier. M’enfin ... ‘‘

    ‘‘ Je peux te frapper avec une buche de bois si tu préfères. Juste derrière la tête. Mais je ne garantis pas que le plancher te sera confortable. ‘‘

    Ce fut ainsi jusqu’à ce qu’Eiriel et Ellana eussent terminé de manger elles aussi, Kaëran se chargeant de prendre leurs couverts et de les porter jusqu’à la bassine où le tout serait nettoyé. De toute manière, le Lieutenant ne pourrait reprendre son poste qu’une fois qu’il se serait remis un tant soit peu de la mort de sa mère qui était, pour l’heure, encore trop récente. Car même s’il tentait de le camoufler à la vue de ses congénères, un immense vide le traversait de part et d'autre. C’était difficile à supporter même si la présence d’Eiriel et d’Ellana lui permettait d’oublier un peu et de penser à autre chose. Quelque chose de plus joyeux. S’il aurait été seul, comment cela ce serait-il passé ? Il n’en savait rien, mais n’aurait peut-être pas tenu le coup comme il le faisait maintenant. Mieux valait ne pas y penser et de garder la tête haute. Il allait remonter la pente, peu importe ce que cela allait lui en coûter. Mais il le ferait, car il ne pouvait briser cette promesse qu’il avait faite. C’est alors qu’Eiriel décida de leur fausser compagnie pour le restant de la matinée histoire d’aller voir comment ça se passait chez elle. Son époux ne la voyait pas souvent et il fallait bien qu’elle aille lui rendre visite de temps à autre, non ? Kaëran quant à lui, voulut aider Ellana à tout nettoyer, mais celle-ci lui fit comprendre qu’elle se débrouillerait seule sans problème. Bien qu’il eut insisté, il ne réussit pas à la faire changer d’avis et monta à l’étage pour prendre des vêtements propres et fila dans la salle d’eau pour se nettoyer. L’eau sur sa peau ne put qu’apporter réconfort et bien-être. Bon sang que ça pouvait faire du bien de si bon matin après une nuit à dormir sur un fauteuil ! Ledit fauteuil assez peu confortable d’ailleurs. Une vingtaine de minutes plus tard, Kaëran revint au rez-de-chaussée, roulant les manches de sa chemise jusqu’aux coudes, puis fit signe de tête à Ellana pour qu’elle le suive.

    Au départ, celle-ci fut hésitante, mais suivit le Lieutenant qui avait envie de prendre l’air dans la cour arrière. Ainsi, ils seraient tranquilles et pourraient en profiter pour s’aérer l’esprit. Ellana restait en retrait, incertaine, et il attendait que ses pieds eussent touché la seule marche de pierre qui menait vers l’herbe qui recouvrait le lieu. La porte fut donc refermée derrière elle puis l’homme la laissa découvrir l’endroit à sa guise et à son rythme.

    Kaëran laissa Ellana s’avancer légèrement, voyant clairement un sourire se dessiner sur son visage. Ses yeux brillaient d’émerveillement comme si tout ce qu’elle voyait ici et maintenant lui était complètement inconnu. Comment cela pouvait être possible ? N’avait-elle jamais mis les pieds dehors, hormis la fois où il était venu la chercher et pour aller à la rivière en après-midi ? Mais le sourire que la jeune couturière fit était contagieux, car le Lieutenant se surprit à en faire de même. Cette femme était remplie d’innocence et d’une curiosité insatiable. Ça se voyait dans son regard vairon. C’est alors qu’elle s’avança dans le jardin, regardant tout ce qui l’entourait. Plus particulièrement sur la fontaine qui se trouvait au centre et qui se constituait de pierre où on avait sculpté un oiseau; l’animal préféré de Naël. Pour elle, s'était un signe de liberté.

    ‘‘ Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi l’oiseau crache-t-il de l’eau ? D’où elle vient l’eau ? Pourquoi ça ne déborde pas ? Et ça sert à quoi ? ‘‘

    ‘‘ Eh b- ... ‘‘

    Cinq questions défilées l’une à la suite de l’autre et jamais il n’eut le temps de répondre. Ellana s’était déjà précipitée vers la serre où Naël avait pour habitude de cultiver ses propres légumes. Depuis qu’elle était malade, c’était Eiriel qui s’en occupait, venant en récolter de temps à autre pour en apporter chez elle. Kaëran vint la rejoindre et il fut une nouvelle fois bombardée de questions

    ‘‘ Il y a marqué quoi ? Ça veut dire quoi ? Et pourquoi les plantes sont-elles enfermées ? Elles n’ont pas de pieds pour s’enfuir comme moi…Ce sont des esclaves aussi ? Je ne savais pas que c’était vivant une plante… ‘‘

    Le jeune homme ne put que ricaner aux deux dernières questions d’Ellana qui avait un sens assez comique en elles-même. Encore une fois, Kaë ne put répondre et la laissa plutôt découvrir son nouvel environnement, heureux d’avoir pu rendre le sourire à cette jeune femme en cette journée. Et puis, ça amenait un peu de vie après tout. La couturière s’agenouillait par terre à tout moment, caressant l’herbe comme s’il s’agissait du pelage d’un animal quelconque. Ensuite, elle se leva pour poser de nouveau les genoux au sol et prendre une feuille d’arbre dans ses mains pâles et frêles, l’observant sous tous les angles possibles. Même les fleurs y passèrent, élargissant davantage le sourire peint sur les lèvres d’Ellana. Après un moment, Kaëran l’entraîna avec lui vers un banc situé à l’ombre sous le feuillage d’un grand et vieux saule, mais la question qu’elle lâcha ne le surprit pas.

    ‘‘ Pourquoi le banc est en pierre gravée ? Moi je connais que les bancs de bois… ‘‘ Dit-elle souriant toujours.

    Mais son sourire s’estompa bien rapidement lorsqu’elle prit conscience de quelque chose qu’échappa au jeune homme. Sur le coup, il avait cru qu’elle se sentait coupable d’avoir profité de tout ce qu’elle avait eu l’occasion de voir, toucher et sentir. Pourtant, avoir accès à la nature n’était pas un droit privilégié, au contraire. Pour bien des gens, elle était un sanctuaire où l’ont pouvoir se recueillir et se retrouver en paix avec soi-même. Ellana avait donc baissé la tête, mais Kaë ne perdit pas son sourire en coin pour autant.

    ‘‘ Pardon Kaëran…je ne voulais pas vous empêcher de répondre…pardon… ‘‘

    ‘‘ Ce n’est pas grave, Ellana. J’ai cru comprendre que tout ça était nouveau pour toi. Mais si tu veux des réponses à tes questions, il faudrait les attendre, non ? Et puis tu peux poser toutes les questions que tu veux. J’y répondrai comme je peux vu que je ne sais pas tout ... quand même. ‘‘

    Il croisa de nouveau le regard de la jeune femme qui avait relevé légèrement la tête et elle retrouva un faible sourire. Cependant, quelque chose d’autre attira leur attention; une grosse boule de poil noire et blanche qui grimpa sur les genoux du Lieutenant. Le chat se frôlait contre lui et ronronnait faiblement. Ellana parut stupéfaite de voir cette petite chose et n’osait même pas poser la main dessus.

    ‘‘ C’est un chat errant ... il traîne toujours dans les parages. ‘‘ Expliqua Kaëran.

    La petite bête changea de genoux et vint s’assoir sur les cuisses d’Ellana, lui léchant doucement le menton de sa langue rugueuse. La grimace qu’elle lâcha fit rire Kaëran qui dut lui expliqué pourquoi sa langue n’était pas douce comme la plupart des animaux, et elle semblait de nouveau émerveillée. Un peu plus tard, les jeunes adultes retournèrent à l’intérieur sauf que leur compagnon à quatre pattes ne voulait plus se détacher de la couturière. Ils ne remarquèrent sa présence qu’une fois dans la demeure, la porte refermée. Le chat miaula et fit sursauter le soldat qui était en train de mettre une bûche dans la cheminée, un genou posé sur le plancher.

    ‘‘ Mais mer... ‘‘

    Kaëran dut se taire au risque de sortir un gros mot et suivit la bête des yeux qui allait se frotter contre les chevilles d’Ellana, un peu plus loin.

    ‘‘ Tu t’es fait un copain, je crois. ‘‘

    Et tant qu’à le mettre dehors, il pouvait toujours rester ici. De toute manière, il n’appartenait à personne. Une présence animale dans la maison ne ferait pas de tort au final et ça apporterait un peu plus de vie.

    ‘‘ Il faudra que tu lui trouves un nom. Je suis le pire des nuls dans ce domaine... ‘‘

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Dernière édition par Kaëran Eira le Mer 8 Mai - 3:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]   Mer 6 Fév - 15:04


-Ce n’est pas grave, Ellana. J’ai cru comprendre que tout ça était nouveau pour toi. Mais si tu veux des réponses à tes questions, il faudrait les attendre, non ? Et puis tu peux poser toutes les questions que tu veux. J’y répondrai comme je peux vu que je ne sais pas tout ... quand même.

Oh oui tout était nouveau. Affreusement nouveau et elle se retenait d'aller courir un peu partout une nouvelle fois. Elle releva légèrement la tête et sourit lorsqu'il lui dit d'attendre les réponses, honteuse. Dans sa joie et son émerveillement, elle n'avait pas eu la patience d'attendre qu'il lui donne des explications…mais elle se sentait si…si vivante ! Malgré sa peur, en elle, elle avait osé toucher, sentir, poser des questions ! Et elle n'avait pas été punie pour ça, au contraire, Kaëran semblait amusé.

Lorsqu'elle voulut lui répondre cependant, une tache blanche et noire apparut sur le banc, s'installant sur les jambes de l'homme et faisant sursauter la femme. C'était…c'était un chat. Un peu maigrichon, mais en bonne santé. Il se collait contre Kaëran, ronronnant. Elle le regarda, étonnée, gardant bien ses mains chez elle alors qu'elle aurait aimé le caresser un peu.

-C’est un chat errant ... il traîne toujours dans les parages.

Et d'un coup, le chat passa de l'homme à la femme. Il s'assit sur les cuisses d'Ellana, posant ses pattes sur sa poitrine pour se redresser et commença à lui lécher le visage de sa petite langue rugueuse. Ellana grimaça malgré elle, peu habituée à ce genre de choses, et aussi parce que c'était une drôle de sensation ! Kaëran lui expliqua calmement pourquoi c'était rugueux, et elle regarda la petite bête qu'elle avait dans les bras, émerveillée. Elle posa ses mains sur le pelage du chat qui se mit aussitôt à ronronner. Malheureusement, il se coucha de moitié sur ses bras et elle retint un cri. Il…frottait ses plaies…et elle n'avait plus de bandages…

Quelques minutes plus tard, ils décidèrent cependant de rentrer, Ellana relâchant la petite boule de poil en lui disant de faire attention, et suivit Kaëran. La porte se referma et elle laissa l'homme alimenter le feu de la cheminée, ne remarquant pas le chat dans l'ombre de la porte. Elle se dirigea donc vers la cuisine, puisqu'il était bientôt midi, mais revint rapidement sur ses pas lorsqu'elle entendit Kaëran jurer.

Apparaissant dans le salon, Ellana vit le chat s'approcher d'elle pour se glisser entre ses jambes, sa queue s'enroulant autour de sa cheville et ronronnant de plus belle.

-Tu t’es fait un copain, je crois.

Un…un copain ? Mais…il n'était pas à elle…rien n'était à elle et enfin…elle n'avait pas voulut qu'il entre…même s'il ne semblait pas contre, elle ne voulait pas que Kaëran se forçe…

-Il faudra que tu lui trouves un nom. Je suis le pire des nuls dans ce domaine...

Elle fronça les sourcils, ne réagissant pas de prime abord. Non…elle ne pouvait pas le garder, il n'était pas à elle, elle n'avait pas le droit…elle n'était qu'une idiote, comment pourrait-elle s'occuper d'un chat alors qu'elle ne connaissait rien de la vie ? Qu'elle ne savait même pas s'occuper d'elle-même comme il le fallait !

-Je…je ne peux pas le…le garder…je n'ai pas le droit enfin, rien n'est à moi et…je ne peux pas…

Un regard de Kaëran suffit à la faire taire. Il n'y avait pas de discussion possible, elle gardait le chat. Elle regarda l'animal qui continuait de ronronner autour de ses chevilles, et redressa la tête vers Kaëran. Un sourire en coin se dessina sur ses lèvres et elle lui dit :

-Merci…

Elle reçut à son tour un petit sourire en réponse et le laissa continuer sa tâche, reprenant pour sa part la cuisine. Le chat la suivait comme son ombre. Mais qu'est-ce que ça mangeait un chat ? Ou buvait ? De l'eau ? Elle prit une petite écuelle et y versa de l'eau, la posant au sol. Le chat s'approcha, renifla, but un peu, mais s'en écarte vite. Elle fît la moue, dépitée. Le chat comprendrait bien vite qu'elle était incapable de s'occuper de lui et s'en irait. Un nom…elle ne savait pas…elle trouverait peut-être…une fois.

Elle reprit donc le repas de midi, le chat observant le moindres de ses gestes. Kaëran vint peu après l'aider, et là encore elle se souvint à l'ultime seconde qu'elle devait le laisser faire. Elle s'en était tout de même souvenue alors qu'elle avait le bras tendu pour l'arrêter dans son geste…

Gênée, elle continua à couper la viande, faisant comme si de rien n'était. Ses bras lui faisaient affreusement mal aussi…Une ou deux fois, elle donna de tous petits morceaux de viande au chat, ceux qu'elle n'utiliserait pas pour eux, et il les avala avec grand appétit. Ce fût Kaëran qui lui donna la solution pour la boisson. Il renversa l'eau de l'écuelle et la remplaça par du lait. Là, le chat but tout de suite goulument. Du lait…il fallait qu'elle retienne.

Ils mangèrent tranquillement, Eiriel n'étant pas revenue et revenant qu'au soir. Ellana espérait que Kaëran réussissait à faire son deuil. Elle ne pouvait cependant pas lui demander si ça allait, au risque de justement le faire replonger dans la souffrance. Mais elle était là s'il voulait parler, il le savait non ?

Et elle…elle avait tué sa mère…d'un coup, les propos de son père revinrent tous en mémoire comme un coup de poing. Comment osait-elle profiter de ses découvertes ou du monde qui l'entourait alors qu'elle avait privé son père de l'amour de sa mère ? Comment pouvait-elle penser changer et être heureuse alors qu'elle avait détruit son seul parent ? Tous ses espoirs et sa détermination s'envolèrent d'un coup, soufflés par une culpabilité naissante. Elle arrêta de manger, ne vidant même pas la première assiette. Elle sentit le regard de Kaëran sur elle mais ne releva pas le visage et ne dit rien. Il disait qu'elle pouvait le faire…mais elle n'en avait pas le droit après ce qu'elle avait fait à son père…c'était…injuste.

Elle débarrassa en silence, le chat allant faire la sieste devant le feu. Elle se rongeait toute seule. Eiriel revint juste après, le chat venant voir qui était cette inconnue et elle s'exclama :

-Un chat ! Tu as toujours aimé les chats, Kaëran…qu'il est beau !

Elle s'amusa à le caresser et le gratouiller partout. Ellana elle, profita du fait que personne ne se souciait d'elle pour disparaître à l'étage. Retournant dans sa chambre, elle remonta les manches de sa chemise, dévoilant ses plaies encore plus laides que la vieille. Ca y est, elle était sûre que c'était infecté, et pas qu'un peu. Mais elle ne dirait rien et souffrirait en silence, comme elle l'avait toujours fait. Elle parla toute seule, ignorant totalement qu'on pouvait l'entendre :

-Je ne peux pas devenir quelqu'un d'autre…j'ai tué ma mère je ne peux pas…mon père ne le mérite pas, je lui ai fait mal, je n'ai pas le droit…

Elle avait même osé sourire, lorsqu'elle avait découvert le jardin. Sourire alors que son père avait toujours fait en sorte qu'elle n'en ait pas envie. Comment pourrait-elle changer si tous les deux jours elle doutait ? Finalement, elle n'était peut-être pas aussi forte que le pensait Kaëran…peut-être était-elle réellement bonne-à-rien…

Dans sa boutique, Stark ruminait. Cette idiote ne respectait pas les règles ! Les dernières nouvelles de Raven étaient inquiétantes. Elle changeait. Il avait vu au travers de la haie qu'elle souriait. Et même qu'elle approchait les animaux et pire, posait des questions. Et il ne l'acceptait pas. Elle avait gâché sa vie à jamais, il ne voyait pas pourquoi cette idiote pourrait avoir une vie heureuse. Non…pendant vingt-deux ans il avait trouvé du réconfort dans ce visage d'enfant plongé dans la souffrance, il n'allait pas s'arrêter. En fait, il n'avait pas été très intelligent non plus. Il aurait du la vendre à Raven. Ce balourd aurait fait ce qu'il lui aurait dit, il l'aurait violée dès le premier soir, l'aurait battue tous les jours et aurait continué à la faire vivre un Enfer tout en le libérant de ce fardeau. Mais non il l'avait vendue à ce stupide Lieutenant ! Lui qui pensait que les militaires étaient toujours carrés et ne pardonnaient rien, voilà qu'il lui mettait en tête de changer !

Mais elle verrait…il veillait au grain, et lui ferait comprendre qu'elle ne serait jamais ni libre, ni heureuse. De toute façon, personne ne l'aimerait jamais. Raven s'occuperait de son cas le lendemain soir, et il lui dirait de s'occuper du chat par la même occasion. Elle était maudite et si le chat mourrait…empoisonné, elle croirait que c'était de sa faute et reviendrait la queue entre les pattes dans les règles !

Il était cruel, oui. Mais elle l'avait mérité.


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Une rencontre...bouleversante...? [PV Kaëran]

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